Omnes nnum vos estis in Christo, ch. III, v
on voit que le sentiment de l'évêque de Meaux a été déterminé par la considération suivante : mieux vaut encore asservir les vaincus que les tuer, comme le droit de conquête y porterait si naturellement le vainqueur.
On a tant de fois insisté sur l'action émancipatrice du christianisme, que la thèse contraire devait évidemment tenter quelques esprits de notre époque, parmi ceux que le paradoxe attire. Cependant, puisqu'une transformation sociale d'une pareille gravité ne pouvait s'opérer que par degrés, on doit reconnaître que le clergé sut conformer sa conduite au principe posé par saint Paul en ces termes formels : « Il n'y a plus d'esclaves ».
L'évêque cl'Amida, Acacius1, n'hésite pas à vendre les vases sacrés de son église pour racheter 7.000 esclaves persans; le pape saint Grégoire 2 déclare libres tous ceux vivant sur ses domaines ; l'évêque Wilfrid3fait de même à l'égard de 150 esclaves. Sous Louis le Débonnaire, le clergé sollicite du roi une charte générale d'affranchissement. Saint Anselme montre le même zèle. Les papes Pie II, Urbain VIII, Benoît XIV, Grégoire XVI, prescrivent aux chrétiens de traiter tous les hommes en frères, selon la loi du Christ...
On a fait grief à saint Augustin d'avoir conseillé aux esclaves « d'être soumis à ceux de qui ils dépendent, et de les servir de bon cœur et de bonne volonté ». Mais le texte ajoute cette phrase qu'on laisse dans l'ombre très à tort : « Faites ainsi jusqu'à ce que l'iniquité passe4. » Il est donc faux que saint Augustin ait légitimé le principe de la servitude; il engage seulement les esclaves à se sanctifier dans leur condition, en attendant l'heure de la délivrance5.
Une remarque fera bien juger l'état d'esprit dans lequel se trou-