CHAPITRE XI
L*ASIE-liniEORE DES CéOOSAPHES ARABES. EL-EDUSI.
Intérêt que présente la géographie arabe de TAsIe-MIneiire roiir en compléter la connai.<sance au moyen âge. - Eririsi. - Il arnit lui même visité, aa commencement^ du douzième slèc?e, plusieurs contrées de I AsIMllneure.
. — Ses autres sources dMnrornntions p»ur celte partie de sa Géngranhie. — Ses connaissance^ sur l\\sic-Minciire principalement fondées sur des Itln<^r lires. — Indication de c s iilnénii es pour la Péninsule. — Villes notables qu'Edi'i^i cite dans sa description. — Caverne des Sepi-Dormants. — Ivlrisl compte onze provinces en Asie-Mineure.— ^numération de ces provinces.— Ce sont les thèmes de radminlst ration byzantine. — Les notions d*K<lrisi sur la Cilicle plus circonstanciées qu.; su»* l-s autres provinces. — Lé Djeîhan ''m W Selhan. — Notions ai^ondanles que hs historiens byzantins et les cbro- 'H^]ueurs latins des Croisades rournlssent, au douzième siècle, pour la géo-
. «-.japhie de la Cilicie. — Consolidation du royaume arménien de Ciilcie à ,.^f4te époque.
'^"^ (xii« siècle.)
Notre étude de TAsie-Mineure au moyen âge serait incomplète, si nous négligions d'y faire entrer Texamen des notions que fournit sur cette contrée la géographie arabe contemporaine de l*époque des Croisades. Pour cette époque, ces notions so résument dans l'uuvrage célèbre d'£rfrwi(*'.
C'est dans la nomenclature de la géographie arabe que se produit de la manièi'e la plus tranchée la transition de l'ancienne géographie gréco- latine à la géographie moderne de la Péninsule.
* Géographie d'Edriti^ traduite de l'arabe en français d'après deux manuscrits de la Bibliothèque du Rni^ et accompagnée de notes; par P. Aniédéc Jauberl , pn>f('S.>cur de turk à TËcole spéciale des langues oricu« talcs vivantes, etc. Paris, I. R. , 1836-18A0 , bM, 2 vol. — Ces deux volumes forment les tomes V et VI du Recueil de Voyages et de Mémoires publié par la Société de Géographie de Paris^
470 ABlE-mNEURB. [1S« SIÈCLE kP: J.*C.
Les chapitres qu'Edrisi a consacrés à TAsie-Mineure dans son traité de Géographie universelle ont d'autant plus de prix, que lui-même, selon son tcmoignap;e formel CO , en avait visité quelques parties. Ce voyage eut lieu Tan 510 de Vhégire, 1117 de J.-C, trente-sept ans, conséquemment, avant le temps où Edrisi acheva la rédaction de son ouvrage, terminé en 1154, ainsi qu'il nous l'apprend dans sa Préface. Pour notre Péninsule, comme pour les autres contrées de la terre, Edrisi avait non-seulement consulté tous les géographes de sa nation qui l'avaient précédé, ainsi que Claude Ptolémée dont les ouvrages avaient été de bonne heure traduits en arabe; mais il avait surtout réuni et confronté les rappôr s d'un grand nombre de marchands et de voyageurs, et rassemble ainsi pendant plus de quinze années une multitude d'itinéraires et de renseignenjents, qui devinrent la base princip lie de son propre travail.
