‹ Histoire des découvertes géographiques des nations Européennes dans les differentes parties du mondeChapitre 41 sur 123 · PLATEAU CENTRAL. BASSINS · texte numérisé non relu

PLATEAU CENTRAL. BASSINS

feux arrachés aux entrailles de la terre. A quelque date que remonte Textinction de la plupart de ces volcans , il en est plusieurs au moins dont les dernières éruptions ont dû être contenaporaines de la présence de l'homme, car on retrouve dans les traditions cosmogoniques attachées à ces régions la trace de ces antiques convulsions de la nature, symbolisées, selon le génie des âges primitifs, dans la fable du géant Typhon.

C'est au sud de la ligne noéridionale des volcans du plateau , entre cette ligne et la mer de Cypre , que s'élève le mont Taurus y cette inmiense chaîne de montagnes que les anciens prolongeaient, sous des noms différents, jusqu'aux extrémités orientales de l'Asie. Quelle que soit l'importance du Taurus dans la configuration actuelle de l' Asie-Mineure , la science géognostique n'en a pas moins, démontré que son origine n'appartient qu'aux époques secondaires de l'histoire de la terre , et que les couches argilo-caicaires qui en constituent la masse étaient encore ensevelies sous les eaux où elles se sont formées, alors que le noyau de la Péninsule, composé de roches primitives, dominait déjà ce vaste océan des premiers âges du monde. Le Tauras commence dans l'angle sud-ouest de l'Asie-Mineure, et se prolonge directement à l'est, à une distance moyenne dé 15 à 20 lieues au nord de la côte , jusqu'au large coude que forme l'Ëuphrate sous le 38*" degré de latitude. Parmi ses embranchements et ses ramifications nombreuses, il nous suffira de mentionner celle qui se détache de son extrémité orientale pour aller se lier, en suivant une direction N.-E. sur la droite de l'Ëuphrate, à la haute région où ce fleuve a sa source : cette branche encore imparfaitement connue, qui peut-être forme l'escarpement oriental du plateau , est celle que l'ancienne géographie désignait sous le nom à! ^nti- Taurus. Du côté de l'ouest , le plateau s'appuie sur un massif considérable d'où s'écoulent vers des mers différentes le Sakaria, le Rhyndaque, le Hermos et le Méandre , et auquel se rattachent un grand nombre de ramifications secondaires principalement dirigées vers les côtes de la mer Egée.

Quelque rapide et quelque incomplet que soit ce premier aperçu de la configuration physique de l'Asie-Mineure, il importait d'en donner dès à présent une idée au moins générale 5 plus d'un fait obscur de l'ethnographie de la Péninsule et de

1Ô8 ASIE-MlNEimi.

son histoire géographique en recevra par la suite une utile la miore (*).

Parmi ces obscurs problèmes de l'ancienne histoire ethnographique de TAsie-Mineure, il faut mettre en première ligne le nom même du pays. Ce nom d'Asia Minor^ ou Petite Asie, évidemment employé par opposition au reste du continent asia* tique , ne paraît être entré dans la langue géographique que vers le quatrième ou le cinquième siècle de notre ère ; du moins est-ce dans l'historien chrétien Paul Orose , lequel écrivait au commencement du cinquième siècle , que ce nom se rencontre pour la première fois (2). Isidore de Séville, vers la fin du sixième siècle, et Constantin Porphyrogénète, au milieu du dixième, ] emploient la même dénomination, Tun dans son livre des Origines (5), l'autre dans son traité des Provinces de l'empire grec(^) : « Par rapport à nous autres Européens qui demeurons à Byzance, dit l'écrivain impérial, cette province (ou thème)^ est dite Anatolique ou Orientale ; mais par rapport à ceux qui habitent la Mésopotamie , la Syrie et la Grande Asie^ patrie des Indiens , des Éthiopiens et des Égyptiens, elle est occidentale, et qualifiée à! Asie Mineure, » Nous avons à dessein rapporté textuellement ce passage , parce qu'indépendamment de son utilité pour la définition précise du terme Asia Mnor, on y trouve aussi l'origine d'une autre dénomination, cëtteâe Natolie^ou plusexactement^nato/te, fort employéedanslagéographie moderne, quelquefois sous la forme turque Anadoli^ pour désigner la Péninsule. Le grec Anatole^ exactement traduitpar le terme latin Oriens^ répond donc précisément, dans son acception un peu vague, à notre mot Levant^ fréquemment usité pour désigner la généralité des

i Les principaux traits de cet aperçu général , qui sera repris et complété lorsque nous aurons à exposer les résultats des explorations les plus récentes de la Péninsule , sont tirés de Texier , Description de Vj4s%e Mineure , Introduction; — tiamilton, Researches in Asia Minor^ t. I, p. 105 et 312; II, sa A; — Ainsworth, Hes. in Assyria^ Bahylonia and Chaldœa^ p. 22, 313 et suiv. ; — Brant, dans le Journ. of the Geogr. Soc. of Lond., VI , 187; — Félix de Beaujour, F'oy. miliU dans l'emp. ottoman , Il , 132 et suiv., etc.

