‹ Histoire des découvertes géographiques des nations Européennes dans les differentes parties du mondeChapitre 82 sur 123 · ASIE-MINEVEE. [1" SIÈCLE AP. J.-C · texte numérisé non relu

ASIE-MINEVEE. [1" SIÈCLE AP. J.-C

pareillement le nom de Zêla, où il y avait un temple d'Ânaîtis, la Vénus assyrienne, célèbre dans tout le Pont. Ce temple était desservi par un collège de prêtres qui le cédait à peine en richesses et en autorité au collège de Komana CO. D'autres temples indigènes s'élevaient encore dans cette partie occidentale de la Cappadoce Pontique , objets de la vénération profonde des peuples et du respect même des rois, lorsque la Cappadoce était indépendante. La vallée de l'Iris avait sa Komana , surnommée PorUiqw pour la distinguer de la Komana cataonienne dont elle était une colonie; cette Komana du Nord, où tout rappelait celle de la Grande-Gappadoce, l'organisation intérieure, le culte et les rites, se distinguait seulement par l'extrême corruption des moeurs et par la succession ininterrompue de ses fêtes, où les plaisirs de toute nature auxquels présidait une armée entière de beautés vénales attachées au temple , étaient prescrits plutôt que contenus par les préceptes de cette religion sensuelle, née dans les chaudes contrées de l'Asie. Tous les biens-fonds des habitants, dit Strabon , consistent en vigaobles. La ville était ainsi devenue tout à la fois le point de réunion d'un immense concours de pèlerins accourus de toutes les parties du Pont et de la Grande- Gappadoce , et le centre d'un commerce très-important avec les pays d'au delà de l'EuphrateC^).

Strabon , nous l'avons déjà dit , trace avec exactitude le cours du Halys , le plus grand fleuve de la Péninsule. « Le Halys^ dit-il, tire son nom des salines (à'X&ç) près desquelles il passe; il prend sa source dans la Grande-Gappadoce , près de la Pontique, et aux environs de la Kamisène. Il parcourt un long espace dans la direction de l'orient à l'occident-, puis, retournant vers le septentrion , il traverse le pays des Galates et celui des

« Ibid. p. 559 D.

s Jbid, p. 557-559. Heeren , dans son immortel ouvrage sur le dmfMf^ et la Politique des anciens Peuples , a étudié au point de, vue de l'économie publique ces créations de grands centres commerciaux que nous voyons pbcés, dans l'antiquité comme à Tépoque de 'notre moyen âge européen, sovs l'invocation des dieux populaires et sous la protection de la foi religieuse; et le professeur Creuzer , dans sa magnifique exposition des Religions de VA^ tiquité^ si remarquablement traduite par M. Guigniault, a particuliërenKO^ approfondi les parties dogmatique et symbolique de la religion cappad^* tienne.

ASIfi*MlNEURB DE STRABON. LB RALYS. 393

PaphlagODS, séparant ceux-ci des LeuftosyriCO. n Au surplus, Hérodote lui-même, cinq cents ans avant Strabon, avait connu très-exactement aussi le cours de ce grand fleuve W. C'est Pline, le premier, trente ans après Strabon, qui a donné lieu, par unepbrase où il y a autant d'erreurs que de mots (3), à l'introduction sur nos cartes d'une branche méridionale qui n'exista jamais (*) , tant la vérité est fragile et l'erreur contagieuse !