Lors même qu'Edrisi ne nous aurait pas appris de quels éléments s'était composée sa Description du monde, la forme seule de celte description nous l'eût assez fait connaître. Nulle part le géographe arabe ne procède, comme Strabon, par exemple, par la méthode descriptive proprement dite , mais bien , comme Ptolémée, par simple énumération. Seulement, au lieu d'avoir dénaturé ses matériaux, à l'exemple du géographe alexandrin, pour les assujettir aux apparences trompeuses de la précision astronomique , Edrisi leur a conservé partout leur forfne prîmilive d'itinéraires, se contentant d'ajouter à chaque tiOfti notable, èôit de ville, soit de fleuve, de montagne ou de pays^ les détail» que ses longues informations lui avaient procurés. Pour l'Asie- Mineure, ou, selon l'expression orientale, le pays de RùuiHj Edrisi avait réuni une vingtaine de ces itinéraires, la plupart d'une longueur considérable, plusieurs coupant la Péninsule dans toute son étendue et dans diverses directiotis. Un de ces itinéraires longe la côte méridionale depuis la frontière syrienne jusque vis-à-vis l'île de Rhodes W 5 deux autres contournent la côte o(*cidentale , de ce dernier point à Constantinôplè W; un quatrième suit les bords du Pont ËuXin , que le géographe arabe
• IV* Climat, 5« Section, t. Il, p. li9 et 132. » Id. , p. 135; et V Climat, 4» Sect. , p. 3^2.
ITTftltÀIRES ÂHAfiES EK ASIE-MINEURE. 471
appelle toujours/Wier du Pont^ depuis Constanlinople jusqu'à Atrahezonda ou Trébizonde, centre commercial important u).
Les autres itinéraires rayonnent d'un certain nombre de centres principaux, de mftme que les anciens itineraria romana^ quoique les lignes diffèrent le plus souvent, ainsi que la nomenclature. Cinq de ces lignes partent dVmouna, Tancien Amorium sur le Sangarios \ Tune pour aboutir à Nikia ou Nicée, l'autre au Khalidj ou Canal de Constantinople , la troisième à Tarsous en Cilicic, par Koniah et Bedendoun , Tancien Podandus des Portes Ciliciennes*, la quatrième à Kamkh ou Kemkh (^ sur le haut Euphrate , la dernière à j4ntalia ou Salalièh , sur la mer de Syrie ^ par Ladikiah et Kaniah^^\ Ce grand nombre de lignes considérables couvergeant vers Amouria, montre quelle était encore l'importance de cette place au douzième siècle, quoiqu'elle eût ëlé horriblement saccagée lors des premicras incursions musulmanes sous le Khalife Mostasem, en 838^*). Aujourd'hui elle est entièrement détruite, et le voyageur hésite à en reconn litre les ruines sur ce sol bouleversé que tant de ruines recouvrent (s). « Amouria , dit Edrisi , est une ville considérable qui jouit d'une giande célébrité, soit dans le pays des Chrétiens, soit dans le pays des Musulmans. Cette ville, trèsancienne, fut successivement prise et rc|)rise par les armées musulmanes et chrétiennes. Ceinte de fortes murailles, elle est située sur les bords d'une grande rivière qui coule vers le m dî et finit par se perdre dans TEuphrate. Le nom de cette rivière est Cobaked ^s). Cette ville est un centre de communication et
« VI« Climat, 5* Srct. , t. Il, p. 391. Add. Prolcgom., t. I, p. 7. » L'ancien Kamakhes, auj')nr(rhtii Kémakli, sur la rive ga'iclic ou orientale dii fleuve, au dessous d'Erzinghian.
* Y** C imat, 5' Soclion, t II , p. 305, 300 , S07, 309 et 310.
* Price, Alahammeclan History ^ vol. II, p. î^ri.
* M. William Haniilton a cru rrtronver les ruines d'^morttim au village de Hergan-Kaièh. Researches in Asia Minor ^ vol. 1, p. 451 sqq. Cf. Leake, Tour in Asia Minor^ p. 86, in- 8.
< Edrisi nomme ailleurs (t. H , p. 31û) cette rivière Cabaked, et dît qu'elle sort des monts el Uamatn. Il n^pètc qu'elle va se joindre à l'Euphraie. Quelques indices sembleraient indiquer que la rivière d'Amoria a éié confondue avec le Tokma-sou ou rivière de Malatièh. Ce ne peut être le Hammam lu- ichal de la Paphiagonie.
