Thésée
En constituant son empire, Charlemagne se trouva conduit à organiser une force navale, qui lui servit à compléter ses moyens de défense contre les entreprises incessantes des barques normandes dont il redoutait les incursions. Aussi fit-il construire des vaisseaux toujours armés et équipés, pour faire la police des côtes sous le nom de guet de la mer; et l'on voit dans les Gapitulaires, que les seigneurs feudataires de l'Empire étaient assujettis au service de la flotte comme à celui des armées de terre.
Gharlemagne creusa donc des ports, établit des arsenaux, institua des préfets de côtes. On peut citer Boulogne-sur-Mer comme ayant été l'un des principaux centres maritimes d'alors : c'est là que cet empereur fit relever le phare romain d'Odre [ardens, odrans turris) que le temps avait détruit.
Dès le ve siècle, les habitants des côtes septentrionales de l'Afrique avaient commencé la piraterie séculaire, qui fut la terreur de la Méditerranée jusqu'à la conquête définitive d'Alger.
Il est difficile maintenant de se faire une idée de ce qu'étaient, encore à l'époque de Louis XIV, les pirates barbaresques. Alger, Tripoli, Tunis, régnaient en tyrans sur la Méditerranée, et les côtes françaises se voyaient périodiquement dévastées par les écumeurs de ces régences.
Nous trouvons à ce sujet de curieux détails dans les lettres de saint Vincent de Paul, qui ayant été lui-même victime de ces brigands connaissait par expérience leur cruauté envers les nombreux esclaves enlevés par eux, chaque année, dans les contrées chrétiennes.
En 1652, raconte saint Vincent de Paul, il y avait à Alger plus de 20.000 captifs à la chaîne; à Tunis, de 5 à 6.000; à Bizerte, à Fez, à Tripoli, 40.000 esclaves dans les fers.
A chaque instant, dit son biographe1, des galères turques ramenaient tantôt 200 chrétiens, tantôt 300, 400 ou 500 esclaves pris en mer : nobles, chevaliers, prêtres ou jeunes gens appartenant aux meilleures familles. On les vendait sur le marché, et les acheteurs ayant acquis droit de vie et de mort sur eux, les em-