‹ Histoire des découvertes géographiques des nations Européennes dans les differentes parties du mondeChapitre 121 sur 123 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

AMONCnOlf 80CCC88ITE DE TOUTES tCS mmCIPACTÉS TtTRQVSS

INDÉPENDANTES DE L'ASIE-MINEITRE A LA DOVlNATlOlf OTTOKAlft.

VOYAGEURS DU QUHIEIÈIIE filiOLB EN ASB-MIIIIIiai»

Orkhan et ses successeurs soumettent successivement et Incorporent k leuri États toutes les princiiMutés turques indépendantes qol s'étalent levées en Asie-Mineure après la ruine de l'empire Seldjoukide. — Formation du nouvel empire turk des OttimaDides ou Ottomans, — Les sulthans othmanides i Gonstantinople ; fin de l'empire Grec. — Incorporation du royaume grec de Trébizonde à l'empire Ottoman.

Voyageurs européens en Asie-Mineure dans le cours du quinzième siècle.— Bertrandon de la Brocquière.— Description de TAsie-Mineare d'iEneas Syl* vins. — Josaphat Barbaro. — Conclusion de cette seconde période de l'bistoire géographique de TAsie-Mineure.

(De la moitié du xive siècle è la fin du xv«.)

L'histoire territoriale de TAsie-Mineure , depuis la première moitié du quatorzième siècle jusqu'à la seconde moitié du quinzième , se confond avec Fhistoire même des sulthans Othmanides. Cette période de plus de cent cinquante ans nous montre les sept premiers successeurs d'Othman, fidèles à la pensée politique de l'illustre chef de leur dynastie , continuer la grande œuvre qu'il leur avait léguée de reconstituer un nouvel empire turk surles ruines de l'empire des Seldjoukides. Soumettre à leur autorité les tribus et les chefs de leur nation, qui, en deçà de l'Euphrate, avaient obéi aux sulthans d'Iconium . en même temps qu'au delà de l'Hellespont ils s'agrandiraient aux dépens des empereurs grecs; poursuivre ainsi à la fois ce double plan de consolidation intérieure et de conquête au dehors : telle fut l'occupation incessante des premiers sulthans de Broussa, tantôt par la force des armes, tantôt par l'adresse et les négociations, de-

POBMATION DE L^EM^IRB OTTOVAN EN A«IE-MINEURE. 527

puis le moment où Othman mourant montrait à son fils le chemin du Bosphore, jusqu'au jour où Mahometll planta le croissant flur les tours de Constanfînople , après avoir arraché une à une les provinces grecques d'Europe aux successeurs dégénérés de Constantin.

Nous n'avons pas à tracer l'histoire de l'empire Ottoman et de fies agrandissements en Europe; notre sujet nous retient en Asie, où il nous suffira de noter l'incorporation successive sous le sceptre des Othmanides des diverses principautés turques que nous avons précédemment énumérées, afin de compléter ainsi l'histoire des révolutions territoriales de la Péninsule jusqu'au moment où elle n'a plus formé qu'une unité politique et une grande province des sulthans de Stamboul.

Le premier territoire turk réuni aux États des Othmanides fut la principauté de Karassi, en 1335, neuf ans après la prise de Brousse par Orkhan, sept ans après le passage de Ben Batouta; le dernier fut celui des princes de Karaman en 1464. Le royaume grec de Trébizonde avait été conquis deux ans avant cette dernière époque, en 1462. Depuis lors l'Asie-Mineure n'a plus éprouvé d'autres démembrements.

Voici la série chronologique de ces incorporations :

En 1335, conquête de la principauté de Karassi (l'ancienne Mysie).

En 1376 , le mariage du fils de Mourad , successeur d'Orkhan, avec la fille du prince de Kermian^ fait entrer dans la maison des Othmanides la principauté de Kermian, comprenant toute la partie occidentale de la Phrygie.

En 1377, Mourad oblige le prince de fTamtci (Pisidie) de lui céder, à prix d'argent, la plus grande partie de sa principauté , et devient ainsi maître des six villes de Beï-shèhr , Sidi-chèhr , Ak-chèhr, Isbarta, lalobatch et Kara-Agatch. Dans le même temps les lieutenants du sulthan s'emparaient d'une partie de la Macédoine.

En 1378, l'émir de Tekkèh (Pamphylie) qui avait prêté assistance aux habitants de Beï-chèhr dans une prise d'armes contre Mourad, est dépouillé d'une partie de son petit État, moins les deux villes d'Antalia et d'Ëstenaz qui lui sont laissées.

En 1391, Bâîézid (vulgairement Bajazet), fils de Mourad et

52^ Asn-MiiiEimi. [xiv* siècle kp. j.-c.

troi.««ième successeur d*Oibman, s'empare de Phihdeiphîe de Lydie , seule ville que les empereurs grecs eussent conservée jusque-là eu Asie. Philadelphie a reçu des Turks le nom d^Aiochèkr^ la Ville Bigarrée.

