‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 222 sur 296 · Chez les Dayaks de Bornéo, M. Daniel Arnauld · texte numérisé non relu

Chez les Dayaks de Bornéo, M. Daniel Arnauld

compagnée de formules, qui porte dans la langue du pays le nom générique de iébaën. Il y en a de simples et de doubles : absolument comme dans nos fêtes populaires les diseurs de bonne aventure ont le « petit jeu » ou le « grand jeu » pour prédire l'avenir aux naïfs.

Le talisman de l'iébaën double est la réunion de deux petits paquets en forme de fuseau, représentant l'homme et la femme. Ils sont fabriqués de plantes repliées, liées au moyen de quelques fils du vêtement de la femme, et enveloppées dans un morceau du pagne de l'homme. Le magicien y ajoute un petit os de roussette placé au centre. Le prestigieux fuseau ainsi composé est destiné à rétablir l'accord dans le ménage.

L'époux qui désire voir régner chez lui la bonne intelligence procède ainsi :

« Muni d'un iébaën double, il se rend dans le cimetière de famille 4, y allume un petit feu avec un bois déterminé, soumet le paquet à la fumée du brasier, l'arrose avec une eau prescrite , et enfin le promène autour de sa tête en prononçant cette parole : <( Je change le cœur de ma femme pour qu'elle m'aime désormais. »

Cette première épreuve est-elle inefficace? il charge quelqu'un d'aller offrir à sa femme un paquet de sucre de canne, car il est admis que Y aigreur existant entre les époux doit cesser sous l'influence emblématique de ce cadeau succulent.

Tout cela n'est-il pas imprégné d'une sorte de poésie? Et au lieu de rire, n'y a-t-il point lieu d'être touché de ces soins, de ces démarches, de ces efforts pour rappeler la bonne harmonie? Le seul désir d'y parvenir n'opère-t-il pas déjà, pour moitié, le rapprochement des cœurs?

Un épisode rapporté par le R. P. Lambert fera comprendre quel rôle important l'iébaën joue dans les usages de la Nouvelle- Calédonie :

« Un infidèle de cette tribu étant malade, écrit-il, me fit appeler : il demandait le baptême. Après que je lui eus parlé des vérités à croire et des superstitions à mépriser, il manifesta les

X. Mœurs de la tribu de Belep (Nouvelle-Calédonie), par le R. P. Lambert.

meilleures dispositions, et voulant m'en donner une preuve décisive, dit à l'un des siens : Apporte mon tolam (petit panier de paille où les indigènes renferment leurs richesses). Il le prit, plongea la main au fond, en tira un objet enveloppé avec soin, et me le remit en disant : « Je renonce à nos anciens usages! » C'était un iébaèn ; or, l'abandonner équivalait pour lui à renier son passé de paganisme. »

L'iébaën simple, appelé aussi « komaia » chez les Calédoniens, sert spécialement au jeune homme qui désire se marier.

S'il ne trouve pas de parti à son goût, il se rend vers la case du « Poula » et lui expose le motif de sa visite.

Le magicien conduit alors son client au cimetière (singulière visite pour préparer une noce!) et soumet le jeune homme à une série de rites bizarres : « Il le traite par fumigations et ablutions, puis lui met des cendres de chaque côté de la tête et trace sur le visage une ligne noire, allant de l'œil à l'oreille. Après quoi le prétendant ainsi marqué n'a plus qu'à chercher femme, ses vœux, assure-t-on, ne devant pas tarder à être exaucés... »

— Est-il possible d'admettre que, dans beaucoup de pays d'une civilisation primitive, à la naissance d'un fils, le père s'alite pendant quelques jours et se fasse entourer de soins exceptionnels?

Et si le fait est vrai, quelle peut être la signification d'une mode aussi extravagante?

Quoique la couvade soit invraisemblable de prime abord, elle n'en est pas moins un fait constant et même relativement répandu. Au Nouveau-Mexique, chez les Peaux-Rouges, chez les Galibis, en Californie, dans l'Amérique du Sud, chez les Tartares comme au Bengale, cette habitude se retrouve sans contestation possible.

Strabon1 rapportait déjà la même chose au sujet des Ibères, des Celtes, des Thraces et des Scythes; et Diodore 2 donne un semblable témoignage en parlant des Corses.

« J'avais lu autrefois que les jeunes pères se mettaient au lit (écrit le R. P. Dobritzhoifer, au sujet des Abipones de l'Amérique

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