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de TAsie, où il espérait en retrouver des traces. Sans appui d'aucune sorte, car il n'avait fait part de son dessein à per<sonne , sans argent pour le voyage , sans connaître le premier root des langues de l'Orient, Bf. Csoma ne s'en était pas moins mis en rouie avec la ferme croyance du succès , confiant dans la Providence pour subvenir à ses faibles besoins de chaque jour, et dans sa ferme volonté pour surmonter tous les obstacles. 11 avait ainsi visité l'Egypte, parcouru la Mésopotamie, traversé la Perse, l'Afghanistan et la Bactinane, et était arrivé en 1822 dans le Tibet occidental. Là il crut avoir atteint le but de sa recherche. Il s'établit à demeure dans un monastère bouddhique où il séjourna neuf années entières, assidûment appliqué à l'étude de la langue tibétaine dans laquelle il avait cru reconnaître des rapports avec le magyar , sa langue maternelle. En 1831 il se rendit à Calcutta, où la Société Asiatique réussit à 86 l'attacher en le nommant son bibliothécaire. C'est là qu'il mit en ordre et publia ses travaux sur la langue du Tibet, travaux de la plus haute importance qui ont ouvert à l'Europe Faecès d'une littérature jusque-là non moins inconnue que le pays même auquel elle appartient. Quant à la géographie proprement dite , elle a bien peu gagné à ce voyage , et les notions que nous avons reçues sur le Tibet depuis vingt ans ont été exclusivement tirées des livres chinois. Déjà De Guignes , dans le dernier siècle, avait puisé à cette source ce qu'il dit du Tibet dans son Histoire des Huns; l'archimandrite russe Hyacinthe, M. KiaprotheiM. Schmidt de Saint-Pétersbourg, l'ont, dans ces demiars temps, plus largement exploitée sous ce rapport.
La riche et pittoresque vallée de Kachmir, que si peu d'Européens avaient visitée depuis notre compatriote Bernier dans la seconde moitié du dix-septième siècle, a été parcourue par plusieurs des voyageurs qui ont récemment exploré le nord de l'Hindoastan. Ce fut le dernier terme des courses savantes de Victor Jacquemont; et après lui deux nouveaux explorateurs, l'un anglais, M. Figne^ l'autre allemand, le baron Karl de Bufel, en ont aussi donné des relations détaillées. M. Vigne , que nous venons de nommer , a le premier fait connaître une portion intéressante de la vallée du haut Indus comprise dans ce que l'on nomme le Petit Tibet, et qui touche au nord à la fron-
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tière Kachmirienne : c'est le pays d'Iskardo. La vallée qu'arrose la rivière de Khâboul, à l'ouest du haut lodus^ et la cbaiue si peu connue des monts Solimâni, dans le sud de Khâboul^ ont été comprises dans les explorations du même voyageur (1835* 36). L'Indus lui-même, que Ton ne connaissait que d'une manière approximative, et sur lequel nul voyageur n'avait navigué depuis la mémorable descente d'Alexandre, a été complètement reconnu , ainsi que la plupart des rivières qui y affluent après avoir arrosé les plaines du Pendj-Âb, d'abord, par Tintellig^t et courageux Aleœandre Bûmes ^ dans le cours de 1831, puis par le lieutenant de marine ff^ood , en 1836. Ces contrées riveraines du fleuve, et qui furent, il y a près de vingt deux siècles, le théâtre des marches triomphales du conquérant macédonieQ, sont aujourd'hui , grâce aux travaux des nouveaux maîtres de rinde , au nombre des pays les mieux connus du Globe. Jamu Burnes^ frère de celui que nous venons de mentionner, a donné en 1829 une relation spéciale du Sindhi, pays bas et souvent inondé situé à l'embouchure du fleuve dont il prend le nom; et quelques relations plus récentes, notamment celle du capitaine Th. Postons (1842), ont ajouté de nouveaux faits à ces premières notions.
Les connaissances géographiques de l'Europe sur la région qui s étend à l'ouest du Sindh depuis ce fleuve jusqu'aux frontières orientales de la Perse, se sont aussi considéral>lenient accrues dans les dix années qui viennent de s'écouler. Ces connaissances, malheureusement, on ne les a acquises qu'au prix d'une guerre désastreuse et de la mort de plus d'un courageux voyageur. Alexandre Bûmes, Gonolly, d'autres encore, ont augmenté ici la liste déjà si nombreuse des illustres victimes dont, nouveau Moloch , le Génie de la Science fait trop souvent payer ses plus précieuses révélations.
Déjà, peu après les événements de 1815, des voyageurs anglais avaient reparu dans cette région intermédiaire qui est comme le boulevard de l'Inde anglaise du côté de la Perse et de la Boukhârie. Les pratiques secrètes du gouvernement de Saint>^ Pétersboui^ dans ces deux contrées annonçaient assez la persistance des anciennes vues d'extension commerciale de la Russie vers l'Asie centrale, et suffisaient pour tenir en éveil la j/sr
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louse sollicitude du cabinet de Londres. Le plus grand nombre des voyages d'exploration exécutés depuis cette époque à l'ouest du Sindh n'ont pas eu d'autre origine ; la guerre même de 1839 n'a eu au fond d'autre mobile que ces grands intérêts commerciaux , d'une importance si capitale pour l'Angleterre.
M. Stirling^ en 1828, et, deux ans plus tard, M. Arthur CmoUy^ traversèrent l'Afghanistan depuis la Perse jusqu'au Sindh. M. Stirling n'a publié que de courts fragments de sa relation ; celle du lieutenant Arthur Gonolly se range honorablement parmi les plus instructives que l'époque contemporaine nous ait données sur ces curieux pays. Un autre de ses compatriotes, M. Ch. Masson , explorait dans le même temps plusieurs des parties les moins connues du Balouchistàn oriental et du N.-Ë. de l'Afghanistan. Ses courses, commencées en 1826, se sont prolongées, sauf quelques interruptions, jusqu'en 1840. Bien qu'elles aient eu moins pour but la reconnaissance même du pays que la recherche des antiquités qu'il recèle , elles n'ont cependant pas été sans utilité pour la géographie. Un médecin all^niand , le D>^ Honigberger^ qui a aussi traversé l'Afghanistan en 1833, et qui y a recueilli, comme M. Masson, une grande quantité de médailles antiques , a suivi , depuis le Sindh jusqu'à Ghazni , une route inconnue avant lui. Mais de tous les voyageurs qui depuis Ëlphinstone ont concouru à l'avancement de nos connaissances sur ces contrées intérieures, le plus célèbre, et celui aussi dont la célébrité est fondée sur les plus justes titres, est Alexandre Bume$. Bûmes a visité à deux reprises les provinces septentrionales du pays Afghan , dans un bnt tout à la fois politique, commercial et scientifique, d'abord ea 1831 , lors de son grand voyage à Boukhâra, puis en 1837 , lorsque les complications survenues dans la situation politique de l'Afghanistan nécessitèrent la présence à Kaboul d'un agent britannique. Un jeune officier de marine, le lieutenant H^oodj qui éteût attaché à cette seconde mission d'Alexandre Burnes pendant laquelle il a exécuté cette belle reconnaissance du cours moyen de l'Indus que nous avons déjà mentionnée, eut occasion, pendant le séjour de la mission à Kaboul, de pénétrer, an delà de l'Hindou-Kôh, dans les hautes vallées de rOxua qu'il reoKMdta jusqu'à la source du fleuve. If. Wood a fait ocmnaitr»
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le premier cette région sauvage que domine la chaîne neigeuse du Bolor ; le premier depuis Marco Polo il a revu le lac alpin 011 rOxus prend naissance au pied du plateau de Pamir, à une élévation de près de 15,000 pieds au-dessus de l'Océan , c'està-dire à la hauteur même où atteint en Europe le point cul-^ minant du massif des Alpes.
Les deux expéditions des armées Ijritanniques dans l'Afghanistan, en 1839 et 1842, et surtout les deux années d'occupation qui les séparent, promettaient à la géographie de nouvelles et riches acquisitions sur ces contrées où l'Angleterre arborait son drapeau : cette attente n'a été ni complètement remplie ni entièrement trompée. Si de vastes étendues de la région comprise entre l'Indus et la Perse restent encore en blanc sur nos cartes , des parties très-importantes du pays, que les voyageurs précédents avaient à peine aperçues, ont été parcourues, observées et décrites avec un détail qui ne laisse rien à désirer. L'excellent journal militaire du major Hough^ entre beaucoup d'autres que nous aurions à citer , renferme une longue suite d'observations hypsométriques qui nous donne pour la première fois le relief exact des extrémités orientales du plateau de l'Iran. Une foule de reconnaissances de détail et de relevés statistiques ont été particulièrement le fruit de l'occupation , et ont fourni , avec l'ensemble des notions précédemment acquises , les éléments d'une excellente description de ces contrées rédigée sous la forme de Dictionnaire, le Gazetteer de M. Thornton. Le cours inférieur du Helmend , notamment , a été notablement rectifié , ainsi que les contours et le gisement du lac sans issue où cette grande rivière va se perdre.
