‹ Histoire des découvertes géographiques des nations Européennes dans les differentes parties du mondeChapitre 3 sur 123 · PRÉFACE. IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. IX

appropriées , mais elle y a prodigieusement ajouté de son propre fonds, elle les a perfectionnées, elle les a étendues par d'incessants efforts. Les nations de race différente — et nous entendons les plus avancées — paraissent à jamais confinées dans un cercle limité d'activité et d'intelligence ; l'Européen seul étend son intelligence et son activité jusqu'aux confins de l'infini. C'est en Europe , et en Europe seulement, que se sont accomplis les grands progrès de la civilisation ; c'est là qu'ont eu lieu ou qu'ont été portées à toute leur perfection les inventions et les découvertes qui soumettent la Nature à l'Homme et l'homme à son semblable. C'est là que les sciences ont trouvé leurs plus sublimes spéculations et leurs applications les plus utiles ; les arts, leurs plus admirables chefsd'œuvre ; les lettres, leurs plus magnifiques inspirations : c'est là que l'esprit humain se déploie dans toute sa grandeur et dans tout son éclat.

Cette activité infatigable que l'homme d'Europe porte dans toutes les voies ouvertes à la curiosité humaine, a eu en effet l'Univers entier pour théâtre. Tout ce que l'homme peut rechercher et découvrir, tout ce qu'il lui est donné de savoir et de connaître, l'Européen a voulu le rechercher et le savoir. Sa pensée audacieuse s'est élancée dans les incommensurables profondeurs du monde immatériel, son regard a sondé les espaces infinis où gravitent les astres, ses pas ont sillonné dans tous les sens l'habitation terrestre que Dieu lui a donnée pour domaine. Les mers qui couvrent de vastes parties du Globe ont été pour lui d'impuissantes barrières; des constructions flottantes, œuvres de son génie, l'ont transporté vers les contrées et sous les climats qui semblaient lui devoir rester à jamais étrangers. Il n'a été arrêté ni par les glaces du pôle ni par les

feu)^ du tropique ; sa curiosité , qui semble s'accrottre à chaque découvert^ , l'a conduit partout où ^la^bitept d'an* très homme^r U a recherché sous chaque climat lei9 prp* ductions du sol pour eij enrichir ^a propre patrie* Ij a mçiBuré et décrit tous les pays qu'il a vigités. Il s'eat élevé sur les plus hautes montagnes pour y observer les phénomènes de l'atmosphère qui nous enveloppe; il est descendu dans les entrailles mêmes de la terre pour ^n cpî^naître la formation et en rechercher l'orifinef ï^a Nature tout entière , dans sa vaste étendue et dans sqp infinie diversité, est ainsi devenue pour l'Européeu un immense champ d'études qu'a fécondé sa haute intelligence, et doi^t les Umites se reculent incessamment devapt lui.

Parmi toutes |es nations rt toutes les raoes qui parta^gent avec l'Européen l'habitation du Globe , lui seul a donc porté sa pensée et ses investigations au delà des borfj^s étroites de sa contrée natale, i^es peuples piêmes les plus anciennement civilisés de l'Asie, les Hindous et les Cbiuois, u'opt jamais étendu leurs connaissances bien loip au delà, des mers pu des montagnes qui les bqr^ nent : pour pw^, tout l'univers est dans leur patpe. l^^ patrie de l'Européen , c'est le mondCr Isolé par sa reU" gion et ses institutions, repoussapt l'étrapger qu'il craint par instinct de faiblesse et qu'il méprise par ignorance, l'Asiatique aurait pu voir s'accumuler encore des milliera d'années avant de sortir de cet isolement moral qui l'eût condamné à une éternelle enfance , si nos navigateurs n'avaient été lui apprendre qu'au delà des mers qu'il re-rgardait comme les dernières limites du monde , il existe d'autres contrées plus vastes que celles qui lui étaient connues , et d'autres peuples plus industrieux , plus s^-

