‹ Histoire des découvertes géographiques des nations Européennes dans les differentes parties du mondeChapitre 122 sur 123 · II · texte numérisé non relu

II

fg0 ASIS-MIJIVUM* [ 1S« SIÈCLE AT. l.-C.

dit î encore )e8 pays d'Aïdïn et de MenUKhé étaient^ils entre les mains de vassaux douteux Ci). Les princes indépendants de Ao» raman^ de Kastamauni^ de Hamié^ d'jidana et de Soulkadw

se parlageaient le reste de la Péninsule, sauf une porlion de la Cappadoce où dominaient les tribus turkomaues de Kara^Koïn^ louj ou du Moulon*Noir, réunies aussi depuis i4û3 sousunciief particulier, dont la domination avait pour siège principal la grande Arménie et la Mésopotamie C'O.

Ce fut Sulthaji-Mobammed-Kban, vulgairement connu scms la nom de Mahomet II, qui reporta de nouveau jusqu'à TEuphrate les limites de la domipation ottomane» en même temps que par la prise de Constantinople (29 mai 1463) il achevait d'effîtcer ju»» qu'au nom de l'empire grec. £n H61, dès que la tranquillité fut assurée dans les provinces d'turope, Mohammed tourna toutes ses pensées vers l'Asie. Déjà maître de Ka^tamouni , de Gan-» ghra et des autres places inlérieurej) de la Papblagonie, il vint mettre le siège devant Sinope , et s'empara de cette ville impoiH tante, dernier refuge des princes de Ka^tamouni. Cette conquête n'était dans la pensée de Mohammed qu'un acbeipipementà ud« conquête plus importante encore , celle du royaume de Trébhzonde. Elle ne lui coûta quels peine de se présenter devant 1^ capitale (1462). Trébizonde ouvrit immédiatement ses portes; et le dernier descendant des rois Comnènes, David I^'^", livré > dit-on , par un de ses officiers, fut transporté à Copstajutipople avec sa famille et tous les hauts fonctionnaires de 1 Étatc^). L'année 1464 vit la conquête et l'incorporation définitive des provinces de la Karamanie situées au nord du Taurus^ les districts montagneux de l'ancienne Cilicie Trachée, défendus quel^ que temps encore par 1^ veuve et les fils du dernier prince de Karamann , eurent le môme SQrt de 1472 à 1474. Les deux petites principautés turkomanes à'Adana et de Soulkadir restèrent seules debout quelque temps encore; ce ne fut qu'en 1515, nous l'avons déjà dit, qu'elles furent réduites à leur tour par les armes de Sélim II , en même temps que le district de Maibouri ,

i ployez un document turk rapporté par M. ^le Hammer, HitU de l'emp. ottom,^ t. II, p. 470, tr. fr.

» Deguignes, Hist, des Huns, 1. 1, 1" part., p. 263. > Fallemerayer, Geschichte <Us Kaiserth, von Trapczuntp p. 278« .

BERTRANDON PB Là iROCQUIÈRE. $31

entre Erzeroum et Trëbizonde , était annexé au territoire impé« rial. Ces incorporations de 151ô sont les dern ères qui aient coDslilué TÂsie-Mineure ottomane dans ses limites modernes.

Nous avons dû présenter sans interruption ce tableau de la reconstitution politique et territoriale de TAsie-Mineure sous les premiers suUbans othmanides; mais il nous faut maintenant re«- ^enir un peu en arrière pour suivre dans la Péninsule quelques voyageurs du quinzième siècle. Le premier que nous ayons i mentionner est un gentilhomme français, Bertrandan de ta Broeqaière^ premier écuyer*tranchant du duc de Bourgogne Philippe-le-Bon , prédécesseur de Charlea-le~Téméraire. Le désir de visiter les saints lieux Tavait conduit en 1432 dans la Palestine et la Syrie, en compagnie de plusieurs autres officiers de la cour du duc. Bertrandon était un homme hardi, entre- . prenant, curieux de choses nouvelles : le {pèlerinage accompli, il voulut revenir en Bourgogne par terre à travers les provinces du Turk, et il persista dans son dessein malgré les remontrances de ses compagnons, qui lui représentèrent inutilement les pé« rîlsqui l'attendaient dans une pardlle entreprise, parmi les na** tiens païennes qu'il lui faudrait traverser. S'étant joint à une caravane de pèlerins musulmans qui revenait de la Mekke, et doât il prit le costume , il partit de Damas pour son hasardeux voyage<0.

Bertrandon, dès le premier pas qu'il fait au nord de TOronte, BOUS montre par un nouvel exemple combien il est utile, dans l'élude de ces époques mal connues , de suivre de front la lecture des historiens et celle des voyageurs , ceux-ci fournissant fréquemment des notions que les autres ont négligées. C'est ainsi que notre voyageur nous apprend , ce que nous ignorions d-ailieurs, que le territoire des princes turkomans d'Adana, les

^ P^oyage éCoutremer et retour de Jérusalem en France par la voie de terre ^ pendant le cours des années 1432 et 1433, par Bertrandon de la Brocquière..., publié par Legrand d'Âussy, dans les anciens Mémoires d« riDstitut, Se. Mor. et Polit., t. V, ad xii, p. 432 037 {P^oy la Notice Bibliographique à la fin du volume suivant). — M. Legrand d'Aussy a tendu un service réel aux sciences géographiques en publiant pour la première fols cette trèscurieuse relation, jusque là perdue dans un recueil manuscrit de notre Bibllo- Ibèque royale ; mais on peut regretter que le savant éditeur ait cru devoir ra- Jaunlr to vteui français de Bertrandon.

