CHAPITRE
GOHSIDÊRATIOHS &ÉNJÉRALES SDR LES DÉCAPODES BRACHYDWSS , ET SUR LEUR DIVISION EN FAMILLES.
Les Décapodes brachyures forment, comme je l'ai déjà dit dans le chapitre précédent, deux groupes naturels : l'un comprenant les espèces typiques, et pouvant être désigné sous le nom de section des Brachyures proprement dits; et l'autre correspondant à la division des Anomourcs aplérures de .M. .Milne Edwards, et constituant la section des Brachyures anormaux.
Je ne reviendrai pas ici sur les caractères communs de tous ces Décapodes à abdomen plus ou moins rudimenlaire, ni sur les traits distinctifs propres au\ deux groupes dont je viens de parler, cl je [tasserai tout de suite à l'examen de la classification intérieure delà première de ces sections, qui est à la Ibis la plus importante et la plus nombreuse en espèces.
Pour mettre la classification des Brachyures normaux en harmonie avec la valeur des modifications de structure qui s'observent chez ces animaux, il me paraît nécessaire d'en former deux groupes principaux, caractérisés i\ la fois par la conformation générale du corps et par le mode d'organisation de l'appareil respiratoire.
Chez les uns, que j'appellerai les Brachyures macrocéphalés, la région faciale est toujours bien développée ; les yeux sont gros et
(1) F.xemple : Pagurus (voy. Règne <niini.. Crustacés, pi. 4 4 , fig. 2;.
56 alphoNsi: mu, m; nmutns
allongés; l'épistome est bien distinct ; la fosse buceale ne présente de chaque côté qu'une seule gouttière respiratoire servant à la sortie de l'eau qui a baigné les branchies; et enfin il existe toujours au devant de la base des pattes antérieures un orifice inspirateur, qui loge un prolongement de l'article basilaire des pieds-mâchoires externes (1).
Chez les autres, que, par opposition aux précédents, on peut appeler les Brachyures microcéphales, h région faciale est presque rudimentaire; les yeux sont d'une petitesse extrême; l'épistome esta peine distinct (2j; la fosse buccale est creusée de chaque côté de deux gouttières parallèles, dont l'une sert à l'entrée de l'eau nécessaire à la respiration , l'autre à la sortie de ce liquide (3) ; enfin les chambres branchiales sont complètement fermées en avant des pattes antérieures , aussi bien qu'au-dessus de la base des pattes suivantes, et l'article basilaire des pattes-mâchoires externes ne présente pas en dehors un prolongement analogue à celui qui, cbez les Brachyures macrocéphalés, sert à fermer l'orifice inspirateur. Cette division extrêmement naturelle, et dont tous les membres se ressemblent beaucoup par la forme globulaire de leur corps, est peu nombreuse en espèces, et ne constitue qu'une seule famille, celle des Leucosiens.
Les Brachyures macrocéphalés sont au contraire très nombreux, et leur organisation se diversifie davantage. Ils me semblent devoir être rangés en deux séries paralléliques, dont les différents termes se correspondent d'une manière remarquable, et peuvent être cités comme de nouveaux exemples à l'appui des vues de 31. Is. Geoffroy Saint-Hilaire relatives aux méthodes zoologiques.
La première de ces séries comprend tous les Brachyures normaux, dont le cadre buccal est large en avant, aussi bien qu'en arrière, de façon à avoir une forme à peu près carrée. Je donnerai à ces Brachyures le nom (VEustomés.
La seconde de ces séries, comprenant les espèces que je pro-
(1) Voy. Règne anim., Crustacés, pi. 3, fig. 2 et 3.
(2) Ibid., Crustacés, pi. 21 et 25.
(3) Milne Edwards. Recherches sur !•: mécanisme île la respiration <:hez les Crustacés (Ann. des se. nui.-, 2e série, 1839, t. XI, p. 129, pi. 4, lig. 2 et 3;.
pose d'appeler les Oligorhynques, se distingue des précédents par la forme triangulaire du cadre buccal, et sous ce rapport a beaucoup de ressemblance avec les Brachyures microcéphales.
