‹ Histoire des découvertes géographiques des nations Européennes dans les differentes parties du mondeChapitre 75 sur 123 · S48 ASIE-MINEURE. [3* SIÈCLE AV. J.-C · texte numérisé non relu

S48 ASIE-MINEURE. [3* SIÈCLE AV. J.-C

avant Jésus-Christ CO , à travers le col des Alpes Pennines (le Grand-Saint-Bernard) sortait de la Gaule comme paraissent ravoir cru Polybe et Tite-Live, il s'ensuivrait qu'une fraction de la nation boïenne se serait aussi avancée anciennement à Touest du Rhin 5 mais Torigine gauloise de ces Boïens est loin d'être un fait certain , et il est tout aussi possible que la Gaule, ou peut-être même seulement THelvétie , ait été non le point de départ, mais le lieu de passage de ces anciens Boïens. Quoi qu'il en soit, nous savons que l'immigration boïenne de la haute Italie fut très-considérable , puisqu'elle ne comprenait pas moins de cent douze tribus (^). Leur établissement y dura deux siècles. Accablés sous les armes romaines après la seconde guerre punique, dans le cours de laquelle les Gaulois avaient pris parti pour Annibal , les Boïens, écrasés et à demi détruits, se virent contraints de repasser les Alpes. Les débris de leur confédération, naguère si puissante, vinrent chercher un asile au voisinage de leurs frères de la Pannonie, vers le confluent de la Save et du Danube (3).

On peut croire que ces terres étaient alors en partie inoccupées. A l'époque où eut lieu cet événement, 191 ans avant notre ère, il y avait près d'un siècle que les Galates étaient venus s'abattre sur l'Asîe-Mineure 5 et tout indique que c'était précisément de ces pays gaulois du haut Danube que le gros de l'émigration était parti.

Nous n'avons pas à en raconter les incidents ; cette tâche a d'ailleurs été admirablement remplie par l'éloquent et savant historien qui a su donner la vie aux débris mutilés des annales de nos ancêtres (*). Il nous suffit de rappeler que les Gaulois, partagés en trois corps principaux sous la conduite de Kérétris,

* C*estM Walckenaer, Géographie ancienne des Gaules y t. î, p. W» qui fixe celte date à l*aide d'un synchronisme ; M. Am. Thierry, Hist. da GauLy 1. 1, p. ûl , recule Timmigratiou boïenne en Italie de cent cinquante ans au moins, faute d'avoir suffisamment distingué les invasions des Gaulois au midi des Alpes , telles que les mentionne le texte un peu obscur de Tite-Uw (lib.V,c. 35).

• Caton , dans Pline, lib. III , c. 20.

' Strabon , lib. V, p. 205 A. Cet événement eut lieu l'an 191 avant notr« ère. A». Thierry, Hist. des GauL , t. I, p. 300, éd. 18/i5. ^ Am. Thierry , Hist. des Gaul, , 1. 1 , cb. 4 et 5.

ÉTABUa6EMENT D£S GàUTCS EN ASIE-MlNEUEE. 349

Brenn et Belg CO, s'étaient d'abord tournés au Midi contre la Macédoine et THellade. Après ^voir traversé la Macédoine et la Thessalie , portant partout devant eux la terreur et la dévastation, ils arrivèrent aux environs de Delphes , attirés par l'espoir du riche butin que leur promettait le pillage de ce tenjple célèbre du dieu des Doriens. L'Hellénie semblait toucher à sa destruction , lorsqu'un tremblement de terre et un affreux ouragan étant venus porter le désordre parmi les Gaulois consternés, les Hellènes, qui ont cru reconnaître un signe de la protection du dieu, se précipitent avec un nouveau courage sur Varmée des barbares, en massacrent un grand nombre et mettent le reste en fuite. Cet événement eut lieu en 279.