Pour Strabon, comme pour Hérodote, le Halys est la grande ligne de démarcation de la Péninsule : c'est au Halys que se terminent, avec la Gappadoce , les contrées qui par leur langue et leurs origines se rattachent aux nations plus orientales de la région de l'Ëuphrate ; c'est là que commence Y Asie propre dans son acception restreinte et spéciale , ou, comme on dira plus tard , Y Asie-Mineure. Arrivé à celte grande frontière , le géographe embrasse du regard l'ensemble des provinces qui lui restent à décrire dans la Péninsule : » Les pays en deçà du Halys sont, du côté du Pont-Euxin et de la Propontide, la Paphlagonie, la Bithynie et la Mysie, avec la Phrygie hellespontique, qui comprend la Troade ; du côté de la mer Egée et des autres mers qui s'y joignent, TiEolide, l'Ionie, la Carie et la Lycie^ dans l'intérieur des terres , la Phrygie , à laquelle appartient le pays des Gallo-Crecs , appelé Galatie , cette autre Phrygie que

' Ub. XII, p. &ft(^; t. IV, 2* part., p. 35 de la trad. fr. L'existence des grands d^ôts salifères dans le sol que traverse le Halys inférieur a été constatée par les voyageurs mod^nes. W. Hamilton, Res. in A$%a Minorai, I, p. 378 ; Fr. Âinsworlh , dans le Journal of Geog. Soc, of Lond, , t. IX , p. 264-67.

* Ci-dessos, p. 303. Il convient cependant de remarquer qu'une expression Inexacte , dans sa trop grande généralité, de l'un des deux passages où Hérodote menUonne le Halys (lib. I, c. 6), a pu contribuer a accréditer plus tard la fausse noUon de la direction Sud-Nord de son cours.

* Amnis Halys j à radieibus Tauri per Cataoniam Cappadoeiamque deeurrens, lib. VI, c. 2.

^ FoffêX d'Anville, Géographie Ancienne abrégée ^ t. Il, p. 7, et les cartes de l'illustre géographe. Comp. Mannert, Géographie der Grieeh, und Jtûtmer^ t. VI, 2* part., p. 455. L'aflfluent du Halys que d'Anville regarda comme une branche méridionale dn fleuTe , pensant ainsi concilier Pline avec Strabon et Hérodote , n'est qu'un cours d'eau de très-peu dlmportance nommé Tatlar-sou ou Hytère de Tatiar, coulant du Sud au Nord^ entre le mont Arcj^ëh et le grand lac salé, ou Touz-Gheul.

Ton nomme Épictète (c'est^^à-dire ajoutée , anaesée) ^ la Lj-* kaonie et la Lydie (0. » Pour comfrféter cette éDiimératiim,il faut ajouter les provinces du Taurus , comprises entre cette cbûtis et la mer, c'est-à-dire , la Pamphjlie avec la Pisidie, risauriê et les deux Cilicies , provinces qui ne sont pas comprises daos Vyisie propre y comme étant au sud ou au delà du Taurus. C'est dans cet ordre même que Strabon va décrire ces diverses provinces , et que nous allons les parcourir avec lui.

La Paphlagonie^ qui touche am Pont eappadocien dont le Halys inférieur la sépare , s'étend à Touest depuis ce fleuve jusqu'au Parêhenios qui lui sert de limite du côté des Bâthyoîens. Son front , où se projette le promontoire KarunMs ( aujourd'hui cap Kérempèh ) , s'étend au nord sur le Pont^Ëuxin , et elle a au sud les Galates établis dans la Grande-Phry^e. Une chiûne demoor tagnes qui longe la côte à peu de dislance depuis Sinope Jusqu'à» Parthenios, et qui abonde en bois excellent pour la constractioa des navires , partage la Paphlagonie en deux régions naturelles bien tranchées, la région maritime et l'intérieur.. Au sud de cette première chaîne, une autre rangée , V Olgaisys ^ ekàe%Bom^ mets élevés et d'un accès difficile («).

IjB. première ville de la côte, à partir du Halys, est SinopB (£tv(ii7C7), Sinopé);, c'est la plus considérable dii pays. Elle fut autrefois fondée par les Milésiens, et elle ne tarda pas à détenir , au moyen de lit maf ine qu'elle avait fol^inée 4 maîtresse d^une gfaûde partie de la côte de i*Euxin , depuis le BOfephOfe jusqu'au Phase. La nature, non moins cpe la main des hommes, avait contribué à l'embellir. Elle est située sur l'isthme d'une presqu'île , et possède deux ports placés aut deux côtés de cet isthme C9). Diogène lé Cynique était tié è Sindpe* L'i)ltvîer<50ùvrÊi les parties du territoire de la ville les plus Rapprochées dé U mer. Le port d'Ârmênè, un peu plus loin a l'ouest) appartieat aussi aux Sinopéens.