Les Brachyures Eustomés forment trois groupes ou tribus il), savoir :
1° Les Cyclométopes (2), qui ont la carapace très large et régulièrement arquée en avant, tandis qu'elle se rétrécit beaucoup en arrière; le front en général horizontal et élargi; les orbites dirigées obliquement en haut et en avant ; les régions hépatiques très développées, et occupant presque toujours au moins la moitié de la portion latérale du bouclier dorsal ; L'épistome très court, beaucoup plus large que long, el n'atteignant pas à beaucoup près en avant le niveau du bord inférieur des orbites; l'abdomen du mâle occupant toute la largeur de l'espace compris entre la base des pattes postérieures ; enfin les orifices de l'appareil mâle pratiqués dans l'article basilaire de ces derniers appendices.
2° Les Catométopes (3), dont la carapace est en général quadrilatère ou ovoïde; les régions hépatiques rudimenlaires ; le front rabattu, les orbites dirigées en avant ; l'abdomen du mâle souvent beaucoup moins large que la portion du plastron sternal comprise entre la base des pattes postérieures ; enfin les orifices génitaux mâles placés presque toujours sur ce plastron, ou se continuant avec une gouttière transversale creusée dans celui-ci, et renfermant les verges.
3° Les Oxyrhynques(k),([i\\ ressemblent aux Cyclométopes par la disposition de l'abdomen et des orifices génitaux du mâle, mais s'en distinguent par la forme de la carapace qui se rétrécit antérieurement, et se termine presque toujours par un prolongement
( I ) Ces divisions correspondent aux familles désignées sous les mêmes noms dans la classification de M. Milnu Edwards [Hist. nul. des Crustacés, t. I, P. 3630.
(2) Exemple: Carpilius maculatus (Règne au/m., Crustacés, pi. Il, lig. 2) et Porlunus puber {op. cit., pi 10, fig. 2).
(3) Exemple : Grapsus piclas [op. cit. pi. 22, fig. I, I», I'', lc\
(4) Exemple : Maia squimtlo (op. cit. , pi. 30, fig. 2), et Pisa armata (op. cit. pi. 28, fig. 1).
58 ali°uo\se mi. vi: isouiscits
frontal eu forme de rostre ; les orbites sont dirigées en dehors : les régions hépatiques sont rudimealaires ; enfin l'épistome esl très grand el carré.
Chacune de ces tribus se subdivise ea deux familles: ainsi les Cyclométopes, suivant qu'ils ont les pattes postérieures organisées pour la natation ou pour la înarehe, constituent la famille des Porluniens el celle des Cancériens.
Les Catoraétopes présentent deux types principaux, celui des Ocypodiens, et celui des Grapsoïdiens, caractérisés par des différences dans la conformation du thorax, et par d'autres particularités déstructure sur lesquelles je reviendrai avec détail dans le chapitre destiné à l'histoire de ces animaux.
Enlin, les Oxyrhynques peuvent être partagéaen iwchoïdiens et en Parthénopiens, qui diffèrent entre eux par la disposition de l'article hasilaire des antennes externes, la grandeur relative des pattes, etc.
A chacune des tribus des Brachyurcs Eustoinés dont je viens de parler paraît correspondre un groupe de même valeur formé par les Oligorhynques : ainsi, dans cette dernière division, les Corysliças sont les représentants des Oxyrhynques, \es Ccdappiens dvx Cyclométopes-, et enfin les Dorippiens des Catométopes. Ces derniers ne forment qu'une seule famille; mais la tribu îles Corystiens et celle desCalappicns se composent chacune de deux petites familles qui paraissent être les termes correspondants des divisions dont je viens de parler comme existant chez les Oxyrhynques el les Cyclométopes : ainsi il y a des Calappiens marcheurs et des Calappiens nageurs, comme il y a des Cyelomélopes conformée pour ces deux modes de locomotion, c'est-à-dire des Cancériens et des Portuniens. Chez les Corystiens , il y a aussi deux formes secondaires qui correspondent aux deux familles de la tribu des Oxyrhynques : en effet, les Àtélécycliens sont comparables aux Parthénopiens, et les Corystiens proprement dits aux Inachoïdiens.
