‹ Histoire des découvertes géographiques des nations Européennes dans les differentes parties du mondeChapitre 42 sur 123 · II · texte numérisé non relu

II

Nous connaissons dona , avecautaot de certitude qudla coib- Qortent rëloi^oeiBeat des. temps et le caractèro des premières traditions historiques , le point de dépact de la. dénominatrâa d'Asie-Mineure, et^ par extension^ du nom même d'Aâieappli* que par les peuples» d'Europe à la pi us grande des trois divisions de l'ancien conXinent.Mais est-ce assez pour nous^ etna pouvons» nous faire un pas de plus? Des bords du.Caïstre d'où nous voyons ce nom d'Asie se porter graduellement vers les régions orieatales, ne pouvonsnou& remonter à Torigine premiène du nom lui-^même ? Il nous semble que ce qui reste des mooumenta eth.nographiques des anciens âges nous permet encore cette, recherche -, — recherche qui sera ici d'autant moins hors de propos qu.'elle contribuera à j.eter quelque lumière sur les investigations auxquelles nous allons être conduit pour tâcher de retrouver sur Le sol de FAsie-Mineure les traces presque. eSsu^ées de ses populations pr'raitives.

Nous savons en effet,, depuis que les sources historiques dû ]ai littérature chinoise nous sont ouvertes, que les jises ont joué autrefois un grand rôle parmi les peuples, nomades du centi^ à». l'Asie d'où ils sont originaires , et qu'à diverses époq^s de Tan-tiquité des essaims de cette race ont porté leurs courses vei» les régions de l'occident. Branche importante de cet immense rameau des peuples blonds dont les racines touchent à rHima-laïa et la tête aux extrémités occidentales de l'Europe , les Afies ne furent à la vérité connus sous ce nom ni des. plus anciens^ géographes de la Grèce ni de ses premiers historiens. Le seul nom qui durant plusieurs siècles frappa l'oreille des Hellènes. fut celui de Scjthes,. — ou plutôt, pour rétablir la véritable pronojtrdation grecque dénaturée par une transcription vicieuse ^ I0 nom de Skouts, ixuôot, — qui paraît avoir été l'appellation la plwi^iki^fld^deivmDec, eu^peut-éfere eeHe d'^ne-ûiba autrefois dominante (0. Cependant le* nom des Ases ne resta pas si com-

< Sous une question de synonymie, il y, a là de très-Importantes questions d'histoire générale et d'ethnologie. Nous ne pouvons m>us y arrêter ici. Ces. qaestfons seront abordées , et, nous Tespérons, plus complètement résolues. qn'ënes ne Pont été jusqu'à présent, lorsque nous aurons à nous occuper des pays et des peuples de TAsie Centrale. Voy. aussi , au t. IV'ciraprèa.v les pwlé-

LE NOM d'aSIE DMllVé liE Ct^LL'I DES ASES. 1S3.

plétoinefii étranger aux anciens Grecs qu'ih n'oo' aient vaguej»enii Goonu rexisienee vers la région du Caucase , qui con^oo a»N.-E. à rÂfiie^^MineurGé Les antiques'tradiUonsdela'mytifoli^e heUéeique deonaient pour Bemme- à< Proméihoe AiBia<CO!^ ei cstla: tradition nous reporte vers le* Caucase. Or nous savons d'aiUeun»qU'à de» époque» très^reculées des tribus d'Aaes s^é* tablirenten effet dans celte région montagneuse, laquelle devint àf aofttouB umcenU^ idlérieurd'excursioiis d'où le^-Asestou Scvthesiportèreotleurs. courses dcvastatriœsou leurs nouveaux ëta- Uisi^am^nts^ tantôt' vevs la midi, dan» les pbtinei^rèrliles^ qu'arrose l^Eupbrate , tantôt> vers Touest-, jusqu'au» e%(rérai^éft de rAsio-liineure et au-pourtourde la mer Égée« Bnfin^ ua très-4inc^ea poète olégiaqpe, CalHnos, disait que lorsque les- Scythes- Kimmélriens vinrent ravager la Lydie (dans le huitième* siftel»» avant J<^•G'.) , ils^ y troavàrent établie une tnibu d'y^Mn^qui dëjk> aiFant4»i9opossécUàit Sardes, la capitale du pays. Cette importante doiméé historique, que Strabon< nous a> conservée <^), se lie à la: feia su. passage d'Homère et h celui d'Hérodote que nous avonfi* préoédemment rapportés^ (a)^ et ne permet guère de douter- que ïuàHa du CaïstM, quû donna plus* tard son nom au. re^te dftla péninsule et au. continent oriental , ne dût ce nom à une tribu cUtachée^de la; grande nation scythique des Ases.

6et établissement des Ases sur le Caïstre , établissement dont op ndtpetttpnédser l&date, mais qui remonta certainement à }4as^ de idûO ans a^tnt notre ère , est<il le seul que les nation»

goQièaes de notre travail sqr, le Caucase. — De Guignes fait l'observation luiportaiDte que parmi les nations nomades du centre de l'Asie, il a éié d'usage daa» tou»> les temp» que lorsqu'une borde aoqolert la^suprëmatie^poUtiqii»', tl^ çtone son nom à. toute la nationi {IIiH*ig4nép* dsi^iiluns^.U I,^2f Qart^» p. 367^)

^ ^erodote, IV, 45. On donne encore deux autres femmes^i» Çrom4i^hé«;, Héftlonè et Axio-tlrca^^ deu» noms qui ne sont évidemment que celui d'Âsia^ âftwMfieiit •alféréK)»* moéMé; ^ 04^91». llkL.XiUvPf 687. Cp. Hored. 1, 6. et GaUiiDMiu^, bysmeà. Diane, T. 252. Il y avait en Phrygic, au rapport d'Kudoxe, une ouverture natiictUc^cUuseilqiie roanwinaiLvulas^nenieiitie tréHLdeê Kif^btresf^.^ifi^'^

> Gl-dessus, p. lô , notes 2 cl 0.