472 ÀSIË-MIM£(JAK. [12* SIÈCLE AP. l.-C.
un lieu de passage, tant vers les pays eirconvoi^ius que vers les pays éloignés (*). »»
(]c passage du géographe arabe peut donner une juste iciéc de lîi nature des renseignements qu'il avait rassemblés sur TAsie- Mineure. Ces renseignements, un peu recueillis de toutes mains et qu'Edrisi n'avait pas été toujours à même de soumettre à un contrôle nécessaire, étaient éviilcmment entachés d'erreurs grossières, notamment quant au cours et au débouché des rivières que les caravanes rencontraient ou traversaient sur leurs roules. En bien des endroits aussi du texte de notre autour, il y a des altérations évidentes, soil dans les noms, soit surtout dans les distances. L*é[)uration et la restitution du texte d'Edrîsi, aussi bien que lapplicalion au local des nombreux itinéraires que fournit son ouvrage pour les diverses contrées qu'il décrit, serait une œuvre d'une grande utilité, mais d'une difficulté noa moins grande, digne d'exercer la patiente sagacité d'un savant qui joindrait à l'intelligence de la langue originale les connaissances spéciales du géographe. Réunirions-nous, et bien s'en faut, les qualiîés nécessaires pour celte élaboration de détail , on comprend qu'elle ne pourrait se concilier avec la marche rapide que notre plan nous impose : historien de la science , nous sommes tenus d'en signaler, non d'en combler les lacunes.
Koniah ou Iconiuniy devenue la capitale des princes lurks seldjoukides de Roum depuis que les empereurs grecs s'éiaieot remis en possession de Nicée, était aussi un grand centre de communications Les Itinéraires romains nous montrent, au reste , qu'il en était déjà ainsi au temps des premiers Césars. Edrisi conduit une de ses lignes itinéraires de cette ville à jVe/de/Il, «ville de grandeur moyenne, bâtie sur les bords d'une rivière qui coule vers le nord et se jette dans la mer du Pont. — C'est un centre de communication, ajoute notre auteur, un lieu où se rassemblent les caravanes et où les chennns se divisent (2). » Méledni ne peut être que l'ancienne Mélilène^ non loin du confluent du Tokma-sou et de TEuphrale, quoique Edrisi cite en d'autres endroits cette ville frontière et la province dont elle était la capitale, sous le nom de Malaiia^ encore en
& Edrisi trad. fr., t. II, p. 307.
GÉOGRAPHIE DE l'bDRISI. 47S
usage aujourd'hui sous la forme turque du Malatîèh. Une autre ligne va de Koniah à Antakié, l'ancienne ^ntiokhia^ à renlrce de la Syrie^ une trnisième, du même point à ^Jmasia^ rAmasco du Pont, par Ankori ou Aucyre, et Gharghara^ lande imo Gcingra^la. Tchangri de nos cartes actuelles (0. Nous îwons mefllionné déjà celles qui se dirigeaient par Amoria sur Nicce et sur Constant! nople. Mcledni, outre la ligne de communication avec Koniah , était liée par deux routes avec la Cilicie orientale : l'une venait aboutir à Tarsous^ en passant probablement au nord des montagnes 5 l'autre à el-Masmm par Marach. El-AIas^ sissa^ la Mopsuestia de la géographie classique, a vu son nom se raccourcir encore dans l'usage vulgaire -, aujourd'hui les voyageurs ne la citent plus que sous le nom de Missis, Doux autres routes aboutissant également à Méledni pénétraient dans Tinté rieur de la Péninsule en se dirigeant vers le N.-O. , pour aller se terminer à Dhounia^ qui paraît être la Bartoim dos Turks, sur rancienne rivière Parthenios, non loin de son débouclié dans l'Euxin : mais ces derniers itinéraires sont très -vagues, et un très-petit nombre de stations intermédiaires sont désignées dans ce long parcours. Les routes qui, de Méledni, remontaient et descendaient l'Euphrate, sont plus faciles à retrouver sur la carte (2).
