‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 276 sur 296 · Rev. sept · texte numérisé non relu

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deux volailles. Il y a aussi des indigènes qui se vendent comme sanction des « palabres », ou différends survenus entre eux : l'enjeu est la liberté des plaideurs qui stipulent, avant la réglementation du litige, que le perdant consentira à être vendu au profit de celui qui sera reconnu avoir le bon droit pour lui.

De sa mission de Sainte-Croix des Eshiras, fondée au Congo en 1895 le R. P. Buléon, dans une lettre publiée en mars 1899, précise d'une manière très remarquable les causes vraies de cette plaie africaine : « Le voyageur qui ne fait que passer, écrit-il, ne soupçonne pas les marchés inhumains qui se font dans es innombrables tribus éloignées des fleuves, artères par lesquelles on pénètre d'ordinaire pour l'exploitation des denrées africaines. « Les populations riveraines, intéressées à servir de courtiers entre les blancs et les noirs de l'intérieur, empêchent à tout prix ceux-ci de venir dans la zone de notre influence. Il en resuite que les tribus non riveraines, n'arrivant pas à se mettre en contact direct avec nos commerçants pour échanger les produits de leur travail, sont obligées de subir les exigences des courtiers noirs, s'ils veulent se procurer l'un des produits qui leur manquent.

« Supposons qu'un étranger se présente dans la région avec des marchandises variées et qu'il déclare vouloir les troquer non pas contre de l'ivoire ou du caoutchouc , mais seulement contre des esclaves : alors l'indigène, désireux d'avoir les choses qui tentent sa cupidité, ira jusqu'à donner l'un de ses fils comme paiement d'un fusil, ou d'un sac « de ce bon sel qui fond dans la bouche et que les blancs ont inventé ». Et le marché sera conclu : on appellera les enfants qui s'approcheront sans défiance pour savourer le sel, ou admirer les étoffes aux couleurs voyantes dont la nouveauté les séduit, et tout à coup les marchands les saisiront et les entraîneront impitoyablement... Cela je l'ai vu. »

Et le missionnaire, témoin de ces faits qui se reproduisent chaque jour sous ses yeux, revient avec insistance sur cette idée : « C'est avant tout pour se procurer les objets de notre industrie que les peuplades de l'intérieur de l'Afrique font le commerce avec les pourvoyeurs d'esclaves ».

Les traitants ont encore un moyen d'avoir à meilleur compte

leur cargaison vivante, sans même déballer leur pacotille : ils déposent un peu de sel sur des feuilles, au milieu du sentier, et se postent en embuscade. Vienne un enfant, il se baissera pour prendre ce qui est à son goût une friandise ; aussitôt garrotté, il sera emmené en esclavage, en punition de son larcin.

Au demeurant, si grossiers que l'on suppose les non-civilisés, ils doivent pourtant avoir, de par la nature, un certain sentiment paternel, aussi bien qu'ils ont, dans l'ordre surnaturel, quelques notions spiritualistes.

Dès lors, ce n'est donc point uniquement pour s'en débarrasser, qu'ils livrent leurs enfants : ils sont incités à commettre ce crime par le désir, quelquefois même par la nécessité de se procurer les choses dont ils ont besoin, l'esclave étant encore, dans bien des régions, un genre de monnaie vivante, particulièrement apprécié et recherché pour toutes les transactions.

Nous voici parvenu à la fin de notre enquête ethnographique, qui en dépit de son étendue n'a pu porter, est-il besoin de le dire, que sur les faits principaux, les documents les plus notables, les traits les plus saillants de l'histoire de l'humanité.

On l'a vu : l'étude attentive, patiente et consciencieuse des Croyances, mœurs et coutumes, nous a montré partout la foi en un Être suprême bienfaisant ou terrible, honoré par des sacrifices expiatoires ou propitiatoires, et par des fêtes d'essence religieuse; partout aussi nous avons retrouvé la croyance à la survivance de l'âme, affirmée par le culte rendu aux ancêtres ; partout nous avons pu reconnaître les manifestations de la conscience humaine, même chez les peuples qui se sont le plus écartés des vrais principes; partout enfin, de pieuses voix, en dépit de notes discordantes, prennent part à l'éternel concert qui, traversant les mers ets'élevant au-dessus de la cime des monts, chante universellement un credo

Désireux de mieux comprendre l'histoire des religions, des sentiments et des idées, nous avons sans cesse interrogé l'érudition contemporaine dans ses travaux multiples, et reproduit, pièces en main, les affirmations les plus autorisées des connaissances profanes.

Eh bien ! en toute circonstance, les découvertes des savants, loyalement analysées, nous ont apporté une magistrale et décisive confirmation de nos jugements.

Aussi nous croyons-nous autorisé à formuler la conclusion suivante, qui met en relief une importante vérité :

Le respect de la Science dans le domaine de ses affirmations

prudentes, et dès lors légitimes, c'est-à-dire la foi en la Raison humaine sagement interrogée, fortifie, illumine et confirme en définitive, d'une façon aussi décisive que victorieuse, les raisons de la Foi.

Si, au cours de cette étude, nous avons professé un respect profond et sincère envers l'humanité (alors même que nous la trouvions dominée par la superstition la plus grossière, ou asservie par les plus regrettables aberrations), c'est que nous n'avons point perdu de vue un seul instant l'enseignement large et libéral des plus éminents docteurs de l'Église, dont tant de sectaires contredisent à plaisir la doctrine, pour imputer au Catholicisme une intolérance bien voisine de la cruauté.

Exagérant en effet, et faussant même la signification vraie de l'axiome : « Hors de l'Église point de salut! » plusieurs le traduisent par cette prétendue équivalence : « Quiconque n'est point catholique est réprouvé » .

Or, ni les décrets des Conciles, ni les écrits les plus autorisés des Pères, n'imposent une semblable conclusion.

Écoutons au contraire ces solennelles et réconfortantes déclarations, qu'on aime à se rappeler et à rappeler quand, après avoir interrogé dans ses replis intimes l'âme de l'humanité comme nous venons de le faire, on y a si souvent aperçu un rayon de bonne foi, filtrant à travers les ténèbres de l'erreur ou de la plus épaisse ignorance : « La gloire, la paix, seront le partage de tout homme qui fait le bien... Ceux qui ont péché, sans avoir reçu la Loi, ne seront point jugés par la Loi, » annonce l'Apôtre des nations1.

Au second siècle, saint Justin écrit même : « La religion nous apprend que le Christ est la souveraine raison dont tout le genre humain participe. Tous ceux donc qui ont vécu conformément à son esprit, sont en quelque sorte chrétiens : tels sont Socrate, Heraclite et ceux qui leur ressemblent2. »

1. S. Paul aux Romains, II, 12. Voici le texte même, d'après la Vulgate : ce Quicum. que enint sine lege peccaverunt, sine lege peribunt; et quicumque in lege peccaverunt, per Icf/cm judicabuntur.

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