164 ASIE-MINEl'RC.

blondes de l'Asie Centrale aient rormé dans la Péninsule? Noug ne possédons plus aujourd'hui de données historiques qui per* mettent une réponse directe à cette question: mais l'exposé que nous allons faire des notions qui nous restent sur l'ensemble des populations primordiales de TAsie-Mineure mettra, nous le croyons, à même de se former à cet égard une opinion suffisam* ment motivée.

Si l'on groupe sous un point de vue ethnologique les notions éparses dans les historiens, dans les poètes, dans les géographes de l'antiquité grecque et latine sur les diflerents peuples qui se partageaient l'Asie-Hineure, on est conduit à cette con* clusion déjà reconnue par de savants écrivainsCO, que ces peuples viennent se ranger sous deux catégories générales. A l'une appartiennent les tribus que leur langue rapproche de la souche araméenne ou sémitique ; à l'autre celles qui se rattachent à la souche des populations thraciques. Les premières occupent en général l'est et le sud de la Péninsule ; les secondes , l'ouest et le nord. Telle est la vue d'ensemble qui domine les détails où nous allops entrer. Ces détails, nous les rendrons aussi succincts que possible; cependant, la matière dont nous traitons ici est d'un tel intérêt ethnologique, et elle est restée jusqu'à présent si incomplètement éclaircie; d'un autre côté, les résultats auxquels cette discussion doit nous conduire se lient si étroitement i toute la période ancienne de l'histoire géographique de la Péninsule, qu'il ne nous est pas permis de passer légèrement sur ces faits préliminaires, dont la généralité des historiens ne tient pas assez compte.

Nous avons, avec plusieurs savants, désigné sous le nom de populations thraciques celles qui occupaient dès la plus haute antiquité la zone septentrionale de l'Asie-Mineure et une portion considérable de la zone occidentale. Nous employons cette qualification déjà consacrée, mais sans rien préjuger sur sa valeur absolue. Une question plus intéressante est de savoir à quelle souche originelle, parmi les grandes races primordiales répan-

^ n suffit de citer ici Heeren , De la Politique et du Commerce des peuples de l'Antiquité, 1. 1" de la trad. fr. p. 127 ; Cramer, Asia Minor, t I, p. 15 ; et plus récemment Grotcfend , dans le Zeitschrift fiir die Kunde des Mor* genlandesy t. lY , p. 300.

DECX SOUCHES DE POPULATIONS DANS l'aSIE-MINEURE , 165

dues sur l'Ancien Continent, se rattachent les populations que leur séjour historiquement connu dans Tancienne Thrace a fait désigner par l'épiibcte de thraciques. Or c'est un des faits de l'ancienne histoire européenne aujourd'hui le plus solidement établis, tant sur des considérations tirées de ce que l'on sait de leur conformation physique que de l'étude comparée de ce que l'on connaît de leurs langues, qu'elles appartiennent à l'immense famille des peuples à cheveux blonds qui constitue la masse de ce qu'un savant moderne a nommé le groupe indo-germanique (<\ Les populations thraciques sont donc sœurs de ces tribus ases , qui font partie, nous l'avons vu, et une partie très -essentielle, de cette vaste famille des peuples blonds. Cette étroite parenté des peuples thraciques et des Ases pourrait être corroborée d'un grand nombre de faits historiques et ethnologiques, si c'était ici le lieu d'aborder une telle discussion , qui trouvera sa place ailleurs (^). Nous nous bornerons à rappeler une antique tradition ionienne que nous avons citée plus haut C^), qui semblait reporter

1 Klaproth, A$ia PolyffioUa^ p. 63« €f. Vater, MithHéaUi^ t. II, p. 339 et suiv. Nous ne pouvons qu'admettre ici les classifications les mieux établies ; nous aurons lieu d*en discuter quelques parties dans le cours de notre propre travail.

s Pardcullèrement dans notre volume consacré à l'Asie Centrale. — Il ne serait même pas impossible de retrouver la trace du nom des Ases dans la géographie primiUve des pays pélasgiques. Voy. entre autjpes Hellanicust fragm. 37, p. ftO des Fragmenta historieorum grœeorum édités par KM. Didot.

* P. 163 , note 1. Quel que soit le sens qu'il faille attacher au mythe de Prométfaée, toujours est-ll que d'une part ce nom se lie au Caucase dans les traditions helléniques, et que d'un autre cOté la famille hellénique remonte jusqu'à Prométbée parDoruS, Xuthus et GEolus, les trois fils d'Hellen, fils de Prométbée, fils de Japhet. Apollod. Biblioth. lib. I, c. 7,S 2. Add. Hellanieus, fragm. 10 {Fragmenta kUtorie. grœcor, éd. Didot, p. 47); — le scollaste d'ApoUontm de Rhodes , sur le v. 1252 des ipfovaurtxa; <— Herod. I, 56-58 ; — Thueyd. 1,3. — Nous iouehons Ici à une des questions les plus inté« ressantes, sans contredit, et aussi des plus mal éclaircies malgré les innombrables écrits auxquels elle a donné lieu : nous voulons parler des rapports qui existaient entre les populations helléniques et les mystérieux Pélasghes. Dans cette question , comme sur tant d'autres points de l'histoire primitive , l'érudition moderne nous parait ne s'être si souvent égarée dans ses laborieuses Investigations que faute d'avoir eu suffisamment égard A toue les éléments du problème, n y en a ici d'essentiellement ethnologiques que l'on a trop négli-

166 'ASffC-»iltllfliniE.