Trois itinéraires importants complètent ce réseau plus ou moins suivi qu'Edrisi fournit pour T Asie-Mineure. L'un conduit de Tarsous à Abydos, sur les Dardanelles, sans passer par Koniah ni par aucune des grandes villes précédemment citées dans Tintérieur de la Péninsule ^ un autre va de Nlkia ou Nicée à Antalia la Neuve (^\ sur la mer de Syrie ; la troisième , enfin , part de Libadhia, l'ancien Lopadium voisin du lac ApoUonias en Bithynie, et vient aboutir à Dhounia ou Bartoun, sur le Pont(*). Parmi les villes notables que les marchands arabes fréquen-
> EdrUi, trad. fr. , t. II , p. 311.
t Jd.y p. 313 et suiv.
» Qu'Edrisi disUngue û* Antalia V Incendiée^ située plus à l'Orient sur la côie, et entre lesquelles il compte deux journées d'intervalle. Ou la connaît encore fous le nom iTEski Adalia, ou Adalia la Vieille; Antalia la Neuve çst notre Sataliëti actuelle.
^ Edrisi, trad. fr., t. II, p. 308, 313 et 316.
474 isiE-viNinmÉ. [12« siècle ap. t.-c,
taient sur les bords du Pont, Edrisi mentionne particulièrement, outre Atrahézonda ou Trébîzonde, Khazenti^ qui paraît être rancienne Kerasûs-Pkarnakia; Bona^ la Boona des anciens périples , dont le nom s'est conserve dans le Boûna Bouroun ou C. Boûna des marins turks; Lanio ^ nom qui de même se retrouve à la fois et dans VOEnoë des anciens, et dans rOunièh actuel, ^ rembouchure d'une faible rivière du même nom. Ceà trois villes sont à Toecident de Trëbizonde , dans la zone maritime comprise entre cette cité célèbre et le fleuve des antiques Amazones, le Thermodôn, ou, comme disent aujourd'hui les Turks, le Termch. Dans Edrisi, le pays des Lazes^ « peuplade grecque nestorienne, >» borde la côte à Touest au moins jusqu'au Thermodôn ; car le territoire de Lanio est un de leurs cantons CO. Edrisi ne connaît encore le Halys, dont le nom a disparu depuis, remplacé par l'appellation turque deKizil-ermak, le fleuv<î Rouge, que sons Taneienne dénomination, à peine altérée dans la transcription arabe, ^/î (^). Sinoboli, l'antique Sinopc^^), est nolée comme «une petite ville bien peuplée, située sur la côte à quatre journées par terre au nord de Tamouni. » Tamouni est notre Castamouni- mais Sinope est au N.-E., non au nord de cette ville. Khamastro, non loin de Vembouchure de la rivière de Barthano, la Bnrtïn actuelle, le Parthenion des anciens Grecs, conserve la formé antique à* Amasiris^ beaucoup plus altérée dans le nom aujourd'hui usuel d'Amasséra. Edrisi nomme encore Eraklèh ou Hèraclée^ qu'il ]»lace à tort à l'embouchure du Birlhano ; il mentionne aussi le Zaghra, qui débouche sur cette côte, et dans lequel on reconnaît sans peine le Sagarios,
Edrisi n'oublie pas de noter, parmi les places les plus considérables et les plus renommées du pays de Boum , l^ikia et Ka^ moudia, Nicée et Nicomédie, quoique celle-ci fût très-déchue de sa splendeur passée. Loupad, l'ancien Ijopadium du lac Apollonias, était devenue une ville considérable. La géographie de cette portion de l'Asie-Mmeure au douzième siècle, et celle
1 Edrisi, trad. fr., t II, p. 393.
* Dans deux autres endroits ( p. 305 et 310) Edrisi écrit eULéin, ' W parait que parmi les Grecs du pays on la nommait vulgairement Si' nopolit*
GEOGRAPHIE DE L^BDRISI. 47d
des Cftntofls plus intérieurs qui se prolongent de là jusque vers Iconium, est d'ailleurs illuslrce par la relation qu'Anne Con)nc*ne a donnée de rexpédilir.n de son père Alexis contre les Turks en 1 1 16 0) j dans Tannée même qui précéda le voyage d'Ëdrisi au pays de Roum.