Lorsque je traiterai de la classification des Brachyurcs anormaux, je ferai voir que les diverses familles de la série des Oligorhynques ont aussi leurs représentants dans ce groupe satellite.
Dans le tableau ci-joint, je l'appelle les principaux caractères
i I.IMMI.S MISSII.I'S. 50
extériews les plus apparents «les coupes successives établies ainsi dans le sous-ordre des TBrachyures , et conduisant aux familles naturelles dont l'élude va maintenant nous occuper. Ce tableau facilitera la détermination des espèces, et fera mieux ressortir le parallélisme des séries dont je viens de parler.
1" IS3C M IIVI Ul> H \4 9C4M EIM1 \l.l>,.
ftégion faciale bien développée, yeux gros et allongés; épistome bien distinct; chambre branchiale ouverte au devant des pattes de la première paire.
SERIE H ES EUSTOMES.
Cadre buccal ne se rétrécissant pas en avant.
lre Tribu. — Cyclométopes.
Carapace large, régulièrement arquée en avant, rétrécie en arrière; Iront en général horizontal et élargi , orbites dirigées en avant. Abdomen du mâle occupant toute la largeur du bord postérieur du plastron steinal.
I" Famille. — Portuniens.
Pattes postérieures natatoires.
21' Famille. — Canccriens.
Pattes postérieures ambulatoires.
2e Tribu. — Catométopes.
Carapace quadrilatère ou ovoïde; frontrabattu, orbites dirigées en avant.
Abdomen du mâle souvent beaucoup moins large que le bord postérieur du plastron slernal.
1'° Famille. — Orypodiens.
thorax très élargi on arriére. Abdomen du mâle étroit, etc.
2° Famille. — GrapSoïfHêns.
Thorax peu élargi en arrière. Abdomen du mâle large.
3e Tribu. — Oxyrhynques.
Carapace rétrécie en avant et terminée par un prolongement, frontal en forme de rostre; orbites dirigées en dehors.
SEItlE MES OMbOKUYNQEES.
Cadre buccal se rétrécissant en avant.
I" Tribu. — IIépatiens.
Carapace large et arquée en avant ; antennes externes très petites.
!" Famille. — Maintiens.
Pattes postérieures natatoires.
2e Famille. — Hêpatiens.
Pattes postérieures ambulatoires.
2e Triru.
DORIPPIENS.
Carapace presque quadrilatère ; antennes externes très grandes.
Une seule famille.
3e Tribu.
CORYSHliiNS.
Carapace allongée ou circulaire ; antennes externes très grandos ; front
en général rostrifonne.
60 VI IMIO\NI Mil \i kiiwards.
lre Famille. — Inachovliens. V Famille — Corystiens proprement dit*,
Article basilaire des antennes exter- Carapace étroite et allongée.
nés très grand : mains lisses et presque cylindriques ; pattes ambulatoires souvent très longues.
2e Famille. — Parthénopiens. 2e Famille. — Atclécydiens.
Article basilaire des antennes ex- Carapace presque circulaire,
ternes très petit; mains prismatiques et très tuberculeuses ; pattes ambulatoires courtes.
2° HRICHYI RICS MICROCÉPHALES.
Région faciale très petite, yeux presque rudimenlaires ; épistome à peine distinct; chambre branchiale complètement fermée au-dessus de la base de toutes les pattes et ne communiquant au dehors que par la fos^e buccale.
Famille unique : Leucosiens.