Tftps'îe Caticasc le berceau de la famîHc hellëïriqtre/Ot tes*l!(Slè- 'n68^ett%«»mémes sortaient du milieu de ces anciennes popdlaCiotis IhfBciqties dont ils notaient pas originairement distincts -, etconsél}ui»nmeût Ton serait fondé, lors même que cette conclusion ne *sérait pas appuyée sûr d'autres considérations plus concluantes et moins coritcstables, à reporter veTs roriedt du^Pont-Euxîn le séjour originaire de cet ensemble de populations blonâes établies plus tard depuis ie bas Danilbe jusqu'à Teiîtrémité méridio- ' naîte «de la péninsule grecque.

îf'ous ne pousserons pas plus loin ces consfdérations qui ne se lient qu'Indirectement à notre sujet actuel 5 tout ce que nous votftions indiquer, c'est qu'une chaîne de peuples à cheveux lilonds, parïaht des langues dont la souche commune appartient au groupe indo-germanique, enveloppait le Pont-Euxin à Test, au sud et à Touest. Noos n'avons pas à nous occuper en ce moment du côté ^septentrional. Pour nous renferiner dans TAsie- Httaeure , il paraît »qne patmi les tribus à cheveux blonds qui en couvraient la zone du nord et de Touest , une partie y était en- »ée pârla^poiâtede Thrace, en tPaMftrsèoit^soit le' Bosphore, qui H^i^e tes eatïx du Pont dans la Propontîde, soit ITleitespont, par lequel la'Propontide' se déverse dans la mer Egée; les autres s'ty étaient sûrement avancées dei'està Touest, en loogeant les tbord&âtt Pdnt.

ïfous allons d'abord nous occuper des premières, qui sont à la fois les plus considérables et les mieux connues.

L'angle nord-ouest de la Péninsule^, baigné de trois côtés par ia Propcmtide ,' l'Hellespont et la mer £gée, était occôpé dès 'l^ntiquïté la plus reculée par les Jl^'c^s,'MtStfoi, race agreste que Slraban, judicieux invesligatedr dès antiquités de TAsifi- ^îïîneure, qualifie dépeuple thrace(*\ Leur parenté avec les fMysi ou Mœsi du bas Danube a été en effet regardée de toute ^'l'^ntiquitécomme un feit incontestable. Daûs-lepays des My-

'^gés, et iïui'deiràréht cependant séHira\anl tout de fil cônd^icCCur. Celte porllôti importante de l*hîslolre JiMmôrtllàle du niiUi de PEurope 'Sera de notre 'part l'objet d'Un trâTaU^pééml.

'4 LIb. I/p. 6, éX^lïb. Xn,p. 566 et 571 , cdit. Paris. 1620. fol. Cf. Hb.XUI, p. 6Î8.

POPULATIONS THRACIQUES. HYSlC^S. MÉOKIENS. 1C7

siens, non loin de l'eniboiiclmre du Caïquc (*), se trouvait un canton dont le nom de Teufftram'c est d'autant plus remarquable par ^ forme teutone , que près de là s'élevait l'antrqne cité de ^ergceme^ dont le nom est aussi purement germain W.

AlaMysie, du côté du sud, confinait la Lydie, région délicieuse renfermant les bdles vallées du Hermos et du Caïstre, et dont la partie maritime , baignée par la mer Egée , reçtrt le TioBfi d'Ionie des colonies belléniques qui %iorent s^ étsfblir. (Tétait dans la Lydie, nous Tavons vu , que se trouvaient ces célèbres prairies d'Asios dont le nomftrt appliqué progressivement^ touie la Wninsule , et de là au reste de l'Asie. La Lydie , au rapport d'HérodoteC^), avait primitivement porté le nom de Méonk (ou Méèonie)y nom qui lui était jusqu'à un certain point com- Tî^un avecla Mysîe(*), et le seul qu'ait connu Homère (s). Que les •Lydiens eussent une origine commune avec les Mysiens, de même qu'avec les Carions dont le pays limitait au sud la Lydie , c'est ce que prouve la communauté religieuse établie entre ces troispeuples comme consécration de cette communauté d'origine. « Il y a un temple, dit StrabonW, sous le nom de Jupiter Carien, lequel est commun à tous les Cariens, qui y admettent aussi ies LydicTis et les Mysiens, à cause du lien de fraternité qui les unit à ces deux peuples. •> La fondation d'un temple commun aux différentes divisions d'un même peuple était un usage général de l'antiquité; on en citerait de nombreux exemples. 11 paraît doncliors de doute que des tribus de môme sang, c*està-dire de soucbethracrque, s'étaient très-anciennement répandues sur toute la c5te occidentale delà Péninsule, depuis la Propontide jusqu'à la naissance du mont Taurus^ celte consécration religieuse d'une antique fraternité d'origine a plus de force à nos yeux que n'en auraient avoir les arguments produits pour at-

* Nous reviendrons avec plus de développements sur ces aperças dais 4e ehaiHtre suiimau

KIM^ I, e. 7; VH, 74.

* SO«». 1». XH, p.*97î; X«, 625^ (tt8. »ïl. th. n, T. S(H.

^ Lib. XIV, p. 659. Cf. Herdd. I, 171.