La Perse et le pays compris entre le Tigre et l'Euphrate , si riches en importants ouvrages dans le cours de la période précédente , n'ont pas discontinué pendant celle-ci de fournir un large champ aux recherches des voyageurs. Nous n'avons pas, il est vrai, à y citer depuis 1815 de ces grandes relations d'ensemble qui présentent, comme celles d'un Chardin, d'un Olivier , d'un Morier, d'un Ouseley, d'un Dupré , d'un Malcolm , le tableau complet de la géographie du royaume entier et de ses habitants; mais un grand nombre d'hommes instruits, des officiers distingués, des artistes habiles , des orientalistes éoîi-
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neots , se sont altachés à en étudier diverses provinces et en ont donné d'excellentes notices. La science a pour le rooins autant à gagner à ces monographies savantes , où Tattention de l'explorateur, concentrée sur un moindre nombre d'objets, peut mieux approfondir ceux auxquels elle s'arrête, qu'aux relations plus vastes dans lesquelles il est difficile que les études et les appréciations du voyageur ne perdent pas souvent en profondeur ce qu'elles acquièrent en étendue.
Bien que le voyage de M. James Rich aux ruines de Bab)lone remonte par sa date (1811) à une époque antérieure à 1815, par celle de sa publication complète il appartient à la période actuelle. M. James Rîch occupait à Bagdad le poste de résident de la Compagnie des Indes ; son goût éclairé pour la géographie et les recherches d'antiquités sut mettre à profit les facilités d'études locales que lui donnait sa position. On a de lui en outre un voyage dans le Kourdistan jusqu'au site de l'ancienne Ninive , et une visite à Chirâz et à Persépolis. Il est à regretter que les nombreuses excursions géographiques de notre compatriote M. Fidal^ interprète du consulat de France à Bagdad où il résidait à la même époque que M. Rich , n'aient pas été publiées dans leur entier 5 ce que des communications partielles en ont fait connaître promettait à la science d'intéressants matériaux. Les ruines de ces deux cités fameuses du vieil Orient, Ninive et Babylone, furent de nouveau visitées et décrites en 1816 par un autre voyageur anglais, Buckingham^ qui venait de parcourir la Syrie dont il donné aussi une ample relation. Dans le même temps (1817), H^illiam Heude visitait le Golfe Persique, dont les relèvements de plusieurs officiers de la marine anglaise, notamment ceux de MM. JVhitelock^ Beke et Carter, ont depuis lui perfectionné l'hydrographie 5 et l'élégant pinceau d'un artiste anglais, M. Ker-Porler^ figurait avec plus de précision que d'autres ne l'avaient fait avant lui les monuments et les antiquités les plus célèbres des rives du Tigre et de la Perse occidentale , secours toujours nécessaire aux meilleures descriptions, et dont aucune ne saurait tenir lieu. C'est à la même époque aussi qu'une ambassade russe qui se rendit à la cour de Perse valut à l'Europe l'intéressante relation de M. Kolzebue,
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Un voyageur déjà connu par une excursion aux glaciers de rUimalaïa, M. James Bmllie Fraser^ parcourut diverses parties de la Perse, en 1821 et 1822, dans un but d'exploration scientifique. 11 traversa toute la largeur de l'Iran depuis le golfe Persique jusqu'à Téhéran , s'avança jusque dans le Kboraçân occidental , et n'ayant pu pénétrer jusqu'à Balk revint vers la mer Caspienne, dont il étudia les côles méridionales que bordent le Mazandérân et le Ghilân. Cet itinéraire, d'un grand intérêt géographique, est en partie celui qu'avait tenu Forster en 1783 , et qu'ont suivi depuis dans les mêmes provinces Arlhar Conolly en 1830, et Alexandre Burnes en 1832. M. Fraser est retourné une seconde fois en Perse en 1834 , et a vu de nouveau une partie des lieux où l'avait conduit son premier voyage. Un de nos compatriotes, M. Charles Bélanger , a recueiUi aussi, en 1825, une ample moisson d'observations scientifiques dans un voyage au nord de l'Inde par le sud de la mer Caspienne, le Kboraçân et l'Afghanistan ; mais l'auteur n'a payé qu'à demi sa dette à la science. Un seul volume de sa relation a paru , et rien n'annonce que cette belle publication, interrompue depuis dix ans , doive être jamais terminée.
Un autre voyage dans le bassin du Tigre et dans l'ouest de la Perse a été interrompu aussi , mais d'une manière plus douloureuse : c'est celui de M. Schulz, M. Schulz, quoique Allemand de naissance , avait consacré à la France ses talents distingués dans la littérature orientale 5 et le Gouvernement français, sur la recommandation de la Société Asiatique de Paris, l'avait jugé digne d'une mission scientifique en Orient. Déjà d'importantes découvertes avaient signalé ses premiers pas autour du lac de Van et dans le Kourdistan (1829), lorsque le malheureux Schulz périt assassiné , victime de la cupidité féroce des tribus de cette contrée. Par bonheur ses papiers ont pu être recueillis, et la Société Asiatique, à laquelle a été confiée l'honorable tâche d'en préparer la publication^ pourra bientôt, sans doute, satisfaire à l'impatience du monde savant.
Nous arrivons à une époque marquée par une longue série d'études topographiques sur celles des provinces de la Perse, de la Mésopotamie et du Kourdistan qui occupent le bassin de TEuphrate et celui du Tiçre , et qui bordent la côte septentrionale
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du golfe Persique. De 1831 à 1841 , ces ëtades ont fourni les plus riches matëriaax pour la carte de cette portion de l'Asie. Ceux à qui elles sont dues appartiennent pour la plupart à la marine britannique ou aux régiments de la Compagnie des Indes, et elles témoignent des solides études par lesquelles les officiers de ces deux corps se préparent aux missions de cette nature qui leur sont fréquemment confiées. C'est dans le Journal de la Société Géographique de Londres, précieux dépôt des actives explorations de la nation anglaise sur tous les points du Globe, que celles-ci sont déposées ; et les noms de MM. Monteiikj Gibbons, Ross, Shielj Ahhoity D*Arcy Tod, Thomson, RattUnson, Brant, PoUington, Forbes, Chesnty, Ainsworih, Lynch, Layard, de Bode et Selby y figurent avec honneur. Une partie de ces belles études sont nées d'une grande pensée commerciale, qui avait entrevu la possibilité de revenir, en la perfectionnant, à l'ancienne route du trafic de l'Occident avec l'Inde , c'est-à-dire à une communication directe avec le sud et l'est de l'Asie par la Méditerranée , l'Euphrate et le golfe Persique. Quel que soit Tavenir de ce grand projet , il n'en aura pas moins eu pour la Géographie de très- importants résultats. D'autres voyageurs ont aussi ajouté, dans le même intervalle , aux notions acquises sur la région mésopotamienne; parmi ceux<H;i nous remarquons MM. Mignan et Siockeler, qui ont l'un et l'autre parcouru les agrestes vallées du Kourdistan. Il faut même citer deux missionnaires américains, MM. Smith et Dmght, qui ont recueilli en 1830 de fort bonnes notions sur divers cantons de l'Arménie. La France aussi tient une belle place dans l'exploration scientifique de ces régions. M. Fontanier, qui depuis 1827 a séjourné dans plusieurs contrées de l'Orient , a publié récemment la partie de ses intéressants voyages qui se rapporte aux pays riverains du golfe Persique. On trouve d'utiles indications dans les notes d'un voyageur naturaliste, M. Aucher-Éloy, qui a parcouru l'Arménie, la Mésopotamie et toute la Perse occidentale de 1834 ^ 1838 5 et d'excellents matériaux pour la recherche des antiquités et la connaissance de l'état actuel du pays et des habitants sont répandus dans les lettres et dans les Mémoires d'un savant orientaliste, M. Eugène Bore, qui, de 1838 à 1840, a yisité plusieurs parties des mêmes contrées pour y étudier l'état
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iotcUeclucl et religieux des populations chrétiennes de TAsie Occidentale. Mais c'est surtout à l'ambassade française envoyée en Perse dans le cours de 1839 que se rattacheront les fh» beaux titres de la France à la reconnaissance de TEurope savante. M. Charles TexieTj qui déjà avait pris rang par un voyage archéologique et géographique en Asie Mineure , a pu alors pousser plus loin à l'est, dans les vallées de l'Araxe et du Tigre, ses fructueuses explorations. Deux artistes des plus distingués, MM. Cosle et Flandin^ avaient été attachés à l'ambassade, et ont rapporté de Perse une grande quantité de magnifiques dessins où revivent avec tout leur grandiose et les sites de cette région pittoresque, et les édifices de l'architecture moderne, et surtout les restes des vieux monuments de l'ancienne mona^ chie de Cyrus. L'antique Persépolis, avec ses sculptures si remarquables et ses singulières inscriptions, nous est aujoiurd'hui aussi bien connue que pourrait Têtre un monument de nos propres cités ^ les archéologues ont pu enfin appuyer sur une base assurée leurs curieuses investigations , d'où sont déjà sortis tant d'importants résultats pour la restauration historique, géographique et religieuse du vieil Orient. D'habiles ingénieurs, des officiers instruits, accompagnaient aussi notre ambassadeur, M. de Sercey , et ont fourni d'excellents itinéraires qui contribueront grandement à enrichir et à préciser le tracé des carXes futures entre Constantinople et les rives du golfe P^sîque. M. le capitaine Beaufort^ M. le comte de La Guiche^ M. Coste lui-même , ont ainsi rendu à la géographie positive d'éminents services. Les fouilles que M. Botta fait exécuter encore en ce moment sur l'emplacement de l'ancienne Ninive, fouilles qui ont déjà produit tant de découvertes aussi curieuses qu'inattendues et dont le gouvernement français se propose de faire l'objet d'une grande publication, en rendront de non moins remarquables à l'archéologie asiatique. Deux savants professeurs prussiens, MM. Koch et Rosen, explorent, au moment où nous écrivons ces lignes, les vallées sauvages du Kourdistân.