Éphèse, sur la côte occidentale, se déguise sous le nom A^uéfachin : ce n'était plus guère, à celte époque, qu'un amas de ruines. On a quelque lieu d'être surpris que le géographe arabe ne mentionne pas Smyrne. 11 cite, en pariant d'I phèse, la tradition qui plaçait aux environs de cette ville la caverne des Sept- Dormants, tradition non moins célèbre parmi les Musulmans que chez les Chrétiens grecs du Moyen- âge W; mais c'est pour contester au pays d Éphèse la possession de cette caverne fameuse, située, dit-il, fort loin de là dans l'intérieur des terres, entre Amouria et Nicée, ou notre auteur assure l'avoir visitée et y avoir vu les corps des Scpt-Dormants et le cadavre de leur chien couchés dans une grotte profonde, toute jonchée de bois d'aloës et de substances odoriférantes C^).
Edrisi compte onze provinces en Asie Mineure, ou, selon son expression, « entre le détroit de Constantinople et l'Arménie. » Malgré l'altération des noms et le vague des désignations , il est aisé de reconnaître dan» ces onze provinces la division en Thèmes établie dans la Péninsule à l'époque môme des premières irruptions des Arabes (*). Edrisi connaissait aussi la
< Anna Commena, Alexias^ lib. XIV; Lel)eau, HisL du BaS'Emp, ^ Uv. LXXXV, t. XV, p. /|52 et suiv., édit. Saint-Marlin. Conf. les remarques de Leake sur les données géographiques de cette partie de TAIxiade, Journal of a Tour in Asia D-Jinor^ p. S13 , édii. în-8 ; et le Mémoire de M. Hase sur }a géograpliie byzantine de la Bltbynle, dans la nouvelle édition deLebeau, t. XIX. 1835, p. 508 sqq.
* p^oy. Corn, le Brun, f^oyage au Levant^ p. 32, édit. de Paris, 171^, în-fol. ; et surtout Dallaway, Constantinople anc. et mod, , ch. 13, t. I, p. 353 de la trad. fr.
» EdPis!, trad. fr., t. II, p. 299.
* Ci-dessus, p. û37 , note 2 du Tableau. — Le nombre total des thèmes de TAsie- Mineure était de dix-sept, comme on Ta vu dans le Tableau auquel nous renvoytms; mais de ces dix sept thèmes, trois (le XV*, le XVI« et le XVII* ) étaient formés par l'île de Cypre et les îles de la mer Egée, et un autre (le IX*^) n*appartenait pas, à bien dire, à la Péninsule, puisqu'il était à l'orient de l'Eupbrate. Le XIV thème , qui comprenait principalement la Cilicte
division plus gcrtërale de la Péninsule en IVatos ou Natolie, et en el-Kabadik ou Cappadoce, des deux côtés du Halys, connaissance qu'il avait sûrement puisée dans Ptulcmée; mais ces nonjs ne sont pour lui que des dénominations purement géographiques, et non des provinces proprement dites (0.
Voici l'ordre dans lequel le géo)5ra|>he arabe énuincre les onze provinces du pays de Roum C^) :
I. VAhlakhonia (Paphlagonie), qui renferme cinq forteresses du côlé de la mer de S) rie.
H. La proviiMC de Malalia (la Mélitcne) , la plus éloignée de toutes vers l'Orient; elle rcnîcrme trois Ibrlcrosses.
IH. Le Za »( Ai: ^Opsikion) dont dépendent I^ikia (Nicée)ct dix autres places fortes, parn/i lesquelles el-lehoudi^ Gharoboli, ,4graih[j4oroLla)^ et la vile ('e Lilaiha^^).
