‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 245 sur 296 · Art · texte numérisé non relu

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artistiques caressés d'un regard curieux, palpés d'une main avide ; profusion et confusion, libre accès, absence de tout contrôle apparent... en voilà plus qu'il n'en faut pour troubler les esprits, et tenter les natures faibles attirées, enivrées par mille superiluités des plus séduisantes.

Une voleuse de ce genre, citée devant les juges, expliqua avec une étonnante psychologie, comment, après avoir touché, manié, déplacé tant d'objets, la notion de la propriété s'effaça suffisamment, pour que le sentiment du devoir perdit beaucoup de sa force.

Sans doute l'excuse invoquée ne saurait être une disculpation légitime et suffisante; néanmoins elle contient une grosse part de vérité.

Rien, en effet, n'est plus capable de diminuer l'idée de propriété, que l'abandon dans lequel les marchandises sont mises à la disposition des acheteuses enfiévrées.

Or le luxe est une ivresse comme une autre, et il est manifeste que l'attrait et la sollicitation sont réels, puisque l'on voit des femmes qu'a fascinées le spectacle de ces riches bibelots, anéantir en un instant tout un passé d'honneur, se couvrir de honte à jamais et compromettre à la fois époux respecté et enfants chéris, pour satisfaire une simple fantaisie de névrosée1.

Beaucoup de délinquantes, — et c'est là qu'apparaît la particularité du cas qui nous occupe — semblent si bien obéir à une tendance maladive, remarquent les criminalistes, que tantôt la soustraction est faite avec une maladresse qui paraît rendre le calcul frauduleux inadmissible; tantôt les objets dérobés ne sont même point dissimulés aux regards, alors que l'instinct criminel, s'il existait, suggérerait avant tout de cacher le larcin compromettant. En pareil cas, le vol a un caractère pathologique, surtout quand il est absurde, inexplicable.

Ainsi on a vu des femmes voler uniquement une catégorie de marchandises, toujours la même, bien que cela ne leur fût d'aucune utilité puisqu'elles ne s'en servaient pas, et n'avaient jamais

1. Cette maladie du vol s'appelle : klôpémanie. On cite un grand magasin parisien qui, à lui seul, provoque en moyenne six cents arrestations par année, rien que pour ces sortes de vols.

eu la pensée d'en faire argent. Celle-ci ne vole que des jarretières, et n'en fait point usage... ; celle-là collectionne des portemonnaie neufs; on en retrouve trois douzaines dans un placard, et cependant elle met toujours son argent à même sa poche !... cette autre encore ne soustrait que des objets de toilette à l'usage des hommes : bretelles, rasoirs, porte- cigare, et ne les utilise même pas en cadeaux.

D'une statistique très documentée1 il résulterait que la plupart des voleuses « à l'étalage » sont affectées de maladies constitutionnelles profondes.

Déjà Lavater déclarait avoir connu un médecin qui ne sortait pas de chez ses malades sans leur avoir dérobé quelque chose : le larcin fait, il n'y pensait même plus. Le soir, sa femme visitait ses poches et en retirait clefs, ciseaux, dés à coudre, couteaux, cuillers, boucles, étuis, qu'elle rendait quand elle le pouvait aux propriétaires respectifs.

A Vienne, un employé du gouvernement avait la spécialité de voler des ustensiles de ménage : il ne les vendait point, ne s'en servait pas, et en avait rempli deux chambres louées à cet effet. On a vu également que des individus s'appropriaient des objets de minime valeur, mais toujours du même genre alors que des choses de grand prix mises à leur portée les laissaient tout à fait indifférents.

Quant aux collectionneurs, entre tous ils sont sujets à caution ; et maintes fois, les surveillants de nos musées ont surpris des hommes appartenant aux meilleures familles, essayant d'entr'ouvrir ou même de crocheter la vitrine qui recèle un bibelot unique en son genre, ou une rare médaille convoitée par un amateur monomane.

Un cas très original est le suivant : Une femme que sa situation de fortune semblait mettre à l'abri des sollicitations de l'improbité avait été remarquée récemment dans les magasins parisiens comme dérobant nombre de choses. Conduite au poste et fouillée, elle fut trouvée nantie d'abord du produit de son larcin, puis d'un élégant carnet sur lequel étaient inscrits d'avance les objets à voler. Ne voulant pas laisser égarer ses tentations sur

1. Med. Léff. L&gr. du Saulle, p. 796. — V. aussi MM. Lasègue, Motet, Tardieu...

des choses inutiles , elle prenait la précaution préalable de les déterminer. C'est ainsi qu'on lisait sur cet agenda des notes comme celles-ci : « Prendre une cravate pour mon mari... une ombrelle pour ma fille... un cadeau pour Mme X***.

Cette préméditation certaine et ce calcul intéressé semblent exclure tout à fait l'idée d'incitation maladive. Cependant, étant donné l'état exceptionnellement névrosé de l'inculpée, et surtout les conditions héréditaires déplorables dans lesquelles elle se trouvait, la question de responsabilité a pu, malgré des apparences très défavorables, être discutée par les médecins aliénistes et môme par les juges appelés à statuer.