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vaQts et plus puisssjjits. Des mobiles de plus d*une sorte ont pousser Européen vers les climats étrangers. Tantôt le désir de la gloire et l'ambition des conquêtes l'ont conduit à d'aventureuses entreprises sur les pas d'un 41exp.ndre; plus fréquemment, la puissante incitation de regprit de coramorçe lui a fait chercher au loin de nouveaux débouchés et de nouveau3f éléments d'échs^nge, ou le 0^ die nog missionnçiirea a porté la parole de l'Éyanr» gile au milieu des peuples étrangers à notre foi ; enfm , l'amour de la science , non moins ardent et non moin» intrépide , a eu comme le prosélytisme religieux ses mis-» sionnaires et ses martyrs. Mais quelle qu'ait été l'origine de nos courses lointaines, ambition , commerce, zèle re^ ligieux ou curiosité scientifique , la somme des connaissances générales s'en est incessan^ment accrue, et la civilisation y a gagné de nouveaux progrès. Et qu'on ne demande pas si notre apparition parmi les nations des autres parties du nf^onde a contribué en effet à leur bonheur et au nôtre, Dieu,- en jetant à la surface de potra Globe les agglomérations d'hommes qui s'y développèrent, n'a pas voulu qu'elles y demeurassent éternellement isolées : le progrès est de l'essence humaine, et la condition du progrès c'est le contact. La race qui s'est faite en quelque sorte la chaîne vivante de cette communica^ tion universelle , est donc celle qui répond le mieux aux vues éternelles de la suprême Intelligence.

Une nation orientale précéda cependant les peuples de l'Occident dans la carrière des explorations lointaines : ce sont les Arabes. Sous le nom de Phéniciens , qui appartenait à une de leurs branches , les Arabes accomplirent très- anciennement d'importantes découvertes maritimes , de même qu'après l'apparition de Mohammed

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ils exécutèrent de nombreux voyages dans une partie considérable du monde connu. Mais c'est que les Arabes appartiennent eux-mêmes à la souche des peuples blancs; en qui sont innés le besoin du mouvement et la passion des découvertes ; ce sont les Européens de l'Asie , s'il est permis de rapprocher deux dénominations qui semblent s'exclure. Toutefois , aucune des nombreuses ramifications de la race arabe ne se trouva placée sous des conditions parfaitement favorables au complet développement des qualités qui la distinguent ; l'esprit asiatique les a toujours plus ou moins comprimées, et la civilisation générale n'en a pas retiré tout le fruit qu'elle semblait en devoir attendre.

C'est en Grèce seulement , au sein de cette race hellénique si heureusement douée , que nous apparaît l'astre qui va désormais guider l'Humanité dans les voies du progrès intellectuel ; c'est là que nous voyons naître et grandir la civilisation expansive de l'Occident, devant laquelle pâliront bientôt les civilisations concentrées de l'immobile Orient. Dès leurs premiers pas dans la carrière brillante qu'ils se sont ouverte , les Hellènes montrent ce qu'ils vont être et ce que seront après eux les peuples auxquels se transmettra leur riche héritage. C'est une chose assurément digne de remarque que leur plus ancienne tradition épique, celle de l'expédition à demi fabuleuse des Argonautes, soit une relation de voyage; et le second poème de l'immortel Homère, l'Odyssée , n'est lui-même , on le sait , que le récit des courses de deux des chefs de l'armée grecque dans toute l'étendue du monde alors connu , après la destruction du royaume de Priam.

C'est donc à l'antiquité hellénique que remonte ce que

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Ton peut nommer la littérature des voyages; dès le 6* siècle avant notre ère , plus de 50 ans avant Hérodote , les Grecs de l'Asie Mineure , précurseurs de ceux d'Europe , avaient des Périodes et des Périples où étaient décrits les pays que des voyageurs avaient visités , et surtout ceux que fréquentaient les navigateurs. C'était principalement aux rivages de la Méditerranée, depuis les cotes phéniciennes jusqu'aux colonnes d'Hercule , que se rapportaient ces premiers monuments de la science géographique. Le nombre s'en accrut considérablement lorsque les expéditions d'Alexandre eurent ouvert l'Asie à l'avide curiosité de ses compatriotes, et plus encore après la vaste extension des armes romaines. Mais c'est surtout dans les temps modernes, depuis la fm du quinzième siècle, époque mémorable où la double découverte du Nouveau-Monde et du passage aux Indes par le sud de l'Afrique fournit un plus vaste champ à la passion toujours croissante des Européens pour les entreprises lointaines, c'est surtout depuis cqtte époque que la littérature des voyages a pris de larges proportions. Le génie des découvertes, longtemps emprisonné dans d'étroites limites au sein de l'obscurité du Moyen-Age, s'élança d'un vol rapide vers les nouveaux horizons qui s'ouvraient devant lui, et plana bientôt sur le Globe tout entier. Chaque année , depuis lors , a vu la connaissance de la terre et des peuples qui l'habitent s'enrichir de quelque observation nouvelle. Le nombre des voyageurs ne tarda pas à s'accroître, et, en même temps que le nombre des voyageurs , celui des relations où beaucoup d'entre eux déposaient à leur retour le récit de leurs longues pérégrinations. Aux yeux sévères de la critique, ces anciennes relations sont loin sans doute d*être toutes