Quoique immensément affaiblis par ces défaites, et plus encore par le froid , la faim et les misères de toute sorte qu'ils essuyèrent au milieu des frimas de cette région alpine, les Gaulois formaient encore une troupe nombreuse; quelques-uns d'entre eux reprirent le chemin du Danube , d'où ils poussèrent dit-on jusqu'au cœur même de la Gaule , à l'ouest du Rhône; les autres se dirigèrent vers la Thrace. Ils étaient arrivés jusqu'aux portes de Byzance, lorsqu'un prince de Bithynie, Nicomède, qui disputait la couronne à son frère Zipoitès, les appela comme auxiliaires sur la côte asiatique du Bosphore, eu leur promettant des terres dans ces provinces d'Asie qui eurent toujours pour les tribus du Nord un si puissant attrait. Telle fut l'occasion du passage des Gaulois en Asie-Mineure. Un auteur ancien nous a conservé les termes du traité que Niconaède contracta avec eux W. Us avaient, dit l'historien,

* Il faut noter ce Dom , qui semble indiquer la présence d*ua corps de Belges dans cette expédition. 11 est en effet plus que probable que des relations intimes auront existé entre les Celtes du haut Danube et les Belges, ceux-ci ayant demeuré à Test du Rhin jusqu'à une époque assez rapprochée de notre ère. V> Am. Thierry, qui regarde les Bol es et les Belges comme deux divisions de I la Branche kymrique , ne croit pas que ces derniers aient franchi le Rhin avant les premières années du troisième siècle de notre ère , c'est-à-dire à l'époque iQême où d'autres hordes gauloises se portaient vers l'Asie-Mineure ( Hist, des ^ou/., 1. 1, ch. li)" Les auteurs compilés par Pline connaissaient des Belgites ▼ers la Save et le Danube ( Plin., III , 28 ).

' Mcmnonis Historiar. , c. 20 j dans PhoUus , Cod. CCXXIV, p, 719. Comp, Tit-LW. XXXVIII , 16.

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dix -sept chefs, dont !es plus renommés étaient Léonor et Loutar(0.

Peu soucieux de stipulations toujours dictées ou acceptées par l'intérêt du moment , les Gaulois ne tardèrent pas à se répaûdre dans l'intérieur du pays. Les terres qui avoisinent le Halys ou qui s'étendent plus au sud jusqu'au Taurus , furent exposées à leurs incursions. Ces barbares étaient devenus la terreur et le fléau de la Péninsule. Les peuples environnants ne respirèrent que lorsque leurs redoutables hôtes se furent enfin fixés au -dessus de la Bithynie et de la Paphlagonie , dans une portion du territoire phrygien qui ftit dès lors désignée sous le nom de Gaïatie (2). Ils ne renoncèrent cependant entièrement à leurs habitudes déprédatrices, que lorsque les armes romaines leur opposèrent un frein qu'ils furent contraints de respecter (^).

D'après les notions recueillies par les géographes de la période gréco-romaine (*) , on voit que les Galates ou Gaulois de l'Asie-Mineure formaient trois divisions principales, les Trokmes, les Tolistoboges ou Tolistoboïes , et les Tectosages. Strabon ajoute que les deux premiers devaient leur nom aux chefs qui les avaient commandés , tandis que les troisièmes avaient gardé celui qu'ils portaient parmi les Celtes-, tous, du reste, parlaient la même langue et ne différaient sous aucun rapport ^*J. On connaît en effet dans la Gaule un peuple nommé les Volkes Tectosages v«) • et les Boïens se retrouvent dans les Tolisto-Boîes

^ Ces deux noms sont teutons. Dans le dernier il est aisé de recoBoaltre celui de Chlot^herr, si fréquent chez les Franits Siicambres nos ancétrep, sms la forme de Clotaire que lui ont donnée les ctironiqueurs. ChloUhen^ ou plutôt Hlod'herTy signifie Chef éminent,

« Dans la bouclie des Hellènes, c'est le même mot que KeUie, pays des Keltes.

* Tit-Liv. XXXVm, 37.