Nous avons nommé M. Texier et l'Asie Mineure : c'est en 1834 et 1835 que notre savant conipalriote a fait dans cette grande péninsule ses nombreuses excursions et ses belles découvertes. Mais depuis plusieurs années déjà d'autres voyageurs,
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français poar la plupart, avaient parcouru et soigneusement étudié diverses parties de la même région. L'Asie Mineure, cette coDtréejadis si riche, si florissante, et qui intéresse à tant d'égards Thistorien , le philologue , l'antiquaire et le géographe , était cependant restée jusqu'à ces derniers temps au nombre des pays les moins visités et les plus imparfaitement connus de l'Asie. Les difficultés qu'y opposaient au voyageur l'ignorance et la rapacité des pachas turks , jointes à l'aversion que le nom de franc inspirait aux populations musulmanes , expliquent seules cet abandon. Beaucoup d'Européens en avaient traversé rapidement quelques lignes battues *, bien peu s'étaient écartés de ces itinéraires tracés d'avance pour en explorer les parties intei^ médiaires. C'est depuis la grande réforme opérée , ou plutôt tentée par le sultan Mahmoud dans les idées anti-européennes de sa nation , que l'accès des provinces asiatiques de l'empire est devenu plus facile à nos voyageurs. On peut dire que depuis quinze ans seulement l'Asie Mineure nous a été révélée.
Dès avant cette époque, néanmoins, la marine française avait complété la reconnaissance exécutée en 1808 par les ordres de l'amirauté britannique sur la côte méridionale de la Péninsule. Le capitaine Gaultier^ dans le cours de ses belles campagnes hydrographiques qui nous ont valu une carte complète de la Méditerranée , releva les côtes occidentales et septentrionales de l'Asie Mineure dans toute leur étendue, sur la mer Egée, la Propontide et la mer Noire , et en fixa les points principaux par une longue chaîne d'observations astronomiques. Le contour de la Péninsule, dont les formes avaient fréquemment varié sur les cartes antérieures , fut définitivement arrêté. Quelques faibles lacunes qui restaient vers la pointe sud*ouest pour relier les travaux du capitaine Gauttier à ceux du capitaine Beaufort, ont été comblées plus tard par les relevés partiels de deux officiers de la marine anglaise , les lieutenants Graves et Brock.
C'est en 1826 que commencent les grands voyages dans l'intérieur. Celui de MM. Alexandre et Léon de Laborde en ouvre la série. Ce voyage , à la fois artistique , archéologique et géographique , embrasse tout le sud et l'ouest de la Péninsule. Vers le même temps un voyageur allemand, M. Prokesh^ visitait quelques points des provinces occidentales , et un ministre an- IL 9
ISO Aftifi. [10* ulcu.
glicftn j le Révérend /. JfundM , parooorait en antûpiuijQ tout le bassin du Méandre , eteursioD qu'il a renoutelée avec plus d'étendue dans un scK^ond voyage de 1633. La guerre qui éclata en 182S entre la Russie et la Porte , et qui eut pour théâtre en Asie les parties limitrophes du Caucase russe , a fait mieux coa^ nattre quelques cantons voisins de Trébizonde et d'Erzeroum^ les principaux résultats géographiques de cette campagne ont été bien résumés dans an ouvrage spécial par If. Fofûon*
Peu après la fin de la guerre en 18M, un homme qui avaif «onquîs une belle pVace dç^s le monde littéraire par son Hifi<toire des Croisades, M. Mkhaud^ conçut le projet d'une expé*dition scientifique destinée à étudier sur les lieux et à éclaircir la géographie de l'époque des guerres saintes : ce projet, ap^ prouvé par Tadministration d-alors^ embrassait .une partie coor fiidérable de F Asie Mineure, toute la Sj[rie, la Palestine et la Basse Egypte. M. Michaud se mit immédiatement en route, accompagné d'un jeune et savant UttératQur^ M. PoujmUatj et de deux officiers d'état^najor habitués aux relèvements topographiques, MM. Callier et Stamaêy. Les événements de 1830, es précipitaut du pouvoir les protecteurs de l'expédition , en iuterrompirent le cours. On lui doit cependant, quoique inachevée, de très^ntéressants résultats. Outre le journal de M. Michaud , ou plutôt de M. Pjmjeulat^ journal riche d'observations sur le pays , les habitants et les antiquités , les itinéraires de MM. CalHer et Stama(y dans l'intérieur de l'Asie Mineure et ea Syrie sont fort importants pour le tracé hydrographique et orographique de plusieurs cantons peu connus. II est à regretter que ces résultats, n'ayant pas été coordonnées dans une publication d'ensemble, soi^^it en partie perdus pour la science.
Ceux de la mission sdentiâque de M. Teaier et de» autres voyages d'exploration qui se sont succédé à partir de cette époque , peuvent cependant jusqu'à un certain point diminuer nos regrets. Au premier rang après le voyage de notre c<M»pa- Mote, il faut mettre ceux de M. William HarnUUm^ secré-^ taire de la société géologique de Londres , de 1835 à 1837} de M. fVilliam Francis Ainswortk , — qui avait fait précédemment partie de l'expédition scientifique du colonel Cfatnney i l'Guphrate , — en 1838 et 1889; de M. ChaHn JMlùM^ qui
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a exploré à deux rèprises, en 1838 et 1840, les vallées à peine connues de Tancienne Lycie ; de plusieurs savants prussiens , ingénieurs, antiquaires ou naturalistes, MM. de Finckcy Fischer, le baron de Moltke , SckOnbomj Koeh , IMt» et Kiepert , dont ' les études et les nombreux relèvements topograpbiques , exécutés de 1838 à 1848, ont fourni les éléments d'une nouvelle carte de la Péninsule , et complété utilement les explorations de MM. Felloies et Texier. Ces nombreux travaux, qui ra<chëtent en&a si i)rillamment le long oubli où avait été reléguée l'Â^e Mineure , ont fait presque constamment marcher de fircmt les relèvements topographiques, les déterminations astrono* ini<|ueâ , l'étude géologique du sol , celle des monuments et des ludtiquités. La Péninsule entière est aujourd'hui couverte d'un ample réseau d'observations positives de toute nature ; et A quelques intervalles y re&tônt encore à remplir, ces intervalles sont du moins limités et n'exigeront plus les mêmes efforts des voyageurs à venir. Déjà même beaucoup de points de détail (mt été coniplétés par an grand nombre de relations partielles. MM. Àudier Éloy , James Brant , Teuk , Suter, Eugène Boré^ Ntipkr, 'Aclànd, Russegger, de CivraCj Hoskgn, Damell^ Spratt IH QiancoûrUns , s'ils ne tiennent qu'un rang secondaire parmi les exploi^teurs spéciaux de la Péninsule , y ont droit encore à tme place fort honorable. Les récentes observations de M. Xeto, sur le sol classique de la Carie et de la Lydie, fourniront de nouveaux faits aux études archéologiques.
