Le brigantin 'est un petit navire à un ou deux mâts
compagnons furent menacés : « Il fallut se rendre à ces coquins, écrit le saint, et dans leur rage de notre résistance, ils firent hacher notre pilote en mille pièces! Puis ils nous enchaînèrent et prirent la direction de Barbarie , tanière et caverne de voleurs. Pour nous mettre en vente, ils nous donnèrent à chacun un caleçon, un vaste chapeau, et nous promenèrent la chaîne au col... Des marchands vinrent nous examiner comme on fait pour Tachât d'un cheval ou d'un bœuf, nous disant d'ouvrir la bouche pour voir l'état de nos dents, palpant nos côtes, sondant nos plaies, nous faisant marcher au pas, trotter, courir, lever des fardeaux et lutter, pour apprécier la force de chacun de nous. »
Le bon saint Vincent raconte que le pêcheur qui l'acheta d'abord dut le revendre, ne pouvant utiliser son esclave, tant celui-ci souffrait du mal de mer : « rien en effet ne m'était si contraire que la vie sur les flots. »
Après de longs mois de souffrance et de servitude, saint Vincent réussit à s'échapper et à gagner Aiguës-Mortes sur un petit esquif.
Maintenant encore, sur les côtes marocaines du Riff, marchands ou marins sont saisis, tantôt comme victimes, tantôt comme otages.
La tribu marocaine des Riffains compte de 40 à 50.000 individus, vivant entre la frontière algérienne et les environs de Tanger. Il y a quelques années, ils capturèrent le brick français le Prosper-Corrin et retinrent l'équipage pendant 28 jours : le sultan dut même payer une forte indemnité comme réparation.
« Du haut de leurs falaises, cachés dans des anfractuosités (écrit M. Duquesnel), ces écumeurs de mer fouillent l'horizon du regard; et dès qu'ils aperçoivent un navire de commerce en panne ou luttant contre les courants, sur un signal ils se précipitent dans leurs barques, bien armés, attaquent tous le navire en détresse, s'en emparent, massacrent l'équipage, pillent la cargaison, brûlent la coque du vaisseau, et se retirent dans leurs grottes, dans l'attente de nouveaux brigandages.
« Les vaisseaux échoués, — et ils sont nombreux car la côte est mauvaise, — deviennent leur proie, de même que ceux qu'ils
attirent par ruse, en arborant le drapeau blanc, symbole de paix et d'hospitalité.
Il est notoire qu'ils martyrisent leurs prisonniers, témoin la torture du sel, constamment infligée autrefois, et à laquelle ils n'ont pas renoncé.
Cette torture consiste à attacher le patient à un tronc d'arbre, de manière à lui ôter tout mouvement, à lui ouvrir la paume d'une des mains d'un coup de yatagan , après l'avoir écorchée à vif, et à remplir cette main pantelante de sel de mer. La main est ensuite enveloppée dans une lanière de peau de bœuf et serrée de sorte que l'action du sel devient de plus en plus brûlante, à mesure que, sous l'influence de l'air, se rétrécit l'enveloppe.
La douleur est telle alors que, le plus souvent, la folie précède la mort; et si par hasard le supplicié résiste quelques jours, ce qui arrive parfois (les RifFains poussant le raffinement de cruauté jusqu'à nourrir leur victime), il se produit un effroyable phénomène de greffe : les doigts lacérés et repliés prennent racine dans les chairs de la main, qui ne forme plus qu'un moignon horrible.
Le 14 août 1897, la goélette italienne Fiducia-Saltado , revenant d'Amérique, avait passé le détroit de Gibraltar, lorsqu'elle fut abordée par des pirates du Riff. L'équipage dut se rendre et fut emmené en captivité. Le navire, après avoir été pillé, s'en alla à la dérive. A bord de ce navire se trouvait en qualité de mousse, un jeune Français, Paul Peinen, âgé de dix-neuf ans. Il fut emmené par les pirates, qui décidèrent de ne le libérer que contre une forte rançon. Ses parents se rendirent aussitôt auprès du ministre des Affaires étrangères, pour porter plainte.
Emprisonné dans une geôle creusée dans le rocher, Peinen ne recevait presque point de nourriture. Ou le forçait à se tenir debout, même pour dormir.
