RETRAITE DÈS DIX-MILLE. XÉNOPHON
tagnes escarpées, et dont les deux extréitiités aboutissent à la mcT, enveloppe celte plaine comme d'une fortification natarelieO).
» Descendant à travers cette plaine, Cyrus fit vingt-cinq paras^inges en quatre jours et vint à Tarsos, ville grande et riche dç la Cilicie W, C'est jà qii'élait là demeure royale de Syennésis, roi de Cilicie ; ,lâ ville est partagée en deux par le Kydnos, rivière dont la largeur est ici de deux plèthres. Les habitants , excepté cei^x qui tenaient hôtellerie j s'enfuirent avec le roi dans un lieu fortifié dés montagnes^ mais ceux de Soloi et d'Issos, villes maritimes, ne se sauvèrent pas (3)...
» Au sorlir de Tarsos, fcyrus fit dix parasanges en deux jours, et arriva au fleuve Psaros, large de trois plèthres (*). Le lendemain, en une marche de cinq parasanges j on arriva sur les bords du fleuve tyramos , large d'un stade (s). De là on fit quinze J3arasanges en deux marches, pour arriver à Issos. Cette ville, la dernière de la Cilicie, est peuplée, grande, florissante, et située sur le bord de la mer (<^). Une marche de cinq parasanges lamehà d'îssos aux Pyles ciliciennes et syriennes. Deux murs
, ,,* Çi^y^ ^Ç^^i^.*^^^ 4^ glaleau^caj^padociep dans les plaines basses de la Cilici^ par le passaç;e q^e les .Turks nomment aujourd'hui Gheulek Boghaz, et gui suit, ^au-dessous, des crêtes du Taurus , le bassin de la petite rivière de ïerspus, \^ l^ydnQ^ op Cyd;ius des anciens. Ce passage est celui qui fut connu plus tard ^ousle poiQ d,e Po^te^ Çil^cicjines , Pyloi Ciliciœ, On en peut voir la description dans, AinsworLli , ouvrage cité , p. 44*
' Aujourd'hui Tersqus. . .,,....
3 Soloi, qui prit plus tard, le nom. de ville de Pompée^ Ppmpeiopolis^ n'existe plus; ses ruines se voient près <^'un village pommé Mézetli, au S. O. de Tarse. Issos est fort loin de là dans J'Est, au (pnd dvi golfe Myriandrinien. ^,* I^ jjviè^fp, Psaros ^e Xéuophoii^ plus jjéoéralenaeiU, çpnnue de l'an tiqu lié sous le nom de Saros, est aujourd'hui le Selhoun des Turks. U paraît que Cyrus passa cette rivière au-dessus de l'emplacement d'Adanja ( Ainsworlh , p. 51 }. , .» ^vlfon^QQ wètrçs. JU, Alps|vorH\ a ^feit^.vpijr /ouvrage cité, p. 52 ) que (^rm^e ib^ Cyfu$).d|it s^ser lie pyramos vers son epabouct^^rc « .au Cessons jd^e la ville actuelle de Missis, l'ancienne ^Mopsue^tia. Le Pyrau)os porte actuellep^ijlL, s^v^i \^ Titras 1. te nom de Pjeïhoim. L^ partie inférieure <i.e son cours f égç^uvé 4^ jgl^^^nfls ct)/»ng;^mentâi depuis Tantiqui. té. Lc| rivière s'^st frayé une nouvelle emboi)c^if,i:e ^^s^qz JpiQi^i^is .i;^t de );embQuchure.ancieune. îii.I«»ftifM"«.-3ivefi^a t^rpipaj^oi} lat^i^e), iUustré,e p^us lard p?ir la victoire d'Alexandre sur l'armée de Dariuç,^ ,n*a pias laissé de ruiner auxquelles un nom parUculier soit attaché. Elle éuit située, comme nous l'avons dit dans une note
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(Tslyjïi) se présentaient : Tun en deçà, du côté de la Cilicie, était gardé par Syennésis et par ses troupes ; on disait qu'une garnison d'Artaxerecs gardait celui qui était au delà, du côté de la Syrie : entre les deux , coule la rivière Karsos , large d'un plèthre(*). L'espace d'un mur à l'autre est de trois stades. Cet étroit passage ne pouvait être forcé •, les murs descendaient jusqu'à la mer, et au-dessus étaient des rochers à pic : on avait pratiqué des portes dans les murs (2)... Cyrus s'attendait qu'Abrokomas, qui avait beaucoup de troupes à ses ordres, lui disputerait ce passage ; mais le général persan n'en fit rien. Dès qu'il sut que Cyrus était en Cilicie, il se retira de la Pbénicie et se replia vers le roi , avec une armée qu'on disait être de trois cent raille hommes.