On a écrit, de nos jours, de gros livres sur la monomanie du vol, et en exagérant l'intensité des tendances et des convoitises morbides, on en est arrivé à formuler la thèse si commode de l'irresponsabilité; mais il ne faudrait pas cependant confondre le cas de vol pathologique avec la perversité criminelle et persistante de certains coupables. Nous avons vu sur les bancs correctionnels des voleurs de profession qui avaient été condamnés jusqu'à quatre-vingt-seize fois : ce n'étaient point d'intéressants malades, mais des mauvais sujets incorrigibles.

En parcourant les courtes monographies que nous venons de donner, concernant les habitués du vol, on peut se rendre compte que les fripons de toute espèce ont parfois comme auxiliaires fort utiles, — ceci n'est point un paradoxe, — l'honneur, la timidité ou l'aveugle confiance des honnêtes gens qui, faute de connaître la perversité humaine, faute d'être prémunis contre les embûches qu'elle sait machiner, tombent dans tous les pièges tendus à leur honorable ignorance.

Éclairer le public à cet égard est donc faire œuvre utile de préservation en faveur des bons, tout en diminuant les chances de réussite pour les malfaiteurs en quête de dupes.

Ces délinquants sont si bien des habitués du mal, qu'ils devinent avec une clairvoyance et une sûreté extraordinaires tout ce qui se rattache au fonctionnement de la Police et de la Justice : de là l'extrême difficulté pour la société de se mettre en garde contre leurs entreprises.

A Paris, ils sont au courant des jours et des heures de rondes de police, et du roulement des services; ils connaissent à merveille la jurisprudence criminelle qui leur est applicable, et le nombre de mois ou de jours de prison qu'ils encourent, selon qu'ils passeront en jugement devant l'une ou l'autre chambre du tribunal; grâce à leur expérience de récidivistes, grâce aux renseignements des compères et complices, les miséreux parmi ces misérables savent même quelle est la nourriture servie dans la semaine au Dépôt central ; et en conséquence , — le fait est constant, — ils choisiront, pour risquer de se faire mettre au « violon », le jour où ils doivent recevoir la ration préférée.

A propos de ce mot « violon », nous trouvons dans le Droit une explication que nous reproduisons telle quelle.

On rapporte que, du temps de Louis XI, les nombreux plaideurs qui assiégeaient le temple de Thémis, amenaient avec eux une multitude de gens qui se répandaient dans la Salle des Pas- Perdus. Des bandes de spadassins, de clercs et d'écoliers venaient se joindre à cette foule et causaient un tumulte journalier. Pour y remédier, un bailli du palais destina une salle basse de la Conciergerie à enfermer temporairement et seulement pendant les audiences, les plus mutins de cette tourbe de polissons de toutes castes. Toutefois, comme cette jeunesse simplement tapageuse n'avait point en fait maille à partir avec la justice, le bon bailli voulut qu'un violon restât constamment suspendu aux murailles de la prison, pour que les captifs de quelques heures pussent se divertir honnêtement. Les gens qui dansent et qui font de la musique ne pensent pas à mal faire.

Et voilà comment la chambre d'arrêt du Parlement fut nommée le violon.

Ces hommes du moyen âge, pleins d'attentions délicates envers les perturbateurs de l'ordre, au point de leur procurer un instrument pour charmer leurs heures de prison, nous paraissent bien peu de leur temps; et l'on aimerait à connaître le nom de l'aimable bailli mélomane et charmant qui le premier organisa ces petites sauteries entre polissons, pour leur permettre de passer agréablement. le temps sous les verrous.

Passons à une autre explication d'un des correspondants de r« Intermédiaire1 » :

« Dès le xne siècle, il existait en Alsace, sous le nom de violon, un supplice infligé à ceux qui se rendaient coupables de tapage nocturne, d'injures verbales ou de libertinage. Il consistait en une sorte de carcan qui, par un bout, prenait son homme à la gorge, et, par l'autre, lui maintenait le bras dans la position d'un artiste qui joue du violon. Le patient restait dans cette attitude durant une heure, deux heures, trois heures et plus selon la gravité de l'infraction.

« Ordinairement le tout se passait sur la place publique... D'autres fois, le condamné subissait la peine dans un local spécial auquel on avait fini par donner le nom de violon. Ce genre de supplice dont on abusait fut supprimé en 1678 par le Conseil souverain d'Alsace, mais le nom serait resté, et il aurait fait le tour de la France. »

Ici encore l'étymologie nous parait difficile à admettre, malgré une assez grande vraisemblance. Comment supposer, en effet, que pareil mode de répression bien ignoré certes, ait pu suggérer une locution si généralement connue de tous?

Qu'on nous permette donc une conjecture peu savante , mais peut-être plus exacte.

Le peuple, avec son instinct de comparaison, n'aurait-il pas désigné du nom de « violon » les lucarnes des prisons, simplement à cause des trois ou quatre barreaux de fer qui , de loin , figurent assez bien les cordes de l'instrument en question?

Ajoutons que l'antithèse existant entre l'accompagnateur joyeux de la danse, le violon, et la condition peu réjouissante d'un détenu , est bien conforme aussi au génie populaire , toujours disposé en France à « faire de l'esprit », grâce à des ressemblances, à des oppositions ou à des contrastes plus ou moins ingénieux.

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