CARTES MAKINES DU TREIZIÈME SIÈCLE
înimensë activité commerciale , qui s'était faite Tintcrmédiaire du commerce universel.
Une si longue pratique du Pont-Euxin , et par des marins aussi habiles que Tétaient devenus les Génois, les Vénitiens et les autres peuples navigateurs de la Méditerranée occidentale, suppose une connaissance très-perfectionnée des parages ainsi habituellement fréquentés. On ne saurait donc douter, lors même qu'il ne nous en resterait aucun témoignage direct, que les pilotes italiens du onzième, du douzième et du treizième siècle, n'aient eu des cartes côtières de toutes les mers de TEmpire grec, dressées sur leurs propres observations, et sûrement très-supérieures aux anciennes cartes grecques et latines. Quelques-uns de ces monuments de la science nautique du moyen âge se sont d^ailleurs conservés dans les grands dépôts littéraires de l'Europe, particulièrement dans ceux de Tltalie et du midi de l'AlleiHagne. La bibliothèque Saint-Marc à Venise possède entre autres une carte marine de la mer Noire que Ton croit avoir été levée par les Vénitiens dans le treizième siècle , c'est-à-dire à l'époque même où ils étaient devenus les maîtres a peu près exclusifs de la navigation de cette mer et du riche commerce dont quelques-uns de ses ports, notamment Trébizonde, étaient TenirepôKO- et cette même carte se retrouve à une moindre échelle dans le. précieux Atlas nautique de la Méditerranée dessiné par Petro P^essconte^ en 1318 W.
^ Notre dépôt des Cartes à la Bibliothèque royale de Paris possède une belle copie sur vélin de cette curieuse carte de la Bibllotlièque Saint-Marc , beaucoup plus correcte "que celle qu'en a fait graver Formaleonl à la fin du dernier siècle, pour son -Histoire du Commerce, de la Navigation et des Colonies des Anciens dans la mer JYoire (traduite de l'italien par le chevalier d'Hénin j Venise , 1789, in-8, 2 vol.) Le Pont-Euxin y est nommé la Grande Mer : Questo xe Mar Maor ^ y est-il dit dans une légende inscrite au centre même de la mer. Ce nom de Grande Mer était alors Tappellation vulgaire du Pont-Euxin ; c'est ce que dit positivement Rubruquis ( Itinerarium frairis Willeimi de Rubruk, anno MCCL1II, ad partes orientales^ édition de la Société de Géographie de Paris, t. IV de ses Mémoires, p. 214 ).
* Cet Atlas miniature , singulièrement remarquable pour la finesse de Texé cution , est en original à la Bibliothèque de Vienne; il sera donné par M. Jomard (sous les n^* 37-38 ) dans la magnifique collection des Monuments de la Géographie du Moyen-Age ^ que ce savant prépare depuis de longues •nnées.
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Ces cartes sont véritablement d'un très-grand intérêt, particulièrement celle de la Bibliothèque Saint-Marc à raison de son échelle. Quoique les marins dont celle-ci est Touvrage n'eussent pas à leur disposition le secours si important des observations astronomiques pour en fixer les points principaux dans le sens des longitudes, elle n'en présente pas moins un merveilleux degré d'exactitude. La conformité frappante qu'elle offire dans sa configuration et dans ses dimensions générales avec nos meilleures cartes actuelles , prouve avec quelle attention avaient été relevées les diverses parties des côtes, et combien les gisements en avaient été soigneusement tracés. Cette conformité est d'autant plus remarquable , que les cartes du dernier siècle , celles même dont se servait la marine avant l'exploration hydrographique de notre compatriote le capitaine Cauttier en 1816, étaient tombées fort au-dessous de ce degré d'exactitude des cartes du treizième siècle, surtout dans le tracé de la côte orientale et de la côte méridionale, c'est-à-dire de la côte des pays Caucasiens et de celle de l'Asie-Mineure (0. Cette altération des anciens tracés hydrographiques du Pont-Euxin tient à des caqses sur lesquelles nous serons ramenés plus tard. Les cartes italiennes, dont celle de Venise nous a peut-être conservé le plus ancien spécimen connu (2) ^ furent, au reste, très-longtemps en
* Comparez, notamment, la troisième partie de la carte d'Europe de d*Aii* ville, 1760, la carte marine dressée par Arrowsmith sur les documents rosses et anglais, 1801, etc.
« Nous disons peut-être y parce que M. Jomard, qui a fait une étude approfondie des monuments géographiques du Moyen-Age, et dont l*opinion sur ces matières est conséquemmcnt d*un si grand poids, ne croit pas Vexemplaire qu'en possède Venise antérieur au quatorzième siècle. Mais ce point pardculier n'importe en rien au fait même que nous voulons établir, à savoir, que les navigateurs italiens du douzième siècle avaient des cartes très-exactes de la Méditerranée en général et en particulier du Pont-EuxIn. Nous disons que le doute plus ou moins fondé sur la date de la carte vénitienne rapportée au treizième siècle n'importe en rien à ce fait essentiel, parce que si cette carte vénitienne n'est pas le prototype des cartes semblables dont il existe encore dans les bibliothèques de l'Europe des exemplaires de diverses dates, ce sera la copie dHine carte antéiieure, et qu'ainsi la conséquence est la même. La carte du Pont- Euxin que donne l'Atlas de Petro p^essconte, daté, nous Pavons dit, de 1318, .est identique, sauf l'échelle, avec celle de la Bibliothèque de Saint-Marc; et comme cet Atlas de Vessconte n'est lui-même qu'une copie réduite de caries à