* Plin. V, 42; Strab. XII, p. 566 D; Conf. Tit.-Liv. XXXVIII, 16. M. Amédée Tliierry a consacré un cliapitre de son bel ouvrage à Thisloire de la Gallo-Grèce. Hist. des Gaul,^ 1. 1 , ch. 10.

' Stràbo, ïoc. cit.

^ Ce nom paraît être de l'allemand pur : F'olk teuto-sagend ^ « Peuple parlant teuton. » On a voulu expliquer ce nom de Tectosage par le latin TectO' sagis^ couverts de la saie {sagum)\ mais plusieurs raisons rendent cette étymologie absolument inadmissible. Il nous suffit d'en noter une seule: c'est qu'à l'époque où l'histoire connaît des Volkes Tectosages en Asie, les Romains

iTABLttSEMEfCT BEI CAtÀTCB tN AtlE-MINEUEE. S51

[>u Tolistoboges , où le nom du peuple est accouplé à celui du chef, selon la remarque expresse de Strabon.

Lies Calâtes , au rapport de Strabon , parlaient tous la même langue ; or, nous avons un témoignage direct, et du plus grand poids, qui prouve que cette langue était le teuton , ou du moins un dialecte très-rapproché. Saint Jérôme , le plus savant des pères de TÉglise dans la connaissance des langues, selon rex pression de saint Augustin, et qui avait séjourné chez les Trévires , dans le nord de la Gaule , avant de voyager chez les Galates et en d'autres parties de l'Âsie-Mineure , saint Jérôme dit positivement que l'idiome des Galates était presque identique à celui des Trévires (0 ; et nous savons que les Trévires, c'est-à-dire le peuple du pays de Trêves , se glorifiaient d'avoir les Germains pour ancêtres (*). 11 est presque surabon- <ktnt de faire remarquer que plusieurs des localités connues du pays galate portaient dans leur nom le cachet d'une origine teutone. Ainsi , un canton particulier, voisin des Tectosages , était appelé TeiUobodia , — d'où Teutobodiaques pour le nom des habitants (3): Teuto^Boden^en allemand, est littéralement le territoire des Teutons. 11 faut croire que par suite d'un long contact, et sans doute aussi de mélanges avec les peuples Germains, la langue des tribus celtes du haut Danube s'était fortement imprégnée de teuton , et que peut-être même , par des causes qui nous sont inconnues, le teuton était devenu l'idiome de certaines tribus celtes. Plus tard, les Galates, comme presque tous les autres peuples de l'Asie-Mineure , adoptèrent l'usage de la langue hellénique, ee qui leur fit donner le nom de Gallo-

n'ïiTaient eu avec eux aucun rapport , et n'avaient pu conséquemment leur appliquer une quallAcaUon qui serait devenue un nom naUonal. Resterait à expliquer comment une dénomination teutone était devenue l'appellaUon eth* nique d'une tribu celte ; mais Texposé de nos idées i cet égard nous entraîne* raU beaucoup trop loin , et n'importe en rien , d'ailleurs , à notre objet actuel. Qu'il nous sulfise de faire remarquer que les Tectosages parlaient en effet , ilnoD le teuton pur, au moins un dialecte très-rapproché du teuton, comme ou va le voir tout à l'heure.

^ Hieronym. ProL Hb, II Comment, EfiiiU ad Galat. 8 , 1 1^ p. 356 , édit. Paris. 1706,

* Tacit. Germaniat c. 28.

• Plin. V, 43.

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Grecs ^ mais ils n'oublièrent pas pour cela l'idioiDe todea^pie qu'ils avaient apporté des bords du Danube. Saint Jérôme, que nous venons de citer, distingue bien cet idiome national, lingu propria ^ de leur langue d'adoption. 11 y avait alors six siècles et demi environ qu'ils étaient fixés dans leur nouvelle patrie.

L'établissement des Galates en Asie-Mineure est la deroière de ces grandes immigrations des tribus bio&des du nord de l'Europe, qui ont formé le fonds principal de la population des provinces à l'ouest du Halys; près de quatorze siècles vont s'écouler maintenant avant qu'un nouvel et dernier élément, les hordes turques des princes de Seldjouk, vienne modifier d'une manière notable l'élul physique et moral des habitants de la Péninsule.