En examinant la distribution géologique des Crustacés, on aurait pu, au premier abord, se croire en droit d'y voir la confirmation de la loi du perfectionnement graduel des organismes, loi qui a été si longtemps admise, mais dont les recherches des naturalistes dit x!xe siècle ont démontré le peu de fondement . En effet, si ce sont les Trilobites qui ont peuplé les mers des époques siluriennes, dévoniennes et même carbonifères, ce sont principalement les Brachyures qui ont vécu aux époques tertiaires, tandis que la formation secondaire était remarquable par l'abondance des Macroures. Il y a environ vingt ans, on croyait même que les Crustacés brachyures normaux étaient cantonnés dans ces couches tertiaires, et que, si on les retrouvait jusque flans les formations actuelles, ils ne descendaient pas plus bas dans la série des terrains, et que les assises delà craie, par exemple, n'en renfermaient jamais (1). Mais les découvertes les plus modernes ont fait voir que, pour
(1) Voy. Milno Edwards, Noie sur les Crustacés fossiles (Journal de l'Institut, 1837, t. V, p. 255).
CRUSTACÉS FOSSILES. (il
les Crustacés brachyures , il en était de même que pour les Mammifères, que l'on croyait aussi limités à l'époque tertiaire, et qui se sont montrés dans des couches de plus en plus anciennes. S'il est vrai que l'abondance des Brachyures ait été plus considérable pendant la période tertiaire, il n'est pas dit cependant (pie leur ancienneté ne soit pas plus grande, et qu'ils ne descendent pas dans les terrains secondaires. En effet , on en rencontre jusque dans les couches inférieures de la craie, et, môme à celle époque, certaines familles, celle des Corystiens par exemple, s'y sont montrées en plus grande abondance peut-être que dans les mers actuelles.
Ainsi, à l'époque crétacée inférieure , dans les terrains néocomiensdu déparlement de l'Yonne, on a signalé l'existence d'un Crabe de la famille des Cancériens, et appartenant au genre Xantho (1 j. Jusqu'à présent, il paraîtrait être le premier représentant des Brachyures normaux qui se serait montré à la surface du globe.
Le gault abonde en Crustacés Oligorhynques : ainsi on y rencontre souvent des Corystiens ; maisj'ai pu aussi y constater l'existence de quelques membres de la série des Eustomés appartenant àla famille des Cancériens, et ayant une grande analogie avec quelques Zozymes vivants. On voit donc déjà que les Brachyures normaux, du moment qu'ils ont peuplé la surface du globe, n'ont pas été représentés seulement par leurs types les plus dégradés, puisque côté des Corystiens, on trouve des Cancériens, qui se placent, comme perfectionnement organique, presque en tête de la classe des Crustacés.
La richesse carcinologique des couches les plus inférieures du terrain crétacé proprement dit a été comparativement assez grande. Indépendamment de nombreux Macroures , on rencontre des Corystiens, des Cancériens et des Grapsoïdiens, dans les assises des grès verts du Maine, qui sont, comme on le sait, à peu près de
(1) Voy. Kobineau-Desvokly, Mémoire sur les Crustacés du terrain néocomien de Saint-Sauveur en Puisaye (Ann. de la Société entomologique, V série, t. Vit p. 95).
()"2 alpiioxsk nnmve ehwabds.
la même époque que relies de la craie giauconnieuse de Rouen, du Havre, etc. Dans ces dernières couches cependant, on n'a trouvé jusqu'à présent aucun représentant bien constaté du type des Braeln tires; il en csl de même pour les dépôls de la (Taie marneuse et de la craie blanche de France ; on y trouve bien linéiques Crabes, mais jusqu'à présent ces animaux appartiennent Ions au groupe des Brachyures anormaux, groupe qui, comme je l'ai déjà exposé, établit le passage entre le sous-ordre des Braeh\ ures et celui des Macroures. La formation crétacée supérieure de Maestricht renferme quelques Coryslàens remarquables par les ornements de la carapace; mais ils y sont relativement rares.
