Gaïus, Comm., I
clique, la main est l'un des plus importants; car si la bouche formule la résolution prise, c'est la main qui l'exécute.
Quoi de plus universellement répandu que le langage emblématique de la main! Ne "traduit-elle pas d'une manière très expressive les actes et les sentiments principaux de la vie?
— Joindre les mains, c'est supplier.
— Offrir la main à un ennemi, c'est lui pardonner.
— Mettre la main dans la main, est un gage de promesse ou d'amitié.
— Élever les mains, c'est implorer le ciel.
— Unir les mains des fiancés est le cérémonial constant du mariage.
— Étendre la main, c'est affirmer solennellement.
— Donner son vote ou son adhésion se fait en levant la main; aussi, dans les licitations romaines, l'enchérisseur portaitil le nom de manceps.
— Enfin c'est en imposant les mains qu'on bénit ou protège... Cependant de toutes les significations légales de la main, la
plus usuelle, la plus normale, est celle qui indique qu'on se saisit d'une chose, qu'on s'en empare.
Aussi à Rome, dans la plupart des questions de propriété, voit-on intervenir la main. C'est ainsi que la vente dont nous parlions tout à l'heure s'appelait mancipatio 4; c'est pourquoi encore le droit de l'époux sur la femme romaine était appelé manus, droit particulier qui plaçait la femme sous l'autorité du chef de famille en tant que « fille ainée » vis-à-vis de son mari, et « sœur de ses propres enfants » 2.
Nous reverrons bientôt le symbole de la main réapparaître dans le Droit Coutumier avec des significations variées, mais toujours inspirées par les principes que nous venons d'exposer.
L'esclave romain, propriété comparable au bétail, était en certains cas marqué d'un signe indiquant à quel maître il appartenait. S'enfuyait-il? le propriétaire pouvait le mettre à mort; mais souvent, estimant avantageux de lui conserver la vie, il se
1. Manu capere. Dans la franchise primitive du langage, la propriété, nous l'avons dit, c'est non pas ce qu'on a acheté, mais ce qu'on a pris.
2. Loco fdix par rapport au mari, et loco sororis pour ses enfants. (G-aïus, III, 14.1
contentait de lui graver sur le front avec un fer chaud la lettre F, abréviation de fugitivus; et ce signe apparent le dénonçant à tous, lui ôtait l'espoir de s'échapper de nouveau.
Ainsi nos fermiers marquent-ils de leur initiale les troupeaux de moutons dépendant de leur exploitation.
Quand Constantin eut reçu le baptême, il défendit « de déshonorer en la personne de l'homme, la beauté divine »*, et permit seulement de mettre au cou des esclaves un collier de fer, avec une inscription sur une plaquette de bronze, pour indiquer le nom du maître. On a recueilli une vingtaine de ces colliers à Rome, et aussi à Nîmes, où l'on en trouva un sur lequel se lit cet avis plaisant : « Arrêtez-moi! car je me suis enfui; et ramenez-moi à mon maître2 ».
A partir du 111e siècle de l'ère chrétienne, le collier infamant est supprimé presque complètement3.
De même que la volonté d'appréhender s'accusait par l'emploi de la main4; de même dans l'abandon du droit de propriété, la main intervenait, notamment quand on rendait la liberté à un esclave. L'acte d'affranchissement 5 se pratiquait ainsi : le maître prononçait la formule solennelle d'émancipation tout en tenant l'esclave, afin de bien montrer qu'il était sa chose ; après quoi il retirait sa main pour prouver qu'il renonçait à sa puissance. Alors l'esclave tournait sur lui-même pour faire voir qu'il changeait de condition juridique6, et devenait désormais un être libre.
Maîtres de la Gaule, les Romains la soumirent à l'impôt foncier payé par les possessores du sol. La répartition se faisait au moyen du cadastre7 et du recensement des biens8; en outre il y avait rimpôt personnel, puis des redevances en nature9, des