Un grand événement, qui déjà se. prépare pour elle, la conquête romaine , fut une révolution toute politique qui n'affecta en rien l'état des populations.

C'est au milieu du troisième siècle ^ vers l'an 250 avaptpotre ère, qu'Apollonius, le poêle Alexandrin, écrivit sur l'ancieD modèle du poêqae orphique sa belle épopée des Argonautes. Moins scrupuleux que ne l'avait été Homère, Apollonius Iraaaporte au siècle de Jason beaucoup de notions géographiques que le sien lui fournit. Il n'y a d'ailleurs , dans les détails que le poète nous donne sur la géographie littorale du nord de r Asie-Mineure , aucune notion que nous n'ayons déjà trouvée dans les documents antérieurs.

Rome régnait sur l'Occident. La bataille de Zama et raidissement de Carthage, à la fin de la .deuxième guerre pptque (201) , venaient de détruire la seule rivale qui pût contenir ses progrès vers la doniination universelle, L'Italie était maifttqûant une province romaine; la Sicile. était soumise, l'Afrique enchaînée : les populations belliqueuses de l'Hispanie et de la Gaule pouvaient occuper ses légions, mais non inquiéter sa puissance. Son regard va se tourner vers un nouvel et plus vaste champ de conquêtes. L'Orient et ses richesses sont une proie qui coûtera moins à Rome que ne lui a coûté la réduction de la seule Italie. L'éclat de ce monde oriental, et les prodiges de son antique civilisation , et les immenses ressources d'une nature inépuisable masquaient mal la faiblesse réelle du colosse, Cette

LES ROMÀlNâ £N AtlE-MlNBCRE. 353

faiblesse , Rome a su la deviner : elle n'a qu'à vouloir , et le Monde est à elle. Ënerv^e par des institutions qui s'attaquent àox ressorts mêmes de l'âme humaine, plus encore que par l'action d'un chaud climat qui n'agit que sur l'être physique , l'Asie méridionale a toujours été sans force contre l'agression des races vigoureuses et libres du Nord et de l'Ouest. Alexandre et ses trente mille Macédoniens ont soumis en dix ans tout le sud de l'Asie , depuis l'Hellespont jusqu'au Gange ^ deux siècles plus tard , Rome va fonder, de THellespont à PËuphrate , une domination moins vaste , mais aussi plus solidement assise et d'une plus longue durée.

De tous les États qui s'étaient formés des débris de TEmpîre d'Alexandre, le royaume de Syrie, où s'étaient maintenus les descendants de Séleucus Nicator, était le plus étendu et le plus puissant. Antiochus le Grand, le cinquième des Seleucides, régnait encore sur une partie considérable de l'Asie antérieure depuis l'fndus jusqu'au fond de la Méditerranée, lorsque les Romains, en Tannée 191 , intervinrent, pour la première fois, dans les affaires dePOrient. A cette époque , l'Asie Mineure (0 était de nouveau partagée en sept ou huit États indépendants, nés au milieu des troubles qui suivirent la mort d^ Alexandre, ou qui plus tard s'étaient détachés de la domination des rois de Syrie. Les principaux de ces États étaient les royaumes de Bilhynie , de Paphlagonie et de Pont^ qui bordaient toute l'étendue de la côte de la Péninsule sur le Pont-Euxin 5 le royaume de Perjrome, auquel l'usage attacha la dénomination spéciale d'^n>, et qui se composait de la Mysie avec la Troade-, la Galatie^ dont te gouvernement, importé de la Germanie, était une sorte de république fédérative -, le royaume de Cappadoce , qui présente dans ses institutions le spectacle singulier d'une puissante hiérarchie sacerdotale et d'une royauté féodale. La Phrygie et la Lydie étaient encore sous la domination du roi de Syrie, ainsi que là Carie, la Lycie, la Pamphylie et la Cilicie-, mais plusieurs de ces provinces , notamment la Carie, la Lycie et la Pamphylie, étaient réellement indépendantes*sous une multitude de

^ PToubUoDS pas que nous eniployoDS ce nom par anUcIpation , et quMI n*e$t eniré qu« beaucoup plus lard dans la langue géographique.