1391. La môme aonce, les trois émirs d'^ïdfin, de Sontkhan el de Mentesché (Lydie, Carie el partie do la Lycie), menacés par les armes de Baïczid, abandonnent volontairemenl leurs principautés, qui sont réunies aux États olhmanides.

1391. La môme année réunion de ce qui était resté aux deux petits princes de Hamid et de Tekkéh,

1391 . Conquête d*une partie du Kerman ( Phrygie orientale) , à la suite d'une guerre contre le prince de cet État, le plus puissant, après celui des Othmanides, de tous les petits royaumes qui s'étaient élevés en Asie-Mineure. Le traité qui abandonne au sulthan Baïézid une portion du Kerman , assigne pour limite aux deux États, du coté du territoire nouvellement acquit de Tekkèh, la rivière de Tchehar-tchembèh (0.

1392. Incorporation du reste Qu Kerman , après une nouvelk guerre dans laquelle le prince de cet État a été vaincu.

1392. Dans la même année, Baïézid s'empare des territoires de Kaïsariékj Sivas^ Tokoê, etc. , c'est-à*dire de tout le Nord de la Cappadoce où quelques tribus mongoles étaient venues se fixer, et où un chef de cette nation s'était formé un établissement indépendant.

1392. Dans la môme année, conquête-des États du prince de Kastamouni (Paphlagonie) , moins Sinope et son territoire.

Dès cette époque; c'est-à-dire à la fin du quatorzième siècle, les Olhmanides sont donc maîtres de la presque totalité de l'Asie- Mineure; les seules parties de la Péninsule qui ne puissent pas encore être comptées dans le territoire ottoman sont le royaume grec de Trébizonde, défendu jusque-là par sa situation entre les rudes montagnes qui le couvrent au Sud , et la mer qui le baigne au Nord -, Sinope , où règne un descendant des princes de Kastamouni ; enfin, la Cilicie orientale, partagée maintenant entre deux petits clTefs turkomans que les armes ottomanes n'ont pas encore atteints.

1 Cette rivière prend naissance dans le Taurus cilicien , et coule du Sud au Nord & TEst du lac de Soghla, Tancien Trogitis.

TÀMERU» £N àStÊ-mNECmE. 620

L'existence de ces deax petites dynasties date de 1378, époque où la famille des Lusignans, qui avait succédé, en 1342, à celle de Rhoupèn , fut expulsée de la Gilicie par les Mamelouks Baharites d'Egypte : Tune régnait à Mérâsch^ l'autre à Adana. Celle-ci est connue sous le nom de Beni^Ramazan; la première, sous celui de SatUkadir^ qu'elle a laissé, dans la nomenclature de la géographie turque, au district même de Mérâsch qu'elle possédait CO. L'une et l'autre se maintinrent jusqu'en 1515, où elles forent soumises par Sélim, et leurs territoires incorporés à l'Empire (2).

Les expéditions du sulthan Baïézid en Europe n'avaient été ni moins rapides ni moins heureuses que celles qui avaient porté la domination ottomane jusqu'à TEuphrate : de ce côté-ci du Bosphore elle atteignait le Danube , touchait à l'Adriatique , et ne laissait plus aux empereurs grecs que la seule ville de Gonstantinople. C'est à cette apogée de gloire et de puissance où la maison d'Olhmann était arrivée , qu'une nouvelle irruption mongole, conduite cette fois par le fameux Tamerlan, vint l'ébranler par un choc aussi rude qu'imprévu , et faillit renverser en un jour Toeuvre d'un demi-siècle (*). Vaincu et prisonnier à la sanglante bataille d'Angora (1402) , Baïézid eut la douleur de voir, avant de mourir dans sa captivité , Tempire qu'il avait tant agrandi démembré de nouveau par la politique du vainqueur, et rendu à tous ses éléments d'anarchie. Tamerlan avait rétabli 4ans leurs États, à titre de vassaux de l'empire mongol, les princes que Baïézid en avait dépossédés. L'orage dissipé, il fallut encore une fois une longue période de combats et de politique pour reconstituer en Asie-Mineure l'unité de la puissance ottomane» A la mort de Sulthan Mohammed (1421), le premier successeur de Baïézid après la longue anarchie qui suivit la retraite de Tamerlan, les Othmanides n'avaient recouvré en Asie que les provinces occidentales , ou l'Anadoli proprement

^ La plupart des historiens et des géographes écriveot Dulgaêir; c'est une faute que d^Anville avait déjà [relevée {L* Empire turc considéré dans son éiiMblissement et dans ses accroissements sticcessifs, Paris, I. R., 1772, in'12, p. 63).

« ployez Hammer, t. ni, p. 253, trad. fr.

• Foyez ci-dessus, p. 50.

Page 1