La Traite et le dr. intern., p. M. de Montardy
(( C'est là, poursuit l'auteur, qu'on enferme sous clef tous les pauvres diables qu'on saisit, racole, surprend, trompe, ou achète en dessous main. Quand YAsylum offert aux Africains libérés by British philanthropy and value est plein, et que les navires frétés ad hoc sont prêts à partir pour les colonies, on ouvre les portes, l'officier de la Couronne se présente devant les noirs et leur tient le discours suivant :
« Africains ! c'est à l'Angleterre que vous êtes redevables de la liberté dont vous pouvez jouir. Au lieu de retourner à votre existence sauvage et barbare, voulez-vous, protégés par son libre drapeau, aller travailler dans les colonies de votre libératrice, vous moraliser par l'exemple des bonnes mœurs et les leçons de l'Evangile? »
« Silence sur toute la ligne, comme de raison, car personne n'a compris.
« L'interprète s'avance à son tour, et dans l'idiome familier à ceux à qui il s'adresse il s'écrie :
« Qui sont ceux qui désirent devenir du grand monde1? Qui sont ceux qui veulent de petits cochons rôtis, des piques, du tabac, des p>agnes rouges et du rhum?
« Moi!... moi!... s'écrie aussitôt la foule.
« Tous les regards s'allument de convoitise, tous les bras se lèvent.
« On leur donne alors ce qu'on vient de leur promettre, du porc rôti, des piques, du tabac, des pagnes rouges et un peu de rhum ; puis au son du tam-tam nègre on les entraine à bord, en leur persuadant que dans le pays où on va les conduire, ils couleront des jours remplis de bonheur..., de tabac et de rhum. Quand ils sont dégrisés, le navire est en pleine mer, et c'est désormais affaire au capitaine de maintenir la tranquillité à bord, à coups de fouet, en enfermant ses émigrants libres dans le fauxpont, ou mettant aux fers les récalcitrants. S'il en est qu'on soupçonne de fomenter une révolte, ce qui n'est pas rare, car les pauvres diables ne tardent pas à voir qu'on les a trompés, on
1. Du Gabon à Sierra-Leone les noirs appellent grands inondes, tous ceux qui ne sont pas obligés de travailler pour vivre, et peuvent s'acheter autant qu'ils veulent d'alou ghou, c'est-à-dire de rhum.
leur casse impitoyablement la tête, ou on les envoie se balancer au bout d'une vergue, sans autre forme de procès... »
Bien qu'en Egypte la traite soit officiellement abolie; bien qu'elle soit même frappée de peines plus ou moins sévères, elle s'exerce néanmoins d'une façon clandestine.
Les marchands d'esclaves trouvent toujours de riches personnages disposés à entrer en affaire avec eux, sous la qualification générale de ce transport de cargaison ».
La nécessité de la répression ne saurait faire doute, puisque le gouvernement égyptien a dû organiser, au ministère de Tintérieur, une section spéciale pour la recherche des cas de traite.
De son côté, la Société antiescJavagiste !, analysant une étude sur les possessions anglaises de la Côte d'Or, assure que si l'esclavage est théoriquement aboli sur tout le territoire anglais, en pratique il est loin d'avoir disparu.
Les achats d'esclaves se font en cachette sur les côtes, mais dans les pays de l'Aschanti, la traite sévit au grand jour.
L'excuse qu'en donnent les traitants, c'est que les richesses du sol, y compris les mines d'or, seraient presque sans valeur si les propriétaires ne pouvaient les venir réaliser ou troquer dans les ports, contre des produits européens : or, dans un pays où les routes et les moyens de transport font défaut, on trouve naturel de réduire l'homme à l'état de bête de somme.
Pour ces longs voyages qui nécessitent quelquefois deux mois de marche continuelle, avec le moins de nourriture possible, on utilise des jeunes gens et des jeunes femmes. Plus d'une fois, pour les rendre reconnaissables, « le maître qui les suit et les surveille a eu soin de les marquer, en sillonnant leurs joues d'un certain nombre de coupures verticales ». Quand les produits ont été vendus sur la côte, le propriétaire s'empresse de se défaire à vil prix de ces porteurs, pour se dispenser de leur assurer la nourriture du retour.
Aux environs du Cap, on estimait à 5.000 le nombre de ces esclaves, dont le prix variait de 150 à 200 francs; mais parfois il y avait encombrement, et on a vu un esclave échangé contre