53t Asn-HiMcime. [1431

Beni-Ramazan , s'étendait originairement au pourtour du golfe de Skanderoun jusqu'au cours inférieur de TOronte, et même plus loin au sud, puisque Antioche était alors regardée comme leur capitale. Voici les propres paroles de Bertrandon : « Aa sortir de la Syrie on entre dans la Turcomanie^ que nous appelons Arménie, La capitale est une très-grande ville qu'ils nomment Antéquayé (Antakïèh), et nous Antioche Presque tous

les habitants sont turkomans et arabes, et leur état est d'élever des troupeaux, tels que chameaux, chèvres, vaches et brebis.... Le seigneur de ce pays était Ramedang ( Ramazan ) , prince

riche, brave et puissant (0. » Ce n'est pas la seule indication

de ce genre , utile pour tracer la carte politique de Tépoque, que nous trouverons à recueillir dans cette relaticm.

Au sortir d' Antioche , Bertrandon franchit une monts^e que les gens du pays nommaient la Montagne AotreC^); la descente, du côté de la mer, en est beaucoup plus rapide que la montée qui regarde Antioche. « Cette descente aboutit au golfe qa'on nomme d'^^sacsO, et que nous autres nous appelons Layoêie, parce qu'en efiet c'est la ville d'Ayas qui lui donne son nom. Il s'étend entre deux montagnes et s'avance dans les tenues l'espace d'environ quinze milles. Sa largeur à Toccident m'a paru être de douze ; mais sur cet article je m'en rapporte à la carte marine (^). n

Sur le bord de la mer , à l'endroit où Bertrandon descendit de la montagne (s), il fit rencontre d'un campement de Turko-

^ Bertrandon, p. 520 sq. et p. 524.— Le voyageur ajpute que le Soudan ( le sulthan d*Égypte, alors maître de la Syrie) s'était entendu avec le prince de Ka^ raman pour attaquer et dépouiller Ramadang, dont ils s'étaient partagé les États. La part du soudan s'était étendue jusqu'à Tharse, et même une journée par delà. Mais le prince d'Adana ou ses enfants parvinrent à se rétablir Ktans une partie au moins de leur principauté, puisque leur dynasUe, comme nous l'avons dit, ne fut définitivement exUrpée qu'en 1515.

> Ce nom de Montagnes JYoires (dans le sens de lieux âpres, difficiles} se trouve dans quelques chroniqueurs des croisades appliqué aux montagnes qui couvrent la Syrie au nord, c'est-àHlire à l'ancien Amanus. Gomp. Des Mouceaux, k la suite de la traducUon franc, du Voyage de Le Bruyn au Lemot, édit. in-A, 1725, t. V, p. 429.

* U semble que ce soit un vestige lointain du nom d* Issus»

^ Bertrandon, p. 522.

" Le col franchi par Bertrandon doit être, non la passe de Bellan autrefois traversée par Wiliebrand, mais la gorge de Bagras-Béli , qui débouche au nor^

BERTEAMDOM. 533

mans. Voici la description qu'il en fait : il sera intéressant de comparer , à quatre cents ans d'intervalle , ces mœurs primitiyes des anciens Turkomans ayec celles des Turkomans actuels. « Ils occupaient cent-vingt pavillons , les uns de feutre, les autres de coton bleu et blanc, tous très-beaux , tous assez grands pour logera l'aise quinze ou seize personnes. Ce sont leurs maisons , et , comme nous dans les nôtres , ils y font tout leur ménage à l'exception du feu.

« Nous nous arrêtâmes chez eux. Ils vinrent placer devant nous une de ces nappes à coulisses dont j'ai parlé , et dans laquelle il y avait encore des miettes de pain , des fragments de fromage et des grains de raisin. Après quoi ils nous apportèrent une douzaine de pains plats avec un grand quartier de lait caillé qu'ils appellent yogort. Ces pains , larges d'un pied , sont ronds et plus minces que des oublies. On les plie en cornet comme une oublie à pointes , et on les mange avec le caillé ('). »

Bertrandon employa deux jours à traverser le pays qui entoure le golfe; ce pays est fort beau, et coupé d'une infinité de petites rivières qui descendent des montagnes et débouchent dans la mer. Beaucoup de châteaux qui appartenaient aux chrétiens à répoque de leur domination sur la Syrie y avaient été détruits , et on en voyait encore les ruines. Bertrandon , qui rencontrait fréquemment des troupes de Turkomans , revient encore sur leurs usages et leur mœurs. «< Ce sont de beaux hommes , dit-il, excellents archers et vivant de peu.' Leurs habitations sont rondes comme des pavillons et couvertes de feutre. Ils demeurent toujours en plein champ et ont un chef auquel ils obéissent; mais ils changent souvent de place, et alors ils emportent avec eux leurs maisons. Leur coutume dans ce cas est de se soumettre au seigneur sur les terres duquel ils s'établissent (2), et même de le servir de leurs armes s'il y a guerre. Hais s'ils quittent ses domaines , et qu'ils passent sur ceux de son ennemi, ils serviront celui-ci à son tour contre l'autre, et on ne leur en sait pas mauvais gré , parce que telle est leur habitude

de Scanderoun ; car Une fait pas menUon de cette ville, où il aurait nécessairement dû passer s'il avait traversé le premier de ces deux défllés.