16S ASIC-MSiCCRC.

tribueraux Lvdicns une origine esdusivcmcot sémiUqiieCO. au surplus, il nous parait aisé de concilier en ceci les opinions différentes^ il suffit d'admettre dans la population lydienne deux éléments distincts, Tun thracique, c'est le plus ancien, représenté par les Mtona; l'autre plus moderne, se rattachant en effet à la souche araméenne, et qui apporta avec lui le nom même de Lùud ^ sous lequel disparut le nom antérieur de Méo» nie. Si les témoignages directs de cette double origine deshabi* tants de la Lydie nous manquent aujourd'hui , que les documenls originaux de l'histoire lydienne ont ^ tous périC^), il subsiste cependant encore un assez grand nombre d'indices historiqaes propres à justifier notre supposition.

C'est donc à la division araméenne des populations de l'Asîe- Mineure que se rattache directement le nom de Lydie \ nous aurons à y revenir tout à l'heure en nous occupant de cette divi* sion , afin de ne pas scinder les faits qui s'y rapportent.

Ce que nous disons ici de la Lydie , nous pouvons le dire aussi de la Carie, qui lui était limitrophe au sud ; nous pouvons le dire encore de la Lycie, qui touchait à la Carie du e&ié An sud-est. 11 parait indubitable que des tribus de sang thracique, principalement connues sous le nom de Léléghes, s'établirent en Carie après avoir séjourné dans quelques-unes des Iles de l'Archipel, d'où elles furent expulsées par Minos, roi de Crète; il n'est pas douteux non plus que des colonies de même origine ne se soient établies dans la Lycie , qui leur doit son nom. Mais, comme la Lycie et la Carie reçurent aussi , à une époque probablement antérieure , des habitants de sang ararocen, c'est en traitant de ceux-ci que nous nous occuperons plus spécialement de ces deux contrées.

Si le mélange , ou du moins l'agglomération de populations de diverse origine dans les parties sud-ouest de FAsie-Mineure est

* Foy. Théod. Hencke, LyéUMi y DUseruaio êthnograpMea. BwoUnU 18&3. in-8^

s Xanthos, Lydien d'origine et plus ancien qu*Hérodote , avait écrit mi^ histoire de sa patrie dont U ne nous reste que de minces fragments. Ces fragments ont été réunis parmi les Fragmenia hUtorieorum grmeoru»i édités par MM. G. et Tli. Mûller, dans la Bibliothèque Grecque de M. I>idot. Paris, 18^1, gr. in-8'', p. 36 et suiv.

LÉLÈGHES. filTHTMENS. 169

de nature à jeiar quelque confusion dans les recherches ethnologiques qui se rapportent à celte portion de la Péninsule, il t!m est plus ainsi quand nous nous reportons au nord vers la PropoDtide et le Pont-Ëuxin. La Bithynie , grande région maritime qui formait la frontière orientale de la Mysie, devait son QOffl à un peuple dont l'origine thracîque ne fut jamais mise en doute par l'antiquité ('•' ^ les géographes et les historiens grecs ne le désignent presque jamais sans accoler à son nom l'épithète de thrace^^\ La Thrace, de même que T Asie-Mineure, avait aussi ses Bithyni et ses Thyni (^) ; ou plutôt le peuple désigné sous ces deux dénominations s'étendait à la fois sur l'Asie-^iinetire et sur la Tbrace, des deux côtés du Bosphore(^). Le passage des Bithyniens en Asie, ainsi que Ta bien remarqué Cramer (^) , paraît être postérieur à la guerre de Troie , leur nom ne se rencontrant pas chez Homère, et celui-ci désignant constamment sous les noms de Mysiens et de Phrygiens les habitants du pays qui plus tard fut appelé la Bithynie (^). Nous ajouterons ici qu'une autre tribu incontestablement thrace , celle des Mygdo^ f)eg(T), habitait en Mysie les bords delà Propontide , sur la frontière commune des Mysiens proprement dits et des Bithyniens. Les Mariandyniens j qui n'apparaissent dans Thistoire qu'à une époque moins anciennequeles Bithyniens et les Phrygiens, étaient sans aucun dou te une rami flcation du tronc bi thynien ; les traditions mythologiques, les convenances de proximité etrétymologre les y

« Hérod. YII, 75. Strab. lib. XII, p. 541.

> Thucyd., IV, 75;Xenoph., HûU gr. I, 3; III, 3; j4nabaiis, VI, 4. Arrian. De exped. Alex. M,^ I, 20. — Dans le langage de la fable, les Bitbynieos devaient leur nom & Bithynos, fils de Jupiter et de la nympbe Thndcè (Steph. Bys. v. Bt6t>via).

* Strab. XII, 541; VII, 305.

^ Déjà Homère avait dit (Iliad., cb. II, p. 57 de la trad. de M. Dugas* Hontbd) : « Âcamas et le héros Piroûs conduisent les Thraces, giie sépare V orageux HellesponU »

^ Aeia Minor, t. I , p. 67.

^ /h'Oii. II, ad fin. Foy. ci-après, cbap. III. Gomp. Strab. XII, p. 565.

'' C'est sans aucun doute à la tribu thrace des Mygdoniens que la Macédoine dut son nom, ce nom que devait Illustrer plus tard le conquérant de la monarchie perse.

'170 ASiE-Mura»:.

nittaolient c^enenl (0. fitiemie ée >l^wiiiee, ima& m eonpikh .lioD9éogra{)t)iquc où nous ont été conservées tmtd'iniliefltio&s ticécs d'auteuKS aujourd'hui perdus , rattache les Khiriafldvoienfi à la souche éolique , c'e9è-à'<lirc à aoe des grandes âivmoos de la nation Péiasgbe ^).

