DiocL, V
du Sud), et j'avais ri, supposant que cette folie était racontée en manière de plaisanterie. Mais j'ai vu de mes propres yeux la couvade chez les Abipones. »
S'il en est ainsi, on se demande quelle peut être la signification de cette petite comédie.
Le doute ne semble pas possible : par cette mimique aussi exceptionnelle que voulue et calculée, le père entend reconnaître publiquement pour sien le nouveau-né. Et ce symbolisme est loin d'être inutile, certes, dans des régions où il n'y a ni état civil ni officier public, pour établir la filiation au sein de familles où la polygamie est pratiquée.
Le fait n'est donc pas une pure ineptie comme on l'a qualifié à la légère, faute d'en comprendre le sens vrai.
Nous avons dit, au début de ce chapitre, que la condition de la femme indique très généralement le rang qu'occupe un peuple dans l'échelle de la civilisation.
Justifions ce dire par un dernier parallèle, en montrant que, d'une part, les nations policées tendent de plus en plus à laisser participer la femme à la vie sociale ; et que d'autre part les peuples complètement étrangers à l'influence chrétienne, font à l'épouse le sort le plus lamentable.
Sans doute le mouvement féministe qui s'accuse en Amérique et dans toute l'Europe avec une intensité extraordinaire, après avoir exercé au nom de la femme des revendications pleinement justifiées, semble devoir bientôt dépasser la mesure, comme c'est d'ailleurs le sort de toutes les réactions.
Oubliant trop en effet les différences essentielles, d'aptitudes, de tempérament et de devoirs, qui sont le partage de l'un ou de l'autre des sexes, les femmes, dans les divers Congrès que nous avons vus s'assembler depuis quelques années, aspirent à une égalité chimérique, dont l'exagération même finirait par compromettre très sérieusement les intérêts qu'elles prétendent défendre.
Au demeurant, on sera peut-être bien aise de savoir quels sont à peu près les résultats auxquels on est arrivé dans cet ordre d'idées.
En France, la femme mariée a obtenu le droit de disposer de sa fortune personnelle, après la séparation de corps, — de faire seule, dépôts et retraits aux caisses d'épargne, — d'être témoin dans les actes de l'état civil1 et les actes notariés, — d'être médecin, avocat, etc.
Politiquement, les Anglaises ont conquis l'électorat pour les conseils municipaux et les conseils de comtés, — le droit de vote et d'éligibilité dans les conseils scolaires, — la libre disposition de leur fortune, — la faculté de plaider, ou d'avoir un commerce sans l'autorisation maritale, — d'occuper une chaire universitaire...
Au point de vue des droits électoraux dans les colonies anglaises, on peut citer la Nouvelle-Zélande et l'Australie du Sud où, depuis 1893-189i, les deux sexes ont l'égalité dans l'électorat et l'éligibilité. La femme qui habite à plus de 3 milles du lieu du scrutin, peut envoyer son bulletin par correspondance.
Pour la Suisse, le résultat est à peu près le même qu'en Angleterre; les femmes votent par mandataires pour les conseils municipaux de certains cantons. A Schwitz, elles sont même éligibles.
En Allemagne, les droits féminins sont plus restreints, du moins au point de vue politique; car il est admis par les mœurs publiques et par le gouvernement, que la femme doit être avant tout épouse et mère ; et qu'étant donné le grand nombre d'enfants relevé dans chaque famille, elle a largement de quoi dépenser à son foyer, zèle, activité et intelligence. On sait que les Berlinoises, en 1896, considérèrent comme un grand succès la permission de monter sur les impériales des omnibus.
La loi norvégienne du 26 juin 1889 a conféré à l'épouse le droit de suffrage pour le choix des inspecteurs si elle a des enfants. Dans les communes rurales, les femmes votent le budget scolaire.
Il en est de même en Suède quand il s'agit de l'élection des conseils municipaux ou provinciaux2.
La femme russe, en dépit du proverbe moujik qui lui trouve