^ Bertrandon , p. 522.

* Comparez la notice de Gaiilaume de Tyr, ci dessus , p. kk^.

534 Asie-imifetmÉ. [1432.

et qu'ils sont errants ^0. n Un des chefs que rencontra le voyageur sur les bords du golfe, et qui se donnait alors le plaisir de la chasse au faucon , pouvait bien avoir sous ses ordres dix mille Turkomans.

Misse (Missis), tille autrefois importante, située 8iir]e/if<' tum , était alors à demi détruite ; il n'y restait guère debotit que trois cents maisons, habitées par des Turkomans. Le pont en pierre qui traversait le fleuve était détroit aussi et remplacé par un pont en bois.

Ce que Bertrandon dit des Turks est remarquable , ai on to compare aux préventions universelles de la chrétienté, préventions bien justifiées, du reste, à plus d'un égard. « Les Turcs sonl gens de fatigue, d'une vie dure, et à qui il ne coûte rien, ainsi que je l'ai vu tout le long de la route, de dormir sur la terre comme les animaux. Mais ils sont d*humeur gaie et joyeuse, et chantent volontiers chansons de gestes. Aussi quél^ qu'un qui veut vivre avec eux ne doit être ni triste, ni rêveur, mais avoir toujours le visage riant. Du reste ^ ils sont getis de bonne fol , et charitables les uns envers les autres. J'uC vu tîm souvent^ quant noun mangions^ que s'ilptissmt u»g pavrB homme auprès d'eulx , ils le fnisoimt venir mangier avec nous -ce ^rtie nous ne fesiesmes point ^^). »

Adéna , à deux journées de Misse, êur une grosse rivière appelée rivière ô!j4déna (le Seïhoun ), était encore possédée par un frère de ce Ramédang que le Soudan et le pHnce d© Kanl* man avaient dépouillé. De là, Bertrandon se rendit à Thet9a (Tarsous), d'où il gagna, après trois lieues de marche (fatnsun beau pays de plaines pareil à celui qu'il avait traversé députa le Djdhoun, les plus hautes montî^gnefe qu'il eût enco¥èfoes. La caravane mit quatre jours à en franchir les tfëffléé. « €eê montagnes sont couvertes de neige en tout teiîips, et il tfy â qu*uri passage pour les chevaux , quoiqu^on y trOutc de tèmp» en temps de jolies petites plaines. Ellè^ sont ditrigèréllsèÉ pârr les Turkomans qui y sont répandus ; mais pendant fcs quatre jours de marche que j'y ai faite , je n'y ai pas vu une seule ha-

* Bertrandon , p. 529.

• Id. , p. 527.

BEftTftAlfDON. 5â5

bitationCO. » A Tissue des gorges, il y avait un château nomme Cublech^ dans une situation très-élevée; ce château était le dernier que possédât Ramedang de ce côté avant la ligue qui Ten avait dépouille pour le donner au Karaman. Plus loin, on rencontre un autre château du nom d'y^ser», après lequel est la vilie à'jéraclie ( Eregli) , située dans une plaine que bordent du côté du nord quelques hauteurs semées çà et là « comme des îles au milieu des flots. » Araclie était dans un grand délabrement. Les environs étaient couverts de villages habites en très-grande partie par des Turkomans. Un village voisin , de l'autre côté d'Araclie , avait ses habitations toutes creusées dans le roc.

D'Araclie à Larande il y a deux journées de marche par un pays plat, découvert^ et absolument dénué d'arbres W. Larande, quoique non close , est grande , marchande et bien située; son château avait été démantelé. Deux autres jours de marche à travers un beau pays bien garni de villages , mais qui manque d'eau, d'arbres et de rivières, conduisirent la caravane à QukongtÂe^ « appelée par les Grecs Quhmiguopoly » (Konièh). G'était la meilleure ville du prince de Karaman , qui y faisait sa résidence. Bertrandon assista à la réception des ambassadeurs dii roi de Chypre ^ avec lesquels il avait fait une partie du chemin , et qui venaient renouveler alliance entre leur maître et le prince tnrk. «Les États du Karman sont considérables, dit Bertrandon ; ils commencent à une journée en deçà de Tarse , et vont jusqu'au pays d'Amurat-Bey , cet autre karman que nous appelons le Grand-Turc. Dans ce sens, leur largeur est, dit-on , de ▼ingt lieues au plus; mais ils ont seize journées de long, et|e le sais, moi qui les ai traversés. Au nord-est, ils s'étendent^ m'a-^-on dit, jusqu'aux frontières de Perse. Le karnian possède aussi une cote maritime qu'on nomme les Farsats, Elle se pro* longe depuis Tbarse jusqu'à Courco { Rorghos , qui est au roi de Chypre^ et à un port nommé Zabari (Lamas). Ce canton produit les meilleurs msrins que Ton connaisse, mais ils se sont révoltés eontre luiC?)». N'oublions pas qu'à l'époque où notre gentilhomme bourguignon traverse l' Asie-Mineure, il y avait vingt ans

A Bertrandon, p. 531.

s Ce sont les plaines nues de la Lykaonie, si bien décrites pa^ Strabon.

