ACTE I, SCÈNE V
UÉONARDO.
Ce que nous avons fait , c'rtail noire devoir ; Ce que le ciel envoie il l'aul le recevoir.
NIZZIDA.
Je ne vous en dois pas moins de reconnaissance.
VAKGIANI.
N'estil aucun écrit indiquant sa naissance? N'avez-vous rien trouvé?
LÉONARDO, liranl une petite croix avec un cordon.
Si... celle croix de for ,
Que l'un de nous faillit laisser choir dans la mer.
Oh ! donnez. — Celle croix , c'est ma mère , sans
Qui l'a mil sur mon cœur... [doute,
LÉONARDO, la lui donnant.
Peut-être. — Mais, écoute :
Garde bien cet objet, il pourra le servir A retrouver le nom qu'on l'a voulu ravir. Qui sait? — Peut-être es-tu d'une illustre nais- Le nom de tes parens... [sance ,
NIZZIDA.
Si d'eux jai connaissance, Ils ne passeront pas avant vous dans mon cœur ; Je leur dois le jour , mais à vous...
LÉONARDO
Quoi?
VÂRGIAM et NIZZIDA.
Le bonheur.
LÉONARDO
Votre bonheur, enfans ! c'est le mien, c'est ma joie. Pour que je sois content , il faut que je vous voie Plus satisfaits que moi. — Je vousai vus tous deux Commencer dans ce monde un chemin hasardeux; Mêlant vos heureux jours, dès votre adolescence. Vous éprouviez d'amour la douce effervessence...
22 NIZZIDA.
Vous vous aimiez, — d'abord comme un frère el
[sa sœur ; Plus lard , un autre amour calme el plein de dou-
[ceur , Sans chasser le premier , descendit dans vos âmes Et couva vos deux cœurs sous ses ailes de flam-
[mes !...
— Enfans , aimez-vous bien toujours comme cela, Soyez toujours unis ainsi que vous voilà !
{A Nizzida.) Ma fille , tu seras aimante et généreuse.
(.4 Vargiani.) Toi, mon Vargiani , sache la rendre heureuse, I.e ciel me confia cet ange abandonné , Et moi je te remets ce que Dieu m'a donné. C'est un trésor sacré qu'en tes mains je dépose ! Pour tout son avenir , sur toi je me repose ; Songe que lu juras de protéger ses jours , De n'aimer jamais qu'elle el de l'aimer toujours î
VARGiAM , montrant le Vésuve.
Léonard, voyez-vous celte sombre montagne Dont le sommet de flamme éclaire la campagne? Voyez-vous s'échapper cette gerbe de feu Qui semble s'élever jusqu'au trône de Dieu? Parfois , ce grand volcan , éternelle fournaise , Aprèsdegrandséclals pourquelque temps s'apaise. Mais , ne s'éteint jamais. Le feu qui reste au fond Couve, non moins ardent, sous l'abîme profond. C'est ainsi qu'est l'amour que Dieu me mit dans
[l'âme ; C'est un autre volcan qui jette aussi sa flamme , Brasier, qui fait bouillir mes veines de vingt ans, Qui brûle avec ardeur et brûlera longtemps! L'amour ! — C'est le seul bien que le pauvre possède Et que jamais son cœur à ses maîtres ne cède ;