‹ Histoire des découvertes géographiques des nations Européennes dans les differentes parties du mondeChapitre 111 sur 123 · UB-IIIRBUIB. [13* SIÈCLE AP. J.-C · texte numérisé non relu

UB-IIIRBUIB. [13* SIÈCLE AP. J.-C

aèrent les Grecs. C'est de là qu^il a été nommé P^te Hàrménie. » Après cette digression , où Willebrand n'énonce rien que de parfaitement exact, notre voyageur reprend la suite de son journal. Au sortir des montagnes , qu'ils mirent une journée à traverser avec de grandes difficultés, ils arrivèrent à AkxandreUe^ «ville entourée de murs, située sur la côte, et à demi détruite ». 11 y a près de là des prairies, très-propres à l'élève des chevaux. Une journée plus loin ils atteignirent PorUlla , bonne station , près de laquelle il y a une porte, d'où elle tire son nom. «Cette porte s'élève seule sur la voie publique, aa bord de la mer; elle est très-ornée, et construite en marbre blanc bien poli. On dit que les cendres d'Alexandre-Ie-Grand reposent à son sommet, et on ajoute qu'il l'avait demandé ainsi, afin que les rois et les princes qui franchiraient cette porte eussent encore au-dessus d'eux, mort, celui qui, vivant, avait été au-dessus de tous. Cette station est à quatre milles d'Alexaa*^ drette (0. » La distance indiquée nous conduit précisément aa site de l'ancien Is9os, ville dont les vestiges ont disparu, ainsi que le nom , mais où il est remarquable de retrouver encore vivant dans la tradition populaire le souvenir du vainqueur de Darius.

De Portella , deux jours de marche conduisirent Willebrand et ses compagnons à Manislere C^). Ils laissèrent à droite une place nommée Château Noir du Roi^ puis traversèrent un autre château du nom de Canamella^ à une forte journée en avant de Manistere(3). Celle-ci est représentée comme une ville encore importante, quoique médiocrement peuplée, assise sur un fleuve dans uue situation agréable, et dont les murailles, flanquées de tours, avaient souffbrt du temps.

De là , Willebrand se rendit à Tursolt, nom que l'ancienne Tarse recevait, nous l'avons déjà vu, dans l'usage vulgaire. De

* Willebrandus, p. 135.

s n faut lire probablement Mamistere. C'est la Mamistra des Byzantins et des chroniqueurs francs, la Mopsuestia de Tancienne géograpliie, et laMiasIt actuelle, sur la droite du Djihoun.

B Cette indication nous conduit aux abords du défilé nommé dans les auteurs anciens Pylœ Amanides, et quelquefois Pylœ Ciliciœ^ et aujourd'hui par les Turks JOemir^Kapou , la Porte de Fer.

WILLEBftAlO) d'oLDBRBODRG. 491

Manistare à Tursolt, il y a deux Jburs de marche. Il ne paraît pas avoir passé par Adana : du moins ne mentionne-t-il sur la route qu'un endroit nommé Cumbetefori, où il y avait une maison hospitalière pour les Allemands. Notre voyageur ne manque pas de rappeler que Tarse est la patrie de saint Paul, et que quelquesuns Tont prise pour la Tarsis d'où était parti l'un des Mages qui vinrent adorer le divin enfant de Bethléem.

De Tursolt Wiliebrand revint à ytdme (Adana) , qui était une ville royale , c'est-à-dire une des résidences du roi. Elle est à une journée de Tarse, dans un site agréable, sur un fleuve auquel elle donne son nom; ses habitants n'étaient pas riches, quoique son étendue fût considérable dans l'enceinte de ses murailles.

