Hist. de lafem. Martin, I
Quelques lignes empruntées au récit1 d'une noce annamite, seront ici à leur place :
« La mariée était vêtue d'un pantalon de satin noir sur lequel retombait une robe de soie violette ; elle avait un collier d'ambre faisant dix tours, des boucles d'oreilles et de nombreux bracelets d'or. Un peigne d'argent retenait les nattes de ses volumineux faux cheveux; ses pieds étaient chaussés de souliers en maroquin rouge, brodé de soie noire; à l'annulaire de la main elle portait deux bagues, l'une en or ciselé, l'autre en améthyste.
<( C'était une noce du haut rang, car la fille d'un caï-tong épousait le fils d'un ong-xa. Le repas se composait de 70 plats; la boisson consistait en eau-de-vie de riz, et en thé. Des bâtons en laque de Pékin incrustée servaient de cuillers et de fourchettes. Entre chaque service on fumait des cigarettes, remplacées au dessert par des pipes d'opium.
« Parmi les mets les plus délicats et distingués figuraient des tranches de concombres, farcies au riz, au piment et au gingembre, le tout mêlé, pilé ensemble, et frit dans l'huile de ricin fraîche et parfumée; on voyait aussi des œufs couvis nageant dans une sauce au kari, des filets de caïman, des gâteaux au hachis de crevettes, des marmelades de mangoustan, des nougats de maïs... Pendant le temps du dîner , des musiciens se firent entendre, et la soirée se termina par des danses nationales. »
Une des particularités de la législation pénale annamite est que la femme se voit infliger des peines plus dures que celles édictées contre le sexe fort.
Ainsi, d'après l'article 284- du Code annamite, la femme encourt 40 coups de rotin et même 100 coups de truong (gros bâton) , dans des cas où le mari est renvoyé indemne. — Lorsqu'il a été la cause de fractures , celui-ci mérite un an de travail pénible et 60 coups de truong, alors que celle-ci serait condamnée à trois ans du même travail et 100 coups de bâton. — Si les blessures ont occasionné une infirmité, l'homme s'en tire avec deux ans de travail forcé; mais la femme sera étran-
•1. M. Jules Gros.
glée pour un pareil délit. — Et l'aggravation suit toujours une progression contre la femme, jusqu'au cas de peine de mort encourue par le mari meurtrier, car la femme reconnue coupable d'homicide volontaire doit, en principe, subir l'horrible torture de la mort lente que nous avons décrite au chapitre des supplices capitaux.
En consultant une étude sur le Cambodge1, nous apprenons que le fiancé honore sa belle-mère par un cadeau spécial, sampots ou barres d'argent, pour la remercier des soins donnés à celle qu'il a choisie entre toutes. Ce présent est appelé dans la langue du pays : le prix du lait tété par la fille.
Dans ce témoignage de gratitude adressé à la mère pour ses soins vigilants, M. A. Leclerc voit la preuve, que dans le passé du peuple Khmer2 existait l'institution du matriarcat, c'est-àdire le droit supérieur de la mère sur les enfants, comme chez les Naïrs3 de l'Inde.
Le sentiment de déférence filiale est des plus accusés en faveur de la mère, et les désignations de la hiérarchie familiale semblent autant de traces d'un ancien régime social, où la parenté suivait la ligne féminine. Cependant le mari occupe dans la maison une place respectée. Bien que la polygamie soit tolérée par les lois du Cambodge, le principe de l'unité est, relativement du moins, affirmé parla présence d'une seule épouse « grande », désignée sous le nom àepropone thom.
Terminons par un détail. Pendant l'invocation aux ancêtres qui est un des actes constitutifs du mariage cambodgien, a lieu la ligature des poignets 4, cérémonie originale qui consiste, pour tous les parents, à s'attacher des fils de coton autour du poignet gauche, allusion aux liens d'affection qui dorénavant uniront les deux familles. C'est une ingénieuse extension de l'idée de l'anneau nuptial.