En ramenant nos regards sur Cet ensemble de richesses géographiques que nous Venons d'énumérer, Une réflexion involontaire nous affecte péniblement. La France, nous l'avons dit, tl cette énumération le prouve , a depuis vingt ans la plus large part dans cette belle suite d'investigations scientifiques dont l'Asie Mineure a été le théâtre ; et cependant c'est aux voyageurs étrangers qu'il faut demander encore aujourd'hui les notions les plus détaillées et les plus complètes sur l'état actuel delà Péninsule. Nous avons devancé dans la carrière les explotateùrs des autres peuples , et nous nous laissons primer par letirs' publications. Des voyages terminés depuis quinze ans et plus sont chez nous arrivés à peine à la moitié de leur mise tB jour. Au point de vue de la science , ces lenteurs soïit fft-
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cheuses •, au point de vue national elles sont encore plus regrettables. Les découvertes non publiées n'existent pas. Sans doute il faut du temps pour préparer les publications spleudides où sont généralement déposés les résultats de nos grands voyages ; mais cette splendeur même , et les vastes proportions qu'elle entraîne, ont de sérieux inconvénients, et de plus d'une sorte. 11 serait bien de concilier les exigences différentes qui se trouvent ici en présence. Pourquoi, d'ailleurs, ne pas séparer la partie purement historique et géographique des parties artistiques on archéologiques de ces grandes publications? Pourquoi suilout rejeter à plusieurs années l'impression du texte, qui seul 'permet d'apprécier dans toute son étendue l'importance des résultats obtenus , et qui d'ailleurs peut seul leur assurer, parmi nous et à rétranger, cette publicité étendue qui constate l'existence et la portée des découvertes , en même temps qu'elle est la véritable récompense de leurs auteurs?
L'Asie Mineure nous conduit naturellement en Syrie ; une partie des voyageurs qui ont exploré !a première de ces deux régions ont étendu à la seconde leurs courses et leurs rechereh'es. De ce nombre sont MM. Prohesh en 1829, PaujoiiUût en 1830, Aucher-Éloy de 1831 à 1835, Léon de Lahorde et lÂnant en 1832, Callier en 1833, Russegger en 1836 et 1837. M. Roumau^ avant eux, avait donné de fooiis renseignements sur le district dont Haleb estia capitale , et deux naturalistes allemands, MM. Sieher et Scholz, avaient étudié les productions des deux extrémités de la Syrie, tâche qu'un autre savant autrichien, M. Russegger, devait reprendre plus tard et accomplir avec plus d'étendue. Nous avons mentionné précédemment les voyages de Buckingkam^ à qui il faut assigner un des premiers ra(Dgs parmi les explorateurs de la Syrie moderne.'
Une foule de noms obscurs se pressent en vain pour y obtenir use place; et si, dans une contrée si souvent parcourue, nous pouvions nous poser à un point de vue autre que le point de vue de la science, notre plume aurait à rappeler plus d'un nom d'ailleurs illustre. Terre heureuse des grands tableaux et des grands souvenirs, la Syrie est depuis longtemps le commun rendez-vous des natures les plus diverses. Le poète y vient cher-* cher des inspirations , l'artiste de riches modèles , le romancier
des impressions; en ntéme temps que le savent y trouve à chaque pas. des çujets d'étude, et le pieux pèlerin des objets de méditation. . , . ■ ♦
Depuis l'époque des voyages de Seetzen^ de ^rckhardt et de Buckingham, l'un des principaux que nous ayons à citer pour la Syrie est celui d'un Anglais, M. Gqorge Robimon. De 1829 à 1832, M. Robinson parcourut en observateur inâtrnit les rives de la mer Morte , le bassin supérieur du Jourdain, les plaines de« Damas, les gorges du Liban et les environs de Haleb. Ses. descriptions attachent et ses remarques instruisent: Un voyageur américain du même npm , le D' E. Robinson , a visité plus tard (1838), ainsi que lerévérend Éli Smith ^ son compatriote , le pourtour de la mer Morte et le pays qui s'étend de là au sud vers la tête du golfe Arabique. Les recherches du D' Robinson^ quoique principalement dirigées ver^ réciaircissement' de la géographie biblique, n'ont pas été inuliles à l'avancement de la géographie naturelle, étoiles ont été jugées dignes par la Société Géographique de Londres d'une des médailles .qu'elle accorde aux auteurs des découvertes ou des travaux géogra* pbiquesles plus notables. Oiiidoit aussi àdifierents missionnaires delà communion romaine, répandus parmi les peuplades druzes et maronites du Liban, plus d'une intéressante notice sur le pays et les peuples au milieu desquels ils vivent. La même con* trée, ainsi que les.ruines célèbres de Tadmor^ ont été l'objet d^une bonn^ relation de M. le comte de Caraman;jdt un jeune savant, M. ÉnUle Botta ^ qui a parcouru récemment tout le sud-> ouest de l'Asie depuis le fond do l'Arabie jusqu'aux rives du Tigre, où déjà nous avons cité ses belles découvertes ardiéologiques, a donné une remarquable étude sur la géologie du Liban. Il faut encore mentionner, parmi les intéressants travaux de géographie, d'archéologie et d'ethnologie dont la haute Syrie a été l'objet, les communications faites en 1841 à une. société savante de Berlin par M. /f^«Men6rt4cfc, consul prussienà Bàîrout.
Mais le fait capital, parmi tous ceux qui ont été signalés ou vérifiés depuis quelques années dans cette région , est l'enfonr» cernent bien constaté du lit de la mer Morte à une profondeur
très considéisable au-dessous du niveau de la Méditerranée.
134 A&IK. .[19*4là€U.
Un voyageur prawen^ M. Sêkubert, qtti.pareourait dan^l'aQnée 1837 la vallée du Jourdain, éveilla le premier ratteDtioo des physiciens sur ce fait singulier de* géographie. physique; ItM. Russegger^ Moore, Beck.ei Bertou^ après lui, et plus récemment un officier «nglais , M. Symonis^ renouvelèrent les premières observations et constatèrent la dépression. Le ahiS^Q -seul avait présenté d'abord des.divergences entre les observa* leurs; mais le résultat à très-peu près concordant auc^uel plu-* sieurs d'entre eux sont arrivés par des méthodes différâtes ne permet -plus de douter que ce 'cbifire n^ dépasse 400 mètres, et n'arjrive peut-être à 430. Ain^i il est ôujourd'bui bien établi que l'ancien lac Àspbaltites occupe le fond d'une énorme cuve sans communication possible avec les ipers environnantes, et que ses* eaux reposent à 12 ou ISOO.pieds plus bas que la plage où vient mourir,* à 15 U^ues de là dans l'ouest, le flot de la Méditerranée. , , . .
La presqu'île de Sinaî, qui -«le -prolonge au. sud de la mer Morte, et qu'enveloppept les deui^ bras du golfe. Arabique, çe(tii presqu'île que domine le front vénérable du onont Sinaï eti iaqudlenos livres sacrés rattachant de si grands souvemrs^ a • été trèsh-fréquemment visitéç par les voyageurs que la curiosité, rintérét des sciences où des motifs de religion ont conduits vers la. Terre Sainte. M. le comte Léon de Laborde^ dans uoe publication récente d'archéologie biblique , a tracé un tableau complet de la géographie de cette presqu'île, que lui-même avait soigneusement explorée lors de son voyage en Orient.
Ce coin de 4erre aride où s'enfonce l'extrémité septentrionale da la mer Rouge appartient* à l'Arabie. Baignée de trois oôtés par des mers sur lesquelles saa côtes peu déoqupées n'of&ent aa navigateur que de rares abris,, n'ayant aucun de œa grands cours d'eau navigables qui servent ailleurs de commuQicatioQa naturelles entre les extrémités maritimes d'une contrée ei ses* parties intérieures, couv^te duts d'immenses^étendue» par des déserts sablonneux où le soleil .du tropique darde à plomb ses rayons dévorants, occupée , là<KÙ elle est habitable, par des tribus errantea non ntoins redoutable» au voyageur que le vent mortel du désert , eetle vaate péniniMile e»i bien dilQoileineot ac^essâde, tm la conçoit^ i rexploratiQn daa Enropéatté Aussi
M ltl6 A 1S45.1 ÀRAMS. 195
eeiiXxAk mêmes qui, corpmo Niebuhr, ont pénétré le plus avant, n'en ont-^ils vu, 6auf un bien petit nombre d'exceptions ^ que les portions voisines des cotes ^ principalement à Toueat mir lu mer Rouge, au sud-ouest sur le détroit de Bab'-ekMandeb « et i Test vers le détroit d'Ormouz. Un seul Européen, le capittiod anglais \$'adliief, en 1819, a jusqu'à présent traversé la Pénio^ suie dans toute sa largeur, depuis el Katif sur la golfe Persique jusqu'au port de Jambo sur la nder RougOi De très^-grandes éten« dues seraient absolument vides sur nos* cartes, si les géographes srabês, principalement Âboulféda, ne nous fournissaient queK ques indioations qui servent à remplir un. peu ces grandes lacunes. • ...