* Bertrandon , p. 530.

536 ASIE-IUMEDU, [1432.

à peine que le pays était sorti de Tétat de trouble et de ooirfa* sion où l'avait laissé l'irruptioa de Tameriaa.

Bertrandon ajoute que, dans les États du Karaman, il cotoyaone autre contrée qu'on nommait Garnie (Kaîsarièh). Celle-ci confinait d'une part au Karaman et de l'autre a la Turkomanie ((SHcie orientale), par les hautes montagnes qui sont vers Tharse et vera la Perse. «< Son seigneur est un vaillant guerrier appelé Gadiroly, lequel a sous ses ordres trente mille hommes d'armes turocmans et environ cent mille femmes, aussi braves et ausi bonnes pour le combat que les hommes (0. » H s'agit ici des Turkomans Kara- Oïnlou , ou du Mouton Noir , qui possédaient la Gappadooe et sa capitale Kaîsarièh.

Le pays que la caravane eut à parcourir an sortir de Quhongue était fort beau et avait d'assez bons villages; mais les habitants étaient méchants et dangereux. Trois jours plus loin, on arriva à une petite ville nomn^ jichsarmy (Âk<-Chèhr), située au pied d'une haute montagne qui la garantit du midi. Le lea* demain , dans un canton où il y avait beaucoup d'harbages et de marais, on traversa une petite rivière qui séparait le pays de Karaman de celui d'Amurat. La route côtoyait une ville à cfaéteau nommée Achanay ( Isaklu?). Deux jours plus loin on vint a Carassar (Afioum Kara-Hissar) ; c'était la capitale du paya (le Kermian) , dont Amurat s'était emparé de force, m Quoique Cai*assar ne soit point fermée , elle est marchande et a un des plus beaux châteaux que j'aie vus, quoiqu'il n'ait que de l'eau de citerne. Il occupe la cime d'une haute roche, si bien arrondie qu'on la croirait taillée au ciseau. Au bas , est la ville , qui l'entoure de trois côtés; mais elle est à son tour enveloppée, ainsi que lui, par une montagne en croissant, depuis grec jusqu'à mestre (du N.-E. au N.-O.). Dans le reste de la circonférence s'ouvre une plaine que traverse une rivière. Il y avait peu de temps que les Grecs s'étaient emparés de ce lieu ; mais ils l'avaient perdu par leur lâcheté W. » Il y a deux jours de marche de Carassar à Cotthay (Koutaièb). Le pays est beau , bien arrosé et garni de montagnes peu ëJerées; une petite rivière qui y coule (la Poursek) est renommée pour son

1 Bertrandon, p. 542* s /<2«,p. 545.

BEftTRANDON. Ô37

eau. Cottbay, quoique assez considérable, était une ville ouverte, mais elle avait un grand et beau château, composé de trois forteresses échelonnées par étages sur le penchant d'une montagne. Le fils aîné du Grand-Turc résidait dans cette place.

Sortie de Cottbay, la caravane prit le chemin de Burse (Broussa), « laissant à sa gauche , dit Bertrandon , entre l'occident et le midi , celui de Troie- la-Grant. 11 y a d'assez hautes montagnes , continue le voyageur, et j'en eus plusieurs à passer. J'eus aussi deux journées de forêts, après quoi je traversai une belle plaine dans laquelle il y a quelques villages , assez bons pour le pays. »

Bertrandon fait le tableau suivant de la ville de Broussa. « De toutes celles que possède le Turc , c'est la plus considérable ; elle est grande, marchande et située au pied et au nord du mont Olimpoay d'où descend une rivière qui la traverse, et qui , se divisant en plusieurs bras , forme comme un amas de petites villes et contribue à la faire paraître plus grande encore. C'est à Burse que sont inhumés les seigneurs de Turquie ( les sulthuns). On y voit de beaux édifices, et surtout un grand nombre d'hôpitaux, parmi lesquels il y en a quatre où l'on distribue souvent du pain , du vin et de la viande aux pauvres qui veulent les prendre pour Dieu. A l'une des extrémités de la ville, vers le ponent , est un beau et vaste château bâti sur une hauteur et qui peut bien renfermer mille maisons. Là est aussi le palais du seigneur, palais qu'on m'a dit être intérieurement un lieu très-agréable, et qui a un jardin avec un joli étang. Le prince avait alors cinquante femmes, et souvent, dit-on, il va sur Fétang s'amuser en bateau avec quelqu'une d'elles.

M 11 y a dans Burse deux bazars : l'un où Ton vend des étoffes de soie de toute* espèce, de riches et belles pierreries, grande quantité de perles , et à bon marché , des toiles de coton, ainsi qu'une infinité d'autres marchandises dant l'énumération serait trop longue ; l'autre où l'on achète du coton et du savon blanc , qui fait là un gros objet de commerce.