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de même Valeur ; néanmoins il en eftt bien peu , même f)arml leâ moins importantes ^ qui n'apportent leur tribut à la masse commune , et qui ne réclament une place , si humble soit-elle , dans les archives de l'histoire géographique du Monde.

Dans les premiers temps qui suivirent les découvertes de Christophe Colomb et de Vasco de Gama , les relations de voyages étaient loin, cependant, d'offrir les amples développements que ces sortes d'ouvrages ont pris plus tard. Nos premiers découvreurs étaient gens plus euteildus à tenir le gouvernail ou à manier Pépée qu'à se servir de la plume ; et quand ils se décidaient à mettre par écrit ce qu'ils avaient vu ou ce qu'ils avaient fait, quelques pages leur suffisaient d'ordinaire pour raconter leuris Courses périlleuses et leurs lointaines découvertes. Si cette feobriété avait ses avantages, elle avait aussi ses incon^ véttients. L'un des plus grands était d'exposer de minces Volumes à se perdre ou à se détruire aisément : l'excessive raf été de ces relations originales , après un laps de moins de trois siècles et demi , nous prouve assez aujourd'hui .que cet inconvénient était réel. On ne tarda pas à le sentir ; et des hommes zélés poUr la géographie eapétèrfeiit en prévenir les suites en réunissant ceé opus- (iûï'éS éputs dahs des Recueils oii ils se conserveraient plus aisément. Lé plus ancien de ces Recueils est celtli du Vittcentitt Montalboddo Frattcaiizo , imprimé à Vîcenèe en 1507 , sôûs le titre de Pnesi nôvamentê rêtrovati, dâtts l*année même qui suivit k mort de Christophe Colomb. H Se compose de six morceaux traduits dU portugais et de Tespagnoi , et comprend les navigations des Portugais le long des côtes de l'Afrique depuis le célèbre voyage de Ca da Mosto en H54 jusqu'à la découverte

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du câp de Boïiné-Espél^ance en §486 ; lés premières na^ vigatiorts dé là même tiatioii dftnâ Tlndé à partît* de 1497 ; ëiifin , lés nâvigâtîDttâ de ChrîBtoJ)he Gdlomb et d* Amferic Véspuce ku Nbuvéaii-Moiidë. Le tout fie ibrftrô èiicôfô qu'Un pëlît volume in-ft*» de 126 feuîllets.

dette preiîiiêfé Collection M suivie fiuôcessivement, dànè le douH dû seizième siècle, de plusieurs aUtres Re- Wîls Àhâlogues de plus en pluS éonsidérableê. Le pW- Ittlêf dêihs l'drdrede* dates est Celui tjue Samuel Grynœuô Ôô&rtâ à Bàlë en 1582, sous le litre de No^us Orbiè rë" ^ttJhtmt ac inÉulnrnm Vetefîtm incûgnitarum , en un vo-» luiiie petit in-fblîo. Le second, plus célèbre que les ^ré^ cêdetttis, et dont le mérite, chose rare, surpassé encore te tJélêbritê j eiil ëelui du laborieux et savant Rammio , deht lepreffiler volume parut en 1550 , et les deux autres êh 1556 et 1S59, Le troisième iest lé Recueil beaucoup tfôp vanté des frères de Bry , publié h Frahcfort-sur-le- Mein de 1S90 â 1654 , en vingt-sepi parties in-folio di« Vîèées en deux séries, Tune^ dite des Grands Voijûrjes, consacrée à l'Amérique; l'autre, dite des Petits Voijùges, â î'Âîrîtîtte tet aux Îndès-Orîehtales. Enflti , un Recueil allemand , fexclusivement coïftpôsé de voyages par mei' Itàdtltte da néeHàndais et de rangkîs, fut publié à NUftmbërg de 1598 à 1650 , en vingt-six volurties in-4% péîr le libraire Levinus Hulms et ses héritiers.