Cependant ^activité européenne ne s'est pas moins déployée ici que sur tant d'autres joints où de plus grands résultats en ont coiiiH^nné les efforts ^ et si la Nature n'a pu toujours &tre vaincue, tout ce que la persévérance humaine pouvait obtenir a été ob-»tenu; Des voyageurs à la fois couragedx et adroits ont adopté le éostumôf les usages estérieors, le genre de vie et jusqu'à la religion des Arabes, dont ils s'étaient approprié lalangue par une longue pratique*) et se ftûsant ainsi passer pour de bona inuauU •fnans\ ils ont véoii au. milieu même de ces populations fana-» tiques qu'ils voulaient apprendre à connaître. Ainsi avaient fait Seetzen et Badia; ainsi fit un peu plus tard (1816) l'intelligent Burekkardt^ à qui on doit les notions les plus étendues que de^ •puis Niebuhr l'Europe ait eues sur l'Ari^ie^ Nous disons sur l'Arabie : il'sefeût phis eiact de- dire sur les Arabes ^ car» c'est Bioins la géographie proprement dite qui a gagné à ces remar«» ' qusbles voyages, que nos oonnatssaaees sur les habitants. Néan^moins, les acquisitions géographiques sont Ibin d'étite sans.iiiH partance ; depuis l'époque de D'AnviUe, la carte de ta Péninaiile arabe a reçu aussi de très-nombreuses et 4e très^^iœportantes améliorations. *
Une partie notable de ces amélioratietna a été proeorée par h guerre que pendant trente ans , de I^IS à 1841 , les troupes du vice«roi d'Egypte ont soutenue au cosnr même de la Pénin^ sole contre les Arabes Ouahhâbites, aeete moderne née dans les^ âetiriatnisme. Des finropéens qui e'étttsiil joints à l'ar^ itiéa égyptiéline ont ^ ainsi péiiélnv fdui avant i|ûe ne l'avait
fait aucun voyagair, étudier la topographie de districts étendus, et s'en procurer ou la carte lev^e avec soin , ou tout au moins de? reconnaissances détaiUées. Tels sont les- services qu'ont rendus à la science MM* Chedufau et Mary^ deux Français entrés ea 18% au service deMohammed-Àli , ou ils occupaient Tun et l'autre uh poste important. Les notes et les esquisses transmises par ces deux officiers distingués ont été la base d^un travail fort remarquable de M. Jamard sur le pays d'Âcïr, province du Hedjàz à laquelle ces matériaux se rapportaient principalement. M. Tamiiierj qui accompslgnait M. Chedufau comme secrétaire, a- publié une relation spéciale de la campagne de 1834 dans ce pays d'Acïr. . • •
Des voyageurs qui ne s'étaient pas proposé l'Arabie pour but spécial de leurs recherches, mais qui y ont touché dans leurs courses, ont proeuré sur différents points du littoral, notaûtment sur celui que baigne la mer Rouge et sur quelques por- ' tiens du pays d'Oman , des renseignements qui ne isont pas sans valeur. M. Ruppelly dans ses deux voyages en Abyssinie, en 1 822 et 1831, MM. Hemprich eVEhrenberg en 1823 et 1824^ 'j^u^chmberger en 1836, Rœhet d'Hérianirt en 1839, ont recueilli un certmn nombre d'observations de cette nature. Maisuûe ao>quisition d'une bien plus grande importance pour la géographie positive est résultée des relèvements hydrographiques exécutés par la marine britannique sur la presque totalité du pourtour de la Péninsule, en 1829 dans la mer Rouge (qui déjà avait été-' levée» en 1786 par un officier. de la noiarine française, M. de /to- 9ily)'^ — de 1834 à 1836 par MM. Haines ^i-Hutton^ sur toute l'étendue de la côte méridionale. Nous avons mentionné précé*^ demment les travaux hydrographiques dont le golfe Persique a été l'objet.
Entre les grandes relations telles que celle de Burckbardl et les relevés hydrographiques qui ont fixé le contour de la Péninsule , viennent encore se placer un certain nombre de notices fournies par des Européens que des fonctions publiques ^ pellent à résider dans un des ports du littoral arabe ou qui y ont été conduits par quelque mission accidentelle, et qui ont pro^ flté de circonstances favorables pour faire des excursions à une plus ou ^loins grande distance^ dans l'intérieur. Depuis 1830
DE 1816 k 1845.] TRAVAUX DES VOYAGEURS RISSES. 137
ces sortes de notices partielles ont été assez nombreuses, et il y enaeude trè^*importantes« Plusieurs naturalistes, MM. Bové, Emile BoUay Passamaj ont ainsi vu plusieurs parties du Yé«men; l'anglais Bird, ses compatriotes fVelhied et CnUtendmy et un savant allemand , le baron de ff^rede, ont visité la même contrée et d'autres parties du pourtour de la Péninsule; M. Prax a traversé le Hedjàz; Aiàcher Éhy, dans le- cours de ses Ion* gués excursions botaniques et entomologiques dans les diverses contrées de l'Asie Occidentale, a visité les montagnes qui couvrent. Maskât dans le pays d'Oman. Un de nos coropatiiotes , M'. Jmaud , a eu le premier le bonheur de parvenir au cœur du Yémen jusqu'à la ville de Mareb, l'ancienne Mariaba, et il en a rapporté beaucoup de dessins de monuments et de précieuses copies d'inscriptiona. Un autre Français, M. Fulgence Freniel, a suivi les traces de M. Arnaud , <et a retrouvé , non loin des vestiges de cette antique cité de Mariaba, les restes encore existants de la digue autrefois renversée par une inondation célèbre dans les fastes de l'ancienne histoire des Arabes. On doit en outre àM.^Fresnel d'importants travaux sur la langue de ces vieilles inscriptions du pays des Himiàrites , ainsi que d'intéressantes recherches sur l'histoire de la Pénitisule avant Mohammed.
^ous. sommes arrivés aux dernières limites de l'Asie occidentale. La zone méridionale que nous venons de parcourir s'est montrée à nous principalement dévolue à l'activité britannique. Nonpas, à beaucoup près, que les explorations géographiques et les déoouvertes«qui ont été accomplies depuis un demi-siècle dsuQs'cette zone appartiennent exclusivement au peuple anglais : d'wtres peuples y réclament une part^ et la nôtre surtout est belle et glorieuse ; mais enfin c'est aux Anglais , il faut le reconnûtre, <fae revient la part la plus large dans ces conquêtes scientifiques de l'Europe sur toute l'étendue de l'Asie Méridionale. La position de l'Angleterre dans l'Inde , «t l'importance vitale de ses rapports politiques et commerciaux avec les Ëtats du sud de l'Asie,- expliquent assez cette prédominance géographique* Une tout autre influence, une action toute difierente se manifestent dans les deux zones du Continent dont nous avons encore à esquisser l'histoire géografriiique, dans la zone cen-
138 AS». [10* iiÈcU.
traie et surtout dans celle du Nord. Ici ce sont teë Russes qtii Vemparent du sceptre des découvertes , comme ils y'odt la do* mination politique. Les Russes ont dans l'histoire géographique du centre et du nord de l'Asie j et plus exclusivement encorcr, le rôle que les Anglais ont pris dans l'histoire géographique du Sud.
Ajoutons qu'entre ces deux actions dominantes, l'action russe et l'action anglaise, qui, par nécessité de position se sont ptf* tagé les deux zones opposées du monde asiatique, il y a un vaste territoire intermédiaire , l'empire chinois, (Jui jusqu'à présent leur est resté presque absolument étranger, et que ce môHÎle intermédiaire , dont nos Missionnaires nous ont autrefois ouvert l'accès, est devenu le domaine presque exclusif de réruditîon française.
