SIÈCLE AV. J.«C.] LÉGENDE DES AMAZONES
quité au sujet des Amazones (0, c'est que la tribu à laquelle ce Dom se rapporte appartenait à ces races blondes de la Scythie» dont les essaims nomades se sont répandus à diverses époques , dans les contrées méridionales de l'Asie (^). Nous savons qne l'Asie-Mineure >se vit, dès les plus anciens temps, exposée à leurs incursions, et que ce fut par Tistbme caucasien qu'elles y pénétrèrent (3). Le pays maritime qui borde au S.-E. le Pont- Ëuxin, depuis les confins de la Golchide jusqu'aux bouches du Halys, devint pour les Scythes un établissement fixe où la nature des lieux les confina et où se perpétuèrent leurs descendants. Chez ces nations nomades de l'Asie intérieure et de l'Europe orientale , c'était un usage universel , ou plutôt c'était une nécessité même de leurs habitudes vagabondes, que les femmes accompagnassent leurs maris à la guerre ainsi qu'à la chasse ^ et qu'elles s'exerçassent comme eux à l'usage du cheval et au maniement de l'arc. Si cet usage s'était perdu chez quelques tribus sédentaires (*), il se retrouve chez tous les peuples errants^ les temps historiques nous en pourraient fournir de nombreux exemples. Telle fut , il est impossible d'en douter, la source première de cette fable des Amazones chez les anciens Pélasghes. Bien que les peuples Ihraciques, descendants euxmêmes de ces nations errantes du centre du Contment, en eussent eu sans doute originairement les mœurs et les habitudes, fixées depuis longtemps, depuis de longs siècles, peut-être, dans la contrée montagneuse qui était devenue leur seconde
^ M. Ch. Pougens , Trésor des Origines de la langue française , 1819,
in-4® , p. 57 et suiv., a réuni ce qui a été proposé de plus satisfaisant sur Tétymologie du nom des Amazones.
' Hippocrate {De l'Air y des Eaux et des Lieux ^ c. A2) et Platon (.Des Lois y Ht. VII) sont les premiers parmi les écrivains grecs qui rattachent positivement les Amazones à la naUon des Scythes, d'après la conformité des mœurs et des habitudes d'une partie au moins des Scythes nomades et des Sauromates avec ce que la tradition racontait des anciennes Amazones. Trogue- Pompée (dans JusUn., liv. II, ch. k) etDiodore (Ilv. II, c. 26 et 27) résument d'une manière encore plus explicite l'opinion de rAnllquité à cet égard.
' Ci-dessus^ p. 163. — Eschyle, le poète tragique, qui écrivait 500 ans avant notre ère , et qui avait fait une étude approfondie de l'anUquité héroïque , Eschyle est formel à cet égard. Prometh, VincUy v 724. Cf. v. 41 5,
^ Hérodote,liv. IV,cb, 114.
2M AStt^iRifcimc. ' [I2t difect£ àV. ).-c.
patrie, eUes y avaient perdu appareranient jusqu'au soutenir de leur vie primitive. De là leur étonnement à la vue de ces femmes guerrières avec lesquelles ils se seront retrouvés en contact iors d'une nouvdle irruption de tribus scythes par le sud du Pont- Ëuxin. Quelque circonstance particulière aura pu contribuer à cette impression. Que tous les bomnies d'une tribu aient étë tués dans leura courses , et que leurs femmes , animées à la fois par le désespoir et par la, férocité commune aux deux sexes, aient vengé par le carnage et la dévastation la mort de leurs époux : c'en est assez pour avoir donné naissance aux récits sur lesquels se fonda la fable des Amazones. Le penchant à l'exagération naturel chez tous les hommes , Tamour du rnerveilleux si fortement prononcé dans les siècles d^ignorance, auront contribué à répandre cette fable en FembeHissant -, l'imagination des poètes aura fait le reste.
