ASIE-MINECBS. [1^' SIÈCLE AP. J.-C
Partant de Trébizonde pour gagner Sinope, le navigateur laissait d'abord à sa droite les petites villes de Hermonam (Platana) et de Kerasûs (0. Une autre ville de Kerasûs, qui avait reçu plus récemment le nouveau nom de Phamakia^^ présentait plus loin sur la côte après que l'on avait franchi le promontoire Zephyrion ( cap Zcfrèh ) 5 celle - ci existe encore sous son nom primitif, à peine altéré en celui de KérasounC^l Kotyoron^ mentionné par Thistorien de la retraite des Dii- Mille C3) , avait vu ses habitants transférés à Pbarnakia , et avait ainsi perdu son ancienne importance à l'époque où Strabon écrivait (^). Une large saillie de la côte qui se projette peu après, se termine par deux promontoires, dont Tun a gardé son nom de lasonion sous la forme actuelle de lasoûn ; le cap Boûna, qui en est voisin à TE. , doit représenter le promontoire (5fcen«/à.
« Au-dessus de Trapezûs et de Pbarnakia, l'intérieur du pays est occupé par les Tibarènes^ les Khaldèens ^ les Sami^ nommés anciennement Makrônes , et la Petite yérménie,,.., ; ce pays est traversé par le Skoudisès , montagne très-rude dont les sommets sont occupés par le^ Heptakômétès ( ou peuple aux sept bourgades), et qui va se joindre aux montagnes des Moskhès situées au-dessus de la Kolchide, ainsi que parle Paryadrès^ autre montagne qui s'étend depuis les environs de la Thémiscyre jusqu'à la Petite-Arménie , et qui forme ( en se relevant au nord) le côté oriental du Pont-Euxin. Tous les habitants de ces montagnes sont absolument sauvages 5 mais les Heptakômétès le sont plus qu'aucun d'eux. Il y en a qui n'ont pour habitation que des arbres ou des tourelles construites en bois ; et comme on donne à ces tourelles le nom de mosunes ( (loauvot) , de là vient que les anciens appelaient ces peuples Mosunèkes (s). Ils vivent de fruits et de la chair des animaux sauvages. Sautant à bas de leurs tourelles , ils attaquent les passants. Les Heptakômétès massacrèrent trois cohortes de Pompée qui traversaient ces mon-
> Aujourd'hui ruinée, p^oy. ci-dessus, p. 325 , note 3, l'Itinéraire des Dix- Mille dans Xénoption.
* Will. Hamiiton , Researehes in AsiaMinor^U I, p. 202. s Ci-dessus , p- 329.
* Strab. lib. XIII , p. 548. G.
V 3ur ce point, voy* notre remarque, ci-dessus, p, 327,
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tagnes, en plaçant sur le chemin des pots du miel enivrant qu'on recueille aux extrémités des branches d'arbres ; ils saisirent le moment où les soldats, ayant goûté de ce miel , avaient perdu la raison (0 , pour tomber sur eux et les égorger. Quelques-uns de ces barbares se nommaient Buzères (*). Ceux que Ton connaît aujourd'hui sous le nom de Khaldéem ( KaXSaîot ) , s'appelaient anciennement JîT/eaiMÔes (^). >»
Les observations que dans plusieurs des chapitres précédents nous avons présentées sur les populations barbares que Strabon vient d'énumérer , nous dispensent de nous arrêter sur cette partie de son texte. Nous y reviendrons d'ailleurs d'une manière plus spéciale , lorsque nous tracerons l'histoire géographique et ethnologique du Caucase , auquel ces tribus appartiennent par l'origine et la langue. Nous ferons seulement remarquer que les Tibarènes ont dans Strabon une bien plus grande importance géographique que ne semblent leur en donner les relations antérieures que nous avons analysées. En maint endroit de son ouvrage , notre géographe emploie dans un sens général les expressions tribus tibaréniques , côte tibarônique , Tibarênie , pour désigner l'ensemble de la contrée maritime qui avoisine Trébizonde et confine à la Kolchide (*) ^ de même que dans l'antique géographie moïsiaque, qui date du seizième siècle avant notre ère, la région caucasienne est personnifiée dans les deux noms de Hesekh et de Tubal, où l'on ne saurait méconnaître les Moskhes et les Tibarènes de la géographie grecque (s). Ces rapprochements pourraient conduire à d'intéressantes inductions ethnologiques, qui seront plus convenablement placées quand nous aurons à traiter de la géographie du €aucase; alors aussi nous retrouverons les Sanni ou Makrônes , et les Khaldéens ou Khaldi , peuples qui appartiennent, comme les précédents, à la souche
< Comp. les effets décrits par Xénophon, ci-dessus, p. 32/).
* Ce peuple fut connu dès les temps les plus reculés. On le trouve mommé dans tes anciennes Ârgonautlques d'Orphée , ainsi que dans le périple de Scy* lax (ci-dessus , p. 218 et 280 ).
» Strab. Mb. XII, p. 5ft8 D sqq. yoy. t. V, 2« partie, p. 40, delà tr. fr.
* Slrab. lib. II , p. 129 D ; VII , 309 C ; XI , 527 A , etc.
