FAITS MEMORABLES DE L HISTOIRE DE LA PROPRIETE
De la propriété des momies en Egypte : en quel cas on les donnait en gage. — Condition des terres en Israël selon la loi du Jubilé. — Les domaines grecs d'après les inscriptions lapidaires. — Épisodes relatifs à la contrainte par corps en Grèce. — Loi romaine autorisant à couper le débiteur en morceaux. — Propriété féodale : historique des fiefs. — Fonctions de cuisinier, de bouffon, de bourreau... constituées en fiefs. — De la propriété des privilèges. — Les héritages sous la Révolution et le droit d'aînesse. — Mirabeau et les biens ecclésiastiques. — Les biens des émigrés. — La propriété des Juifs depuis l'ère chrétienne : causes de leur richesse. — Rapports entre la Papauté, le pouvoir royal et les Juifs. — Présomption originale de propriété d'après le Talmud. — Cruautés des anciennes lois de Norvège, d'Italie et de Turquie à l'égard des insolvables. — La mesure d'un berceau dans les Coutumiers allemands. — Organisation de la propriété en Russie; le mir; l'izba et l'ousadba. — Coutumes arabes concernant les maisons. — Les « coqs indicateurs » et les larcins au Dahomey. — Les débiteurs en Chine; la dotation des morts ou hong-hoa. — La propriété au Japon. — Fétiche protecteur des biens en Guinée...
La propriété, au point de vue supérieur, est un droit communiqué par le Créateur à sa créature privilégiée, l'homme, en vertu de l'antique contrat conservé par Moïse : replète etsubjicite terrant, selon l'expression de la Genèse1, c'est-à-dire : que l'homme soit le roi de la terre, qu'il la remplisse, la domine et vive par elle.
Dans la première phase de son existence , l'humanité n'a connu qu'une possession éphémère. L'organisation normale et régulière de la propriété n'existait point encore; et si la place appartenait légitimement au premier occupant, c'est que personne n'avait encore commencé le travail d'appropriation, qui conférera plus tard au détenteur un droit exclusif et personnel, ratifié par le temps, et consacré par les soins dépensés pour rendre le sol fécond.
La propriété ne fut donc pas à l'origine un vol (puisqu'il n'y
1. Genèse, I, 28. — Terra mea est, vos advenx et coloni met estis.
avait point lieu alors de déposséder ni d'évincer personne), mais une mainmise légitime.
Elle est en effet manifeste, la vanité du paradoxe de Proudhon, jetant ce cri de guerre : « La propriété c'est le vol! »
Ne va-t-il pas jusqu'à soutenir cette énormité : que « ni le travail, ni l'occupation, ni la loi, ne peuvent créer la propriété, qui est un effet sans cause... »? Gomme si l'être humain, de par le droit naturel, maître de lui-même, de ses facultés et de ses organes, ne l'était point aussi légitimement des objets dont il crée la valeur, soit par l'activité de son esprit, soit par l'industrie de sa main !
D'ailleurs, l'absurdité de l'aphorisme tapageur de Proudhon apparaîtra, par la seule énumération qu'il donne des quinze catégories de voleurs « autorisées ou flétries par la société », selon les termes mêmes qu'il emploie, et dans lesquelles il place les propriétaires, les commerçants et les fonctionnaires, à côté des brigands, des escrocs, des usuriers et des pirates.
Et pour rester fidèle jusqu'au bout à sa thèse audacieuse, l'auteur en arrive à ce stupéfiant aveu : « que son éditeur et luimême volent également le public, en faisant payer son livre le double de ce qu'il vaut ».
En lisant Strabon1, on apprend que les terres d'Egypte furent d'abord divisées en trois parts : une pour les laboureurs, une autre pour les prêtres, et la troisième pour les guerriers. Toutefois, Diodore de Sicile 2, qui est d'accord avec Strabon en ce qui concerne l'attribution faite aux prêtres et aux guerriers , indique le dernier tiers des biens comme étant la propriété du roi, qui en donnait l'usufruit au peuple, moyennant redevance.
L'habitude de délimiter les champs par des bornes ou des arbrisseaux, était constante dans le pays3.
L'emploi de pierres ouvrées, servant de points de repère, se retrouve d'ailleurs chez les plus anciens peuples sédentaires. Il existe à la Bibliothèque nationale une borne chaldéenne, dite cail-