* Adversùs Paganos Historiae , lib. 1 , c. 2.

> Isid. Hispal. de Origin. Ub. XIV, c. S.

^ Constant. Porphyrogen. De Thematibus, lib. I, thcm. 1; ap. Banduri, Imper. Orient« 1. 1.

ORIGINE DU NOM D'AftIR-MINErRE. 159

pays baignés par Textrémité orientale de la Méditerranée. Il convient toutefois de remarquer que dans la nomenclature de Constantin Porphyrogénète, le thème anatoUque ^ restreint dans des limites beaucoup plus étroites, est même loin de s'étendre à la totalité de ce que l'usage actuel embrasse sous l'appellation d'Asie Mineure, puisque sur quatorze provinces qu'y comptait la géographie grecque et romaine', il n'en comprend que quatre, la Phrygie, la Lycaonie , la Pisïdie et la Pamphylie (0. L'acception plus large et plus géographique qu'Orose et Isidore donnent à leur dénomination d'Asia Minor^ y fait entrer la totalité du pays compris entre le cours du Halys et la mer Egée.

Cette frontière naturelle , formée par le cours du Halys , bien que laissant en d^iiors la totalité de la Cappadoce et du Pont, c'est-à-dire la moitié de l'Asie-Mineure, fut cependant admise par toute l'antiquité comme la limite orientale de la Péninsule. Les Romains, qui comptèrent cette grande région au nombre de leurs provinces^ en distinguaient la portion comprise entre le Halys et la mer Egée sous la dénomination spéciale A' Asie Citérmre^ Ane en deçà du Taurus , ou seulement Aiie dans un sens absolu W ,• de même qu'Hérodote avait distingué ce qui est en

^ Il est bon «pour la clarté de ce chapitre et de toute la partie de ce Tolume qui se rapporte à la période ancienne, que le lecteur ait sous les yeux notre carte (lu Monde connu au temps de Strabon et de Ptolémée (n** ft de notre Atlas).

' Tite-Liye emploie fréquemment dans ce sens l'expression d*Asia Cis-Tai*nim(Yid. lib. XXXVIII, c. 38, 50). Strabon, contemporain de TiteLlve , parle de cette dénomination d'^fia en deçà du Tauru» comme étant de son temps la plus générale et la plus usitée {Geogr, llb. XII. p. 53&, edit. Gasaub., Paris. 1620, in-f». Cf. lib. XIII, p. 587, et XVII, 840; add. Cicer. pro P, Sextio^ 27, et pro Dejotaro , 13); et il fait de cette Asie en deçà du Taurus ou à gauche du Halys, une de ses grandes divisions du continent asiatique alors connu (lib. XI, p. 492). La dénomination d'Asie en deçà du Taurus désigne proprement les portions de la Péninsule situées sur le bassin du Pont^Euxln , de la Propontide et de l'Egée, par opposition aux provinces comprises entre le Taurosetla mec de Cypre, notamment la Giliclc, laissées au pouvoir des rois de Syrie après la guerre contre Antiochus. Dans un autre passage (llb. II, P«126) Strabon donne le nom d'Asie, sans autre distinction, à l'ensemble de b Péninsule. Yarron, un peu antérieur aux deux écrivains précédents, reeon- Qilt au mot Atia deux acceptions distinctes : l'une générale, embrassant toute une partie du monde ; l'autre spéciale, désignant particulièrement notre péninlole {dêLinffud l(Uinà;\ïb, IV, c. 3). Gicéron [pro Fiaeco^ 37; Cf. in C«ei/. s, et XI* Philippicea^ 12) mentionne aussi une Asia prise dans

]50 ASIE-miNKlIRR.

deçà ou à l'ouest du Halys de ce qui est au delà ou à l'estd). Quelquefois cette Asie propre, ainsi distinguée de la grande Asie, est prise par les historiens et par les géographes dans un sens plus restreint (^), comme s'appliquant seulement au pays arrosé par le bas Hermos, c'est-à-dire à l'ancienne Lydie; et c'est évidemment dans ce sens qu'il faut entendre le nom d'^ite employé au chapitre XVI des Actes des Apôtres ('). ••