Au mois d'octobre, la France envoya enfin un vaisseau de guerre sur la côte du Maroc. On ne pouvait songer à reprendre de force le jeune homme, car, dès la première alerte, les pirates l'eussent mis à mort. Mais on espérait l'obtenir en échange de prisonniers riffains que les Espagnols avaient sous les verrous.
On négocia donc; mais le 30 octobre une dépêche venue du
camp espagnol d'Alhucemar annonçait que les négociations pour la mise en liberté de Peinen ayant trop duré, le malheureux avait succombé aux mauvais traitements.
Après la découverte du Nouveau Monde, la mer des Antilles fut infestée par les flibustiers1 . On sait quelle réputation de hardiesse et d'insolence ils acquirent au xvne siècle, surtout à partir du jour où les boucaniers , traqués et impitoyablement décimés par les Espagnols à travers toute Me de Saint-Domingue, se réunirent à eux pour engager contre leur ennemi commun une lutte désespérée.
Cependant les boucaniers (originaires de Normandie pour la plupart) avaient commencé par n'être que d'intrépides chasseurs, et non point des pillards. Vivant de leur commerce ils avaient choisi pour marché l'île de la Tortue, près de Saint-Domingue. Là ils vendaient aux colons la viande de bœuf sauvage, fumée dans leurs baraques ou boucans. Ils se disaient chrétiens, sans se conformer autrement aux lois du Christianisme.
Pour faire partie du groupe, on devait renoncer à tous les usages de la vie sociale, et même à son nom de famille. Les candidats boucaniers ne reconnaissaient plus pour chef que le gouverneur de l'île de la Tortue, et acceptaient d'être désignés désormais par un sobriquet qui passait à leur descendance .quand, cessant d'être boucaniers, ils devenaient colons par le mariage.
Leur nourriture habituelle était la chair du taureau et celle du sanglier; et pour régal, ils mangeaient la moelle toute crue des bêtes par eux abattues. Chacun d'eux devait avoir et nourrir une vingtaine de chiens qui le suivaient à la chasse au buffle.
De 1660 à 1665, un grand nombre tombèrent sous les coups des Espagnols : c'est alors que les survivants, se sentant incapables de lutter seuls, s'associèrent aux flibustiers qui, eux, parcouraient les mers d'Amérique en ne se proposant que le butin pour objectif. L'histoire, le roman et le théâtre ont vulgarisé leurs audacieux exploits.
Aucune mer n'est plus propre que la mer des Antilles à la
1. Les flibustiers (freeboters, faiseurs du butin libres étaient des individus de toute nationalité. — V. M. Brown.
guerre de course; elle fourmille d'îlots, d'écueils, de roches, de hauts fonds qui se relient à ses archipels et principalement au banc dangereux de Bahama.
Dans ce dédale de récifs, les flibustiers trouvaient en effet des refuges et des abris connus d'eux seuls. Leurs éclaireurs, constamment à l'affût sur les keyss les plus redoutés, ou cachés dans les passes les plus ignorées, les prévenaient de la direction des navires en vue et tombaient sur eux à l'improviste, comme des vautours à la curée.
Entre toutes, les colonies espagnoles eurent à souffrir de ces écumeurs. Plus d'une fois les forbans mirent en coupe réglée de riches contrées, ou rançonnèrent des villes importantes, Maracaïbo, Véra-Cruz, Campêche, Carthagène. Ils osèrent même attaquer des vaisseaux de guerre et réussirent plus d'une fois à s'en emparer.
Comme les boucaniers, les flibustiers avaient pour industrie d'organiser de grandes chasses de troupeaux sauvages vivant dans les forêts et savanes des Antilles, Haïti, la Guadeloupe, la Martinique... Leur meute se composait d'une trentaine de chiens énormes, et dès qu'un bœuf était pris, on l'abattait pour le boucaner. Au moyen d'intermédiaires ils vendaient sur les côtes des viandes fumées et des cuirs préparés.
Ils durent leur force à une discipline rigoureuse. A l'origine ils mettaient tout en commun.
Rien de plus remarquable que de voir des gens ne vivant que de rapine, se montrer impitoyables à l'égard des voleurs.
De toutes Jes petites républiques formant la Société, celle composée de Français se montrait la plus sévère à cet égard. Un flibustier volait-il un camarade? on commençait par lui couper le nez et les oreilles. Dérobait-il de l'argent ou des objets appartenant à la Société, n'eussent-ils que la valeur d'une piastre? il était marronne, c'est-à-dire qu'on le déposait dans quelque îlot désert, en ne lui laissant pour toutes provisions qu'une bouteille d'eau, un morceau de viande de porc ou de tortue, un fusil, du plomb et de la poudre.