»Vid. Boch. Phaleg^ lib. III, c. 12»; Dubois de Montpereux , Voyage mtour du Cawa$9^ t. IV, p. 321, 338, «te. Add. ci-dessus, p. 360, note 1,
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géorgienne. Le nom de Petite-Arménie donné aux cantons mè» rains dé la droite de TEuphrate indique sufQsaroment Vextension de la race arménienne de ce côté du fleuve.
« Pharnakia , dans le territoire des Khalubes , possède des mines qui ne fournissent aujourd'hui que du fer, poureoil Strabon , mais qui autrefois produisaient aussi de l'argent. La côte est ici généralement très-étroite , parce qu'elle est immédiatement sous des montagnes pleines de mines et couvertes de forêts ; et comme il y a peu de terres labourables j il ne reste aui habitants d'autres ressources pour subsister que les minés et Ift pêche : les premières entretiennent un grand nombre de mineurs, et la seconde beaucoup de mariniers Le pays fournît
d'ailleurs des bois de construction en abondance , qui se transportent a;isément (jusqu'à la mer) au moyen de rivières*, oîi ]f recueille aussi beaucoup de lin , de chànvi*è , de cire et de poix* Les productions alimentaires suffisent aux habitants ; le miel
seul y est d'une qualité délétère La longue chaîne des raontS
Paryadtès , qui domine toutes lés vallées côtières , a beaucoup d'eaux et de forêts ; de tous côtés elle est coupée par quantité dé ravins et de précipices. Aussi Mithridafe l'avait-il choisie poni* y faire élever la plupart dès forte destinés & garder âes trésors (0. »
Le navigateur, en longeant la côte dans sa course vers l'oiiest, rencontrait, avant d'atteindre les bouches du Hâlys, celles du Thermodôn ( Thermèh-tchaï ) et de Y Fris (ïékîl Irmak). Sïrabon connaît fort en détail ces diverses rivières et leurs affluents j dont aucun voyageur moderne n'a jusqu'à présent exploré coniplétenient les vallées. Ici les montagnes pontiqiles plus écartées delà côte s'abaissent en collines doucement ondulées, dont te pentes se tapissent de riches vignobles et de bon pâturages 5 de spacieuses vallées et de larges plaines ont remplacé les gorges abruptes du Pont oriental et ses chaînes escarpées. Le ùom de Themiskura (ou Thémiscyré)^ célèbre dans les vieilleîi traditions des siècles héroïques , est resté à une plaine étendue que trave^ sent le Thermodôn et l'Iris avant de se perdre dans TEuxin. Cette plaine, parée d'une éternelle verdure, nourrit uneim-
1 Strab. Ub. XII, p. 549 B; XI , 498 G; XII , 555 G.
àSIE-MINEURS de BTRiBON. PONT. 391
mense quantité de bœafs et de ohevaux estimés, et se couvre, dans ses parties les plus hautes, d'arbres fruitiers de toute es-' pèce. La plaine de t^hanarée touche au sud à celle de Thémis^ cyre \ 17m et le Lykos s'y réunissent près d'une ville qui avait pris de son fondateur , Mithridate Eupator, le Uotii d*Eupatortùi nom que le grand Pompée avait changé en celui de Magno^ polis (*). Le voyageur , tout en admirant aujourd'hui l'etactitude des indications topographiques de notre géographe àut cette partie du POnt^ y cherche en vain les restes de la ville de Mï-^ thridate : nul vestige n'en marque l'emplacement au confluent des deux rivières (2). Kahira^ à environ 150 stades (6 lieues) plus haut sur le Lykos (Ghermaïli-tchai)^ avait servi de résidence a Mithridate , qui y avait un palais. Le nom do Dfeocmared que prit cette ville postérieurement au siècle de Strabori , ë'est seul eonservé dans celui de Niksar i^\
yitnisos, ancienne colonie hellénique que le grand Mithridate avait fort embellie ^ était située au fond d'un golfe spacieux entre l'embouchure de l'Iris et celles du HalySt La ville actuelle de Samsounl'a remplacée) sans occuper précisément le sol où s'éle-* vait la vieille cité C^). Tout ce territoire qut avoisine à l'est le oours inférieur du Halys est un excellent pays; C'est là que com^ mençait à se montrer la race , inconnue dans la Cappadoce et dans le reste du Pont , de ces moutons à laine âne qui étaient une des richesses de la contrée (<^).
jimasée , dans une Vallée longue el profondément encaissée où coulent les eaux de J'Iris ^ était la ville natale de Strabon , qui en donne, comme on peut le penser^ une description circonstanciée (8^ ; le nom s'en est conservé pur dans la dénomination actuelle d'Âmasïa. Zélèh ou Silèh^ à quelques lieues dans le sud d'Amasïa, sur un affluent de la gauche de l'ancien Iris, garde
i Strab. LIb. XII, p. 556 C} Cf. Appian* il« BtiU Mithriêat.^ c. 18 et 115*
* £ug* Borét Corre$pon(iance et Mémoirsê d'un voyageur en Orient ^ ci-après, dans le vol. suiv.; Will. BditaWion ^ Reiearehês in Aêia Miner^
- s Eugène Bore ^ ibidt ; W. HamUton^ I, 3AS*
^ W» HamiUon,!, 390.
8 SUrab. lib. XII , p. 546 D ; add. 561 D.
• Lib. XII, p. 561 A.