A l'époque tertiaire, au contraire, ces Crustacésdeviennent beaucoup plus abondants, et peuvent quelquefois caractériser certaines couches. Il est des localités où l'on en rencontre en quantité remarquable, surtout dans les sédiments du terrain tertiaire inférieur ou éocène.
Depuis une époque déjà reculée, on connaît les Crustacés qui se trouvent dans les assises de l'argile de Londres, principalement à l'île Sheppey, près de l'embouchure de la Tamise, et aujourd'hui que l'on a exploité avec persévérance et attention celle couche remarquable par ses richesses paléontologiqucs, on voit que sa faune carcinologiqne se composait de nombreuses espèces appartenant à différentes familles des Brachyures normaux : on y trouve, en effet, des Portuniens, des Cancériens, des Corysliens. M. Th. Bell, à qui l'on doit un travail important sur ce sujet, décrit même un individu qu'il rapporte à la tribu des Oxyrhynques, à côté du genre Milhrax. Mais, d'après l'examen de la figure que le célèbre carcinologiste anglais en a donné (1), je suis tenté de rapporter ce Crustacé plutôt à la grande division des Brachyures Microcéphales, et tic le placer à côté des Leucosies. Les Oxyrhynques ne sont pas représentés à l'état fossile, et les Crustacés qui jusqu'à présent ont été donnés comme appartenant à celle tribu, se sont vus bientôt transportés dans d'autres groupes.
(I) Voy. Th. Bell, A Monogr. of the Fossil Malacoslraceous Crtislacea ofGreat Britain, part. I. pi. 5, i\g. I 0 et II,
6R8STACÉS FOSSILES». (;.">
Le calcaire grossier des environs de Paris est au contraire très pauvre en Crustacés de celte section des Brachyures typiques. Jusqu'ici j'en connais seulement, je ne dirai pas (rois espèces, mais trois individu.- se rapportant chacun à une espèce différente. Deux appartiennent à la famille des Cancériens : ce sont \ePseudocarcinus Çhawini queP . deBerville a fait connaître, et un Crabe que M. Hébert a bien voulu me communiquer, et qui se rapporte à un des genres si abondants dans l'île Sheppey, le genre Xanthapsis de Mae Goy. Enfin la troisième espèce appartient à la Camille des CorysJiëins, et provient de la collection de M. lv Cbevalier.
Il paraîtrait .cependant que l'époque où se formaient ksi dépôts du calcaire grossier a dû cire beaucoup mieux pourvue en Crustacés que l'on ne pourrait le croire au premier abord : earon trouve souveni dans le sable coquillier un grand nombre de débris de pinces, dont quelques-uns appartenaient évidemment à des Brachyurés. Plusieurs, si l'on en juge par la grosseur de eerlraius fragments, devaient être d'une taille considérable.
Les sables supérieurs aux calcaires grossiers, appelés sables moyens ou de Beauchamp , n'ont présenté jusqu'à présent que deux espèces du groupe qui nous occupe. L'une appartient à la famille des Portuniens, et a été désignée par Desmarest sous le nom de Portunus Hericarti. J'ai cru devoir la considérer comme le type d'un genre particulier, que j'appelle Psammocarcinus . L'autre appartient au groupe des Crabes quadrilalères,et forme un genre que j'ai désigné sous le nom de Psammograpsus (4). Ces deux espèces se rencontrent en très grande abondance sur certains points, surtout le Psammocarcinus Hericarti. On trouve aussi dans des dépôts analogues quelques débris de très grosses pinces qui devaient appartenir à une autre espèce.
Les couches du terrain nummulitique sont remarquables par leur richesse carcinologïque; à elles seules elles oui fourni la plus
I I ) Voy. Alph. Milne Edwards, Note sur quelques Crustacés fossiles des sables rt* Beauchamp (Comptes rendus (1rs séances de l'Académie des sciencr.^ 1860 I. M. [). 92).