IV. La \)Vi)\\Mi:Q iïtl'Jfachïm (ihrme tbraccsien), qui contient quatre places fortes. La ville d^tl-^faclum (Éphô>c) est située dans le district iV Àlawnai,
V. Le Batalawi (thème Auntorquo), où Ton remarque e/- Alamïn^ A/erdj-el-Chahm, A/achkemïu ou Mechkenis ^ le fort de Barghoulh^ et pariiculièrenient la cité x.Vj4mouria, bulle ville dont les tours sont au nombre de quarante.
VL Le Djarsioun ou Djenoun (thème de Sébasle ou de Cappadoce, où était la préfecture Kharsianon). Cette province est sittiée sur la route de Malatia et comprend quarante villes, dont la principale est I/ousba (Sébaste). Les montagnes de Dtrb (le Taurus isaurien, où était Derba) la séjiarent du pays d'AntHlia.
VIL Le Buklan ou Boughlan (thème Buccellarien) , (»ù l'on remarque y//?&/ra (Âncyre) , Tamab, Talhour^ Tokhat^ Kaiisaria (Césarée de Cappadoce) , et seize autres villes.
Trachée, parait ne pas avoir ^ié tîlsilngné par noire au!cur du reste de la Cilide, non plus que le X^'ihèmc, formé de la PeUte Arménie, du resade rAnnéiiie cappadocienne. C'est du nio:n.s ainsi qu'on peut se rendre cuuiplc de la réduction du nombre des lliëmcs à onze dans la géograpliie arabe,
» Edrisl, I. II, p. 305.
* Trad. k, ^ t. Il, p. 209; add. , p. 305 et 308.
' E(b'lsi nomme ici seule, en dehors du Lamcbik, la ville de Xikomddic, de manière ù faire penser qu'il y a une lacune dans son énuméralion des provinces. Mkoniédie; en effet, apparleualt à un thëme, rOptimate, qui n'est pas meutlonué.
eÊoeftAt>fitfi ht L^EbRt8t» 4/7
Vf If . VÂrminiac (ihcmc Amj^niaqtir), qui compte au nombre de ses (JôpL'nclatKîos Koniah (Icohium)^ Khizla^m ou Kltaz-^ lassa ^^) ^ Ladikié {Laodicca cowbusta) ^ Dirakio^ Kaloumi, Bdouti^ Cl beîiiicou|) d*auiros villes.
IX. l-,a Pjuldia (ivhal'iie), dont Tcxlrt' me limite est ^rsia (Erz-lloum), et qui comprend six places Ibrtcs.
X La SeleuTiia (ilicmu Scicucien) , province située sur la mer de Syrie, cl qui complc au nombre de ses dcjîcndances Selcfkia ou »5'e/rM/i:/a (l'ancienne Seleucia Trachœa)^ et dix autres villes.
XI. I.c bènadi'k (thème de Lykandos), qui a pour limites les montagnes de Tîirsous ^'^\ Adana viil-MassinFa^ et qui comprend au nombre de ses places furies Korra^ Tihra^ el-^djoufy Dzoul" kUa\ et quatorze autres moins considcrahles.
Edrisi donne sur la Cilicie des détails plus circonslanciés et généralement plus exacts qi:e sur aucune aulre partie dc5 l'Asic- Miiieure. La Cilieio avait élé longtemps au pouvoir des Arabes, et leurs géographes avaient eu ainsi plus de facilités pour la mieux connaître. Sa prenjière |)lace, du côté de la frontière syrienne, était Naia^^^^^ à une journée faible de Skandcroun. Deux rivières cou[)enl le pays, le JJjeilian {Pyramos) et le Sethan (Saros) ; toutes deux sont considérables, celle-ci moins que la première. A'in-Zarba ( Anazarbus)^ el-Massis^a ^*) et li^ f. rt e/- Mulatcwen (raucion A/allas)^ S(»nt sur le Djdhan; Adana^ sur la rive occidentale du Scihan. Adana possède un pont d'une construction remarquable et (rune grande longueur. Tarsous^ à une journée d'Adana, est une place irès-importîinte et d'un grand commerce, à douze milles de la mer. Entie Tarsous et la frontière de Roum <.s), il existe des montagnes entrecoupées de