« Je vis aussi dans une halle un spectacle lamentable : c'étaient des chrétiens , hommes et femmes , que l'on vendait. L'usage est de les faire asseoir sur des bancs. Celui qui veut les acheter ne voit d'eux que le visage et les mains , et un peu le bras des

SM ASISUlNBUaB. [Itô2.

femmes. À Damas , j^avais vu vendre une fille mÀre y de quinze

à 8eir.e ans ; on la menait au long des rues toule nue, fors que la ventre et le derrière, et ung peu au-desoubs <*^. »

De Broussa, Bertrandon gagna Gonstantinople en passant par Nicomédie , et loogeant le golfe de Gallipoly (mer de Marmara) jusqu a Scutari, où il traversa le Bras de Si- George ( DëaY>i( de Gonstantinople, ou Bosphore). Au delà de Nicomédie, entiraot vers Gonstantinople, le pays devient très- beau ei assez bon. « Là on trouve plus de Grecs que de Turcs ; mais ces Grecs ont pour les ch retiens (les Latins) plus. d'aversion encore que les Turcs eux-mômes ^^K »

Notre voyageur débarqua à Para ^ ville génoise, habitée en outre par des Grecs et des Juifs, et qu'un superbe golfe sépara de Gonstantinople ^^K G'était en décembre 1432. 11 décrit Ion** guenient Gonstantinople et ses édifices. La domination de 1 empereur, d'ailleurs tributaire des Turks, était alors circon»» crite dans Tenceinle même de cette ville , en dehors de laquelle il ne possédait plus rien qu'un château situé à trois lieues vers le nord ,^t en Grèce une petite cité ndmitiée SaluMe (Sélivri).

Le nom de Grèce était encore appliqué aux anciennes provinces européennes de Terapire grec , quoique depuis longtemps déjà elles fussent tombées au pouvoir des Ottomans; la dénomination de Turquie était exclusivement réservée aux provinces asiatiques des suUhans othmanides.

Ges extraits que Ton vient de lire du voyage de Bertrandon de la Brocquière aux pays d*outre-mer, sont propres, ce nous semble , à confirmer dans l'esprit de nos lecteurs le jugement que nous en avons précédemment porté ^''K Par l'esprit d'observation et l'exactitude des descriptions, qualités si rares à cette époque , par la rectitude d'idées et l'indépendance du jugement, si remarquables aussi dans ce temps d'igt)orance et de préjagés^ Bertrandon sort tout à fait de la ligne des voyageurs eldeschroniqueurs du moyoa âge. Formé à l'école des duos de Bourgogne^

i Bertrandon, p. 551.

• id., p. 554. Comp. Michaiid, Histoire des Croisades, t. IV, p. 588.

* Les Vénitiens étaient aiors puissants à Gonstantinople , comme les Génois dans Péra.

^ Ci-dessus , p. SI.

récuyer-trancbant de Philippe -le-Bort montre à la foi» le coup d'œil de l'homme de guerre qui embrasse d'un regard )a nature du pays et sa conformation , et celui de l'hotome des conseils qui juge froidement les mœurs, les habitudes et le régime politique des peuples, et qui sait y chercher les principe de force ou de faiblesse qu'il importe à leurs amis ausst^ bien qu'à leurs ennemis de connaître. Les récits de Bertrandon ont entièrement le cachet d'une relation, moderne, et bien des voyageurs des siècles qui vont suivre sont loin de s'élever à son niveau. Ces. qualités d'esprit que Bertrandon montre dans son journal , nous les retrouvons dans les vues et considérations qui le terminent. L'Europe observait d'un œil inquiet cette rapide extension des turks ottomans vers lé cœur de la chrétienté, et les princes de l'Occident nourrissaient toujours la secrète pensée de refouler en Asie ces barbares que l'Asie avait vomis sur l'Europe. Le désir de les étudier au centre même de leur puissance n'avait certainement pas été d'une médiocre considération dans la résolution si heureusement accomplie par notre gentilhomme , de revenir de la Terre Sainte à travers les provinces asiatiques et européennes dn Turk. Bertrandon expose au duc Philippe le résultat de ses observations à ce sujet. « Comme j'ai vécu avec les Turcs, lui dit-il , que je connais leur manière de vivre et de combattre , que j'ai hanté des gens notables qui les ont vus de près dans leurs grandes entreprises , je me suis enhardi à écrire, selon mes lumières , quelque chose sur eux et à montrer, sauf correction de la part de ceux qui sont plus instruits que moi, comment il est possible de reprendre les États dont ils se sont emparés, et de les battre sur un champ de bataille.

» Et d'abord , pour commencer par leur personnel, je dirai que ce sont d'assez beaux hommes , portant tous de longues barbes, i^ais de moyenne taille et de force médiocre. Je sais bien quç^dans le langage ordinaire, on dit fort comme un Turc^ cependant, j'ai vu une infinité de chrétiens, qui, dans les choses où il fp.ul de la force, l'emportaient sur eux ; et moi-même , qui ne s)iis pas des plus robustes , j'en ai trouvé , lorsque les cir-

* Bertrandon, p. 002 et suiy.