<>'l ui'iio\si. Mil. m: r:i»tt tiens
grande partie des Brachyures typiques fossiles connus. Partout où ces couches se rencontrent, on y a signalé au moins quelques Crabes, el souvent ces animaux y sont plus abondants et plus caractéristiques que tous les autres fossiles que l'on peut y découvrir.
Ainsi en France, dans le département des Landes, près de Saint-Sever, on trouve, avec une abondance remarquable, une espèce de ce même genre Xanthopsis, dont nous avons déjà signalé l'existence dans les couches de l'île Sheppey. A cette espèce s'en trouve associée une autre qui est cependant beaucoup plus rare, et qui appartient aussi à la grande famille des Cancériens. Les environs de Dax, dans le même déparlement, ont été signalés depuis longtemps comme renfermant quelques Crustacés fossiles ; l'espèce la plus abondante a été décrite par Desmarest sous le nom de Cancer quadrilobalus. On y rencontre encore quelques autres Crabes; j'y ai constaté l'existence d'une espèce de Xanthe et de quelques autres Crustacés de la mémo famille, parmi lesquels je signalerai le Cancer Boscii de Desmarest.
Mais c'est surtout dans le nord de l'Italie que les Brachyures normaux sont abondants. Les environs de Vérone et ceux de Vicenee sont connus pour leur richesse carcinologique; on y rencontre en abondance le Cancer punctidatus de Desmarest, et même le Cancer Boscii, que nous avons déjà vu exister aux environs de Dax. Outre ces espèces, que je puis appeler caractéristiques, il y en a encore un grand nombre dont je ne parle pas ici, à cause de la rareté de leurs représentants.
Dans le Vicentin, à Salcedo et à Monfe-Bolca, la faune est dillérente; on n'y voit plus le Cancer punctidatus, ni le Cancer Boscii; mais on y rencontre beaucoup d'espèces nageuses appartenant à la famille des Portuniens.
En Suisse, sur les bords du lac de Thun, le terrain nummulilique renferme en abondance le même Cancer punclulatus que l'on trouve à Vérone. Jusqu'ici cette espèce est la seule dont j'aie pu constater la présence dans ces couches.
En Istrie, en Dalmatie, dans File de Malle, les espèces sont les mêmes que dans le Véronais.
La faune carcinologique d'Italie, quoique présentant quelques espèces identiques avec celles du midi de la France, en possède d'autres qui lui sont propres, et l'on n'y a pas encore signalé certains Brachyur.es fossiles qui ont été rencontrés dans noire pays. Ainsi on n'a jamais trouvé en Italie ces Crustacés du genre Xanthopsis, (juc nous avons vus si communs dans l'argile de Londres, dans les couches marneuses de Saint-Scver, dont nous avons retrouvé les traces à l'époque du calcaire grossier, et que nous verrons exister dans le terrain nummulitique de Bavière. Et réciproquement, quelques-unes des espèces de Vérone n'ont pas été trouvées en France, le Cancer punelulatûs entre autres.
Le terrain nummulitique du Kressenberg en Bavière a fourni différents Brachyures fossiles; on y a trouvé, comme je viens de le dire, une espèce du genre Xanlhopsis, qui paraît ainsi avoir caractérisé un vaste horizon à l'époque éocène. Quelques espèces de ce genre auraient vécu alors sur les côtes d'Angleterre, de France et de Bavière, puis ce type aurait disparu, car on n'en trouve aucun représentant dans les mers actuelles.
En Egypte, les couches calcaires du terrain nummulitique sont assez riches en Brachyures, se rapportant tous à deux espèces, l'une spéciale à ce pays, l'autre commune à la France, à l'Italie, et peut-être aussi aux Indes : c'est le Cancer Boscii, ou du moins une espèce très voisine. Ce Crustacé n'est pas le seul qui se rencontre dans le nummulitique de l'Inde; MM. d'ArchiacetJ.Haime y ont encore signalé deux autres Brachyures appartenant également à la famille des Cancériens, étranges dans le genre Arges.