1 Strab., lib. II ^ p. 120 D) comp. XII, 53/i G.

> Strab. XII, p. 544 B; 546 D; 562 A. Le nom d'Olgassys se conserve en* eore dans celui de mont Alkas^ ea AIka»*Dâgh«

* Ëtle n'a changé aujourd'hui ai de situaUon di de noni< Les Turks pro* noncent Sinoub. yitmènê a pris- te nom d'Ak-Limaa^ le Port-BUnc. Ki«9lii est aujourd'hui Kinolou , et Ama»trU Amàssérah.

AStE-VIKËVRÉ DE STRABON. l>ÀPHtAGONlE , BITHYNIE. 30&'

Deux villes moins considtérables se succèdent sur la côte : A«« nôlis et jàmasfris , celle-ci à l'occident , celle-là à Vôrientdu Karambis. Âmdstris s'est formée de la réunion do quatre bourgades antiques , Têion , Sésamos , Kutdros et Krômnê , mentionnées par Homère dans son dénombrement des Paphlagons. Dans l'intérieur des terres, il n'y avait au temps de Strabon qu'une seule ville à citer 4 PoihpHopûUs i, alors de fondation isoovelle. On en a retrouvé l'emplacement dans tin lieu maintenant obscur qui porte cbez les habitants le nom turk de Tasch-Keupri (0.

Lé ParthenioSy limite commune des Paphlagons et des Bitbyniens , devait son nom , dit âtraloo!» ^ dnx campagnes fleorieB qu'il arrosait dans son cours (*). Notre géographe passe rapidement sur le pays bithynien , Contrée satis illustration historique^ et dont toutes les villes notables , à l'exeeption de Hêrakl^ia ou Héraclée , port renommé sur la côte du Pont , qui conserve encore de nos jours , sous le nom d'EregU , une partie de son an-* cienne importance , étaient de fondation récente. Nicée (Ntxat*^ Nikaîà) , capitale de la Bithynie, avait été fondée par Antigène , fils de Philippe, qui l'avait d'abord nommée Antigonie, Elle était située sur le lac Âskania , au milieu d'une plaine vaste et fertile , mais que les exhalaisons d'un terrain noyé rendaient malsaine durant les chaleurs de Tété. Isnik , comme prononcent aujourd'hui les Turks, occupe l'emplacenaent de Nikaïa, de même qn'Iskithid , forme contractée d'Isnikmid , rappelle le nom de l'aneieHne Nitomédie (NtiKop-TJ^ia). Celle-ci avait été ibndée par un ded rois bithyniens , dont le nom de race était Nicomède ; elle était au fond d'un golfe profond de la Propontide 5 auquel une petite ville d'origine plus ancienne , Àstakos , doiiiiail son nom (I). Au sud de ce golfe , la Propontide en creuse nù second daBs leë terres sur lequel était Prusim , ancienneliieni bommée Kiês^ la Ciuê des écrivains latins. Philippe , père de Persée, roi de Macédoine, ayant détruit Kios et une ville voisine , nommée Myrléïa , les fit rebâtir l'une et l'autre , la pre*

1 Strab. , lib. XII, p: 5àà et salT. , et p. 662 G.

> Lib. XII , p. 5A8 G f^oyest la note de M. Goray , t. IV, T part. , p. 27 de la trad. franc. Le Parthenlos conserye parmi les Grecs du pays le nom de Pariheni , que les Turks prononcent Baritn o« fiarUn*

> Aujourd'hui le golfe d'iskimid.

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