Chicago Times, P. Buffières
2. Ligne de Lake-Sbire et Michigan- Southern, près de Ligonier, dans l'Indiana.
voie, et on le contraignit le revolver sous la gorge, à hisser le fanal rouge qui devait obliger le train à stopper.
Alors les voleurs sautent sur la locomotive, forcent le chauffeur et le mécanicien à éteindre le feu, tandis que le chef de train et divers employés sont enfermés sous la garde d'une sentinelle qui a ordre de faire feu à la moindre tentative d'évasion. Puis les pillards se présentent dans les compartiments des voyageurs et font une abondante récolte de chronomètres et de bank-notes. Dans le wagon des messageries, ils défoncent un coffre-fort contenant 300.000 francs en or, mais ne peuvent venir à bout de l'autre, qui, fermé par une serrure à secret, renferme une somme plus importante encore.
Enfin ils reprennent leurs chevaux attachés dans le bois voisin, et s'élancent à toute vitesse vers les Montagnes Noires en laissant le train poursuivre sa route, et de loin, saluent ironiquement les voyageurs ainsi dévalisés.
Jusque dans ces derniers temps, le fléau du brigandage a sévi en Italie plus qu'en aucun autre pays d'Europe. Si ces audacieux montagnards attaquaient les voyageurs, c'était dans le but de s'emparer de quelque riche personnage, afin d'obtenir une grosse rançon. Ils envoyaient à la famille un objet, un bijou reconnaissable appartenant à leur otage, et réclamaient un* sac d'argent pour le rachat du prisonnier.
Quand les parents, hésitant trop, ne versaient qu'une somme insuffisante, ils leur expédiaient quelquefois une oreille fraîchement coupée, sanglante mise en demeure, bien faite pour hâter les négociations engagées.
Le souvenir de Fra Diavolo a été illustré par la musique d'Auber; et le livret de Scribe fait de son bandit d'opéra-comique, de ce « frère diable », presque un galant chevalier, « un brave à l'air fier et hardi... » Les voyageurs qu'il détrousse sont si ridicules, et lui-même est si élégant dans sa manière d'opérer, que, séduit par de délicieuses mélodies, le spectateur finit par être plein d'indulgence pour les méfaits du héros.
Est-il besoin de dire que le portrait de ce charmant brigand, que les Français ont eu mille fois raison de pendre en
1806, a été singulièrement poétisé par la plume de Scribe. En réalité ce fut non seulement un voleur, mais un assassin et un incendiaire.
Déjà au commencement de l'Empire romain, l'imagination populaire idéalisait les bandits illustres et leur attribuait d'étonnantes délicatesses. C'est ainsi qu'à en croire les auteurs anciens, le célèbre grammairien Palémon1 étant tombé un jour dans une embuscade, n'eut qu'à se nommer pour être sur-le-champ mis en liberté !
En tout cas si les successeurs de Fra Diavolo n'ont pas conservé sa courtoisie, ils ont hérité de son audace.
Aux environs de Naples, de 1861 à 1863 on arrêta plus de huit mille brigands dans leurs repaires et l'on dut constituer des tribunaux militaires pour sévir contre eux.
Mais de toutes les terres italiennes, il n'en est pas où les agressions à main armée s'exercent plus ouvertement, plus impunément qu'en Sicile. Là, prospère et se développe sous les yeux des gendarmes et des magistrats, la fameuse association la Maffia, dont la puissance occulte tient en échec le Pouvoir luimême.
Que l'un des maffîosi commette un crime, personne n'osera l'accuser ni témoigner en justice à peine de représailles terribles. Et les juges feront l'impossible pour ne pas frapper ces puissants inculpés, que le Gouvernement est obligé de ménager.
Malheur a qui est mal vu d'un maffiste influent; il risque un beau soir d'être emmené de chez lui, et de ne recouvrer sa liberté que contre une importante rançon, car les affiliés ne se dérangent qu'autant que leur coup de main doit leur rapporter au moins plusieurs milliers de lires.
Cet état de choses a deux causes, semble-t-il : d'abord il est peu de terres qui aient plus éprouvé la lutte de race et la multiplicité des dominations. Aux premiers habitants, les Sicanes, succédèrent les Sicules, puis les Grecs, les Carthaginois, les Romains. Depuis l'ère chrétienne, la Sicile a passé successivement
1. Palémon eut une grande réputation sous Tibère et sous Claude.
sous la domination de Byzance, des Sarrasins, des Normands, puis des maisons d'Anjou et d'Aragon... avant d'être cédée au royaume de Naples. Toutes ces vicissitudes, ajoutées à l'état d'anarchie, ont fait de cette belle île une région où la sécurité fait défaut, les Associés se plaçant au-dessus des lois.
On aura une idée de la terreur justifiée qu'inspire la Maffia, en se rappelant que dans un seul procès qui s'est déroulé à Palmi en Calabre en 1900, on vit comparaître 24-8 malfaiteurs, dont 231 furent condamnés à la réclusion après deux mois d'inquiétants débats. Au moment de la lecture de la sentence, les condamnés secouèrent avec une telle force les barreaux de la grande cage de fer où on les tenait enfermés, que le magistrat qui avait eu le courage de présider l'audience, dut requérir une compagnie d'infanterie pour les mettre en joue.
Il n'y a pas longtemps1, à Pitracava, en Sicile, une bande de brigands firent irruption dans un petit domaine qu'ils saccagèrent. On parvint à s'emparer de quelques-uns des complices. Or, en visitant les prisonniers, on découvrit qu'ils avaient en dessous un second pantalon à bandes rouges, comme ceux des gendarmes. Dans un sac dont ils étaient porteurs, on trouva également deux shakos et deux uniformes identiques à ceux des soldats de cette arme, deux étuis imitant ceux des revolvers de l'armée, et enfin des barbiches postiches. On eut ainsi la certitude que les brigands se transformaient en gendarmes pour tenter plus à l'aise quelque mauvais coup.
Non moins que l'Italie et la Sicile, l'Espagne avec ses routes déplorables et ses montagnes escarpées, fut, durant de longs siècles, la terre classique des chevaliers d'industrie. L'habitude a même persisté de faire accompagner de soldats les trains circulant sur les voies ferrées les plus centrales de la Péninsule.
José-Maria fut le Fra Diavolo de l'Espagne. Arrète-t-il une diligence afin de s'emparer des bagages? Il offre la main aux dames pour descendre .... Leur prend-il leur bourse ? il leur remet ce qui est nécessaire pour gagner la ville voisine, où elles pourront