En résumé, nous voyons que presque partout où le terrain nummulitique est bien développé , il présente un assez grand nomhre soit d'espèces, soit de genres de Brachyures, et que presque tous se rapportent à la tribu des Cyclométopes : ce sont en majeure partie des Cancériens associés à quelques Portuniens. Les Catométopes y sont représentés, mais d'une manière moins considérable; enfin on n'y a jusqu'à présent rencontré aucun représentant de la tribu des Oxyrhynques. Les Corystiens, que nous avons vus exister presque seuls à l'époque secondaire, n'ont pas encore été trouvés dans le terrain qui nous occupe ; il est
66 Alphonse Mii.M-: uaniins.
cependant probable qu'ils y existaient, car on en a signalé la présence clans des couches à peu près contemporaines, c'est-àdire dans le calcaire grossier et l'argile de Londres.
Jusqu'à présent on ne connaît que peu de Brachyures normaux de l'époque miocène, car la plupart de ceux que l'on avait donnés comme provenant de ce terrain dans le midi de la France appartiennent en réalité au nummulitique. Ainsi le Cancer quadrilobalus (Desm.), qui se rencontre aux environs de Dax, dans une marne bleuâtre , avait été considéré comme appartenant au miocène. Les marnes dans lesquelles il se trouve sont placées immédiatement au-dessous d'un banc de ialuns, mais ne se rattachent pas à cette formation; elles l'ont partie du terrain nummulitique, comme on peut s'en assurer en suivant cette assise sur une certaine distance, car alors on la voit se relier avec les couelics mieux caractérisées et plus riches en ldssiies, telles que celles que l'on rencontre aux environs de Saint-Sever. D'ailleurs, quoiqu'il y ait dans ces marnes de Dax très peu de fossiles, on peut, en cher chant avec soin, y trouver de petites Téréhratules propres au terrain nummulitique..
M. E. Sismonda a fait connaître du terrain miocène du Piémont un certain nombre de Brachyures appartenant à la famille des Caneériens, tels que le Platycarcinus anliquus,\e • Xantho Edwardsii.
La colline de Turin a fourni aussi le premier Lcueosien fossile bien caractérisé que l'on ait encore signalé dans la série des terrains; il ne peut rentrer dans aucun des genres vivants, mais à cause de sa ressemblance avec les Myra, je proposerai de lui donner le nom de Palœomyra bispinosa{ï).
Il est très fréquent de rencontrer au milieu des coquilles des l'aluns de la ïourrainc, de l'Anjou ou de Bordeaux, des doigts et des mains de Crabes, dont quelques-unes se rapportent au genre Scylla.
Aux environs de Montpellier, on trouve dans des marnes bleues
( I ) Desmarest a décrit sous le nom de Leucosia Prevostiana un petit Crabe trouvé dans les marnes de Montmartre ; mais comme i! n'avait à sa disposition qu'un moule intérieur, sur lequel il n'avait pu observer ni le front, ni les orbites , il reste quelques doutes sur le genre auquel doit se rapporter ce fossile.
iS
marines, à peu près contemporaines des dépôts dont je viens de parler, des carapaces ordinairement aplaties appartenant à un Crustacé de la famille des Cyclométopes nageurs , c'est-à-dire à celle des Portuniens.
La faune carcinofogique du terrain pliocène est jusqu'à présent assez mal représentée. Cependant dans les marnes subapennines de Sardaigne, on rencontre en assez grande abondance un Portunien du genre Neptumts. En Afrique, M. Deshayes a recueilli aux environs d'Oran, à la partie inférieure du pliocène, un magnifique Crabe ayant une grande analogie avec le Plalycareinus Edwardsii de M. Bell, actuellement vivant sur les côtes du Chili ; je désignerai cette nouvelle espèce sous le nom de P. Desluujesi.