La Russie, qui s'étend d'uh côté jusqu'aux extrémités les plus reculées de l'Asie orientale, touche de l'autre par le Caucase à l'Asie occidentale. Le Caucase est une terre russe où les voyageurs munis de l'agrément du gouvernement russe ont seuls un libre et facile accès. Depuis les explorations ethnologiques et géographiques de M. Klaproth , et celles des deux s&vants physiciens Moritz d'Engelhardt et FriedrikParrot antérieures à 1815, le Caucase, de même que le reste de l'Asie, a été visité, étudié , décrit sous tous les rapports qui iiitéressent le géographe, Fhîstorien , le naturaliste et l'ethnologue , paf un très-grand nombre de nouveaux 'voyageurs. Le jy^Edimrd EMiiMtâ û contribué par son voyage de 1825 et 1826, et par deuit écrits spéciaux sur l'histoire naturelle et Tancienfle géographie de ta mer Caspienne, à perfectionner nos connaissances sur cette mer intérieure , dont l'histoire ne forme pas un des chapitt^ les moins curieux de l'histoire géographique de l'Anciefl Continent; La campagne du maréchal Paskévitch au sud du Caii(3ase, en 1828 et 1829, a notablement contribué à ravaneknenl d« nos connaissances positives sur l'ensemble de cette région, par les nombreuses études topographiques qui ont dû raccofflpagner, ainsi que par les déterminations astronomiques qui oflt été faîtes des principaux points de Hsthme jusqu'à TrébiiÈOOdiJ. Nous avons eu déjà occasion de citer le livre où M. iVnÊéH a réuni les résultati^î géographiques dêeette eatupagne; Htfi^
A£ 1816a 1845.] EXPLORATIONS AtfCBMTES DO CAUCASE. 130
d'autant plus pr^jieux que Tauteur y a résumé aus^i les notions fournies sur les pays Caucasiens par plusieurs ouvrages des* mptifs publiés à S.-Pétersbourg, mais qui sont écrits en rus^ et conséquemment peu accessibles au rt3Ste de l'Europe. A la même époque, une conumssion scientifique cpmposée de MM. Kûpffer, Ménétriès et Lmz déterminait la hauteur du mont Elbrouz, point culminant du massif caucasien, et enrichissait par ses investigations toutes les parties de Thistoiie naturelle de risthme.
Un motif difiérent conduisait dans le même temps un savant hongrois au fond des âpres vallées du Caucase, parmi les tribus indigènes non moins rudes que leurs montagnes. M. Charlu Besse venait chercher au milieu de ces tribus la trace des an* cétres de sa patrie , les Madgiars , comme Csoma de Kôrils avait été chercher leur berceau au cœur de l'Asie.
D'aulfes voyages scientifiques ont encore ajouté, de 1830 à 1840 -, aux notions acquises par tant de remarquables travaux sur l'ensemble des pays caucasiens. M. Friedrik Parroty dont les sciences ont eu à déplorer la perte, prématurée , reprenant pour le compléter, son premier voyage de 1812, a pénétré jus* qu'à l'Ararat dont il a. fait le premier Tobjet d'une étude particulière, et dont il a constaté la nature volcanique. M. Sjôgrm a exploré en 1836 les profondes vallées du massif central, pour y reprendre les études philologiques de Guldenstadt et de Klaproth^ et le D' Nordman^ en 1837, a parcouru en naturaliste les provinces qu'arrose le Phase , et qui bordent le fond de la mer Noire.. Le 0^ Kolénati explore en ce moment la Géoq;ie et d'autres parties du Caucase, en naturaliste et en ethnologue. Les recherches de ces différents voyageurs ont été dirigées par les instructions de l'Académie Impériale de^ Sciences de St- Pétersbourg. C'est aussi sous l'inspiration de celte compagnie savante, qui a pris un haut rang parmi les académies de l'Eu* yope par l'importance de ses travaux aussi .bien que par leur activité, qu'une commission a été formée en 1837 pour fixer, au moyen d!un nivellement prolongé dans, toute la largeur de l'Isthme entre la mer Noire et la mer .Caspienne, les incerti* tttdes qui existaient encore sur le niveau relatif de ces deux msn. Cètie commission était composée de MM. Fuê$j SaUer
140 ASIE. [19" «dCLE.
et SawUsch. Elle a complètement répondu à la confiance de TAcadémie, et le problème paraît enfin .résolu. 11 résulte des opérations de MM. Sabler et Sawitscb que ie niveau de la .mes Caspienne est de 75 pieds , ou un peu moins de 25 mètres , aur dessous des eaux de la mer Noire. Disons cependant qu'un voya^ geur plus récent, M. Hommaire de Hell, a contesté la rigoureuse exactitude de oe résultat final.
Dans le temps même où ces importants travaux s'accomplis? saient simultanément, un voyageur isolé recueillait avec une rare constance, par une longue suite de courses successives dans toutes les parties de l'Isthme , les matériaux de l'ouvrage, le plus éteadu, le plus riche de faits et le plus complet qu'on eût encore publié sur les pays du Caucase. Ce voyageur est M. Ihibois de Montpéreux, Son livre, aujourd'hui publié, ne foripe pas ipoins de six forts volumes accompagnés d'un atlaa très-considérable. La Société de Géographie de Paris a jugé ce voyage digne de sa grande médaille d'or, et jamais récompense ne fut mieux justifiée par l'importance de l'ouvrage qui en fut l'obr jet. Céographie» ethnologie, antiquités , histoire naturelle dans ses difierentes branches, le livre de M. Dubois embrasse tout;; et il n'est aucune de ces diverses ramifications du savoir humain qu'il n'ait perfectionnée dans ses détails ou enrichie de nou* veaux faits.
Un nombre assez considérable de voyages plus restreints , bornés^ à quelques-unes des contrées particulières que l'Isthme renferme, ont complété les lacunes que des travaux d'une nature plus générale laissent inévitablement sur quelques. points d'un grand ensemble. Lé pays des Tcherkesses., qui s'étend le long de la côte orientale de la mer Noire depuis le Kouban jusqu'à la Mingrélie , a été particulièrement . favorisé sous ce rapport. MM. Taiibout de Marigny et Tausch en 1818, Stanislas Bell et Lon^iDor/A dal836à 1839, en ont donné d'excellentes relations. Grâces surtout au livre de M. Bell , les pittoresques yallées delà Circassie^ et les- mœurs du peuple singulier qui les habite, sont aujourd'hui aussi parfaitement connus qu'aucun des pays de l'Europe elle-même. La zone maritime où. demeurent les Lazes , entre le Phase et Trébizonde , a été partiellement parcourue, indépendamment des explorations de M. Nordman,
M 1816 A IS-IS.] CAiXASE." Mrn Caspienne. ornAt.s. Hl
parle colonel Rottiers^ par M. Fontanier^ par MM. James Brant^ Edmund Spencer et H^illiam HamiUan , par un voyageur allemand, M. Kôler, et plus récemment encore par deux savants prussiens que nous avons déjà cités, MM. Karl Koch et George Rosen. Ces derniers ont reconnu, plus en détail qu'aucun de leurs prédécesseurs, la vallée où le Tchorok roule ses eaux, depuis Ispîr jusqu'à Batoun. M. Gamha, notre compatriote, a fourni de bonnes notions sur les pays de l'ancienne Colchide, ainsi que sur la Géorgie. Ce dernier pays a été l'objet de travaux philologiques et historiques d'autant plus importants , que la Géorgie est le seul de tous les États Caucasiens qui ait des annales écrites, et que son histoire, liée à celle de toutes les populations environnantes, devient en quelque sorte l'histoire du Caucase tout entier. M. Brosset y digne continuâtear de Klaproth, a rendu et rend chaque jour encore à cet égard d'imminents services à l'étude de cette région. Les steppes qui bordent au nord la chaîne caucasienne et qui s'étendent jusqu'au bas Volga, ont été visitées, ainsi que les hordes kalmouques qui les parcourent et que Benjamin Bergmann , au commencement du siècle actuel , avait bien fait connaître, d'abord par trois missionnaires protestants, MM Stoickj Schill et Glen^ puis par M. Bélanger^ par les docteurs Gôbel, Clam et A. Bergmann, par M. Demidoff, par M. Kohi , et en dernier lieu par M. Sommaire de HelL
Les monts Oural , qui forment la ligne de séparation entre la Russie et la Sibérie , appartiennent à la fois à l'Europe et à l'Asie. On n'avait guère sur cette chaîne , remarquable à plus d'un titre, que les notions données dans le dernier siècle parïallas; mais depuis quinze ans elle est infiniment mieux connue , grâces aax travaux de plusieurs savants qui en ont fait un objet d'étude spécial au point de vue géographique et géologique. Le docteur Kûpffer l'avait parcourue avant d'entreprendre son voyage à l'Elbrouz ; après lui, en 1 829, elle a été explorée par MM. Mexandre de Humholdi^ Ehrenherg et Rose^ et plus tard encore par MM. Kkanikoff^ Helmersen^ Murchison et yemeuiL Un savant déjà connu par des travaux approfondis sur les langues finnoises et par son voyage ethnologique au Caucase, M. SjOgren, a reçu eti 1841, de l'Académie Impériale de Saint-Pétersbourg, la mission de visiter les peuplades de l'Obdorie , sur les deux ver-
14S àiifi. [Id^ittcLE.
gants de l^eitréinité septentrionale de la chaîne ouraiienne ; et un Hongrois , M. le comte de Régùly , y est venu étudiw les tribus Vogoules et Tchérémisses répandues dans Fancienne Ou^ gorie; à laquelle les annalistes du œoyeA âge rattachent les If ad- ^ars de la Hongrie moderne! Un géologue allemand, M. le comte de Keyserling^ a examinë'le premier la branche de TOural qui va se terminer vers le N.*»0. à l'ettrémité de la presqu'île Kanïn.
