‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 270 sur 296 · De ci vit., XIX · texte numérisé non relu

De ci vit., XIX

5. Dans un endroit du De Regimine principum, II, ch. x, on a prétendu aussi trouver une apologie de l'esclavage, faite par saint Thomas d'Aquin : or, d'après les thomistes les plus autorisés, ce passage n'étant pas de la main du grand Docteur, mais de l'un de ses disciples; nous n'avons pas à le discuter autrement. Au surplus, le texte en question n'est qu'une citation d'Aristote, auquel l'auteur renvoie expressément.

vaient d'ailleurs les contemporains de Bossuet quant à la traite.

Bien que Fauteur de Y Esprit des Lois ne fût pas partisan de l'esclavage1, il en parle cependant en des termes étonnants en dépit du badinage dans lequel il enveloppe son propos : « Le sucre serait trop cher, dit Montesquieu, si Ton ne faisait travailler la plante qui le produit, par des esclaves. Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête; et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre. On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne dans un corps tout noir2... »

En réalité si, au point de vue purement chrétien, l'égalité des hommes en faisait des frères, au point de vue de la Société, il fallait attendre de longues années encore pour que l'opinion répudiât complètement la doctrine formulée par Aristote dans cet axiome où il identifie presque l'homme et la bête : « La nature a créé certains êtres pour commander, comme d'autres pour obéir : de là procède la condition du maître et celle de l'esclave. » Un des plus grands obstacles à l'émancipation des esclaves aussi bien qu'à celle des serfs du moyen âge, fut le mépris que philosophes et hommes d'armes professaient pour le travail manuel : on vit pourtant, en Occident, des moines entreprendre de réhabiliter les travaux de l'agriculture, en faisant du labeur des humbles une des obligations de leur vie religieuse.

Disons, en quelques mots, comment on s'emparait, dans les principaux comptoirs de la Cote d'Or, des infortunés Guinéens.

Des compagnies de négriers débarquaient avec des armes, des ferrements et des chaînes sur les côtes de la Gambie, à Gorée, ou plus au sud, à Elmina et à Bénin. Ces cruels flibustiers arrivaient par caravanes chez des tribus simples qui leur ouvraient largement leurs cabanes hospitalières. Des échanges se négociaient dans des conditions d'apparence correcte; mais quand les trop crédules naturels apportaient leurs marchandises à bord des vaisseaux, ils se voyaient tout à coup, non seulement dévalisés, mais privés de leur liberté, et entassés à fond de cale dans des sentines iufectes. On volait marchands et marchandises tout ensemble.

1. (( L'esclavage n'est pas bon par sa nature. )) (Esp. des Lois, XV, 1.)

Page 1