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petits chefs indigènes y retranchés , au fond de leurs rnoolagaes, dans des places fortes qui rappellent les châteaux de nos baroi» du Moyen-Âge. Beaucoup de villes maritimes de l'Ouest et du Nord se gouvernaient en outre par leurs propres loia, et formaient autant de petites républiques où se conservait encore Tesprit de Tancienne Hellénie. La plupart des iles n'étaient égft* lement soumises que de nom aux souverains d'Egypte ou dô Syrie *, et celle de Cypre, la plus importante, avait presque au* tant de^rois que de cités.

L'intervention de Rome en faveur du jeune Ptolémée Épiphane, que les Égyptiens avaient placé sous sa tutelle et doot Antiocbus convoitait les États., fut la première occasion de la guerre que le sénat romain déclara bientôt après au roi deSjrie» Antiocbus espéra vainement opposer nw digue à cette ambi^ tion rivale qui venait lui disputer le sceptre de l'Asie : s'il avait encore en lui l'âme d'un Macédonien, il ne commandait qa'à des Asiatiques, hors d'état de lutter contre les légiona aguerries du peuple romain. La sanglante défaite de Magnésiie, au pied du mont Sipyle , le réduisit à solliciter humbleii^eiit une paix qu'il lui fallut chèrement acheter (190). Outre une forte contri* bution en argent > il dut renoncer à toute prétention ^vf le» parties de l'Asie-^Mineure situées au delà du mont Taurus par rapport à la Syrie, «Antiocbus, disait le traité, retirera ses troupes de toutes les villes, bourgades et châteaux qui sont ea deçà du mont Taurus (par rapport aux Romains) jusqu'au fleuve Halys , et de la plaine jusqu'aux parties du Taurus qui regardent la Lykaonie (0. Fidèle à leur politique judicieuse de récoœ- -penser et de fortifier leurs alliés en même temps qu'ils affaiblis" saient l'ennemi vaincu, les Romains partagèrent entre le royaume de Pergame et les Rhodiens la presque totalité de ce qu'Aatiochus abandonnait dans TAsie-Mineure. Eumène II eut la Lykaonie, les deux Phrygies, la Mysie (que Prusias, roi de Bithynie, lui avait enlevée), la Lydie, le canton de Milyas, et

« Tit.-Liv., lîb. XXXVII, c. 12 à 45, pour rhi3toire de la campagne 8»r mer et par terre; et pour les conditions du traité, lib. XXXVIII, c. 38; add. c. 59. Sur ce dernier point, Thistorien latin suit Polybe, dont le texte, en cet endroit,^ n'est miH jusqa'i nQU9 que mutiU ClU), Xm^ c air ^^^* Bidot, 1859),

JBXMbl^raOM DE CN. MÀNUCS CONTRE LES CALATES. 35^

la plupart des anoiennes villes libres de Tlonie ; la Lycie , à Texceplion de Telmissos , et la portion de la Carie qui regarde rilede Rhodes, furent abandonnées aux Rhodiens (0. Ceux-ci ajant donné, un peu plus tard, des sujets de plainte au Sénat romain, les concessions qui leur avaient été faites leur furent retirées, et un décret affranchit de toute sujétion étrangère les Carieos et les Lvciens (2).

