‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 24 sur 296 · Sauvai, VIII · texte numérisé non relu

Sauvai, VIII

<$. Juvénal des Ursins raconte une opération analogue à propos d'Henri V d'Angleterre,

Le poivre était, avant la découverte clu Cap de Bonne-Espérance, une redevance très recherchée. Il se vendait à un prix si élevé, qu'on disait proverbialement « cher comme poivre » : aussi passait-il pour un présent d'importance et l'un des tributs de choix que les seigneurs, ecclésiastiques ou séculiers, exigeaient le plus volontiers.

Geoffroy, prieur du Vigeois, voulant exalter la magnificence d'un certain Guillaume comte de Limoges, raconte « qu'il avait chez lui des tas de poivre amoncelé , comme des glands pour les porcs ». L'échansôn étant venu en demander un jour pour les sauces du comte, l'officier qui gardait ce magasin si précieux « prit une pelle, dit l'historien émerveillé, et en donna une pelletée entière ».

Quand Clotaire fonda le monastère de Gorbie , parmi les différents revenus qu'il exigea de ses domaines pour les religieux, il stipula trente livres de poivre.

Le vicomte Roger ayant été assassiné en 1107, dans une sédition, par les bourgeois de Béziers, une des punitions que son fils infligea aux rebelles, lorsqu'il les eut soumis par les armes, fut un tribut périodique de trois livres de poivre par famille.

Chaque année les moines d'Issy payaient en redevance à leurs confrères de Saint-Denis une charrette de piment. En 1261, cette rente n'ayant pas été acquittée , le Prieur fut interdit et condamné à conduire lui-même la charrette au chapitre de Saint- Denis. 11 est curieux de voir comment les droits féodaux s'exerçaient parallèlement aux droits ecclésiastiques; et tel qui réclamait âprement comme seigneur en vertu de son domaine , remit plus d'une fois, comme prêtre, au nom du Dieu de charité, le profit par lui requis en sa qualité de « maître de la terre ».

Toujours à titre de redevance, le prieuré de Saint-Éloi à Paris devait acquitter deux deniers aux chanoines de Notre-Dame, en vertu d'une convention datant des premières années du xiic siècle. L'impôt originaire ayant augmenté avec les droits concédés au Prieuré, celui-ci en arriva à livrer huit moutons,

mort à Vincennes en 1422, « avant d'être mis dans un coffre de plomb avec épices et choses sentant bon ».

deux boisseaux de froment, six écus et une obole pour le premier denier; et pour le second : « six pourceaux, trois écus, et deux muids et demi de vin, à la mesure des chanoines ».

De même les religieuses de Sainte-Geneviève étaient obligées de régaler, deux fois l'an, les chantres de Notre-Dame. Ces repas nécessitant une grande dépense de vins, elles s'adressèrent au Pape, en 1202, pour qu'il leur facilitât de « racheter le régal », cause vraisemblable de gros ennuis pour le couvent. Mais les chantres refusèrent cette novation , et continuèrent à réclamer ce qu'ils appelaient leur droit, l'exagérant même au point de donner un jour le scandaleux spectacle de leur ivresse. L'évêque de Paris intervint alors, et la dette fut abolie.

Citons encore la redevance de l'abbé de Saint-Germain qui, à chaque fête de la Saint-Vincent, « remettait au bourreau une tête de cochon ». Ce jour-là le bourreau avait le premier pas aux processions traditionnelles.

A l'époque de Charles le Chauve, en cas de visite pastorale, les curés des quatre paroisses voisines offraient à l'évêque, d'après un Capitulaire : « chacun dix pains, un demi-muid de vin, deux poulets, dix œufs, un cochon de lait, et un boisseau de grain pour les chevaux », Ce tarif subit certaines modifications selon les temps1.

Redisons, une fois de plus, que les particularités que nous relevons dans ce chapitre doivent être considérées non pas comme des dispositions générales, mais locales, à raison même de la multiplicité et de la variété infinies des Coutumes, modifiées souvent par des conventions nouvelles, ou par la fantaisie des héritiers.

Cette remarque est nécessaire si l'on veut rester dans la vérité historique, comme nous en avons le souci.

Quant à la protestation de certains critiques qui s'indignent à la pensée que, maintes fois, des vassaux virent leur bien confisqué pour avoir, à quelques jours près, négligé de payer ce qu'ils devaient au seigneur dominant, elle est moins judicieuse peut-être qu'elle ne le paraît de prime abord. Certes, on ne niera

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