Le imys où les.Bithyftieiis- vinrent s'établir au midi du Bosphore étaitoccupéavanieux par unaulre peuple célèbre dansFantiquité, par les Phrygiens. Comme les Bithyaiens et les M ysiens, lesFhrygiens étaient onginaires de la Thraoe. « SnîvaDt ce qae -tes Macédoniens rapportent, dit Hérodote, les Mirygiens portèfreetle nom deBrighès, pendant loutre temps qu'ils demeurèrent eo -Europe et habitèrent dans le voisinage de la Macédoine. En passant en Asie , ils changèrent également de contrée et de nom, et •prirent cekii de Phrygiens (3). » Telles étaient, au rapport da -père de Thistoire, les plus anciennes traditions de la natien «phrygiemie. Quelque succinct que soit ce récit , c'est à peu près tout ce que nous savons de certain sur les origines de :ce peaple, ^ui joiia cependant en Asie-Mineure un rôle important.

Le nom deJBrighês^'Bpi-^eç^ qu'il portait avant son passage-en Asie-Mineure, ou plutôt qui fut le nom réel delà tribu, dontee- Ixâ de Phrygiens, ^p^-^zç (dont la prononctalion réelle pouvait ^être Pbrughès ou Phroughès i^)) , ne fut qu'une altération, ce nom pavait aussi «voir été très-^répandu dans les contrées qn'occupait .en Europe la famille iodo-gernianique. Non seri^nentlaThraee avait conservé ses Brukès(^^)j et la Macédoine ses Brughèsi^^f mais la Germanie avait ses Bruk-téres O, la Gaule, comme le

1 P'oy. Claivitr, -notes sur Jipallodore, p. 181; et Des Brossas, Aead. dcsJnscr., t. XXXV, p. 477.

* Herod. VII, 73. Gomp. Conon, iVarrctf. 1^ , dans PhflftiiR , «upco<tC)^i p. ^23, édit. Hœschel. 1753, iii-fol. — Stcab. lUi. VU, p. .Mi»;. XII, 972;

XIV, eaa.

^ F'çy, Gicero, Oratar, hS.

« Herod. VI, 45; VII, 85. Steph. Byz. v. Hpùx-^.

^ Scymnus de Khios, v. 433; Steph. Byz. v, Bpu^.

7 Ici la première partie du nom, Mrouk ou Brough^ en est certainemeotle radical , alicndii que la terminaison tère se reproduit fréquemment dans d'autres noms germaniques. Dans la syllabe bé ou bi des mots Bé-bryks ci BIthyni, corrélatifs de Brygliès et de Tbyni^ ne faudrait-il pas voir la particule explétive si fréquente dans les langues teulouiques, et emportant consé*

PIIHYCIE^S. 171

'ï*ont,ses Behru1isi^\ ses Latchirigliès^ ses Nisio-lrrighês et ses Àlîo-brogkeSy dont le nom se trouve aussi écrit Allo-brughès^X -^ laBretagne ses Brig'antes^^\ de même que l'HibernieetlaGaule occidentale; enfin, Içi région des Alpes, ses Brighianiir— synonymie que nous pourrions encore étendre^*). C'est donc par un fapprochement accidentel que quelques savant8,aprè8BochartW, ont cru voir dans la nature volcanique du territoire occupé par les Phrygiens deTAsie-Mineure Torigine de leur nom.

On connaît la tradition que nous a transmise Hérodote d'après le récit que lui avaient fait les prêtres de Memphis sur la haute antiquité de la race dont les Phrygiens étaient issus Ce). En dégageant cette tradition de ses accessoires évidemment fabuleux, il n'en reste pas moins ce fait constant, que , dans l'opinion des lettrés de l'Egypte , les Phrygiens descendaient d'une race dont l'antiquité surpassait celle de tous les autres peuples. Il est à remarquer que Justin, l'abréviateur de l'Histoire Universelle de Trogue-Pompée, attribue aux Scythes ce qu'Hérodote avait dit des Phrygiens (^).

Un passage d'Homère C») semblerait autoriser à placer l'arrivée

(luemmefit Tidée de commandement, de prédominance? Dans C[uelques-uns ties idiomes parlés au centre de TAsie , le mot bé ou bi se prend encore aujourd'hui dans le seas de chef.

^'SeymnuBâe Khiôs, ▼. aoa, et Sitph. Byiant. voie Bs6p6xo4; César (Commenfar. Y, 21) , écrit fiiliroks.

* Apollodore, dans Stephan. Byz., v, ÀXkôG^it'^ti.

'* Le grammairien Hérodien nommait aussi Brigantes Ites Briglens de 4a îltrwe.Viâ. Stepb.Byzanl. v. B^C^s^.

^ l\ semble que ce nom, de même que tant d'autres fithot<)ues,ait.étë dans Voi^ne une qualification lionorlUque. Juba (dans Hesycliius, v, ppCye^) rapportait que le mot brig ou briga était usiié cliez les Lydiens dans le sens ^konme libre (comp, l'allemand frei et surtout Tanclenne forme du haut âlletaiDd/Wy, et le^gotiiiqne firija). Ne serait-ce pw là la «rarce première de ^wmovbrigand , ttins fiimilleaBceadante duns notre laoeue , et qui ii tbèen pu aed^nter dans Toriginc qu'un montagnard vivant de «apines, l'kodune ^ibreiparexcelleDce, le Kicplite «des tribus albanaises? J^oy* le tableau qu*en trace PouquevHle,foy. de ta Grèce, t. IV , p. 3G.

* i*Aô%, llb. HI, c. 8. ^pjvrj;, op>;t«, tomd(/rw«/€rWrfa; deçpjysiv, "brvHep.