» De là , Cyrus fit en un jour de marche cinq parasanges dans la Syrie, et l'on arriva à Myriandros, place située près de la mer et habitée par les Phéniciens O; c'est une ville de commerce, où mouillent beaucoup de vaisseaux marchands (*)... ••
précédente, au fond du golfe de Myriandros, nommé plus tard golfe d'Issos, et aujourd'hui de Slianderoun ou Alexandrette. M. William Ainswortti a discuté d'une manière lumineuse tout ce qui se rapporte à l'ancienne gëograpltie du pourtour du golfe ( p. 53 et suiv. de l'ouvrage cité , et dans une dissertation spéciale. Journal ofthe Roy, Geogr, Soc.^ t. VIII, p. 185). La confusiOD qu'une consonnance équivoque a occasionnée longtemps entre le site d'Issos et la moderne Aïas (autrefois Àigai^ ou , dans la transcription latine Mgœ) avait jeté beaucoup de confusion dans toute cette partie de la topographie cilicieniie. — D'après les indications de Xénophon , qui présente Issos comme la dernière ville ciiicienne du côté de la Syrie , il paraît que depuis l'époque de la guerre médlque et d'Hérodote, la limite de cette dernière province avait été avancée au Nord jusqu'au défilé que nous allons voir désigné tout à l'heure sous le nom de portes Syro-Giliciennes. On sait qu'auparavant le pays qui est au nord de la bouche de l'Orontes était regardé comme clliclen (t^oj^. ci -dessus, p. 300).
1 Environ 30 mètres.
s La petite rivière de Karsos est représentée par un ruisseau aujourd'iiol nommé Merkès-sou. Les portes Syro-Cillciennes étaient ainsi un peu au nord de la ville actuelle de Skanderoun (Âinsw., p. 58).
s Le site de Myriandros n'a pas été jusqu'à présent déterminé avec une eD« tière précision. L'examen attentif de la côte entre Skanderoun et le Bas-el* Khansir en fera peut-être retrouver l'emplacement et les ruines.
^ La partie de l'itinéraire que nous venons de rapporter est comprise dans les chapiu^ II , III et IV, livre I", de VAnaba$is,
RBTKAITB DES MX-II1LLK. KOURDISTAN. àRKÉNIB. 321
Ici nous abandonnons Cyrus et son armée, dont nous aurons à reprendre ailleurs Titinéraire en Syrie et en Mésopotamie, aussi bien que celui des dix mille Grecs depuis Cunaxa jusqu'aux confins occidentaux de l'Arménie; c'est à ce dernier point seulement que nous allons le suivre de nouveau dans le Nord -Est et le Nord de TAsie-Mineure.
Nous partirons de Gymnias pour cette seconde partie de l'itinéraire.
Gymnias était alors une grande ville, riche et peuplée, à quarante parasanges dans l'Ouest du fleuve Harpasos , l'Arpatchaï (0 de la moderne géographie arménienne. Gette distance nous conduit vers le point où la branche septentrionale de l'Euphrate a sa source, en deçà, ou à l'Ouest, de la ligne de partage d'eaux qui sépare ici le bassin de ce fleuve de ceux de l'Araxe et du Tcborok. C'est là que s'élève aujourd'hui la cité célèbre d'Erzeroum. Sans doute c'est la désignation de Gymnias comme une ville « grande, riche et peuplée, » qui a porté M. Ainsworth à l'identifier avec Ërzeroum même; mais la splendeur d'Erzeroum ne date que des temps du Bas-Empire, et nous croyons qu'un village situé près de la rive gauche de i'Euphrate, à 6 lieues d'Erzeroum vers l'Ouest, représente plus sûrement la position de Gymnias, dont il a conservé le nom presque inaltéré dans celui de Djinnis (^).
