‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 267 sur 296 · Environ 3.000 francs · texte numérisé non relu

Environ 3.000 francs

Nègres pouvaient résister à la chaleur des régions intertropicales. Une fois que ce fait fut bien établi par quelques expériences isolées, le commerce des noirs commença1. Quand les prisonniers de guerre firent défaut, on s'empara par ruse ou par violence des hommes libres, et, dans l'espace de trois siècles, des millions de naturels africains furent transportés en Amérique.

Il faut l'avouer, des Chartes publiques ont légitimé le négoce des esclaves, et ont môme blasonné ceux qui s'en faisaient une triste spécialité, en échange de certaines redevances stipulées au profit de l'État2. Et un Arrêt du Conseil d'État de septembre 1720 « accorde à la Compagnie des Indes, à perpétuité, le "privilège de la traite des nègres, de la poudre d'or, et autres marchandises... )> (Art. 1).

L'esclave faisait exactement partie de la « pacotille » du capitaine, c'est ainsi que s'exprime à cet égard une Ordonnance du 25 juillet 1724. Inscrit dans la cargaison du vaisseau, il est marqué au fer rouge, ce qui permet de le reconnaître comme un vulgaire colis d'exportation.

Toutefois on serait injuste en supposant que le Pouvoir obéissait à cet égard uniquement à une préoccupation de lucre : il désirait avant tout peupler nos colonies en mettant, comme condition du monopole concédé, « l'obligation d'amener un nombre considérable de noirs dans les possessions françaises ». Ainsi, par le traité du 21 mars 1679, la Compagnie du Sénégal s'engageait à transporter, pendant huit années, 2.000 nègres par an aux îles de la Martinique, la Guadeloupe, Saint-Christophe, Sainte-Croix, à Saint-Domingue, à Cayenne, etc.

Si la mère patrie y eût envoyé de ses nationaux, peu eussent survécu à cause de la différence des climats : cette considération n'excuse certes pas, mais du moins explique la faveur dont les marchés d' « ébène vivant » furent si longtemps l'objet.

1. Séduit par l'espoir de doter les colonies américaines d'un nouveau moyen de prospérité, Charles-Quint, alors très jeune, autorisa, en 1517, l'odieux trafic de la traite des nègres. V. Oronoko, Patrice Chauvierre, p. 18.

2. Déclarât, du roi, 1685. — Lettres patentes de 1690, 1721, 1741...

En 1696, il avait été accordé à la Compagnie royale d'Afrique un blason spécial, « ayant deux nègres pour support ».

Une fois que les esclaves furent devenus colons , on se préoccupa de les faire baptiser, et de les instruire de la religion catholique. Le Code Noir, publié en mars 1685 par Louis XIV, l'ordonnait formellement.

Pourtant, on ne saurait le nier, au xvine siècle beaucoup d'esprits, et non des moindres, admettaient, sans trop d'hésitation, le droit de maintenir les races inférieures dans l'esclavage, pour le plus grand profit des nations civilisées, et aussi pour la mise en valeur de leurs colonies, sinon, écrit Bossuet : « ce serait non seulement condamner le droit des gens où la servitude est admise comme il parait par toutes les lois, mais condamner le Saint-Esprit qui ordonne aux esclaves par la bouche de saint Paul de demeurer en leur état, et n'oblige point les maîtres à les affranchir 1 ».

Remarquons que si saint Paul a renvoyé Onésime à Philémon son maître, c'est que cet esclave s'était, avant sa conversion, rendu coupable d'un larcin dont il devait compte à Philémon; et, dans la lettre qu'il adresse en cette occurrence très spéciale, saint Paul, loin de traiter le fugitif comme un être vil et méprisable, conjure au contraire le maître d'accueillir le coupable avec la plus grande charité : « Recevez votre esclave, écrit-il, comme si c'était moi-même2 ».

Sans doute, ni l'Apôtre des nations, ni les premiers successeurs de Pierre, n'ont convié la formidable armée des esclaves à secouer le joug tous en même temps, en acclamant dans un jour à jamais mémorable la loi de rédemption.

Pourquoi donc n'en ont-ils point pris l'initiative?

Parce que, si les libérations eussent été faites, non point peu à peu, mais en masse, les maîtres, minorité infime dans bien des endroits, eussent été inéluctablement victimes de leurs affranchis, sans qu'il fût possible de les protéger en rien contre la cupidité ou les vengeances. Le Christianisme naissant était d'autant plus obligé de procéder avec prudence dans l'œuvre de réorganisation

1. V. Avertis, aux protest., 5e avertis., art. 50, t. IV. Bossuet ajoute même cette remarque, que le mot servi a été, dans son origine, un terme de bienfait et de clémence venu de servare, conserver.

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