Suivant ainsi de proche cette dénomination d'Asie graduellement resserrée dans un cercle toujours plus chrconscrit , noas nous trouvons conduits aux lieux mêmes qui en furent le berceau. Il est certain, en effet, quç ce fut en Lydie que<;e nom prit naissance comme désignation di^contrée.* Homère , 900 ans avant J.-C., connaît les prairies à'Asias^ <« bai^aées par les ondes duCaïstre ^% » etle judicieux Hérodote,àqui nousdevons lantde* notions précieuses sur l'ancienne hisloire'des peuples, rapporte que de son temps encore (dans le cinquième siècle de notre ère) les Lydiens revendiquaient l'honneur d'avoir autrefois donné le nom à l'Asie, alléguant en preuve le nom à^Ase qu'avait, disairatils , porté un de leurs premiers.rois, et celui- à^Aîiaàè que con-

ce sens, mais où il ne fait entrer que la Carie, la Lydie, la Phrygiê et la Mysie , c'est-à-dire la moitié seulement des provinces comprises entre la mer Egée et le Halys. Ce qui donne une Importance parUculiëre à la délimitatiOD indiquée par Cicéron , c'est qu'on la retrouve exactement dans Rtolém<^ {Geograph. lib. V, c. 2), qui en fait une des divisions de son Asie générale sous le litre spécial ù! Asie. propre ^ l$(oiK Ao-(a. On trouve aussi la dénominaUon à' Asie inférieure ^ KdTu ÂtrCa, employée ici par opposition à la Haute-Asie. (Arrian. Eœped. Alex. Magn.^ lib I , c. 20 , edit. Raphel.)

* Jiistor.1,12. Cf. 1,28.

> Voyez les passages de Cicéron et de Ptolémée aUégués dans la note 2 de la page précédente.

s AcU Apostol. XVI, 6 à 8; Cf. XX, 16 à 18. Voy. la Dissertation d'Usserius inUtulée Geographica et historica Disquisiiio de Lydiand sive Prôconsulari Asiâ , et de septem Metropolieisurbilfui in illd comprehensis. Londin, 1687, in-8'' (La l'** édit. est de 1641). On trouve une bonne analyse de cette dissertation dans Meusel, Bibliotheca historica ^ t. Il, 1" part., p. 69.

^ /a'ade , chant II , v. 461 ; Cf. Strabon, lib. XIII ^ p. 616, et Eustatbe, sur le vers 836 de Denys le Périégète. On a aussi allégué l'autorité d'Eschyle (à peu près contemporain d'Hérodote) , qui n'ajoute rien à celle d'Homère (Bacchis, V. 64. Dans la traduction du P. Brumoy, t. YIII du théâtre des Grecs, p. 104 et 103 , le passage est inexactement traduit. )r On sait par Suidas (voce X9(a) qu'il y avait en Lydie, au pied du mont Tmolos, et conséquemment dans

POINT DE DÉPART Dt' NOM d'aSIE. 161

servait une de leurs tribus à Sardes (0. Rapproché du vers d'Ho-* mère que nous avons cité, ce passage du père de l'histoire donne à Torigine proposée au moins une très-grande probabilité ; mais il paraît moins aisé de comprendre comment le nom particulier d'un petit canton baigné par le Calstre a pu s'étendre — et s*étendre assez rapidement, cardes le temps d'Hérodote l'application du nom d'Asie à tout le continent ëtait devenue d'un usage général parmi les Grecs , — comment , disons-nous , ce nom particulier a pu s'étendre à une des trois grandes divisions du monde. Le docteur Cramer, auteur d'une savante description del'Âsie-Hineure ancienne W, conjecture avec beaucoup de probabilité que les Grecs ioniens, lors de leur première arrivée , au onzième siècle, sur les rives du Méandre et du Caïstre où ils vinrent fonder plusieurs colonies , trouvant le nom d'Asie attaché au pays, l'adoptèrent et le communiquèrent à leurs compatriotes d'Europe. Ceux-ci apprirent ainsi à appliquer ce nom d'abord a la région maritime qui leur était le mieux connue, puis, de proche en proche, aux cantons intérieurs , et finalement à l'ensemble des pays situés à l'orient de la mer Egée. Cette extension d'un nom particulier à la totalité d'une grande région n'a rien, d'ailleurs, qui ne soit dans Tordre nécessaire des choses; l'histoire géographique des divers pays du globe nous en offrira par la suite de nombreux exemples. Les deux plus frappants sont ceux d'Europe et d'Afrique , le premier sorti d'un canton presque ignoré de l'ancienne Thrace, au fond de la mer Egée ('\ le second d'un petit pays voisin de Carthage(*\ destinés l'un et l'autre à grandir rapidement à mesure que l'homme connut mieux la terre qu'il habite, et à s'étendTre enfin sur toute une partie du monde.

tes lieux mêmes où £ureiit les i^ratriet d'Aâioê d*flomère , une Ttlle du nom d'.^tm. Âdd. EttsUt. ad Dionys. Perieg. v, 634- ^ HerodoU JTiKor. lib. IV, c. /i5.

* A Geographlcal and Btstorlcal DescripUon of Asia Minor. Oxffsrd^ 1S3S, in-8%2v. t«I,p. 2.

' Û*après un passage d'Homère {Hymne à Apollon , t. 250} , il est évident qu'avant d'avoir été étendue à tout le conUnent occidental , cette appellation ^'Europe avait reçu an nord du Péioponèse, qui en était alors distinct, une application beaucoup plus reslrdntc.

* Voy. noire 1*"^ volume.

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