Il paraît qu'à des époques très-anciennes, les Amazones, ou plutôt les tribus scythiques auxquelles ces femmes guerrières appartenaient, avaient poussé leurs excursions et répandu la terreur de leur nom dans les parties occidentales de l' Asie-Mineure, à l'ouest du Halys. Quelques témoignages anciens, contestés par Pausanias, leur attribuaient même la fondation d'Éphèse et de son temple , dont Fantiqurté se perdait dans la nuit des temps mythologiques (0. On leur attribuait aussi la fondation de deux autres villes comptées parmi les plus anciennes de cette côte , Cumes et Smyrne ^2). Si ces traditions avaient quelque authenticité, il faudrait sûrement les interpréter d'étabiisseruaQts j»cythes fiormés daps ces anciens temps sur ces belles côtes de la Péninsule , aux lieux où s'élevèrent plus tard les villes ioniennes de Smyrne, de Cumes etd'Éphèse. Ce qu'on Ht de l'expédition de Bellérophon contre les Amazones , entreprise sur l'ordre de lobâtes roi de LycieC^), doit s'entendre cvi-
* Pausanias, VII, 2. Cf. IV, 51. — Callîmaclius , Hymne à Diqne, ad fin. — Clavier, Hist. des prem. temps de la Gr,, t. II, p. 69.
* Siephan. Byzant. v- Kujxtj et Sjiupva. D'après les autorités qu*|Êlienne de Byzance avait sous les yeux, ce nom de Smyrne, dont il semble que la forrap pHmiâve ait été Samorna , fut originairement aussi cielui d*Épbè$e. Id. V{ ,
» Homère, Iliade^ VI, v. 186. — Pindare, Olymp. XIII,
IS* SIÈGIE AT. J.-«.] LÉGBNftK BB BELIÉROPHON. CHIMÈRE. i(Û
demmenl de ces Amazones de la Carie, non de colles de Therroodôn.
Les exploits de Bellérophon , tels que* les célébrèrent les anciens poètes d'!onie(*), eurent en effet ponr théâtre la région sudouest de la Péninsule. C'est là qu'avant son expédition contre les Amazones il eut d'abord à combattre la Chimère et les belliqueux Solymes. Les Solymes, peuple d'origine araméenne (2), paraissent avoir été les plus anciens occupants du pays maritime qui borde ce vaste enfoncement cfue nous nommons aujourd'hui golfe de Satalièb. Refoulés dans l'intérieur par de nouvelles colonies venues de l'île de Crète, ils se retirèrent dans les monlagoes difficiles qui couvrent au nord l'ancienne Lycie, et dont ua caûton, celui de Cabalaïs, Ko^aXatc, rappelle trop évidemment , par le sens et la consonnance , les mots arabes Djebel et Gabalèh^ pour ne pas avoir tiré son nom de cette nature âpre da pays. La dénomination de Caballenses^ qui avait aussi appartenu aux Solymes <*), signifiait donc simplement les Montaqnarés. Les Pisidiens des temps classiques étaient regardés comme les descendants des anciens Solymes, et leur humeur bdifqueuse ne démentait pas cette origine (*). Plus d'une localité de \^ zone maritime conservait au reste les vestiges de l'habitatien originaire des Solymes sur les bords du golfc^'»). Quant à des rapports plus éloignés entre le nom de cet ancien peuple araméon et diverses dénominations de la géographie des pays Syriens, on peut voir les indications complètes que Bochart en a recueillies (*).
Si ces deux premiers exploits de Bellérophon , sa double vic-
* Homer. lliad, VI, v. 179 et siiîv. Cf. Odys$. V, v. 283. — Pindare, Loc. cU. - hM. Apollod Biklioth. lib. II , e. 3.
> Ci-dessus , p 190.
* Strabo , Hb. XIII , p. 630 D. — Nous avons vu précédemment qu'un autre nom des Solymes, celui de MUyœi^ dérivé du canton de Milyas, vi^\i selon toute probabilité une origine et un sens analogues.
* Tlte-Live, liv. XXXVIII, ch. 13 , 15. — Strab. lib. I» p. 34 D. Cf. p. 21 . C ; llb. XII , p. 573 A , et XI V , p. 667 B. — PHn. lib. V, c. 24. — Steph. By«. V. hwiSai — Add. Herod. lib. I, c. 173.
* Strabo, lib. XIII , p. 630 D ; XIV , p, 666 C, Pline cite une ville (Je Solynui en iyde.
^ Chanaany llb. I,c.6.