Pendant que les commissaires romains réglaient avec ceux d'Ântiochus et des autres parties intéressées les conditions de la paix, le consul Cn. Manlius conduisait son armée victorieuse «a cœur même de la Péninsule contre les Galaies, qui avaient envoyé un corps de troupes auxiliaires à l'armée d'Antiochus. Les marches de Cn. Manlius, dont Tite-*Live nous a conservé le -détail d'après la narration circonstanciée de Polybe (s; , sont au nombre des plus intéressantsdocuments de Tancienne géographie de l'Asie-Mineure; c'est le troisième itinéraire, avec ceux de l'Anabasis et d'Alexandre — car on ne peut mettre sur la même ligne ce qu'Hérodote nous rapporte de la route royale de Sardes àSuseà répoque de la domination persane, — c'est, disonsnous, le troisième itinéraire ancien dans l'ordre des temps, dont^puisse s^aider aujourd'hui l'étude comparée de la géographie de la Péninsule auoc difierents âges.

Parti d'Éphèse (189 nv. J.-C), le consul vient passer le Méandre au-dessous de Tralles, et camper à Hîêra-Komê; il y a là un temple d'Apollon dont les prêtres rendent des oracles. De là en deux jours de marche , en remontant la gauche du Méandre, on gagne les bords du Hctrpasos H), d'où l'armée arma à ArUiokh^a du Méandre (^), Ce fleuve, nous l'avons vu,,

» Polyb., Mb. XXII, fragm, 7 et 27 ; TU.-Liv. XXXVII, 55et56 ; XXXVIII, 39.

*Tit-I-lv., Ub. XUV, c. 15.

. * Tit-Uv. XXXYIU, 12 à 27. Il ne «eus reste plus que quelques fragments ■Se cette^parlle du^rand ouvrage de Polybe ( Ub. XXII , fr. 16 à 22 , éd. Did. ).

* Ge nom subnste encore dans oel«ii d^Arpa-Sou, que porte un faible af- Soeot de la ^Mohe du Mendérô , i'Aaden Méandre.

* C'était une des nombreuses Yilles qu'AnUochus le Grand avait fondées dans- ^'Taste étendife de son ettpii*e, et auxquelles U avait donné bon nom. Il n'en 'este a«Joitrd'lwi que des ruines de peu d'intérêt, sur la gauche ou au sud du> «eiMKré. WiU.'HlanHton les »vMtéo»wi iSd5 (ResHtrchM in jésia-Minot.r t.n,p. 529).

â66 AâlE-UtNEtltl; [2* SIÈCLK AV. lA.

prend sa sûurCè à Kelaïnai [Celœnœ ^ dnns la transcription ia* tine), ancienne ville royale de la Phrygie; mais ses habitants l'avaient quittée à une époque plus récente , pour fonder près de là une nouvelle ville qu'ils nonïmèrent Apameia, en l'honneur d'une princesse, sœur du roi Seleucus O. L'armée s'avsnçs de là jusqua Gordiutichos i^) , d'où, en trois jours de marche ^ elle arriva à Tabœ , ville située sur les frontières de la Pisidie, du côté qui regarde la mer de PamphylieW. Cette contrée, avant d'être affaiblie par la guerre, avait eu, ajoute l'historien, des habitants belliqueux.

Trois jours après on is'avança jusqu'au fleuve Chaûs , à'm l'on alla prendre d'assaut la ville d'Eriza; de là on arriva tu fort Thahusioii, qui commande le fleuve nommé Indus ^ elTon continua d'avancer vers Cibyra W, Moagète, tyran de ce canton,

1 Apamela , non loin de Tanclenne KelaTnai , est aujourd'hui représentée par la petite ville de Dlnitr (W. Haniilton, Jlêt. 1 , ISiOO).

* En grec Topdtou rfvjtp^. Mur de- Gordioy»