* Uistoriar, iib. II, c. 2.

' Jusiinl Uistoriar. Iib. I, c. 1.

Mi.III,v. i84etsuiv.

172 A6IE-XI\£l'RE.

des Phrygiens en Asie un demi-siècle environ avant la guerre de Troie. Voici les paroles que le poêle met dans la bouche da vieux Priam : « Autrefois j'allai dans la Phrygie, fertile en vi* gnes; là je vis la foule des Phrygiens, hd>iles à diriger les coursiers <, peuple d'Otrée et de Mygdon, semblable aux Dieux. Ils avaiefU posé leur vaste camp sur les riees du Sangarios ; et moi , je me trouvai avec eux comme allié , quand vinrent les belliqueuses Amazones » Déjà StrabonCO s'était avec raison au*

torisé de ces vers du chantre d'Achille pour combattre Topinion de Xanthos, l'historien de la Lydie, qui faisait Timmigration phrygienne postérieure à cette époque mémorable de la prise de Troie. Peut-être même serait-on fondé à reconnaître plusieurs immigrations successives des.Brighès ou Phrygiens de Tbrace en Asie. 11 est certainement impossible aujourd'hui de prétendre déterminer avec une rigueur historique les antiques déplacements de ces tribus encore nomades , mobiles comme les vagues d'une mer agitée, et pas plus qu'elles, souvent, ne laisssuat la trace de leur passage. Cependant nous verrons plus tard que déjà les Brighès occupaient le pays qui borde l'Hellespont du côté de l'orient, quand Dardanos vint de la Samothrace y fonder ' la colonie à laquelle il laissa son nom et dont Troie fut un peu plus tard la capitale. Ainsi les Dardaniens avaient établi -leur do- mination sur une tribu de sang phrygien. ( Ci-après, ch. IL ) î Plus considérables qu'aucune des tribus thraciques qui fron- *< chirent à diverses époques le Bosphore ou l'Hellespont, les ^ Phrygiens s'étendirent au loin dans le centre de la Péninsule, où ils occupèrent non-seulement tout le bassin du Sangarios, mais encore les hautes vallées des divers affluents de la mer Egée et de la Propontide. On peut supposer que l'immigration bithynienne, en enlevant aux Phrygiens les cantons maritimes où ceux-ci avaient d'abord posé leur camp , contribua à les refou* 1er vers le cœur du pays. Quoi qu'il en soit, il paraît que les chefs phrygiens acquirent bientôt une grande prépmidérance dans le pays qui s'étend jusqu'au Halys, et qu'ils y fondèrent une monarchie dont la puissance porta haut parmi les Hellènes d'Europe la renommée du nom phrygien. Dans les ouvrages des

* Lib. XIV,p.681.

raKf6iC3rs. 173

trois grands tni^^oes grecs, Eschyle, Sophocle et Euripide (0, les peuples du roi Priam sont toujours qualifiés de Phrygiens par une évidente anticipation historique. Homère n'avait pas comfflis la mêflie confosion ; et l'on trouve mèrae , dans une des hymnes qui lui sont attri buées C^), une distinction positive entre h langue du peuple de Troie et celle des Phrygiens. Quoique celte distinction ne fut que celle de deux dialectes de la même souche, elle n'en devait pas moins être bien réelle. Quant à la langue phrygienne proprement dite , le peu de mots que les anciens nous en ont transmis appartient, comme on devait s'y attendre , à la famille indo-germanique (^), et se retrouvent à la Ibis , plus ou moins modifiés quant aux formes extérieures, dans le grec, dans le vieux latin, dans les dialectes teutons et dans l'arménien. « Les remarquables inscriptions copiées par le colonel Leake sur les tombeaux des rois de Phrygie( Tour in Aêia Minor^ p. 23 de l'édition in-S** 1824 ) sont certainement en vieux grec ; et il est extrêmement probable que la langue des Bryghès, importée de Tbrace ou de Macédoine, était ce que peut-être on pourrait nommer un dialecte de Tanci^ pélasghe. Mais , dans la suite du temps , elle doit s'être mêavecles restes des idiomes asiatiques parlés plus anciennent dans l'Âsie-Mineure , de manière à en faire une langue rbare qui devait être inintelligible aux Grecs du siècle de Xéopbonetde Platon <*). » Au surplus, les Phrygiens firent de une heure des pas rapides dans la civilisation ; c'était à 1, ainsi qu'aux Lydiens, que les Ioniens d'Asie reconnaissaient devoir une partie de leurs progrès dans les arts , qu'à fcw tour ils transmirent à leurs compatriotes de la Grèce euro-

^ Ils écrivaient de Tan 500 à Tan 450 avant notre ère. Hérodote est à-pou« près contemporain de cette dernière époque.

' Hymne m, V. 113

' ^oy. Potocki, Hi9t. primiu des peuples de la Russie^ p. 254 et sq., ^pression de Klaproth. Paris, 1829, in 8. Comp. les remarques peut-être jdQS ingénieuses que solides de M. d*Ânsse de Villolsou , dans Chevalier, Foy. ^^ Troade, 3« édtt., t. II , p. 145 ; et celles de Mullcr, Dorians (trad. angl.)« t'I,înirod.,p. 9 et 10.