Yis*à«'Vis de la côte froide et nue où viennent s'appuyer les derniers contre-forts de la chaîne ouralienne , dans cette tùét brumeuse qui baigne au nord les côtes de la Sibérie, s'élève une ile dont led glaces pèrpétiielles dé ces tristes régions' défeiidenk presque partout l'approche, terre désolée où semblent expirer les forces créatrices de la nature , et que jamais n'habita aucun être humain : 6'eslla Navaïa Zemlïa des Russes; appel-> lation dont l'ignorance a fait chez nous le nom défiguré de Nouvelle Zemble. Si l'exploration de cet inutile annexé de l'empire des Tzars ne pouvait être d'aucune utilité directe et pratique, cette exploration devait profiter aux sciences physiques; c'en était assez pour que le gouvernement russe s'associât aux vues manifestées par l'Académie de SaiDt-'Pctersbourg. Depuis 1819 Jusqu'en 1838^ une suite presque ininterrompue d'expéditioDB maritimes, successivement conduites par MM. Laxareff^ LuÛsi. Pakhiùû9offj Zitolka et Skbohkij a été dirigée vers cette région ; un membre de l'Académie impériale , M. Biier^ s'est joint en 1837 à une de ces expédition^, sur laquelle il a fourûi d'intérèssantS'détails. Aucune n'a pu réussir à effectuer le péri* pie de l'île*, pendant vingt ans, elles ont inutilement lutté Contre les glaces et les tempêtes de cet affreux climat. Quoique la portion supérieure de la côte orientale n'ait pu être reconnue , les résultats obtenus par cette longue suite d'efforts ne sont cependant pas sans quelque importance. Toute la côte occidentale a été rangée, le cap extrême du nord a été atteint, le détroit qui partage l'île en deux, ou plutôt qui en fait deux îles distinctes, a été exploré, quelques parties intérieures ont été visitées, et le pilote Zivolka a pu construire une carte qui donne à Tenseni* Ue de Vile une configuration toute nouvelle. La partie des côtes continentales que couvre au nord la Novaïa Zemlïa , c'est^jnlire
ftK 1816 fk 1845.] tfS& GLACIALE.. SIBÉRIB. ALTAÏ. 143
l'espace compris entre V^nboucliure <le la Petchora et rim«mense estuaire où TOb verse ses qaux , a été aussi reconaue et levée y de 1821 à 1828 , par un pilote russe nommé Ivanoff.
Upe entreprise plus vaste ce préparait dans le même temps pour l'exploration de» parties les moiqs bien connues de la cote sibéricuine \ MM., ^jou et ff^r^ngel^ officiers distingués de la marine russe, en eurent la direction. La relation détaillée de ce(te expédition ) qui se prolongea de 1821 à 1824 1 a été rédigée par M. Wrangel \ les résultats ont complètement répçadu aux désirs de l'Académie. Non-seulement de nombreuses reconnaissances et de bonnes déterminations astronomiques ont fixé et complété le tracé de la côte sur l'Océan Arctique , mais de très-intéressantes observations ont été recueillies parmi les peuplades du nord de la Sibérie, particulièrement chez les Tchmdh tchas, qui occupent les dernières extrémités du continent sur le détroit de Behring.
Peu après le retour de cette expédition boréale, trois natu** ralistes, chargés d'une mission organisée au sein de l'Académie, se dirigeaient vers l'Altai (1826). MM. Ledehurg, Meyer et Bun^ étudièrent de nouveau cette grande région du massif central de l'Asie, où plusieurs générations d'explorateurs les avaient précédés 9 ou d'autres encore devaient les suivre sans épuiser le champ d'observations qu'elle présente sur une vaste étendue. MM. Fusset BuDge pénétrèrent vers le sud dans les steppes élevées de la Mongolie ^ et en fixèrent l'attitude par des observations répétées*
A partir de cette époque jusqu'au moment actuel, una nombreuse succession de voyages scientifiques, ordonnés ou favo« risés par le gouvernement russe , a continué l'œuvre d'explora^ tioQ. C'est à la Science qu'il appartient de rattachel* à l'Europe cette immense région des fripas polaires, que la Nature semble avoir isolée du monde civilisé. En 1828 et 1829, un savant prassien , M. Adolphe Erma» ^ traversa la Sibérie dans toute sa longueur, depuis les Oural jusqu'à la mer d'Okhotsk, recueillant, dâDs cet itinéraire de 1000 à 1200 lieues, une riche mois8<» d'observations précieuses sur le climat, la géographie du paySf les productions du sol, les mœurs et le genre de vie des bîbi* taata. Dans le même temps, en 1829, M. AUxumin d$ Hum*
144 Asi£. [\^ sifcas.
boldt^ accompagné de deux naturalistes émtnents , M. Ehreiéerg et Rose, visitait aussi le centre et le sud de l'Oural , puis les chaînes et les vallées de TAltaï jusqu'à la Dzoûogarie , et les steppes qui déroulent leur surface monotone au nord du lac Aral depuis le haut Irtisch ju&^qu'à la Caspienne. Le nom de Villustre auteur du Foyage aux Régions Équinoœiale$, et son savoir immense qui embrasse le champ tout entier des connaissances humaines, dont il a tant contribué à reculer les bornes, promettaient à l'Europe de grands résultats de cette exploration : l'attente de l'Europe a été dignement remplie , si elle n'a été dépassée. Un des compagnons de M. de Humboldt, le docteur Rose y a donné la relation historique du voyage et en a particulièrement exposé les résultats géologiques etminéralogiques; la partie zoologique et botanique a été spécialement attribuée à H. Ehrenbergi M. de Humboldt s'était réservé les hautes considérations de géographie physique et de climatologie. Un premier aperçu de ce précieux travail fut publié ea 1831 sous le titre de Fragments de géologie et de climatologie asiatiques ; l'ouvrage entier vient d'être enfin livré à l'ardente impatience du monde savant (1843). Le titre A' Asie Centrale^ inscrit au frontispice , en annonce assez la généralité sans en révéler encore toute l'importance. On peut dire, en effet, que l'Asie tout entière est comprise dans cette riche composition , quoique les parties centrales du continent en soient le sujet principal. Réunissant à ses observations personnelles celles des principaux voyageurs qui l'avaient précédé et dont beaucoup n'avaient jamais été publiées, M. de Humboldt a tracé un tableau complet de la structure et de la nature physique de toute la zone centrale de l'Asie depuis la mer Caspienne jusqu'à l'Océan Oriental, en y rattachant une foule de faits accessoires et de considérations importantes sur la zone du sud et sur celle du nord. Pour la première fois le relief du continent asiatique a été dessiné d'une manière nette et précise , au moins dans ses formes dominantes et dans ses linéaments essentiels. Nous connaissons enfin ce Plateau Central auquel un ingénieux système historique avait autrefois valu une célébrité qu'il a conservée, et dont des observations fautives du siècle dernier avaient fort exagéré l'altitude-, — nous connaissons aussi cette région dé-
PK 1816 A 1845.] siRi^RiE. 145
primée qui lui confine à l'ouest , région dont le fond est élevé de quelques pieds à peine au-dessus du niveau de TOcéan , et dont à une ancienne époque les eaux s'écoulèrent dans la mer Caspienne , bien qu'aujourd'hui le lac Aral en soit le réceptacle commun. Autour de ces grandes ondulations de l'Asie intérieure, nous voyons se dessiner les chaînes de montagnes qui les coupent et les enveloppent. M. de Hnmboldt interroge la géologie pour apprécier l'âge relatif de ces grandes chaînes ; il s'étaye de toutes les observations connues, souvent épurées au creuset d'une critique sûre, pour en déterminer les hauteurs respectives; il en montre l'enchaîriemént , la direction , les ramifications 5 il étudie leur double influence dans la distribution de la nature animée et dans Thistoire même de l'homme. Ces grandes et belles recherchés abondent en faits nouveaux , en aperçus ingénieux , en vues larges et fécondes ; la main libérale de l'auteur y verse à flots les trésors de sa vaste érudition. Un tel livre est de ceux qui classent et caractérisent une époque.