540 â8ic*iuneobk. [1432.

constances exigeaient quelque travail, de plus faibles que moi

encore.

M Us sont gens diligents, se lèvent matin volontiers, et vivent de peu en campagne ; se contentant de pain mal cuit , de chair crue séchée au soleil , de lait soit caillé , soit non caillé , de miel , fromage, raisiné, fruits, herbages , et même d'une poignée de farine , avec laquelle ils feront un brouet qui leur suffira pour un jour à six ou huit. Ont-ils un cheval ou un chameau malade, sans espoir de guérison , ils lui coupent la gorge et le mangent. J'en ai été témoin maintes fois. Pour dormir , ils ne sont point embarrassés et couchent par terre.

» Leur habillement consiste en deux ou trois robes de coton, l'une sur l'autre, «t qui leur descendent jusqu'aux pieds. Pardessus celles-là ils en portent, en guise de manteau , une autre de feutre qu'on nomme capinat, Lecapinat, quoique léger, résiste à la pluie, et il y en a de très-beaux et de très-fins. Ils ont des bottes qui montent jusqu'aux genoux, et de grandes braies, qui, pour les uns, sont de velours cramoisi, pour d'autres de soie, de futaine, d'étoffes communes. En guerre ou en route, pour n'être point embarrassés de leurs robes, ils les relèvent et les enferment dans leurs caleçons , ce qui leur permet d'agir librement.

» Leurs chevaux sont bons, coûtent peu à nourrir, courent bien et longtemps 5 mais ils les tiennent très-maigres et ne les laissent manger que la nuit... Quant à leurs habillements de guerre , j'ai été deux fois dans le cas de les voir , à l'occasion des Grecs renégats qui renonçaient à leur religion pour embrasser le mahométisme : alors les Turcs font une grande fête; ils prennent leurs plus belles armes et parcourent la ville en cavalcade aussi nombreuse qu'il leur est possible. Or , dans ces circonstances , je les ai vus porter d'assez belles brigandines (cottes d'armes) pareilles aux nôtres, à l'exception que les écailles en étaient plus petites. Leurs garde-bras (brassarts) étaient de même. En un mot , ils ressemblent à ces peintures où l'on nous représente les temps de Jules César. La brigandine descend presque à mi-cuisse; mais à son extrémité est attachée circulairement une étofie de soie qui vient jusqu'à mi-jambe.

» Sur la tête ils portent un harnois blanc qui est rond comme

fiERTAANDOM. 541

elle , et qui , haut de plus d'un demi-pied , se termine en pointe. On la garnit de quatre clinques (lames) , Funedevant, l'autre der*rière, les deux autres sur les côtés, afin de garantir du coup d'épée la face, le cou et les joues. Elles sont pareilles à celles qu'ont en France nos salades.

» Outre cette garniture de tète , ils en ont communément une autre qu'ils mettent par dessus leurs chapeaux ou leurs toques ; c'est une coiffe de fil d'archal. 11 y a de ces coiffes qui sont si riches et si belles qu'elles coûtent jusqu'à quarante et cinquante ducats , tandis que d'autres n'en coûtent qu'un ou deux. Quoique celles-ci soient moins fortes que les autres, elles peuvent résister au coup détaille de Tépée.

» Ils sont assis sur leurs selles comme dans un fauteuil, bien enfoncés, les genoux fort hauts et les étriers courts; position dans laquelle ils ne pourraient pas supporter le moindre coup de lance sans être jetés bas.

» L'arme de ceux qui ont quelque fortune est un arc, un torguais , une épée et une forte masse à manche court, dont le gros bout est taillé à plusieurs carnes. Ce bâton a du danger quand on l'assène sur des épaules ou des bras dégarnis. Je suis même convaincu qu'un coup bien appuyé sur une tête armée de salade, étourdirait l'homme.

>» Plusieurs portent de petits pavois (boucliers) en bois , et ils savent très-bien s'en couvrir à cheval quand ils tirent de l'arc. C'est ce que m'ont assuré des gens qui les ont longtemps pratiqués, et ce que j'ai vu par moi-même.

>» Leur obéissance aux ordres de leur seigneur est sans bornes. Pas un seul n'oserait les transgresser, quandil s'agirait de la vie, et c'est principalement à cette soumission constante qu'il doit les grandes choses qu'il a exécutées , et ces vastes conquêtes qui l'ont rendu maître d'une étendue de pays beaucoup plus considérable que n'est la France... »

Bertrandon décrit ici la manière de combattre des Turks; puis il ajoute : « Assurément je ne veux point en dire de mal , ni les déprécier ; j'avouerai , au contraire , que , dans le commerce de la vie , je les ai trouvés francs et loyaux, et que dans les occasions où il fallait du courage ils se sont bien montrés : mais cependant je n'en suis pas moins convaincu que, pour des troupes bien

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montées et bien commandées, ce ^rait chose peu difficile de 1^ baltre ; et quant à moi, je déclare qu'avec moitié moins dt; monde qu'eux je n'iiésiterais pas à les attaquer... »