* Tsb» est sans nul doute la ville actuelle de Daouas ou Dabas, située daos la région montagneuse qui couvre au N.-O. l'ancienne Lycie (Corancez, Itinér. d'une partie peu connue de V^s.-Min. , 1816, p. 632). L'armée romaiDe, au sortir d'Apamée, avait donc pris sa direction vers le Sud, pour pénétrer •u cœur de ces vallées , dont les habltants^tie s'étaient jaouiis plies qu'avec peine, à une domination étrangère. La direction N. — S. , ou , plus exactement, V*-0' — S.-E. de cette parlie de l'itinéraire du consul romain, est d'ailleurs pleinement confirmée par l'ensemble du récit. On comprend difficilement comineot M. Leake (Journal ofa Tour in Asia-Minor^ édir. in-8, 1824, p. 153) » pu identifier cette Tabae avec le site actuel de Dombal, qui est contiga vers TE. à Dinalr, Tanclenne Apamée. Les distances, non moins que la direction, sont absolument contraires à ce rapprochement. — Gordiutichos, situé dans rintervalle d' Apamée à Tabae, semble avoir laissé la trace de son nom dans celui de Gheirâ, llëu que l'on a identifié , sur l'autorité des inscriptions, avec l'Aphrodisias , ou Ville de Vénus , des siècles postérieurs. Il se peut qu'Apbrodisias se soit élevée près de l'ancien Gordiutichos et se soit agrandie de ses débris, en même temps que la tradition locale aura conservé le nom primitif, contracté maintenant en celui de Gheira. M. Charles Fellows , dans son second voyage en Lycie , a examiné les belles ruines d*Aphrodrsias et y a recueilli de «ombreuses inscriptions, toutes de l'époque romaine (DUe&^erîêi in Lffei^i 4841, chap. 2).

^ Villes et cantons des parties montagneuses du Nord de la Lycie, dan 1*8de Tabae. Nos connaissances positives sur la topographie de ces parties intéirieures sont encore tellement imparfaites , qu'on ne saurait hasarder aucnoe identification précise de ces anciens noms au local actuel,

MARCHOS ht CM. MANLItS. 357

élftit décrié par ses perfidies et ses cruautés^ le consul lui imposa une contribution en argent et en blë. Outre Gibyra , il possédait Syllios et Téménee CO.

De Cibyra, Farinée entra sur le territoire des Sindésienê^ y passa le Caularês , et campa sur l'autre rive. Le lendemain , elle côtoya le marais de Caralis^ séj^Hiroa à Mandropolis^ et s'approcha de Lagon ^ ville la plus voisine, dont les habitant» avaient pris la fuite. Les Romains la trouvant déserte, y piU fêrent les provisions de toute espèce dont elle était remplie, et delà se .portèrent des sources du Lysiê au Cobulatusj sur les bords duquel ils arrivèrent le lendemain. Les habitants de Ter^ messe assiégeaient alors la citadelle d'/sîonda, dont ils venaient de prendre la ville. Les assiégés, auxquels ils ne restait plus d'autre ressource , députèrent au consul pour implorer sa pro-^ tection. Celui-ci, qui ne cherchait qu'un prétexte pour entrer dans la Pampbylie , saisit avidement l'occasion qui s'en pré* sentait, et son arrivée fit lever le aiége d'Ifiionda. H accorda la paix à Termes^os moyennant cinquante talents, et traita de même les A^pendiens et les autres peuples de la Pamphylie, A son retour, il campa le premier jour sur les bords du fleuve TauruSj et le lendemain au bourg de Xyliné ,* de là continuant sa route , il parvint à la ville de Cormasa <*^. Celle de Darm en était voi* sine : les habitants effrayés l'avaient abandonnée, et l'armée y trouva des provisions abondantes. Comme elle longeait les marais , une députation de Lysinoé vint lui présenter les clefs de

1 TeiUvei ndXic (Polyb. « lib. XXIl, fragm. t7, édiU Did.). H faut corriger, cl'après cette iadicaUon, le texte de llie-Llve, qui porte fautivement j4limn9 (XXXVIII, 14). Temenium est un nom commun dans la géographie de* pays Pélasgi Helléniques. Toute la région Nord de la Lycie est couverte de ruines d'anciennes cités , qui attendent les explorations d'un voyageur anU-

qualre.

