‹ Histoire des découvertes géographiques des nations Européennes dans les differentes parties du mondeChapitre 109 sur 123 · CARTES MARINES DO TREIZIÈME SIÈCLE. 4S · texte numérisé non relu

CARTES MARINES DO TREIZIÈME SIÈCLE. 4S

usage; car la carte marine de Freduce d'Ancône, qui porte la date de 1497, est à très-peu de chose près identique avec celle de la Bibliothèque Saiut-Marc, tant pour le tracé que pour les nonos (0.

La nomenclature de la côte de TAsie-Mineure entre Trébizonde et Gonstantinople, seule partie de la carte vénitienne dont nous ayons à nous occuper ici, ne laisse pas d'avoir aussi son intérêt, en faisant voir par quelle pente les anciens noms grecs sont arrivés aux formes altérées que les gens de mer ont répandues, et qui se sont naturalisées dans Tusage vulgaire. On n'y trouve qu'une seule dénomination turque ; les suUhans d*lconium, nous l'avons vu, n'avaient étendu leur domination sur quelques-unes des places de la côte paphiagonienne que dans le commencement du treizième siècle , et la nomenclature grecque n'avait pas eu le temps encore de se ressentir de ce contact étranger. Nous avons relevé dans un tableau particulier la suite des noms inscrits sur la carte depuis Trébizonde jusqu'au Bosphore, et nous y avons mis en regard d'une part les noms anciens donnés par les Périples et par les géographes, de l'autre les noms actuels tels que l'usage les a consacrés W.

Si les documents de la géographie nautique du treizième siècle étaient arrivés, pour les côtes de l' Asie-Mineure, au degré d'exactitude attesté par les anciennes cartes marines dont nous avons la copie dans celle de Freduce d'Aacône et la réduction dans l'Atlas de Pelro Fetsconte^ les autres monuments figurés de la

rasage des marins , il est évident que ces caries existaient dès les premières années du quatorzième siècle. Rien n'empêche doffc, après tout, de regarder comme exacte la date du treizième siècle attribuée à la carte vénitienne ; et U y aurait plus d'une raison de penser que les premiers modèles de ces cartes marines italiennes , peut-être génoises , peut-être plsanes , sont de beaucoup antérieures même au douzième siècle.

1 Cette carte de Freduce d'Âncdne qui comprend la Méditerranée et la mer Noire , et que tout porterait à regarder comme une copie des originaux dont TÂtlas de Vessconte n'est qu'une réduction^ se conserve en original dans la BiblloUièque ducale de Wolfenbuttel. Le comte Potocki en a fait graver le facsimile^ pour la partie qui comprend la mer Noire, dans son Mémoire sur un nouveau Périple du Pont-Euxin (Vienne, 1796, iu-ft), Mémoire que M. Klaproth a réimprimé à la suite de l'édition qu'il a donnée de plusieurs des ouvrages du savant Polonais. Paris, 1829, ia-8) 2 vol. , t II i p. 352.

* Voyez l'Appendice de ce Chapitre,

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géographie de cette période sont loin de présenter le même caractère. Une grande Mappemonde dessinée vers l'époque dea dernières Croisades, et dont l'original se conserve aujourd'hai, en Angleterre, dans les archives de la cathédrale d'Hereford, nous peut donner une idée des cartes terrestres de ce temps-làCO. Rien de plus grossier, nous dirions presque de plus nionstroeox que ces informes ébauches de la cartographie du moyen âge. L'Asie<-Mineure, sur la Mappemonde d'Hereford , forme à peu près un carré long, qui peut avoir six pouces dans un sens et sept à huit dans l'autre. La ville de Nicée est placée à l'angle supérieur vis-à*vis de Constantinople ; puis successivement au* dessous de Nicée, le long d'une côte marquée verticalemeot par une ligne sans contours , on lit de haut en bas les noms de Calcidonia^ Nicomedia^ Prusias, Cisicum (sic) et ^bidos (ces deux derniers noms semblant s'appliquer à une seule et même ville), Lamsacus^ Lilium (sic), et enfin Troja^ civUas bellicasa. Un peu après Troie, qui est V^lexandria Troas, la côte se replie à angle droit; mais Tauteurde la Mappemonde, confondant le détour que fait ici en effet la côte de la Troade pour former le golfe d'Adramy tti, avec celui de la côte carienne qui est à emriron quatre-vingts lieues plus au sud , trace horizontalement, depuis Troie jusqu'au golfe d'IssosToiQenouvelle ligne droite qui figure la côté méridionale de la PéninsuleT'^^C^r cette côte il inscrit sue-* cessivement de gauche à droite les noiâss^e Prienna^ MiletuSf Racera (pour Patara)^ Mrrea^ Listra, jTsimessus et Atalia. Après Atalia, il n'y a plus de noms. Sur la côte sèpi!;entrionale,il n'y en a qu'un, celui à'Heraclea^ inscrit non loin d^^cée avec le fleuve Licus. Si tel est le tracé extérieur de la Péninsïiije, que les navires européens fréquentaient habituellement, onSP^^' imaginer ce qu'en doit être l'intérieur. Ephesus y est pV^é presque au centre du pays («) 5 un peu plus loin sont les viù^

1 L'auteur de cette Mappemonde se nommait Haïdingham, Nous en devenu la communication à M. Jomard, qui en possède une copie figurée d*une exac-* titude minutieuse destinée à sa GollecUon des Monuments de la Géographie du Moyen-Age , dont elle ne remplira pas moins de dou2e planches (du n* 1 au n<* 12).

