‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 53 sur 296 · R. P. Baudin, loc. cit · texte numérisé non relu

R. P. Baudin, loc. cit

ciale, les émigrants se sont divisés en groupes de trente à cinquante personnes qui, en vue d'assurer la sécurité des biens de chacun et du patrimoine commun, ont conféré à trois délégués une sorte de souveraineté indiscutée, acceptant tous de se soumettre dans l'intérêt général à une discipline rigoureuse. L'isolement, l'impossibilité de se ravitailler, la difficulté de retrouver des objets de rechange, leur ont imposé ce régime comme une impérieuse nécessité.

Un jour l'un des émigrants installés sur les bords du lac Bennet, Albert Davis, s'aperçut qu'un peu de lard manquait à sa provision... En procédant à une perquisition minutieuse, on découvrit dans le sac d'un nommé Martin le morceau dérobé, encore marqué des initiales de Davis, déformées en partie.

On constitua un tribunal sous la présidence du chef Hogan. Le volé déclara que la privation de son lard était chose de minime importance eu fait; mais que le principe du respect strict de la propriété imposait une répression exemplaire.

Le Comité de justice en ayant délibéré, après le vote recueilli, condamna l'auteur du larcin à être lynché aussitôt.

La décision fut accompagnée d'un document signé de John Iîogan, Bernard Giers et William Baker et adressé : « A tous ceux que cela peut intéresser. » Voici les considérants de ce jugement :

« La présente a pour but d'attester que nous avons pendu William G. Martin, pour nous rendre justice à nous, et à tous ceux qui font le voyage du Klondyke. Il a été convaincu de vol, et dûment condamné suivant des procédés réguliers. Que l'on considère notre situation, nous qui avons à peine ce qu'il nous faut pour arriver au but, en nous voyant dépouillés par le vol ! Nous devions être nos propres juges et nous devions prendre les moyens efficaces, suivant toute la justice possible, pour arrêter la contagion du mal. C'est ainsi que nous nous sommes prémunis contre le vol. Nous espérons que notre conduite sera approuvée par les honnêtes, gens et qu'elle servira d'avertissement pour tous les voleurs au Klondyke... »

Un nœud coulant avait été disposé et accroché à un arbre, audessus de la tête de Martin. Alors le malheureux essava d'atten-

drir ses juges, parlant de sa femme et de son enfant. Il offrit d'abandonner tout ce qu'il avait gagné jusqu'alors.

— Assez! interrompit le chef. Votre « stuff » ne peut vous racheter. Vous avez volé, voilà tout. »

Ayant retiré un de ses souliers et se servant de la semelle comme d'un pupitre, Martin écrivit une lettre d'adieu à sa famille ; puis annonça qu'il était prêt.

On lui lia les mains derrière le dos. En deux secondes il était pendu.

« Maintenant justice est faite, camarades! allons nous coucher, » dit simplement Hogan, en manière d'oraison funèbre.

Et les chercheurs d'or regagnèrent leur tente en silence1.

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