9 KvpiMoa de Polybe , XXII , fragm» 19. — Les nombreuses localités mentionnées dans ce passage étaient situées entre la mer de Pamphylie (le golfe de SaUlièh actuel) et les crêtes du Taurus. Tout ce pays est resté jusqu'à présent à 4>eu prte complètement en dehors des explorations modernes. Il y a là pour les voyageurs futurs d'immenses lacunes à combler, aussi bien dans la nomenclature de la géos^aphte comparée que pour l'amélioraiion de nos ic9rtes aaueUes, presque entièrement vides sur toute cette parUe de la li8lèf<^ ^nértdionale qui portait autrefois le» noms de Pamphylie et de Plsldie,

358 àSlB-MlNlVEI. [2* SIÈCLE AT. J.HI.

cette ville ; ensuite on arrÎTa sar le territûire de Sm§atê9ms (0. Cette contrée, riche et fertile, est habitée par les Pisides^ peupte le plus belliqueux du pays. Tout contribue à nourrir cette fierté nfaturelle , la fertilité des campagnes , la multitude des babitants, et Tassiette de la ville , une des mieux fortifiées. . . On posssa de là jusqu'aux sources d'Obrimu^ et Ton campa près d'une bourgade nommée Apùriêo» Comê W. Seleucus s'y rendit le leademaîn d'A pâmée. Le même jour, le consul s'avança jusqu'à It plaine âe^MetropoKs (^), le lendemain jusqu'à Dinim en Phrygie, et ensuite jusqu'à Synnadu (*), La crainte avait fait déserter toutes les villes d'alentour; les soldats, chargés du butin qu'ils y troa* vèrent , firent à peine cinq milles en un jour , et arrivèrent è im lieu nommé Beaâùs le Fieux i^). Ensuite on alla camper à Ânahura , le second jour aux sources à'Alandrus , et le troisième a Ahhassus, On se trouvait alors sur le territoire des Tolistoboïes

*• Sagalassos noiu ramène sur un tarrain mieux connu. Les ruinff de celle Tille ont été retrouvées près d'un lieu qui conserve la trace de l*aDcien nom dans son nom actuel ô*Allasoun ou Aglatoun. C'est un village peu éloigné au S de la ville d*Isbartah, dans l'Intervalle des lacs d*Égerdir et de Bouldour. Les ruines très-considérables de Sagalassos ont été ampIoÉieiit (Mérites par M. Ârundell dans son premier voyage (A Viiit to th9 Seven Càurehês 9f jiêiQt 1828, p« 133 et suiv. Cf. Je second voyage de Tauteur. Diêcovwiêt i» Asia-Minor, t. II, 183^, p. 288. Add. Will. Hamilton, lies, in Asia-Min.^ U I, pag. Û65, ÛS7, 504).

' L'Obrima était un des affluents supérieurs do Méandre. M. William Hamilton suppose que ce peut être le Sandukli-tchal actuel , et il croit retrouver la situation du bourg d'Aporldos dans on lieu nommé Saorant à la source même de la branclie la plus éloignée du Mendéré [Res, in Aêic^MinoTt 1. 1, p. A66; II, 172;. Cette identification est fort incertaine.

' Grande plaine qui porte aujourd'liui le nom de Sitcbanli-ova , i 1*0. d*Afloum-Kara-Hisar (WHl. Hamilton , Res» , 1 , 666).

^ Position incertaine, aux environs d'Aûoum>Kara-Hisar. Foy, Lcake, Journal , p. 5A , éd. in-8 ; Will. Hamilton , Ret. 1 , 178. Deux voyagieiirs français, MM. Cailler etCh. Texier, ont annoncé avoir constaté, longtemps avant le passage de M. W. Hamilton , la position de Synnada ; mais leurs relaUoos n'étant pas encore publiées, nous ne pouvons constater leur déconyorte , oi comparer leurs observations avec celles du voyageur anglais.

* Malgré l'analogie des noms, M. Hamilton ne croit pas qu'un alliage du nom de Balad , que l'on trouve dans ces environs, représente le Fehu Bendos, n idenUfie cette localité avec un lieu voisin nommé Eski-Hisar, ou le Vienx Château {ResearcheSy 1. 1 , p. 457 et A67. Cf. Leake, Journal, p. M).

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