Notre voyageur, on le voit, était homme, d'açtioa aussi bies qu*homme de conseil. 11 entre ici dans de longs détails sur les meilleures mesures qu'auraient à prendre les puissances de l'Europe qui voudraient marcher contre les Musulmans ; mais nous n'avons pas à le suivre dans ce plan à la fois stratégique et politique. 11 raconte ensuite brièvement la fin de son voyage par rAUemagno jusqu'en Bourgogne, et termine ainsi sa relation; «Je me suis peu étendu sur la description du pays depuis Vienne jjisqu ici , parce qu'il est connu ] quant aux antres que j'ai parcotstr rus dans mon voyage, si j'en publie la relation, j'avertis ceux qui la liront que je Tai entreprise non par ostentation et vanité, mais pour instruire et guider les personnes qu'un même désir conduirait dans ces contrées, et pour obéir à mon Irèe-pedooté seigneur monseigneur le duc, qui me Ta ordonné. J'avois rapporté un petit livret où en route j'écrivois toutes mésaventures^ quand j'en avois le temps, et c'est d'après ce mémorial que je l'ai rédigée. Si elle n'est pas composée aussi bien que d'autires pourroient le faire, je prie qu'on m'excuse. »

Les chroniqueurs et les mémoires du quinzième siècle nous ont conservé le souvenir de$ démonstrations chevaleresques du duc Philippe le Bon pour relever l'étendard de la crois entre les mains de la noblesse française , et provoquer de nouvelles croir sades contre les infidèles CO. On peut croire que les avis et les instructions de son conseiller Bertrandon ne furent pas sans influence sur cette chaleureuse initiative de Philippe; mais l'entousiasme religieux qui avait si longtemps enflammé l'Europe s'était grandement refroidi au cœur des chevaliers. Si les progrès du Turk en ranimaient encore de temps à autre quelques étincelles , par la pressante incitation d'un danger prochain , il y avait loin de cette excitation passagère à lardeur qui pendant près de deux cents ans avait précipité l'Europe en armes

*■ On peut voir de curieux détails, extraits des Mémoires du temps, sur le grand tournoi tenu à cet effet par le duc de Bourgogne à Lille en Flandres en lA5d, à l'époque où la nouvelle de la chute de ConstanUnople parvint en Europe, dans Jldicliaud, HUt, d^s CroiiodoSf liv. ^vu, inUio {U V, p. 3 et suiv.)*

Mn^kê fitLTitni. 543

vers les plages asiatiques. Un des hommes les plus remarquables de ce siècle , et qui prit une part active à toutes les aflkires de son temps , l'éloquent et savant -^neas Sylvius , consuma vainement sa vie à communiquer aux princes et aux peuples de la chrétienté le zèle brûlant dont il était rempli. Évêque , il n'avait pas cessé de mettre sous les yeux des chrétiens de TEurope le touchant tableau des souffrances de leurs frères d'Asie ; promu au souverain pontificat, où il succéda à Calixte III sous le nom de Pie II (1458-1464), il voulut conduire lui-même en Syrie Tarraée que ses exhortations avaient enfin réunie. Mais la mort ^atteignit, à l'âge de soixante-quatre ans, avant qu'il n'eût quitté le port où il allait s'embarquer : cette tentative avortée fut la dernière.

Sylvius n'avait pas seulement travaillé par sa parole à ce qu'il regardait comme une œuvre sainte; le discours écrit où il exposa , avant son avènement au trône pontifical , la situation des elirétiens sous la domination musulmane , en Syrie , en Egypte, en Turquie et en Grèce , a toute la valeur d'un document historique des plus importants. iEneas Sylvius écrivit aussi l'histoire des événements contemporains; et ce morceau tire un intérêt tout particulier des détails qu'il renferme sur la géographie des diverses contrées de l'Europe au XV® siècle. Un intérêt plus direct encore s'attache pour nous à l'introduction spécialement géographique dont celte histoire est précédée : cette introduction, en effet, sauf quelques chapitres préliminaires consacrés à l'ensemble des terres alors connues et aux contrées lointaines de l'Asie , d'où les oppresseurs de la chrétienté étaient originaires , est exclusivement consacrée à TAsie-Mineure CO. Tou-

1 Pu secundi papa Cosmographia^in AHœ et Europœ eleganti descrip" lior»e, Parisiis, H. Stephanus, 1509, petit in-A°. — Réimprimée en 1531 (absq. loc.) in-8<> ; en 1534 (Paris. Cl. Chevaltonius, in-8o). et en 1551, dans la collection des œuvres d*i£tteas Sylvius (Basil. in-f<>).— Voici le titre exact de rédliiour de 1534 : PiilIponUmax, Asiœ Europœque eUgantissima descriptio^mirâ festivitate tum veterum, tum recentium^ resmemoratu dig^ias complectena^ miUrimè q%UB sub Jfrêderico HI apud Europœos ChrisHani cum Tvrcis^ Rutenis^ Soldano et cmieris hostibus fideiy tum etiam inter sese varia bellorum evêntu commiserunt, Accesêit Henrici Glareani , Helvetli, poetai lAureaU, Compenéiaria Asia-, AfrUm , Europœque desoriptio, Parisiis, ap.