Ittsqttè4à les collecteurs avaient pu dohnér à leurs R^cMts ttti certain caractère d*univefsalité que leur pél*toetoaft le nombre encore modéré deà relations publiée* par les voyageurfe ; hiaîs peu à peu la nlatière venant à tfâiôtder de toutes parts , les Collections ultérieures dù^ rènt être resserrées dans de plus étroites limites. Il fallut àès lors s'imposer un choix dans le nombre toujours croîs-

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sant des relatians , et très-souvent en outre y faire des retranchements, déterminés ou par le goût de l'éditeur ou par la place dont il disposait. Tel est le nouveau caractère de la généralité des collections de voyages du dix-septième et du dix-huitième siècles, L'Anglais Hakluytj dans ses trois épais volumes donnés en 1599 et 1600 , se limita aux voyageurs de sa nation ; Purchas , son continuateur (1625-26, 5 volumes in-folio), bien qu'ayant adopté un plan beaucoup plus étendu, ou plutôt même à raison de l'étendue de son plan , ne donna dans leur entier qu'un petit nombre de relations. Son Recueil n'en est pas moins ^ avec ceux de Hakluyt et de Ramusio; le plus précieux répertoire que l'on ait à consulter aujourd'hui pour l'histoire des découvertes géographiques jusqu'à la fin du seizième siècle. Nous devons réserver aussi une place fort honorable, quoique sur une ligne inférieure, à la collection française de Melchisedech Thévenou publiée de 1663 à 1672 en quatre parties in-folio.

Nous n'entreprendrons pas d'énumérer tous les Recueils de voyages édités en Angleterre , en France , en Allemagne et en Hollande dans le cours des deux derniers siècles et depuis le commencement du siècle actuel ; il nous suffira de rappeler, parmi les plus dignes d'attention , le Recueil des Voyages qui ont servi à l'établissement et aux progrès de la Compagnie hollandaise des Indes-Orien* taies ^ 1702 et années suivantes; les Collections anglaises de John Churchill et de Harris , la première donnée en 1704 en quatre volumes in-folio et augmentée de deux volumes en 1732 ; la seconde publiée en 1705 en deux volumes in-folio et fort augmentée en 1741 ; le Recueil hollandais du libraire Van der Aa, 1706, huit volumes in-folio; le Recueil des Voyages au Nord ^ 1715 et années

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suivantes ; le Recueil des voyages faits en Asie du douzième au quinzième siècle , publié sous le nom de Bergeron en 1729> deux volumes in-4" ; la Collection anglaise de Thomas Astley , 1745, quatre gros volumes in-4* ; les excellents recueils maritimes â* Alexandre Dalrymple^ 1770 et 1775; rintéreâsante collection allemande des Voyages au Levant , de Paulus , 1792 et années suivantes ; enfin , pour terminer une énumération que nous n'avons pas voulu grossir de beaucoup d'ouvrages moins importants, le précieux Recueil de Voyages, Relations et Mémoires originaux pour servir à F histoire de la découverte de C Amérique^ donné de 1837 à 1841 par M. H. Ternaux-Copapans , en vingt petits volumes in-8*'.

De toutes ces Collections plus ou moins utiles , il n'en est qu'une sur laquelle nous nous arrêterons ici plus particulièrement : c'est celle que l'on désigne communément sous le nom de l'éditeur , Th, Astley.

Celle-ci a en effet pour nous un intérêt spécial , comme étant le point de départ et. le modèle de toutes les /uV ioires des Voyages publiées en France depuis un siècle. L'abbé Prévost , déjà connu par le succès de ses romans et la fécondité de sa plume , se proposa, dès l'apparition des premiers cahiers de l'ouvrage anglais , d'en donner une traduction française , soutenu dans cette grande entreprise par les encouragements et les secours de tout genre du chancelier d'Aguesseau et du ministre de la marine , M. de Maurepas. Le premier volume in-4" de l'abbé Prévost parut en 1746 , avec beaucoup d'estampes gravées d'après les dessins du célèbre Cochin , et des cartes géographiques dressées par M. Bellin, ingénieurgéographe de la marine. Les volumes se succédèrent

sans interruption jusqu'au t. XV, qui parut en 1759; les IL 6

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cinq volumes suivants, donnés plus tard sous forme de supplément, ne sont pas de Tabbé Prévost. Sans être in-