Chaque exploration nouvelle semble accroître, loin de le ralentir, le zèle des savants de Saint-Pétersbourg pour une exploration toujours plus complète des parties éloignées de Tempire. L'Altaï surtout , cette région si abondante en inépuisables sujets d'observation pour le géographe , le physicien , le géologue et le naturaliste , ne cesse pas d'attirer les regards. Les richesses minérales que récèlent ces montagnes aurifères sont pour le gouveruOTaent un stimulant de plus. A peine une expédition scientifique a-t-elle achevé ses travaux , qu'une autre expédition lui succède. M. Gébler, en 1833, étudia de nouveau les gradins et les vallées du système altaïque , ainsi que la contrée basse et plate où nomadisent les Kirghiz au nord du lac Aral. C'est encore l'Altaï qui a été l'objet principal des études géographiques, minéralogiques, botaniques et zoologiques de MM Helmersen en 1837 et 38, Tchihatcheff de 1841 à 1842, Schrenk en 1843. Les autres parties de la Sibérie n'ont pourtant pas été déshéritées de cette sollicitude du gouvernement et de l'Académie. MM. Ruprecht et Saveliefen 1840, et en 1843 le professeur Middmdorfy ont été chargés de continuer les observations de leurs devanciers sur le climat, les phénomènes physiques, la géographie et la botanique des basses régions voisines IL 10
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de la mer Glaciale*, et tout récemment, en 1844, M. Coitrin vient d'être aussi chargé d'une mission plus spécialement ethnologique et linguistique pour les parties du nord et du centre ^ moins fréquemment étudiées que celles du sud. Les trayaux et les observations hypsométriques de M. Pamner fournissent d'importants matériaux pour la détermination du relief de l'empire russe en général , et de la Sibérie en particulier.
C'est aussi presque exclusivement aux voyageurs russes que l'Europe doit ses connaissances actuelles sur la région comprise entre le massif altaïque et la mer Caspienne , c'est-à-dire sur cette contrée basse où le lac d'Aral reçoit le Sïr-Daria et l'Amou- Daria, le Jaxartes et l'Oxus des Anciens, contrée que nos géographies désignent communément sous le nom très-impropre de Tartarie Indépendante , et à laquelle convient beaucoup mieux celui de Turkestan. La Boukhârie, le Khokand et Khiva sont les trois principaux États de cette contrée. Les voyageurs anglais, notamment Fraser^ Moorcroft^ Alexandre Burnes^ fVood^ ont fourni, nous l'avons vu, des notices nouvelles sur les parties méridionales, contiguês à l'Afghanistan et au Kho* raçân , et on doit même à plusieurs d'entre eux de notables découvertes dans les hautes vallées du bassin de l'Oxus ; mais ces découvertes et ces notices sont loin d'égaler en importance et en étendue celles que l'on a reçues par l'intermédiaire des Russes. Les vues commerciales et politiques du gouvernement de Saint-Pétersbourg sur les pays du centre de l'Asie ont été ici le principal , sinon le seul mobile des découvertes géographiques. C'est surtout à partir de 1813 qu'elles ont eu une activité soutenue. Nazaroff^ à cette époque, se rendit près du prince de Khokan, chargé d'une mission diplomatique de sa cour; et il rapporta de ce voyage des notions détaillées sur les pays que traverse le Sir et sur la Boukhârie. L'ambassade de M. de Mour raviev à Khiva en 1819, et celle de M. de Négri k Boukhâra en 1820, dont la relation a été écrite par M. de Meyendorf^ nous ont valu sur ces deux Etats de bons renseignements, auxquels il faut joindre ceux que nous devons à MM. Edward Eversman et Jakovlef. Des reconnaissances militaires comnoencées vers le même temps , et continuées- à diverses reprises dans un espace consécutif de quinzeannées , ont procuré des notions
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précises sur tout le littoral oriental de la mer Caspienne , et sur le pays occupé par quelques rares tribus Turkmènes , qui s'étend entre cette mer et le lac d'Aral. C'est depuis lors seulement que les géographes ont pu fixer leur opinion sur l'ancien écoulement de rOxus dans un golfe avancé de la mer Caspienne -, c'est à ces travaux que Ton a dû aussi la première connaissance positive du massif montagneux qui couvre au nord les steppes de l'Aral entre ce lac et Orenbourg, et qui renferme la source de TEmba , le dernier cours d'eau notable que reçoive la mer Caspienne à l'orient du fleuve Oural. L'intéressant ouvrage publié par M. Lévechin sur les steppes du nord-est de la mer Caspienne, est en partie fondé, ainsi que la carte qui l'accompagne, sur les résultats géographiques fournis par ces diverses reconnaissances militaires. MM. Helmersen ei Baer , dans un des volumes de leur excellente Collection de Matériaux pour la Connaissance de l'Empire Russe et des contrées limitrophes en Asie, ont réuni plusieurs relations intéressantes sur Khi va, Boukhâraetles cantons voisins. L'expédition russe àKhiva, en 1840, a procuré à la géographie de nouveaux renseignements , qui ont été recueillis par le lieutenant Zimmermann dans un ouvrage spécial publié à Berlin, et auquel est jointe une excellente carte qui donne , outre le lac d'Aral et la Khivie , le contour entier de la mer Caspienne. Le docteur Basiener a fait en 1843 un voyage botanique à l'Aral, et M. Khanikoff, qui a longtemps séjourné dans les pays de l'Oxus , vient de publier une description complète du Khânat de Boukhâra. N'oublions pas de rappeler que dans son dernier ouvrage, M. Alexandre deHumholdt a donné une nombreuse suite d'itinéraires presque tous inédits, précieux pour la géographie des portions les moins connues du Turkestan oriental et des parties limitrophes de la tartarie chinoise.
Nous avons parcotfru dans toute son étendue le tableau où nous nous étions proposé de tracer , depuis les plus anciens temps historiques jusqu'à nos jours , et en quelque sorte année par année, la succession chronologique d«s événements , des voyages , des découvertes, des travaux de toute nature qui ont contribué à faire connaître à l'Europe TAsie et les peuples qui Vbabitent. La grandeur même du sujet nous faisait une loi de
n'en toucher que les sommités; et cependant nous aurions voulu n'omettre aucun fait important et caracléristique, aucun nom signalé par une découverte notable. Nous croyons avoir rempli à cet égard l'obligation que nous nous étions imposée; mais aurons-nous réussi de même à nous préserver du double écueil dont nous étions incessamment menacés? Aurons-nous toujours pu, sans nous abandonner à des développements prématurés, qui eussent rompu les proportions d'un aperçu général , éviter de rester superficiel à force de concision , et de tomber dans la sèche monotonie d'une simple nomenclature ? Nous avions à | arcourir iin espace de plus de trois mille ans, en même temps que nous embrassions dans son ensemble non-seulement la plus vaste des parties du monde , mais encore celle dont l'histoire géographique est le plus riche de faits, et qui est liée à notre Europe par les rapports les plus nombreux et les plus intimes. Plus d'une fois, nous l'avouerons, nous avons trouvé diflScile de renfermer cette tâche, telle que nous nous l'étions tracée, dans le cadre étroit d'un petit nombre de pages. Au surplus, notre but aura été atteint si nous avons réussi , malgré la rapidité obligée de notre marche, à donner au moins une idée de ce magnifique ensemble de l'histoire géographique de l'Asie, et à faire pressentir l'intérêt puissant qui s'attache à chacun des groupes dont elle se compose.
Une dernière obligation nous reste à remplir, et en même temps un dernier hommage à rendre. Après avoir rappelé dans cette immense galerie qui vient de se dérouler aux regards du lecteur tous les noms qui ont à revendiquer une part quelconque dans l'avancement de nos connaissances sur les pays de l'Asie , pouvons-nous passer sous silence le nom des hommes éminenis qui se sont placés depuis le commencement du dixneuvième siècle à la tête des diverses branches de rérudition orientale, et leur ont imprimé la direction féconde où elles sont entrées? jàbel Rémusat, Sylvestre deSacy^ Chézy^ ÏVilson^ Saint-Martin^ Eugène Burnoufy Grotefend , Lassen ^ Benfey^ Tychsen^ Neumanf^^ Brosset, Dorn^ Edouard Biot^ Dorow, Raoul-Rochette ^ Letronne, de Saulcy, Charles Lenormant^ Stanislas Julien, et tant d'autres savants que nous pourrions nommer encore, unis par la fraternité scientifique, quoique séparés