Ici nous reprenons le texte de Xénophon.
u A Gymnias , un guide envoyé par le chef de la province pour conduire les Hellènes sur le territoire de ses ennemis, vint trouver l'armée , et promit de la conduire en cinq jours à un lieu d'où elle découvrirait la mer; il consentit à être puni de mort s'il les trompait. Il conduisit en efiet la troupe des Hellènes, et dès qu'il l'eut fait entrer sur le territoire ennemi il l'exhorta à tout brûler et à tout ravager, ce qui montrait assez que c'était pour seconder la haine de ses compatriotes , et non par bienveillance pour les Hellènes , qu'il les accompagnait.
» On arriva le cinquième jour à une montagne sacrée nommée
' Tcha» esc un terme générique qui signifie rivière.
s M. Ainsworlli ne présente d'ailîeurs son rapprochement entre Gymnias et Ërzeroum que comme très-incertain. «C'est une des positions , dit-il (p. 180) , déterminées de la manière la moins satisfaisante dans toute l'expédition. »
Tb^kbès. 1^9 preo^em qui eurenl gravi jiia^'aa tomiDet aipérçureot l^ mer et JQtèrent de grands cris. KénopboQ, qui lee entandit, f^inM que r^mère-garde» crut que de nouveaux ennemis attaquaient le front de l'armée ] car la queue était liaiicdée et poursuivie par les peuples dont on avait brûlé le pays. L'arrièregarde, leur ayant tendu une embuscade, en tua quelques-uns, ep fit d'autres prisonniers , et prit environ vingt boucliers d'osier recouverts d'un cuir de bœuf cru et garni de ses poils.
» Les cris augmentaient à mesure qu'on approchait. De nouveaux soldats couraient se joindre à ceux qui criaient; le nom* bre ea augmentait, le bruit allait croissant, et Xénophon crut q^'il y avait là quelque chose d'extraordinaire. 11 monte à cheval, prend avec lui Lykioset la cavalerie grecque, et longe le flanc de la colonne pour donner du seoours : mais bientôt il entend distinctement le cri la imr I la mer/ que poussaient les soldats en se félicitant mutuellement. Alors arrière*garde , équipage, cavaliers, tous courent au sommet de la montagne. Quand les Hellènes y furent tous arrivés, ils s'embrassèrent les uns les autres les larmes aux yeux; ils sautèrent au cou de leurs généraux et de leurs officiers. Aussitôt, sans qu'on ait jamais su par l'ordre de qui , les soldats apportent des pierres et eq élèvent un grand tertre \ ils le couvrent de ces boucliers garnis de cuir cru, de bâtons, et d'autres boucliers d'osier pris à l'ennemi. Le guide lui-même mettait les boucliers en pièces, et exhortait les Hellènes à l'imiter. Après cela les Grecs le renvoyèrent, chargé de présents qu'on lui avait faits sur la masse commune: un cheval, une coupe d'argent, un habillement à la perse et dix dariques. Il demanda surtout des anneaux, et en obtint de beaucoup de soldats. Ensuite il montra un village où l'on pouvait cantonner, et le chemin qu'il fallait suivre à travers le pays des Makrônes^ puis il attendit jusqu'au soir, et quand la nuit fut noire , il partit et quitta l'armée.
» De là les Hellènes firent dix parasanges en trois marches, à travers le pays des Makrônei^. Le premier jour, ils arrivèrent à un fleuve qui séparait ce pays de celui des Scythins (0. Sur la
^ Les Scythins (HxuÔivoi, ou Petits Scythes) occupaient le pays compris entre cette rivière ; qui lea iH^parait desMal^rOnes, et celle de Harpasos»
RBfRAJTi: DES Bl^HiiUE. HW^LES PONTIQUES. tS8
droite dQ l'armée était une montagne très-esoarpée; à sa gauche , une autre rivière où se jetait celle qui faisait la limite du territoire des deux peuples, et qu'il fallait passer. La rive en était bordée d'une lisière de bois, qui n'était pas une haute futaie, iiiais un taillia fourré. Les Hellènes, s'étant avancés , se mirent à la couper. Us se hâtaient d'autant plus, qu'ils voulaient sortir promptement d'upe mauvaise position^ mais les Makrônes, armés de boucliers d'osier, de lances , et revêtus de tuniques de crin, s'étaient mis en bataille sur l'autre rive de la rivière. Ils 6'exb(H^ent mutuellement à bien combattre , et lançaient des pierres qui retombaient dans l'eau ; ils ne purent blesser les Grecs ni en atteindre aucun.