* Cette note est du docteur Cramer, Asia Minor, t. II, p. 5. Cf. Letronne, *"» le Journ, des Sav. 1820, p. 626, et Walpole, Travels %n various «wwrtei of the East, p. 526.

gîiM phrygirane* Oa mi qo'à qqb cboIflM éttiîi atlrâwiM' 1» dée9i«voi!te del!artde trayajtter le»>inétaami?). UiMtdla iom»^ tîoA, eottiSèt, semble naUmelteneai appailmir an» ta»hiiaatr d'ua pajf fr oevonnraé. de toitt. teiop» poar bu ridbiSMi de- sm^ mirnasi. Le^oeataotde» Synens de It eappadocainefuls twdoirat pas s«i»^iiifliieBC6*8ur l»dé«eIoppero«Bt iotûUeetiidlide teMi^ifift phrygienne : au moins cette infloenoe 60l-«ll6imantfi3fil6da«i^]e' dévek)ppement religieuK. Ce que nou» sftvoDfti de* la rdigimi pbrygieniie nous monire j.k ooté de rites et^ de^oeoyattoee qui nous Départent vens la Tbraee, de nombrettaes affloités avo^rles cultes araméensC3).

Il vient d'être fait allusion aux langues aeîatiquesparMes: avant TarriTée des Beigbè^de Tbrsce dan»lepay»qttfil9viiBf«pi: Qcauper en Asie-Mineure : plus d'un indioe conduit eaeff^ à admettre que les colonies thraœs, quelle qu'ait été leur impoi^ tance dans la formation de la nation phrygienne, n'en liisenl. pas: le seul élément. Tout porte à supposer qu'il y en eut uià ultérieur.,, et que cci premier élément fut purement aaiatiqa^ IJa mot.dlHérodojte nous peut metti^ ici sur la voie* « Lea A&mmens,.ditHL dana son cnumécationde Tarmée de Xenoèa,. marchaient Viêtus et arnnés comme les Phrygien» dont ils^ne aant: qu'une colonie C^)..» Il ne faut asanrémentpas prendre àlaleltre" cette assertion fort étrange ^ mais elle indique, selon toute pro-> habilité , d'anciens rapporta entre les deux peuples, et des raft* ports assat intimes pour avoir dotnné lieu à la.tmulilioq^ tout , erronée qu'elle était au fond, au moins dans lat génémlité que l'historien lui donne. Nous savons d'ailleurs,, et nous verroas» bientôt que l'Arménie s'était autrefois étendue à l'ouest jusqu'au Halys^ ^ est donc aisé de com^H^ndre que dea tribus de sang

i F'oy» ik ce svii^i Chr, M&ncrs.y^HHsL de^seimeesidansAck ^^C4,.lrad.

> B'éret,, Jhch^rches pour sertnr à Vhisgpire des Cyclopet, des JQmc*tuf es ^ ctc,^ dans les Wm. de rAcad..des Insor^t t. XXIII, Uisimre\^^ 27.

3 Strab. lib. X, p. /^66 etsuiv. Creuzer a consacré aitx <wlles. de l'Aifie Hi^ neure le 4" livre de sou admirable ouvrage sur Ias RcliaJlaoaMa L'Aniùpi&i^ [t,II de la Usidi Tr.,. f^ 18 et suiv, , paniauUèrcBient p. 7e}*,

* Herod. VU ,73.

sut l'askanig. I7âi

armémea eosseiH finDchi le ûeiim à> une époqua i»Gii)ée , ci se fussent établies daas les plaines occideatalûft dâplotoatt de ls£é- UDside^ oùeUea aucueaLéié fevcées-, lors de Tai^perilioji des Brigbèff^, de subir la loi^des. neuv^aiixam^ants». k'aaaiiNilalMHi. dut itca dlauimi plus. &cila que Je» tribus ^fû awaiest fornié^ daBslkuaigiae^Je nofw de la.iiatiQn.arinéiiteBj)e,.apparleDaiefii Gonune les Brigbès àla gsande famille iado«^riaaai|ue , et. que dascapports de plus d'unesode^ quelque ancienne que fui d^, aatreiziènie siècle, avaol aotie.ère, la separalioades^deux raees, devaient suhsistecenire* les i^aieaux d'une mèmasouebe origi** nainr(0. Use peutd'aUleum qu'à leur tour, quelques tribus brighes aient été. s'étsèlir , à. la droite du Ualys, sur le tercitoire- SDUfflis à la. dcHuinatioD arménienne.

Uonère^^) noaune ^akKiu(.la.oontrée d'où le&Muygienftd'A» sie étaient Tenus au seeours de Troie : « Acmourus-de la lointaine.Âskanie^les Phrygiensont suivi PhûJckuset Aekanios semblable aux dieuiL. » Ce nom présenio , dana^ Tétude dea pronua^9^ tem^de UAaîe^liltneure, une sorte d'énigme géographique qui ' mérite de nous arrâter un instant..!! est certainement d- une haute >i antiquité , car on le trouve dans la géographie du. obapitre X^ do ^ la Genèse ^ comme un- des^fils da japétique Gomer, c'esitràMlire \ comme repséseutant une des brancbos^ da la. nation seytbiqtie des KimriSy.serur des'Gète&et dasJMèdesC3)..L'ordredand lecpiel kiange récrivaia sacré lui aasigoii nécessairement sa place p«nm Isa peuples répandus au nord des naiions sohémitiques, v^rs la région, du Caucase ; mais rien n'indiqpe précisément que ce soit à la partie septentrionale de TAsie-Mineure qu'il faille le n^)Qorter , ou qu'il faille le rappcocher davantage du massif eaucanen. Il demeure donc incertain si ce nom.d'^ton on jéské^ we esislait dans Tintérieur de la Péninsule avant l'amvée dos Wttjgten»', ou si ce furent les tribus brighes qui l'y importèrent avec* elles : car ces tribus avaient pu séjourner anciennement

^ Nous devons renrofer pour les développements & notre travail sur TAr-

^ BtGômer eut trois Sls^ AscbkénaZi Rlphat et Thôgarmâh (Gem X, 3;. Add. Jérémie, U » 27. Cf. 28.