. juste envers celui-ci , dont il faut louer au moins le zèle et la ponctualité, on peut dire cependant que le remarquable succès de son Histoire des Voyages tient plus à l'intérêt du sujet qu'à l'ouvrage en lui-même ; car il serait difficile d'imaginer un plan plus défectueux que celui des auteurs originaux, suivis pas à pas par l'écrivain français. Cet appui lui manqua d'ailleurs au milieu de la carrière , l'éditeur anglais ayant suspendu sa publication après les quatre premiers volumes , qui en avaient fourni sept à. la traduction. L'abbé Prévost , livré dès lors à luimême, n'avait pas assez de connaissances spéciales pour réformer un plan dont il avait plus d'une fois reconnu les défauts; il continua donc d'avancer sans regarder en arrière , et arriva ainsi tant bien que mal au terme qu'il s'était assigné. Rien de plus trompeur que le titre d'Histoiregénérale des Voyages que porte la volumineuse compilation de l'auteur de Manon Lescaut. Non-seulement

^ la plupart des relations dont elle se compose y sont entassées sans ordre et sans critique , mais il y a dans la distribution des matières des lacunes incroyables, au point que beaucoup de régions parmi les plus intéressantes de FAncien-Monde, telles notamment que la Perse, l' Asie- Mineure, l'Arabie, la Syrie, l'Egypte, l'Abyssinie et les États Barbar^sques , n'y sont pas même nommées. Ces tomissîoûs ont été religieusement conservées dans l'abrégé superfideî publié en 1780 sous le nom de La Harpe et réimprimé depuis un grand nombre de fois, dans l'absence d'une autre production qui pût le remplacer. L'estimable Recueil donné de 1822 à 1824 par M. Eyriès ,

^us le titre ô^' Abrégé des Voyages modernes 9 n'en et pu

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remplir toutes les lacunes. Ua homme dont le nom occupe h, juste titre une place éminente dans le monde savant, avait entrepris, il y a dix-neuf ans, de refaire et de continuer l'œuvre de Tabbé Prévost ; et ^i ce travail, resté inachevé après les vingt et un premiers volumes qui renferment au plus le tiers de l'Afrique, n'a pas eu le succès que le nom de l'auteur lui devait garantir, il ne faut sans doute l'attribuer qu'au vice du plan primitif, malheureusement conservé dans le nouveau travail , ainsi qu'au défaut de tempérance dans la distribution des matières. L'étendue donnée au début de l'ouvrage n'eût pas exigé, en effet, moins de trois à quatre cents volumes pour le conduire à fin dans les mêmes proportions.

On peut donc dire avec vérité que , pour une histoire telle quelle des voyages , nous en sonames encore réduits à l'indigeste compilation de l'abbé Prévost et au maigre abrégé de M. de La Harpe ; et cependant quel sujet était plus digne , par 3on intérêt immense , sa haute portée et son inépuisable variété, d'occuper une plume à la fois savante et exercée ? Parmi les faces diverses sous lesquelles on peut envisager les annales de l'humanité , en est-il une qui fournisse de plus riches matériaux h une grftnd^ composition historique ? ^ J'ai dit à me grande composition bist(H*ique , et non pas seulement à une simple compilation : (Bar les eq^rits sant tellement prévenus à cet éga rd parlanaturede tous les ouvrages, sans exception, qui ont été publiée wr c^ sujet, que la première idée qu'évdlle insrtinctiventuent le titre d'Histoire des Voyages est une idée de compilation. Nous me saurions donc trop insister pour rectifier ce qu'une telle prévention aurait d'erroné, si on «n vouJait faire une application absolue.

Nul i5^iet historique, aouâ le répétons , ne peut fournir

des couleurs à la fois plus riches et plus variées à qui saura le mettre en œuvre. Une de ses plus sérieuses difficultés est dans sa richesse même. Il est peu de faits importants dans les fastes des sociétés humaines qui ne doivent y trouver place ; Thistoire même de l'esprit humain dans ses développements successifs s'y rattaché étroitement. D'un côté l'aperçu des révolutions morales et politiques qui ont préparé ou déterminé à diverses époques, chez les peuples européens, les grandes entreprises et les grandes découvertes géographiques ; de l'autre , la description incessamment variée de toutes les contrées du Globe , de leurs productions et de leurs habitants : c'est là nous ne dirons pas la double tâche de l'historien , mais bien le double élément d'intérêt et d'instruction que lui fournit l'inépuisable mine ouverte devant lui. Que l'on y ajoute le récit des aventures personnelles des voyageurs et des navigateurs, lorsqu'elles sont de nature soit à éclairer les mœurs , les habitudes , le caractère , les croyances ou les superstitions des peuples au milieu desquels ils ont pénétré , soit à uiettre sous nos yeux quelques-unes des grandes scènes de la nature , soit à faire ressortir le caractère parfois extraordinaire de ces hommes qu'une vocation puissante a poussés à l'exploration des contrées lointaines, et l'on pourra se faire une juste idée de la grandeur des tableaux et de la mobilité des scènes toujours vivantes dont une telle composition est susceptible. L'histoire des découvertes géographiques, telle qu'elle nous paraît ressortir du fond même du sujet, est à la fois, dans sa plus large acception, l'histoire de l'Homme et l'histoire de la Nature.

