Art. 96 et suiv. du C. P
sa comptabilité, ses agents et ses fiches de renseignements sur « la bonhomie » des fournisseurs, plus ou moins faciles à duper.
D'importants débats correctionnels ont permis à la justice d'étudier à fond cette organisation ; certaines poursuites ont impliqué jusqu'à cent délinquants à la fois, appartenant à tous les mondes.
Il existe aussi la bande noire des marchands de meubles qui opèrent dans les ventes publiques afin d'accaparer pour quelques francs les objets de valeur mis en vente. Ils empêchent l'accès près du commissaire priseur, et emploient mille ruses pour écarter les enchères d'amateurs sérieux.
D'autres tombent d'accord pour discréditer dans un quartier une maison de vente, de façon à obliger le propriétaire à faire faillite; alors, dès que la débâcle menace le boutiquier, ils s'abouchent avec lui pour acheter à bon compte son fonds de commerce, auquel on redonne ensuite un grand essor, grâce à des manœuvres inverses qui permettent de le revendre avec d'énormes bénéfices.
En dépit de son nom , la bande noire ne doit pas être confondue avec les précédentes bandes noires, bien que cependant elle ait eu aussi pour objet un genre d'accaparement peu honorable.
Sous la Restauration, on a qualifié de la même manière les acquéreurs de vieux domaines, d'antiques abbayes, qui, après les avoir morcelés et lotis, les cédaient à des particuliers. Ces biens consistaient surtout en immeubles ecclésiastiques et en propriétés d'émigrés confisqués en vertu des lois révolutionnaires. Ces domaines dits nationaux sur lesquels l'État avait mis la main, contrairement aux droits de la propriété, ne trouvaient pas facilement preneurs, ce qui permettait aux agents de la Bande de les obtenir parfois au quart ou au cinquième de leur valeur réelle.
De son côté, le Pouvoir encourageait ces intermédiaires qui lui facilitaient la réalisation des terres ou des maisons « nationalisées » .
Le défaveur avec laquelle ces propriétés étaient vues par les honnêtes gens était telle que Saint-Simon, pour relever le crédit de ceux qui en étaient détenteurs, eut la singulière idée de proposer que nul ne ferait partie de la Chambre élective s'il n'était pas acquéreur d'immeubles nationaux.
Étant donné le genre d'opérations auquel se livrait la bande noire de l'époque de la Restauration, on s'explique que, par extension, ce mot ait été employé par les archéologues et les artistes, pour flétrir le vandalisme de ceux qui achètent des monuments ou des objets anciens, dans le but non de les conserver, mais d'en faire un âpre trafic.
Une étude, Berlin tel qu'il est , donne les détails suivants sur le monde des voleurs. Berlin est l'une des villes où le vol est le mieux organisé. Les escarpes y constituent une immense association qui a ses statuts, ses coutumes et ses secrets. Tous les voleurs de Berlin se connaissent, ils se marient entre eux et dirigent leurs enfants dans leur carrière. De plus, ils s'entr' aident avec sollicitude :
« Si l'un d'eux réalise un coup de main fructueux, dit l'auteur, son voisin en profite ; il le recueillera, le nourrira, et même lui prêtera de l'argent jusqu'à ce que celui-ci ait trouvé Foccasion de faire un bon coup; de tout cela ils se font un point d'honneur spécial auquel ils ne manquent jamais... » Ce tableau nous parait singulièrement embelli par l'imagination; sinon il faudrait avouer qu'il n'est pas de société policée qui puisse rivaliser avec l'harmonie et le bon esprit qui, au dire de l'auteur, régnent dans le monde des fripons d'outre-Rhin.
L'attaque à main armée, exécutée sur les chemins de fer d'Amérique, était encore chose fréquente il y a peu d'années.
Cette entreprise périlleuse était étudiée avec un soin minutieux : il fallait que les détrousseurs fussent assurés d'un butin important proportionné aux dangers à courir. Ils n'entendaient pas risquer la potence pour quelques dollars seulement.
Lorsqu'ils avaient appris par leurs affiliés qu'un important transport d'or ou d'argent devait se faire par la voie ferrée (car ils méprisaient les bagages vulgaires) , ils s'arrangeaient pour provoquer un accident, et, en un instant, surprendre les employés, arrêter le train en marche, sauter sur la machine, ligoter le chauffeur et le mécanicien, et se rendre ainsi maîtres du convoi dans un endroit propice à leur dessein.
Un journal américain1 a raconté l'une de ces attaques sur un express traversant l'Indiana2.
« A peine la station de Ligonier était-elle dépassée, dit un des policiers se trouvant dans le train, que quatre hommes sautèrent sur la plate-forme. Une clef fut introduite dans la serrure du wagon, la porte s'ouvrit sans bruit, puis brusquement ces gens, couverts de masques et le visage noirci, firent irruption, et s'avançant vers le messager qui examinait avec attention ses feuilles de service, braquèrent sur sa poitrine quatre canons de revolvers.
Un des agresseurs, qui le tenait déjà par l'épaule, allait tirer des cordes de sa poche pour le lier, lorsqu'à un signal les agents de police cachés dans le compartiment, et apostés exprès dans la crainte d'une surprise sortirent aussitôt, et la lutte s'engagea terrible. Après un combat acharné, tous les voleurs furent réduits à l'impuissance, et livrés à la justice.
Or il résulte des aveux de l'un d'eux, que le coup était préparé de longue date dans ses moindres détails.
L'échec de cette tentative a-t-il arrêté les attaques? Non pas : en voici la preuve.
Peu après, un autre express sur la ligne du Pacifique a été arrêté et pillé à Big-Springs, et ce dernier attentat s'est accompli sans que les employés ni les voyageurs aient osé opposer aucune résistance : les agresseurs ont pu gagner les champs en toute liberté après s'être partagé une riche capture.
Voici de quelle manière ils ont procédé dans cette dernière affaire. Quelques minutes avant l'arrivée du train, deux hommes masqués ont pénétré dans les bureaux de la station et se sont emparés du seul employé qui fût présent et qui cumule les fonctions de chef de gare et d'employé du télégraphe. Ce dernier essaya bien de donner l'alarme, mais l'un des bandits était au fait du maniement des appareils, et s'arrangea de manière à interrompre la transmission.
Pendant ce temps on s'empara de l'aiguilleur chargé de la