Partis d'Adene, les voyageurs arrivèrent à Sis le jour de l'Epiphanie; le roi les y avait invités pour y célébrer sa fêle. C'est la capitale de l'Horménie ; la population y est riche et nombreuse. « Sis n'a pas de fortifications , dit Wiliebrand ; de sorte qu'on la prendrait plutôt pour un bourg que pour une ville , si elle n'était le siège de l'archevêque ( du catholicon ) d'Horménie, ainsi cpie du patriarche grec. Mais elle est dominée par un château très-fort assis sur la montagne, au pied de laquelle la ville elle-même se développe en amphilhéâtre. On dit qu'elle fut autrefois possédée parle roi Darius, que vainquit Alexandre. » Le pieux voyageur décrit ici fort au long les rites singuliers de la célébration de l'Epiphanie chez les Arméniens. Après les fêtes, ayant obtenu leur congé du roi, qui les avait traités fort honorablement, Wiliebrand et l'envoyé du duc d'Autriche quittèrent Sis pour redescendre vers la mer. Le premier lieu où ils passèrent fut A^arersa (nom corrompu pour Anazarbus^^))^ bon château situé sur une montagne élevée, au pied de laquelle de fort belles ruines, particulièrement celles d'un magnifique aqueduc, attestaient l'existence d'une ancienne ville. A deux milles de là ils arrivèrent à jédamodana, château avec une maisoo hospitalière pour les Allemands. Au pied du château passe un fleuve, qui se fait jour plus haut à travers les montagnes d'Horménie (2). Tournant alors vers Canamella, mentionnée précédemment, ils gagnèrent Thila^ très-bon château possédé par

' GuUIaume de Tyr et d'autres chroniqueurs écrivent Anavarsa» * C'est le Pyramos^ auquel les Turks ont donné le nom de Diihoun,

492 asib-mimeom;. * [13* siècle iP. j.-c.

UQ seigneur du pays; non loin de là était une hauteur trèsagréable , que les habitants nommaient la Montagne des Avmtures ^ et dont la tradition locale racontait nombre d'histoires merveilleuses.

On touchait à la fin de l'hiver-, nos voyageurs songèrent à quitter le pays. Reprenant donc le chemin de Tarse, ils continuèrent leur roule à rOccident. « Nous trouvâmes ces parties " de THorménie tout à fait semblables à notre Allemagne, ajoute Willebrand , par les forêts qui la couvrent, par la fraîcheur des eaux et la bonté de l'air. Après trois jours de marche, nous arrivâmes à Cure (0 : c'est une ville assise sur la cote , ayant un bon port, où l'on voit aujourd'hui des édifices en ruines d'une beauté admirable, qui nous parurent être des ruines de constructions romaines. A deux milles de là est le château de Seleph^ non*loin duquel l'empereur Frédéric se noya, hélas! dans le fleuve que le château domine, lorsqu'il travaillait à recouvrer la Terre-Sainte. Nous nous embarquâmes dans ce port,' d'où nous descendîmes vers l'île de Cypre... W »

Telle est la relation du ministre de Hildesheim, relation également curieuse, soit que l'on en considère l'auteur, l'époque ou le sujet , et que sans doute on nous saura gré d'avoir tirée de l'obscurité où elle gisait ignorée, pour la rappeler au rang qui nous paraît lui appartenir parmi les documents géographiques du treizième siècte.

Cependant un nouvel orage venait de se former au fond de l'Asie, qui bientôt, grossissant dans sa marche, allait se précipiter en torrents furieux, et inondant 'à la fois une immense étendue de contrées lointaines, semer partout la dévastation et la mort. Tchinghiz-kbân, à la tête de ses hideux Tâtars et de toutes les hordes subjuguées de la Haute-Asie , avait envahi les plaines

* Forme corrompue de l'ancien Corycus, dont le nom se lit plus ordinairement Curco (nos cartes actuelles écrivent Korghos) dans les portulans du moyen ége. Curco est en effet elle par tous les écrivains du temps des Croisades comme un port renommé sur celte côte , et le lieu d'embarquement ordluaire pour ceux qui se rendaient en Cypre. II parait que Ton disUnguait le port, nommé par les marins, Cur cou plutôt Cour) , du château même auquet le nom de Cureo était plus particulièrement appliqué.-C*est du moins la distinction qu'y fait Barbaro , comme nous le verrons bientôt.

• WiUcbr. , p. 141.

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