ACTE IV, SCÈNE IV
VARGIANI.
Ah ! vous ne pensiez pas me trouver dans ce lieu ?
LADI3LAS.
Que vieiis-lu faire ici... réponds?
VARGIAM.
J'y viens , mon maître , Pour reprendre mon bien... et me venger ,peut-
[èlre.
[A pari , voyant Léonora sorlir furtivement avec
Nizzida qui résiste.) Ah ! je ne crains plus rien.
LADISLAS
Sais-tu bien qui je suis?
AJalheureux , connais-tu celui que tu poursuis?
V4RG1ANI , avec uuc colcrc croissante.
Oui , monseigneur , je sais de quel nom l'on vous
[nomme Et que vous tenez plus du démon que de l'homme; Oui , je sais que lu n'es qu'un méchant duc Hon- Arrivé par le crime au trône de nos rois ; [grois , Oui , je sais que ton père a tué noire reine Jane , pour lui ravir la pourpre souveraine ; Et loi , digne héritier , digne fils de Durras , Meurtrier comme lui , comme lui tu mourras. Voilà ce que je sais.
lADisLAS, portant la main à son côté comme pour tirer son épée qu'il n'a pas.
Ose-lu bien?...
Oui , j'ose , Car seul je suis ici le maître en foule chose,
LADISLAS , le poussant.
Arrière donc, manant, que je passe!...
VARGIAM , l'arrêtant.
Toul beau !
80 NIZZIDA.
On ne sort pas ainsi , seigneur , de son lonibcau. (Ladislas s'élanl aperçu qu'il est sans arme , cherche conlinuelleincnl à gagner la porte, mais Vargiani l'empêche d'en approcher. — Même jeu pendant toute la scène.)
VAKGiAM , plus calme.
Puis il faut m'écouter ; il faut que je vous parle , Moi. fils (lu peuple, à vous, fils du troisième Charle; Je vous dirai tout haut ce que le peuple dit Quand il parle de vous, son souverain maudit. — Maiire, lorque l'on touche à son heure dernière , Il est bon de jeter un regard en arrière Pour mesurer sa vie en rassemblant les faits ; Je pourrais vous aider à compter vos forfaits : De tous les jours des rois le peuple tient mémoire.
— Sire , ce n'est pas tout d'acquérir de la gloire : 11 faut savoir porter son éclat noble et beau ,
11 faut la maintenir pure jusqu'au tombeau ; Et non pas comme vous , par de honteux sévices , L'effacer jour à jour , où la charger de vices. Vous étiez glorieux , dans votre jeune temps... IS'ous aimions à vous voir avec vos comballans... Le peuple, que toujours une victoire anime. Vous avait surnommé le prince magnanime ! Mais sitôt que vos jours de nuages couverts Firent pleuvoir sur vous l'orage des revers. Vous avez méprisé votre propre bannière ; Votre char s'est jeté dans la mauvais ornière ; A Rome , vous avez en un instant sali Votre nom glorieux , mamlenant avili !
— Votre aurore fut belle , au matin de la vie : Mais de quel jour affreux a-t-elle été suivie ?... V^otre front couronné , jadis . de tant d'honneur. L'est de honte à présent. — En un mot, monsei-
[gïieur,