Dans les couches du terrain quaternaire, on trouve peu de Crustacés. Cependant en Sicile, aux environs de Païenne, à la Starza di Pozzuoli,au pied du Monlc-Pelegrino, on rencontré dans un dépôt arénacé pétri de coquilles dont la plupart vivent encore dans la Méditerranée, un assez grand nombre de débris de Crabes, appartenant à diverses espèces qui vivent encore aujourd'hui sur les mêmes plages, et c'est à peine, si ces carapaces sont fossilisées; cependant elles ne paraissent pas dater de l'époque actuelle, car, depuis les temps historiques, les rivages de la Sicile n'ont pas subi de modifications aussi importantes que celles qu'il aurait fallu pour amener la mer jusqu'au Monte-Pelegrino, et pour émerger ensuite ce rivage.
Parmi les Crustacés qui proviennent de ces dépôts, j'ai constaté l'identité de quelques-uns de ces débris avec le Maia squinado, le Xanlho floridus, le Gonoplax rhomboïdes, VI lia nucteus, la Calappa gramilata, qui aujourd'hui habitent les mômes régions (1). Il serait utile d'avoir des renseignements plus précis sur la position géologique exacte de ces couches.
Enfin de nos jours môme paraissent se former des dépôts remarquables par la quantité de Crustacés brachyures qu'ils renferment. Sur divers points des côtes de la mer des Indes et de la
"(1) Plusieurs de ces débris ont été rapportés de Sicile par M. Rutimeyer, et se trouvent dans le Musée d'histoire naturelle de la ville de Berne.
()8 \i.ri!o\si; iiii.m: i.ihuiiiiv
mer de Chine, c'est-à-dire à Tranquebar, dans la presqu'île tic Malaeca ; sur les côtes de la Chine, du Japon et des îles Philippines, etc., on trouve, empâtés dans une argile calcaire bleuâtre et remarquablement dure, de nombreux Crabes appartenant à des espèces, les unes vivant encore sur les mêmes rivages , les autres dont on ne retrouve plus de représentants dans nos mers , et il est peu probable qu'on arrive jamais à les y rencontrer, car les individus fossiles de cette espèce sont trop nombreux pour que l'on puisse penser que si les vivants ont échappé aux recherches, c'est à cause de leur rareté. Dans la roche qui englobe ordinairement ces Crabes se trouvent souvent des coquilles quelquefois complètement intactes et parfaitement conservées, qui sont identiques avec celles qui habitent aujourd'hui les mêmes parages. Je n'ai encore pu constater l'identité de ces Crustacés fossiles avec les vivants que pour deux espèces appartenant l'une à la famille des Portuniens, l'autre à celle des Leucosiens. La première est la Scylla serrata que Desmarest et M. Heuss avaient prise pour une, espèce particulière, cl que le premier de ces auteurs avait décrite sous le nom de Porlunus leucodon ; la seconde est VJxa canaliculata.
Les espèces, dont on ne retrouve plus de représentants vivants, sont plus nombreuses, et appartiennent presque toutes à la division des Calométopes. La plus abondante de toutes est sans contredit le Macrophthalmus Latreillei, dont il n'est pas de collection qui ne possède au moins quelques individus; la plupart des autres espèces ont aussi été décrites par Desmarest.
.Malheureusement nous n'avons aucun renseignement sur le gisement de ces fossiles; il serait très curieux d'étudier non-seulemenl leur stratigraphie, mais encore leur véritable1 position géographique , si les dépôts se trouvent sur le rivage même de la mer ou à quelque distance , quels sont les débris organiques auxquels ils sont associés , etc. 11 est à espérer que d'ici à quelque temps cette lacune pourra être comblée. Avant de partir pour une longue exploration scientifique du nord et de l'est de l'Asie, MM. Meyn.ier et L. d'Eichthal ont recueilli tous les renseignements nécessaires pour pouvoir étudier avec fruit ces dépôts.
P0RTIN1ENS FOSSILES. ($
el ils m'ont fait espérer qu'ils feraient des recherches en vue iVéclaircir ce point encore obscur de l'histoire de la géologie.