1 Dans un autre endroit, Edrisi range Kliazlassa parmi les viiios dn Botighlan.
* Edrisi ne nieniionne pas d*unc manière spéciale la clialne du Taurus. H nomme bien dans un endroit ( l. Il , p. 139 j , la clialne de /Jkiam , qui aboutit à riîuplirate au noid de llalvb; mais celle montagne n*est probablement que Vylnianus des anciens.
* Balas, à quelque distance au sud de l'ancien Issos.
^ L'ancienne Mopsuestia. Edrisi dit que \vs Grecs (de son temps) la nommaient Aïamistra, ce qui est confirmé par les l^isloriens latins des Croisades.
* Les Arabes attribuaient communément le pays cilicien à la Syrie, de ipénie qu'autrefois les provinces au delà ( ou au Sud ; du Taurus dtalenl rogardéet comme en dehors de la Péninsule , et que sous les princes laUnt elle fit
47S Asn-iovBimx. [12* siècle ap. i.-c.
gorges profondes , qui semblent deslinées à servir de lignes de dérense aux deux provinces ^^).
Les historiens byzantins de cette époque, Scylitza, Cedrenut, Ciniiamus, Nicetas, et les chroniqueurs latins des premières Croisades, abondent aussi en renseignements géographiques sur celte province de Cilicie, théâtre de fréquents combats entre les princes arméniens des hautes vallées, les prioces chréiiens d'Antioche, les Turks d'iconium et même les Grées de Constantinople. Ceux-ci, en effet, s'efforçaient de tamps à autre de faire revivre leurs anciens droits sur une province de Tempiro qui avait su se maintenir contre les armes musulaiaoes, ou qui s'en était promptement affianchie; mais leurs tentatives plusieurs fois renouvelées n'aboutirent qu'à y faire reconnaîtra temporairement une suzeraineté illusoire. Les princes arméniens de Id race de Rhoupèn restèrent les véritables aaaîtfes des vallées du Taurus et des plaines qu'elles douiineiit, depuis les sources du Djihoun et les confins de l'ancienne Mëliiène jusqu'à Tarse et même jusqu'à SeleikèbC^^; aussi les chroni-^ qucurs latins débignent-ils souvent la Cilicie orientale sous le nom de Terra Armtniorum C3).
Celte richesse comparative de matériaux pour la géographie cilioiuime va se reproduire dans les périodes subséquentes du treizième et du quatorzième siècles. Chrétienne elle-mâme, «t conséquemment plus accessible qu'aucune autre partie de TAsie* Mineure aux chréiiens de Syrie dont elle était frontière; offrant en même temps, par sa situation maritime, dfi nombreuses &" cilitos au commerce dont les Italiens étaient alors les faœurs dans toute la Méditerranée, elle fut en effet plus fréquentée et mieux connue que ne pouvaient l'être alors les pays situés de l'autre côté du Taurus.
parlie de la pn/icipaut^ d*AnUoche. Nous savons d'ailleurs que ks CHictoat appartenaient originaic^ment à la mèma souchf que les populations araméeane» de la Syrie.
» Edrisi, t. II, p. 133.
* Les évéïieaieiits de Tbistoire cUiicienne au dojMlèine sîMe aoot biea tésu«)és dans ia nouvelle édition de VHiêtoire du Biu-Empirt «k Lebeav « U XVI, p. 24etsMiv ,83, t^3, 167.
> Albefius A<i. , ap« Boogars , t. I , (x. /kft ; Baldrioits Ëpise. , iM* ,
LES TCRKS, LE$ GRËÇÇ ET LES ARHÉNIERS. 479