176 AStE-MINElRE.

près du Caucase avant de venir s'établir en Thrace d'où elles passèrent en Asie-Mineure.

Quoi qu'il en soit, l'Askanie d'Homère était à une assez grande distance de Troie; le terme de lointaine^ même en faisant la part de l'amplification poétique, ne permet pas le doute à cet égard. D'un autre côté, nous avons vu Priam indiquer la demeure des Phrygiens sur les rives du Sangarios : on est donc naturellement amené à placer l'Askanie dans la' région que ce fleuve arrose. Les notions positives fournies par la géographie d'un âge moins reculé confirment jusqu'à un certein point celte induction. Diverses localités auxquelles est attaché le nom d'Âskania dans les écrivains grecs et latins des siècles voisins de notre ère, sont situées pour la plupart soit dans la région du bas Sangarios, soit dans la partie occidentale du plateau où ce fleuve prend naissance, et que traversent ses affluents supérieurs(0. Il convient pourtant de remarquer que ces localités auxquelles des écrivains comparativement récents ont attribué le nom d'Askanie ne se renferment pas dans les limites où doit être certainement restreinte l'Askanie homérique. Pline et d'autres auteurs connaissent une ville d'Ascante dans la plaine même de Troie, et sur la côte troyenne un port et une Ile du même nom. On sait qu'Ascanius est le fils du troyen Ënée , et que si d'anciennes traditions le faisaient aborder avec son père en Italie , après la ruine d'ilium , d'autres versions historiques le faisaient régner, lui et ses descendants, pendant une longue suite de générations, dans les pays qu'avait gouvernés Priam (^). Nous ne nous arrê-

1 La Bitbynie occidentale, entre la ProponUde et le bas Sangarios, avait un lac, une ville, une rivière et un canton du nom d'Askanie; c'est peut-être par une confusion entre deux provinces conUguSs que des auteurs ont aosfli placé en Mysie une rivière, une ville , un canton et un lac du même nom* Askanle est en outre le nom d'une rivière et d*unc ancienne ville de Phrygie; enfin , dans Arrien , Thlstorien d'Alexandre, un lac situé à rextréniité méridionale de ce dernier pays, sur les confins de la Pisidie, est désigné soos le nom d'Â9xav(a X((Jiir;v, lac d'Askanie.

s Conon, .XLI« Récit, dans Photius, p. 4^7. Cf. XLVP Récit, ibid,^ p. 654. Dionys. Halyc, lib. I, c. 11 et 12. Steph. Byz. r. ÂcrxavCa. Cf. Bochart, jy^um JEneas unquam fuerit in Italid , et une Dissertation de l'abbé Vatry sur la même question, dans les Mtm, de VAcad, des Inscr,, t. XYI» p. 412.

terùos pa3 sur ces rapprochements , qui nous e&tndn^'aieiit, Doas le craignons, dans un trqp vaste champ de recherches ; mais des quelques points que nous venons d'indiquer on peut toujours conclure, ce nous semble, que TAskanie d'Homère n'avait pas, dans la géographie de l'Asie-Mineure, l'extension que cette dénomination parait avoir acquise à des époques moine ancieanes. Peut-être cette extension suivit*elle celle des Phrygiens eux-mêmes dans l'intérieur de la Péninsule r soit oonune peuple, soit comme puissance politique. Dans ce cas, il faudrait admettre, ce que du reste confirment beaucoup d'autres notions et ce qu'aucune ne contredit, que le nom d'jéskame était particulier à la race brighe ou phrygienne , peut-être celui d'une tribu autrefois dominante. Remarquons qu'Âskanios est dans Homère le nom de l'un des deux chefs sous lesquds marchent les Phrygiens, de même qu'en Troade, où tout semblrfait révéler une antique fraternité avec les tribus phrygiennes, noos retrouvons ce noéme nom attribué à la lignée royale. Divers indices qui se font jour à travers l'obscurité de ces temps primitifs ne permet*tent pas de douter que ce nom d'Mkân ne fût en effet pour les Phrygiens une appellation tout à fait nationale* Ce qui achève de nous le démontrer, c'est que la religion même l'avait consacrée.

L'on connaît des médailles où le dieu Lunus, dont le culte, d'o* rigine persane (0 avait pour centre principal en Asie-Mineure la Phrygie , est re|N*ésenlé la tête surmontée du bonnet phry-^ gien , avec l'inscription MHN A2KBN02 , le dieu Lune asUnien (s). Âskén est bien évidemment ici une distinction de race, une qualification nationale (').

Nous ne rappellerons pas comme autorité la tradition rabbimqae qui a constamment appliqué aux peuples germains le nom d'Askanatz (*) ; mais il est certainement remarquable de voir le

* Il y a un passage curieux à ce sujet dans Qiiiate-€urce , lib. IV, c. 10.

' Une autre médaille porte MV^v A<vxauK. f^oy. Frer«t, de V Annie cappa- ^oeienne^ dans les Mém. de TAcad. des Inscr. , t. XIX, p. 84.

* y^y. Bochart, Phaleg^ lY, 58; Potocki, Histoire pHmitive deëpeu-^ Pleidela Jiussie, p. 253, édit. Klapr.

* Noions encore , sans en Urer quant à présent aucune conséquence, que l'on voit figurer le nom d'Askanax dans quelques chroniques arméniennes (M. iVbtit?. Journ. Asiat.y 3« série, t, 1, 1836, p. Î83, note). Enfin, à une

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