AP. J.-C. ] EMPIRE ARABE. TURKS
entière se précipita avec la double ardeur du prosélytisme religieux et de Tentraînement des conquêtes.
A peine la Voix du Prophète a-t-elle proclamé la loi renfermée dans les prescriptions du Koran , que déjà les Khalifes qui continuent sa mission ont planté son étendard victorieux sur le wa-«30. Liban , sur TEuphrate et sur le Nil. Un demi-siècle à peine s'est écoulé , que la conquête de la Perse jusqu'au Sindh , et celle du nord de l'Afrique jusqu'à l'Océan occidental, ont étendu la loi musulmane sur les plus belles parties de l'Ancien Monde. L'Es- 711. pagne subit bientôt après le même sort, et un moment toute l'Europe put se croire menacée de voir le symbole sacré de la Croix disparaître devant le Croissant.
Cependant les peuples de l'Europe chrétienne n'avaient pas cessé de tourner leurs regards vers la contrée que Jésus-Christ, leur divin Rédempteur, avait sanctifiée par sa naissance et par sa mort ; au sein de la nuit profonde où ils étaient plongés , le nom vénéré de la Palestine était le dernier souvenir qui leur fût resté de l'Orient. Môme après l'invasion de la Syrie par les Musulmans , les saints lieux continuèrent d'être pour l'Europe un but de pieux pèlerinages 5 et les récits de plusieurs de ces pèlerins , récits dont quelques-uns remontent jusqu'au septième siècle , nous ont été conservés dans les légendes et dans les chroniques du temps. Ces pèlerinages devinrent de plus en plus fréquents pendant les quatre siècles qui suivirent, favorisés par les Arabes eux-mêmes à qui leur propre Loi prescrivait de respecter le tombeau de Jésus , et qui retiraient d'ailleurs de grands avantages de cette affluence de voyageurs chrétiens. Mais une nouvelle révolution politique dont l'Asie Occidentale fut le théâtre vers la fin du onzième siècle vint changer ces rapports et donner lieu à de grands événements.
Sortis de la région moyenne de l'Asie , cette inépuisable pépinière d'émigrations armées , les Turks s'étaient répandus dans rirân qu'ils enlevèrent aux Arabes, et où ils fondèrent les deux W)7-i034. dynasties des Ghaznévides et des Seldjoukides. Un demi-siècle plus tard ils s'emparèrent également de la Syrie, possédée jusque- 1078. là par les sultans d'Egypte. A partir de ce moment, les pèlerins d'Europe cessèrent d'avoir uû accès facile en Palestine ; pressurés et maltraités parles nouveaux maîtres du payi» incompa-
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rablement plus grossiers et plus barbares que les Arabes, ce n'était qu'au milieu de persécutions de toute nature qu'ils pouvaient maintenant accomplir le vœu qui les y avait conduits. Or, il arriva qu'en gentilhomme d'Amiens , nommé Pierre et surnommé Y Ermite^ marié d'abord , puis soldat et prêtre , entreprit par pénitence, précisément vers ce temps, un pèlerinage à Jérusalem. La vue des profanations dont les Turks souillaient le Saint-Sépulchre , les souffrances des Chrétiens d'Orient dqpt il fut témoin , le pénétrèrent de douleur et d'indignation. Il revient en Europe , se rend près du pape Urbain II , et soUidte l'autorisation de prêcher dans toute la Chrétienté une sainte ligue contre les Infidèles. Cette ligue est proclamée aii concile de Clermont-Ferrand , en l'année 1095. Pierre parcourt aussitôt la France , l'Allemagne et l'Italie , excitant partout les peuples et les princes à s'armer contre les Musulmans. Près d'un million de combattants se lèvent à sa voix ; hommes , femmes, enfants, tous les âges , tous les états , veulent prendre part à cette expédition pour laquelle le pape a promis le salut étemel. 1006-1248. Telle fut l'origine des Croisades^ où pendant un siècle et demi tant de générations d'hommes se consumèrent sans résultat. Nous n'avons pas à en retracer les incidents \ et même sous notre point de vue tout spécial, il ne semble pas qu'elles aient eu une influence sensible sur le renouvellement des connaissances géographiques dans l'Occident. Une faudrait pourtant pas prendre ceci dans un sens trop absolu. Cette immense agitation matérielle de l'Europe, durant une si longue période, fut nécessairement suivie d'un grand mouvement d'idées. Les facultés endormies se réveillèrent. L'Asie musulmane s'était rapidement élevée, dans les deux premiers siècles du khalifat, à un haut degré de culture intellectuelle \ Bagdad et Samarkand eurent des poètes, des historiens, des littérateurs justement fameux. Continuellement en contact, pendant cent cinquante ans, avec les mœurs déjà raffinées des Arabes de Syrie et d'Egypte, les princes croisés et leurs barons en rapportèrent en Europe ces habitudes chevaleresques qui ont été la transition de l'ancienne barbarie à la politesse moderne. Une invisible chaîne unit entre elles toutes les puissances de l'âme 5 l'homme ne saurait faire un pas dans un des mille sentiers de l'amélioration intellectuelle , que toutes ses facultés ébranlées ne