Au milieu de la variété de tons et de tableaux qu'il comporte, ce magnifique ensemble a néanmoins son

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unité qui est en même temps pour l'esprit une direction et un point de repos : cette unité, c'est le résultat même de ces explorations multipliées dont il faut raconter les incidents; c'est la connaissance du Globe terrestre. C'est là le lien commun qui réunit et fait converger vers un même centre les innombrables rayons de ce cercle immense. Suivre à la fois dans le temps et dans l'espace la marche quelquefois lente et comme assoupie , quelquefois brusque et rapide , des événements de toute nature , des voyages, des recherches , des explorations et des découvertes qui ont élevé graduellement les connaissances géographiques des nations savantes au point où elles sont arrivées aujourd'hui ; montrer d'une manière impartiale quelle a été la part de chaque peuple dans ce résultat final ; faire ressortir la mutuelle influence des grandes découvertes géographiques sur le progrès de la civilisation générale et du progrès de la civilisation sur l'avancement des découvertes , et rechercher quelle action exerce cette double cause sur le bien-être individuel des peuples et sur la destinée générale de l'humanité ; étudier de ce point de vue et l'histoire géographique de la Terre dans son ensemble le plus général , et successivement celle de chaque grande région en particulier; exposer enfin, comme dernier résultat, le tableau bien complet des notions de toute nature que l'Europe possède aujourd'hui sur les pays et les peuples des autres parties du Monde qu'elle a découvertes ou explorées, c'est-à-dire sur l'Asie, l'Afrique, le Nouveau-Continent et l'Océanie : tel est le plan qui nous paraît convenir à un travail de cette nature ; tel est celui que nous nous sommes tracé.

En présence d'une composition si belle et si féconde , on aura lieu de s*étonner sans doute que parmi les hom-

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mes émiiients qui se sont consacrés chez nous aux études géographiques , il ne s'en soit trouvé aucun qui Tait abordée avant nous. Plus que personne nous regrettons que quelque main plus habile ne nous y ait pas devancé. Si nul , jusqu'ici , ne s'est attaqué sérieusement à une semblable tâche , c'est , il faut le croire , qu'elle n'exigeait pas moins de dévouement que de savoir; c'est qu'une vie tout entière y devait être consacrée. Quant à nous, si la pensée d'une pareille œuvre nous a dès longtemps séduit, si nous avons été irrésistiblement entraîné par l'attrait qu'éveillaient en nous ses difScultés mêmes, on peut croire que ces difficultés nous ne nous les sommes pas dissimulées. Nous ne voulons afficher ici ni une présomp*tion déplacée ni une vaine modestie. Nous pouvons donc affirmer que vingt années d'études continues , exclusivement dirigées vers ce but de toutes nos pensées et que des travaux littéraires d'une autre nature n'ont jamais entièrement interrompues , ont à peine suffi non pour dissiper, mais pour affaiblir en nous la trop juste défiance de nos forces. Toutefois, nous nous sommes dit qu'un zèle que rien ne lasse suppléerait jusqu'à un certain point à ce qui nous manque pour fournir dignement cette immense carrière ; et que si l'exécution du monument que nous entreprenons d'édifier aux sciences géographiques ne répondait pas également dans toutes ses parties à la conception première , nous en aurions du moins assez bien dessiné les grandes lignes pour que d'autres en pussent ensuite sans trop de peine polir et perfectionner les détails. Enfin, nous nous sommes dit aussi que le charme attaché au fond des choses nous serait un puissant auxiliaire ; et que si parfois l'auteur faiblissait à la lâche, l'intérêt du sujet ferait aisément oublier au letJteuf la faiblesse de l'écrivain.

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