>K Alors un des soldats , qui disait avoir été esclave à Athènes, vint trouver Xénophon et lui dit qu'il savait la langue de ces hommes. — Si Je ne me trompe, ajouta-t-il, ce pays est ma patrie , ei si rien ne s'y oppose , je voudrais causer avec eux. — Rien ne t'en empêche, répondit Xénophon; parle-leur, et sache d'abord qui ils sont. Le soldat leur fit cette question : ils dirent qu'ils étaient Makrônes. — Demande-leur, ajouta Xénophon, pourquoi ils sont rangés en bataille contre nous et veulent être nos ennemis? — C'est, répondirent-ils, parce que vous envahissez notre pays. — Réplique-leur, dirent les généraux, que nous n'avons aucune intention de leur nuire : après avoir fait la guerre à Artaxercès , nous revenons dans notre pays, et nous voulons gagner la mer. Les Makrônes demandèrent s'ils voulaient engager leur foi ? — Les Hellènes répondirent qu'ils désiraient recevoir et donner des signes garants de la paix. Les Makrônes et les Hellènes échangèrent mutuellement une pique : telle était chez eux, dirent ces hommes, la manière d'engager sa foi. Des deux côtés on prit les dieux à témoin.
» Le traité conclu , les Makrônes, mêlés dans les rangs des Hellènes, se mirent avec ceux-ci à couper le taillis pour ouvrir une route et gagner l'autre rive de la rivière ; ils leur fournirent aussi pour de l'argent autant de vivres qu'ils le purent, et les guidèrent, pendant trois jours, jusqu'aux montagnes des Kolches(i\ Là était un mont élevé, mais inaccessible, sur la crête
^ li faudrait écrire et pronoocer Kollcbes, KdXxoi.
324 À$tt:-iimfit]li&. [ô* sifectE AT. i.-c.
duquel les Kolches parurent en bataille Ils furent attaqués et
mis en déroute. Comme les Hellènes gravissaient la montagne, ils trouvèrent beaucoup de villages abondamment remplis de vivres, et y cantonnèrent. Ils n'y rencontrèrent rien qui leur parât nouveau ; seulement il y avait beaucoup de ruches, et tous les soldats qui mangèrent des gâteaux de miel en furent violemment incommodés. Ils eurent le transport au cerveau, des vomissements , des évacuations , et aucun d'eux ne pouvait se tenir sur ses jambes. Ceux qui n'en avaient que goûté avaient Vair de gens ivres; ceux qui en avaient pris davantage ressemblaient les uns à des furieux , les autres à des moribonds. Od voyait les soldats étendus sur la terre comme après une défaite; et le même abattement régnait dans tout le camp. Personne, néanmoins, n'en mourut; le transport cessa le lendemain^ à peu près à la même heure où il avait pris la veille. Les malades furent sur pied le troisième et le quatrième jour, au^si épuisés que s'ils eussent usé d'un remède violent.
>» On fit ensuite sept parasanges en deux marches, et l'on arriva sur le bord de la mer à Trcbizonde (0, ville hellénique, très-peuplée, située sur le Pont-Euxin dans la contrée des Kolches; c'est une colonie de Sinope (*)... »
Quelques observations sur cette partie de l'itinéraire.
La troupe des Grecs, étant partie de Gvmnias, ou Djinnis, sur le haut Ëuphrate, dut franchir l'escarpement du Kop Dâgh, descendre la Massa Déressi, ou rivière de Baïbourt, puis remonter la rivière de Balakhor jusqu'au Tékièh Dâgh , où se conserve encore le nom de Thékhès. De là ils regagnèrent la vallée supérieure de la Balakhor, qui les conduisit à la chaîne escarpée du Kolat Dâgh , évidemment la montagne des Kolches de Xénophon; cette chaîne forme la séparation des deux versants qui conduisent leurs eaux au Sud dans le haut Tchorok ou rivière d'Ispir, au Nord directement à la mer Noire, vers
* TpaicEi;oOç. — Tpaitei;ouvTa, dont on a fail Trébizonde, est la forme accusative. Cette ville devait son nom au contour trapézoîde de son enceinte. Ëtienoe de Byzance {sub voce Tpaitel^oyç) nous apprend qu'elle avait porté auparavant celui de Oizénis. La plupart de ces colonies helléniques avaient dû en effet
'éublir dans des localités déjà habitées par les indigènes.
• Llb. IV, c. 7 et 8,