* La même particularité , comme par une sorte de tradition dont on se rend difficilement compte, se remarque sur des cartes moins anciennes de plusieori siècles que la Mappemonde de Haïdingham.

CARTK M IIÀLDUIGIUM. 4^^

à'^nOochea, à'Iconium^ de Cesarea et de Tarnu; puig, à Textrémité vers TOrient, Antioche de Syrie et le mont Ca$$iu». Une ligne sinueuse figure le fleuve Halys , qui est écrit Helle$, Les noms des anciennes provinces , la Phrygie , la Carie , la Paphiagonie , la Cappadoce , etc. , sont jetés pêle-mêle et comme au hasard. Du reste , le tout est exécuté avec un très-grand soin calligraphique , et les villes y sont figurées , suivant leur importance traditionnelle, par une ou plusieurs tours parfaitement dorées et coloriées. Le Pont-Euxin et la mer de Gypre sont représentés par d'éux)its canaux peints en vert ; et par une sorte de compensation de ce que de vastes mers perdent ainsi en étendue, les détroits qui se prolongent entre TEuxin et l'Egée, y compris la Propontide, ont reçu d'énormes dimensions.

Cette marche si prodigieusement inégale dans leurs progrès respectifs de la géographie nautique de TAsie^Mineure et des représentations graphiques de sa géographie intérieure, est un fait très-remarquable, quoiqu'on le comprenne aisément. D'une part, les habiles marins de Pise, dé Gênes, de Venise et de la côte catalane pratiquaient journellement les parages del'Âsie- Mineure, aussi bien que du reste de la Méditerranée, et le soin même de leur vie les devait pousser à perfectionner autant que possible les cartes sur lesquelles se dirigeaient leurs pilotes ; tandis que l'amélioration des cartes terrestres n'était favorisée ni par le même intérêt, ni par les mêmes facilités. Ce n'était pas le temps encore où des voyageurs curieux pénétreraient avec des pensées d'étude dans des contrées d'un difficile accès et que désolaient depuis si longtemps des guerres incessantes \ et le petit nombre de marchands européens qui osaient affronter les périls de plus d'une sorte qui les attendaient sur les terres du Turk et même au sein des provinces encore grecques, songeaient à tout' autre chose qu'à des remarques géographiques.. L'incurie des chroniqueurs des Croisades, dont plusieurs, cependant , avaient parcouru le pays et auraient dû être amenés par leur sujet même à entrer dans les détails de géographie qui s'y rattachaient, nous donne la mesure de la portée commune des esprits à cette triste époque. On écrivait peu, d'ailleurs; et lors même qu'un heureux concours de circonstances aurait eu pour résultat quelques observations utiles, ces observations n'au-

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raient que bien difficilement profilé à l'avancement des connaissauces générales.

D'utiles notions, cependant, auraient pu se répandre plas rapidement, si beaucoup de voyageurs tels que Willebrand d'Oidenbourg avaient été conduits , par le désir de voir des pays ignorés , dans les différentes parties de la Péninsule. WiUebrand, qui a reçu le surnom d'Oldenbourg sa ville natale, était un ministre allemand de Hildesheim , qui fit en 1211 le voyage de la Terre-Sainte en compagnie d'un envoyé du duc d'Autriche, et qui de là visita le royaume chrétien de la petite Arménie W, Willebrand n'est pas sans quelque instruction ; il observe avec intérêt les hommes et les lieux, et il consigne jour par jour dans son journal ce qui a frappé son esprit. Peut-être ne lui a~t-il manqué qu'un théâtre plus vaste pour prendre un des premiers rangs parmi les voyageurs du moyen âge. Dans le cercle limité où se renferment ses courses , il ne laisse pas de nous fournir d'intéressantes notions *sur ce rovaume arménien de Cilicie, qui était alors, nous l'avons déjà dit, la partie de l' Asie- Mineure la plus communément fréquentée par les Européens, et une des routes principales du commerce de l'Occident avec les contrées orientales (^).

Nous voyons par la relation de Willebrand que les terres du royaume d'Arménie, ou de Horménie , comme on disait alors , commençaient à un château nommé Gastis , éloigné d'Antioehe de quatre milles d'Allemagne (3). A la droite du voyageur s'éten-

* La relaUon de V^illebrand u*avait jamais été imprimée , lorsque le savant Léon Allatius la publia en 1653 , avec d'aulres pièces grecques et laUnes dont plusieurs sont intéressantes pour la géographie de la Terre-Sainte au temps des Croisades, d'après un manuscrit de la Bibliothèque de Pithou. En voici le titre : Itinerarium Terra Sanctœ^ autore Willebrando ab Oldenborgo, canonico bildesamensi ; dans les SupiiiixTa Leonis AUatii, sive Opusculo-

^rum libri dtto. Coloniae Âgrippinae, 1653, petit in-S , première partie,

* y oyez Pardessus, op, citai, ^ t. Il, p. xxii; t. III, p. ni et xv.

3 Ce château est mentionné, mais sans indications précises, par quelques écrivains des Croisade*. Guillaume de Tyr, lib. XV, c. 19, le nomme Gastun^ et en parle comme d*une petite ville. La distance marquée par Willebrand, Jointe aux autres circonstances de son récit , ne permet pas de douter que cette place ne soit le Pagrœ des iUnéraires et des géographes anciens, le Bagras de 009 cartes actuelles, lieu précisément situé à l'entrée du défilé {Pylœ Syrim)

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