Ne pouvant se dispenser d'établir certains règlements, ils rédigèrent un Code des Flibustiers que chacun d'eux jurait d'obser-
ver quand il s'affiliait au groupe. La plupart d'entre eux, ne sachant point écrire, adhéraient aux slatuts en y traçant une simple croix. Aux termes de ce code, les Frères de la Côte, ainsi qu'ils se désignaient, avaient tous des droits égaux, c'est-à-dire pouvaient réclamer le partage égal des vivres ou boissons dont on s'emparait.
Dans les circonstances graves on procédait à un vote par suffrage universel.
D'après le Règlement, si quelqu'un faisait monter à bord une jeune fille ou une jeune femme déguisée, il était puni de mort. Pendant tout le temps que les flibustiers tenaient la mer, il leur était interdit de la façon la plus absolue de se battre. S'élevaitil quelque querelle? la solution en était ajournée jusqu'à ce qu'on fût descendu à terre ; et alors le différend se vidait à coup de sabre ou au pistolet.
Indemnités et récompenses étaient prévues par un tarif; les blessés recevaient :
Pour la perte du bras droit, 600 piastres ou six esclaves;
Pour le bras gauebe ou la jambe droite, 500 piastres ou cinq esclaves ;
Pour la jambe gauche, 400;
Pour un œil ou un doigt, 100 piastres ou un esclave.
Celui qui enlevait le pavillon d'un vaisseau, et arborait à sa place celui des flibustiers, recevait une gratification de 50 piastres.
Quand on s'emparait d'un prisonnier de marque, on obtenait une récompense de 100 piastres.
Devenus colons, ils songèrent à fonder des familles de petits flibustiers, et en 1685, on leur expédia de France, une « cargaison de femmes » pour organiser ou plutôt développer la colonie d'Haïti.
Après la paix générale qui suivit les guerres de Louis XIV, la piraterie disparut presque complètement de la mer des Antilles. Quelques aventuriers essayèrent bien de la remettre en honneur; mais outre les Espagnols, ils eurent contre eux les Hollandais, les Anglais, et aussi les Français qui tentaient alors de coloniser leurs possessions; et ils furent promptement dispersés.
Cependant, aussitôt que l'Amérique combattit pour son indépendance, la course se réorganisa de nouveau dans la mer des Antilles et le golfe du Mexique; en même temps on vit reparaître les pirates qui ne se faisaient aucun scrupule de surprendre, trahir, égorger même leurs frères d'armes de la veille.
Le corsaire ne doit pas être confondu avec le pirate.
Ce dernier a exercé de tout temps sa coupable industrie, il attaque et pille indifféremment tous les navires qu'il rencontre; tandis que le corsaire ne faisait main basse que sur ceux appartenant aux nations notoirement en guerre avec son pays. Comme il recevait autrefois des lettres de marque délivrées par le chef de l'État (ou permission de courre sus à l'ennemi), il était donc un serviteur régulier de sa patrie.
A force d'exploits, nombre de corsaires français occupèrent les premières places dans la marine royale : c'est ainsi que Jean Bart, Tourville, Dugay-Trouin , avaient commencé par faire la « course » sur des bâtiments de commerce; et sous le premier Empire, Surcouf se fit une réputation extraordinaire dans les mêmes conditions.
Voilà pourquoi la qualification de pirate, par laquelle on désigna d'abord le corsaire, a pu avoir jadis une acception honorable, qu'elle a perdue de nos jours. Ainsi au xie siècle, le terme pirata indiquait simplement un soldat de marine; et les vieilles chroniques d'Angleterre, du temps de Guillaume le Roux, parlent, sans la moindre gêne, « des pirates du roi ».
Quant à l'expression de « corsaire » s'appliquant aux francstireurs de la mer, elle semble avoir été employée pour la première fois dans une lettre de Louis XI qui s'exprime ainsi : « Certaines gallées coarsaires du roi d'Arragon, nostre ennemy et adversaire, estaient toujours sur la mer illec environ1. »
Au xvic siècle Amyot2 parle aussi « des coursaires et larrons de mer ».