‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue)Chapitre 89 sur 296 · Voir aussi Concile de Latr · texte numérisé non relu

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moi, pécheur indigne, le dernier des serviteurs de Dieu, évêque ou abbé de... où repose l'humanité mortelle du bienheureux martyr (ou confesseur)..., salut éternel en Dieu :

« Je vous fais assavoir que le voyageur nommé..., né à..., est venu à moi et m'a demandé conseil sur un péché qu'il a commis à l'instigation de l'ennemi commun. Selon nos usages canoniques, j'ai jugé que cet homme devait se mettre dans la condition de ceux qui errent pour la rédemption de leurs âmes. Sachez donc que, lorsqu'il se présentera à vous, vous n'avez point à en mal penser ou à vous emparer de sa personne. Bien au contraire, accordez-lui le gite, le feu, le pain et l'eau; puis sans le retenir davantage, laissez-le se hâter vers les lieux saints.

« Agissez ainsi pour l'amour de Dieu et le respect de saint Pierre. Vous en obtiendrez récompense dans la vie éternelle ; car dans cet étranger, c'est Jésus-Christ que vous aurez recueilli et nourri. Songez que le Seigneur a dit : « J'étais étranger et vous m'avez « recueilli ; » et puis encore : « Ce que vous ferez pour le moindre « de ces petits, vous l'aurez fait pour moi. »

Dans l'ancienne Normandie existait une coutume appelée « dénonciation de haro », ou simplement haro. On y avait recours quand il y avait meurtre « ou tentative de plaie et de sang », comme dit le Grand Coutumier. Si un individu était victime d'un attentat, si une agression mettait sa vie ou même seulement ses biens en péril, il criait : Haro! A ce cri, tous ceux qui étaient dans le voisinage devaient s'empresser de lui prêter main-forte, procéder à l'arrestation du malfaiteur et le conduire devant l'autorité ] .

Le « haro » fut étendu ensuite aux affaires civiles2; mais à l'origine, c'était uniquement pour venir en aide aux victimes

1. L'expression crier haro, venue de Normandie, s'est généralisée, et fait actuellement partie de notre langue ; tout le monde connaît ce vers de la Fontaine :

A ces mots, on cria haro sur le baudet !

2. Dans les concessions de privilèges royaux, notamment dans les anciens permis d'imprimer, on lit cette formule : La vente de ce livre est autorisée malgré la clameur de haro. Cette mention mettait obstacle à la saisie de l'ouvrage en cas de dénonciation : et cette garantie se payait fort cher, d'après le tarif des droits fiscaux d'alors.

d'une entreprise criminelle que cette procédure fut imaginée.

Le passant averti par le cri n'accourait-il pas aussitôt? Il se rendait lui-même coupable d'un délit qui le mettait « à la merci du roy » .

Dès que la « clameur de haro » avait été poussée, l'individu qui en était l'auteur se trouvait placé sous la protection des lois, et le coupable ainsi dénoncé devenait, par une fiction légale, prisonnier du domaine où le flagrant délit avait été commis.

C'est là aussi qu'il était ramené et interné lorsque, « malgré le pourchas », il était parvenu à fuir ou à se cacher.

Le texte même de la Coutume de Normandie est à citer1. On y lit que le haro ne peut être clamé qu'en cas de feu, larcin, homicide, ou péril évident, « comme si aucun court sus à un autre, le couteau étant trait 2. Et ceux qui l'ont ouï doivent alors venir en hâte pour retenir le mal-faiteur, et clamer haro après lui. »

Aussitôt le haro crié, « celuy sur qui on le lançait était, de droit, prisonnier du roy ».

La coutume accordait à cette interpellation une telle autorité, que les clercs d'église eux-mêmes qui auraient fermé l'oreille à cette mise en demeure, eussent été déchus delà juridiction ecclésiastique au profit de l'autorité royale ou seigneuriale.

Or les clercs redoutaient beaucoup la juridiction civile, singulièrement plus rigoureuse que les tribunaux ecclésiastiques; si bien, raconte Beaumanoir (le fait est important à retenir), que souvent « larrons, meurtriers et autres mauvaises gens revêtaient l'habit de clerc, et se faisaient tomurer les uns par les autres ou par des barbiers complaisants, afin de devenir justiciables des évêques ou de leurs délégués ». Ainsi on lit dans le Registre criminel de Saint-Martin-des-Champs (p. xlix), que les complices de Raoulet de Laon lui conseillèrent « de se faire tonsure, pour éviter les rigueurs de la justice temporelle ».

Jusqu'ici nous n'avons rien dit de l'étymologie du mot haro : or, toutes celles que l'on propose semblent n'être que des conjectures ingénieuses, sans grand fondement historique3. D'après le

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