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tefois , il ne faudrait pas chercha dans cette description un tableau réel de la Péninsule , de sa géographie el de ses habitants, à l'époque où il fut tracé : c'est par ce que l'on n'y trouve pas , plus encore que par ce que l'on y trouve, que l'ouvrage de Pie II, l'homme le plus lettré de son époque , est propre à nous donner une idée de l'étendue des notions que l'Europe avait alors re<cueillies sur les changements survenus depuis plusieurs siècles dans la géographie des contrées orientales. Les conuDunications étaient encore si rares et les renseignements si incomplets , que les savants de la renaissance ne daignaient pas faire acception du peu d'indications que leur pouvaient fournir les marchands et les gens de mer : pour eux , ces pays devenus turks , arabes on mongols , étaient toujours les pays classiques autrefois décrite par les historiens et les géographes grecs et latins. Quoique , dans sa notice sur les parties les plus reculées de l'Asie, JËneas Sylvius cite une fois le vénitien Polo (0 , et que dans quelques endroits de son Asie -Mineure il y mentionne les nouveaux établissements des Turks (>) , la description qu'il en trace n'est à bien dire qu'une élégante traduction de Strabon(^), sans le moindre indice des changements introduits dans la nomenclature. 11 semble , d'ailleurs, que le pieux historien eût cm s'associer à l'usurpation sacrilège des ennemis du nom chrétien, s'il eût consacré , en les adoptant , les nouveautés qu'ils avaient apportées dans les provinces dont ils s'étaient emparés.

Les Vénitiens avaient secondé de tout leur pouvoir le grand projet de Pie II. Non-seulement leurs intérêts commerciaux avaient beaucoup souffert des changements survenus à Con-

Claud. Cbevalloniuin, 1536, petit ïû-S^ de 522 pages, non compris V Index alphabetictu»

1 Cap. 10, p. 18, édit. 1534. Il est remarquable qae Sylvius dte nontfarco Polo, mais Nicolao, père de Marco : JVicolaus quidam P'eneius, cognomento Cornes ; ce qui semble indiquer qu'avant les éditions imprimées (la plus ancienne connue est de 1477) le nom du père de Marco Polo, qui en effet accompagna celui-ci dans ses courses aventureuses, était inscrit en tête des copies manuscrites.

* Deux passages (cap. 53, p. 136, et c. 100, p. 282 ) montrent queUdescripUon de l*Asie-Mineure d*i£neas Sylvius fut écrite en 1462, un peu avant la prise de Trébizonde.

^ iGneas Sylvius cite, outre Straboo , Ptolémée , Pline et Solin.

iENBAS SYLVIUS. 54Ô

«UiDtinople ^ mais ils se voyaient menacés maintenant jusque dans leur existence par Textension des conquêtes de Mahomet II sur la mer Adriatique. Aussi cherchaient-ils à susciter de toutes parts des ennemis aux Ottomans. Le célèbre Ousoun- Hassan-Begh (0, chef de cette branche des Turkomans distinguée, d'après son drapeau particulier, par la dénomination d*^k-KoïnloUj ou du Mouton-Blanc ^ rendait alors son nom redoutable en Arménie et en Perse. Il venait de subjuguer les Turkomans du Mouton-Noir, qui s'étendaient, nous l'avons vu , jusque dans l'intérieur de la Cappadoce, et il se trouvait ainsi limitrophe, conséquemment ennemi naturel, des princes othmanides. Des relations d'alliance offensive et défensive contre Mahomet II se lièrent entre les Vénitiens et Ousoun-Hassan ; il y eut des ambassades échangées. Celle que la République eur voya en 1473 au prince turkoman fut confiée à Josafa-Barbaroy patricien exercé dans les négociations , et qui déjà avait résidé avec un caractère public dans les pays voisins des Tar tares du Nord (*). Barbare écrivit de son voyage une relation qui nous a été conservée (3).

Après quelque temps de relâche à Famagosta , dans l'île de Chypre, Barbare, qui avait reçu l'ordre de son gouvernement de fournir autant de secours que possible aux princes de Karaman qui tenaient encore sur la côte cilicienne , se rendit à un port de cette cote voisin du château de Sighi^ où il s'aboucha avec le chef turkoman qui s'y maintenait contre Mahomet II. De là il vint débarquer au port de Cour^ qui' était autrefois nommé Corycus, d'où un beau château gardait le nom de Courcha (^). Tout le pays était alors en grand trouble et occupé par les troupes ottomanes (5). En avant de Courcho il y a

i Qui régna de 1467 à 1478.

* Il avait été envoyé à la Tana, à i*emboucliure du Don, en 1430. Il résida dans cet important comptoir italien jusqu'en 1452, et recueillit beaucoup d'informaUons sur les pays environnants. Nous avons aussi ce premier voyage.

> Viaggio di M. Josafa Barbaro, geniilhuomo p^enetiano^ nella Persia; dans la collection de Ramusio, t. II, p. 68 à 112, édit. de 1574. La relation de Barbaro avait déjà été imprimée en 1441 dans un recueil in-S** publié à Venise chez Âlde Manuce. Foy, la notice blbliograpliique à la fin du volume suivant.

^ Barbaro dans Ramusio , p. 99 b.

" f^oy. ci-dessus, p. 530.

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