XVI AVANT-PROPOS
contient nombre d'allusions à des passages de l'Écriture et même des textes cités intégralement.
Il me parait donc peu sûr d'attribuer le Saint-Epvré à Adson et ce qui achève de me tenir en défiance, c'est que l'anonyme de Montiérender qui nous a donné la liste des ouvrages do son abbé, ne cite pas dans son catalogue le travail qui nous occupe. Tout au plus, pourrions-nous voir dans Adson le moine de Saint* Epvre qui, au x' siècle, a relaté quelques-uns des miracles du saint prélat (1) ; mais ceci est une simple hypothèse ; les divers chapitres du Livre des Miracles ne sont certainement, ni de la même plume, ni de la même époque (2), et les derniers, celui par exemple qui rappelle la mort de Ludelmo (Calmet, /. c, ch. XXV) et celui qui raconte l'invasion des Hongrois sous Dreux (ch. XXVII), renferment des passages transcrits intégralement du texte des Gesta.
L'auteur de la partie biographique nous est donc inconnu ; pouvons-nous savoir au moins en quel temps cette œuvre fut rédigée? Au rapport de Benott- Picart (3), quelques critiques la faisaient remonter jusqu'à la fin du vi' siècle, vers l'épiscopat d'Antimond, sixième successeur de saint Epvrc. Quant au savant Capucin, il semble partager le sentiment de ceux qui l'attribuaient à Frothaire (814-849). Nous savons en eflet que ce dernier prélat envoya h l'un de ses correspondants, l'abbé d'Inden, des reliques et une vie de saint Epvre (4). Toutefois rien ne nous indique qu'il en fut l'auteur, comme rien de nous prouve l'identité de la biographie que citent les Gesta (5), avec celle que nous avons aujourd'hui sous les yeux.
Du reste, la Vie de saint Epvre reprend l'erreur gros.siôre qui fait vivre le saint évêque au temps de l'empereur Adrien (6) et, sauf le récit de deux prodiges et des amplifications édifiantes sur les vertus du bienheureux pontife, elle nous fournit moins de renseignements historiques que le Livre des Mira^^les. C'est en effet dans ce dernier que nous trouvons le récit de la mort de l'évêque Ludelme et de l'invasion des Hongrois, des détails intéressants sur saint Gauzolin et saint Gérard, etc. Peu nous importe donc d'ignorer l'auteur et l'époque du Saint-
(i) La mort de Ludelme. par exemple (ch. XXV) et sans doute aussi tout le chapitre XXIV.
(2) Ainsi le chapitre XXVI a ce titre signiftc^iUf : « De quodam miraculo a Petro^ Sanclœ Romand' Ecclesiœ diacono^ composito. » Les sujets traités dans les chapitres suivants : invasion des Hongrois, translation des reliques de saint Epvre, etc., semblent indiquer que ce livre formait de véritables annales que l'on tenait au courant des faits et des prodiges nouveaux.
(3) Ben.-Pic, 225 et 248. — Les Gesta 4iseni en efïet (VVaitz, /. c, 635 ; Calm., l. c, CLxvi) qu'Antimond composa des répons et des écrits en l'honneur de saint Epvre.
(4) Lettre XXI, dans Bouquet, VI, p. 3d4.
(5) « Sicut in Libro vitœ ejus legitur » (Waitz, L c, 634 ; Calmet, L c,