Gundcrmann, I, 20G
un morceau qui était comme la preuve durable du marché conclu.
Non seulement cette petite scène significative attirait l'attention des parties; mais de plus elle avait, à l'origine du moins, une valeur testimoniale, car la baguette présentait au point de séparation des échancrures, des brisures multiples; en sorte qu'en mettant en présence les deux moitiés, on pouvait constater qu'il y avait bien correspondance entre les fragments échangés lors des conventions.
« Les anciens Romains, dit Isidore de Séville (Orig., v. 24), avaient l'habitude quand ils contractaient de séparer une tige de paille en deux morceaux, qu'ils rejoignaient ensuite pour symboliser l'accord des volontés. »
De nos jours n'est-ce pas encore par le rapprochement des titres avec les arabesques de leur « talon », et des mandats avec les découpures de leur souche, que banquiers et administrateurs trouvent un moyen de vérification et de contrôle?
La signification du brin de paille était si positive, à Rome, que les expressions « donner ou recevoir un fétu », correspondaient à celles-ci : s'engager, contracter1.
Les usages judiciaires de notre temps admettent un mode de preuve qui a quelque analogie avec le procédé romain. Les bouts de paille, juxtaposés de façon à reconstituer intégralement la tige brisée, avaient jadis, disons-nous, l'autorité d'un témoignage : or, lorsque de nos jours, à la campagne, les fournisseurs (particulièrement les boulangers) mettent en présence la petite branche appelée « taille » et l'autre morceau ou « échantillon » que le client garde chez lui, il en résulte une preuve des fournitures , équivalant à un écrit au regard de notre code civil 2.
D'ailleurs la taille, en tant que procédé de comptabilité rudimentaire, est contemporaine de la prime humanité : dans des fouilles récentes faites chez les troglodytes de la Vézère, popu-