‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 48 sur 296 · Loc. cit · texte numérisé non relu

Loc. cit

Dans des Décrets émanant d'anciens souverains de Turquie se trouvent aussi prévues des peines « contre les créanciers qui tailleraient de la chair vivante au delà du nombre d'onces convenu ». Ce dernier mot donne clairement à entendre qu'au moment de l'emprunt, celui qui avait besoin d'argent stipulait la quantité de chair dont il acceptait l'ablation éventuelle en proportion de la somme qui lui était prêtée. Autrement dit, il hypothéquait une petite partie de son corps, au profit de celui qui aurait pu le mettre à mort.

La même chose se passait en Italie. Le contrat intervenu déterminait lepoids de chai?" humaine affecté à la garantie du paiement.

Shakespeare fait allusion à cette coutume dans sa pièce du Marchand de Venise : Un juif, nommé Shyloch avait accepté de prêter sans intérêts une somme à un certain Antonio , à condition que si , l'échéance venue, la dette n'était pas remboursée, le créancier était autorisé à détacher du corps d'Antonio, un lambeau de chair d'un poids déterminé. Le délai étant passé sans qu'Antonio ait pu s'acquitter, Shyloch, armé de son billet, refuse aucune compensation quelconque, et entend se venger en exigeant l'exécution littérale de la convention intervenue... Le Tribunal, désireux de trouver un expédient qui lui permît de ne point appliquer strictement cette clause barbare, envoya prendre l'avis d'un savant jurisconsulte de Padoue nommé Bellario, et sur son conseil, interprétant judaïquement à son tour le texte de l'écrit, rendit la décision suivante :

« Juif! une livre de la chair de ce marchand t'appartient; la loi te la donne, la Cour te l'adjuge donc. De plus, toujours aux termes de ton billet, tu dois couper cette chair sur Antonio; la loi Je permet et la Cour te l'accorde. Toutefois ce billet qui te concède une livre de chair ne t'accorde pas une goutte de sang : les termes sont aussi formels. Prends donc ce qui t'est dû, c'est-à-dire la livre de chair; mais si en la coupant tu verses une seule goutte de sang chrétien, les lois de Venise autorisent la confiscation de tes biens au profit de la République. De plus, si tu coupes plus ou moins de la livre qui t'est due, nous te condamnons à mort. »

Dans l'Europe moderne, c'est en Russie surtout que l'on trouve

la propriété organisée d'une façon particulière. Là, l'émancipation ne confère pas au moujik un droit héréditaire sur la terre qui lui est attribuée. Sauf pour sa cabane (izba) et pour son petitjardincontigu(ousadba), il n'est en réalité qu'un usufruitier, le fonds appartenant à la commune ou mir1.

Par suite de ce communisme relatif, non seulement le moujik n'a vraiment que la jouissance de sa part, mais il n'est même pas sûr d'en profiter sa vie durant. En efïet le régime rural de la Russie admet des répartitions périodiques du sol à certaines dates déterminées; et cet allotissement est étendu ou restreint selon la composition de la famille à cette époque, et à raison surtout du nombre des enfants.

Cependant, comme la commune russe, distribuant le territoire, ne donne à ses membres ni avantages pécuniaires, ni bétail, ni instruments de travail, on voit souvent des paysans ne posséder aucune parcelle : les uns ont renoncé à leurs champs, qui se trouvaient trop éloignés de leur demeure ou montraient une aridité désespérante; les autres, n'avaient pas d'outils pour la cultiver, d'autres enfin, ont préféré, selon l'expression russe, « vendre leur âme », c'est-à-dire leur part pour se procurer quelques roubles.

Au point de vue des répartitions , le mir se préoccupe moins des besoins de l'individu que du nombre de bras dont il dispose : « Ainsi Yvan Fédotof, par exemple, recevra cette année un lot ou un demi-lot de plus que l'année précédente, parce que ses enfants grandissent et que sa famille est capable d'étendre la culture. En revanche, la maison de son cousin Vassili recevra un lot ou un demi-lot de moins parce que le chef de l'exploitation vieillissant, n'est plus en état de fournir le même travail. »

Afin d'être à même d'attribuer leur prime aux nouveaux venus, certaines communes russes ont des terres mises à part; mais par suite de la densité croissante delà population, elles sont menacées de voir disparaître à bref délai toutes leurs réserves.

1. Certains moles de propriété rappellent le mir russe; ainsi on peut citer la dessa javanaise ; les terres arch de l'Algérie, les allemcnden de la Suisse et de certaines parties de l'Allemagne...

La suppression de la communauté dans les villages russes ne semble pas encore une chose prochaine, car beaucoup de moujiks craignent quevdans un partage définitif, il ne leur échoie un mauvais champ, qu'ils n'auraient plus la possibilité d'échanger lors d'un nouveau tirage au sort.

Nos lois françaises n'ont pas restreint la surface pouvant faire l'objet d'une vente immobilière. Mais autrefois, du moins dans certaines législations coutumières, l'aliénation, pour être régulière, devait porter sur une surface appréciable, dont le minimum était le terrain suffisant pour établir « un siège à trois pieds » , sur lequel le nouveau propriétaire pouvait s'asseoir.

Selon une très ancienne coutume allemande, la mesure du plus petit bien devait être au moins celle d'un berceau d'enfant avec la place nécessaire pour l'escabeau de la berceuse.

C'est à peu près aussi la mesure d'un cercueil...

Certaines habitudes relatives à la propriété musulmane sont à connaître.

Se propose-t-on d'élever une maison? on commence par acheter un mouton, on le tue sur l'emplacement du futur bâtiment et on répand le sang à terre1. Ce sacrifice d'un animal a été substitué, semble-t-il , à l'antique usage égyptien de tuer des esclaves dans de semblables circonstances : le sang versé sur les fondations devait, croyait-on, les cimenter et les rendre indestructibles, l'« esprit » de la victime étant réputé les défendre contre les génies malfaisants.

Après avoir mangé le mouton, le musulman creuse le sol; la première pelletée de terre est pour l'arbuste préservatif de tout accident, que les maçons ont eu soin d'apporter, et qui sera soigné et arrosé, tant que durera le travail. Lorsque l'édifice est terminé et que le propriétaire peut l'habiter, on suspend au-dessus de la porte d'entrée une sorte de plante grasse. Si la plante se dessèche vite, malheur à la maison! malheur à la famille qui l'habite! mais tant qu'elle sera verte rien de dangereux n'est à craindre, pense-t-on.

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