CHAPITRE IV. — BRl'NON I)K IJAGSBOI'RG ET L'DOX
prélat put donc triompher de sa résistance, et il quitta la cour, excitant, par son désintéressement et par son humilité, l'admiration du roi et Tétonnement des ambitieux. 11 n'était point facile alors de revenir de Lombardie jusqu^en Lorraine : il fallait traverser les défilés des Alpes, au milieu d'un peuple révolté qui faisait mauvais accueil aux partisans de Conrad. Brunon échappa merveilleusement à plusieurs embuscades, entra à Toul le 19 mai 1026 (1), en la fête de l'Ascension, et fut installé aux acclamali(ms du clerjçé, de la noblesse et du peuple par Thierry de Luxembourg, évérjuede Metz, son cousin.
Conrad avait manifesté le désir qu'il fût sacré à Rome, le même jour que lui, par le souverain pontife, Jean XIX. Mais Brunon avait de trop bas sentiments de lui-même |)Our être tenté par un honneur si rare ; il savait que Tarchevêquede Trêves, Poppon, serait très blessé de ce qu'il considérerait comme une atteinte à ses droits de métropolitain (i) ; il alla donc conjurer le roi des Romains de renoncer à son projet et, ([uelque répugnance qu'y ressentit le futur empereur, Thumilité du prélat et la discipline ecclésiastique obtinrent enfin gain de cause. L'élu se rendit à Trêves et demanda à Poppon l'onction épiscopale.
Mais l'archevêque, avant le sacre, prétendit lui faire signer l'engagement de ne prendre aucune décision, de ne conclure aucune aflaire sans son conseil et sans son aveu. C'était amoindrir l'autorité épiscopale: Brunon refusa noblement et s'en revint en Lorraine. Le conflit eut pu durer longtemps si Conrad, instruit de l'incident, n'avait mandé à VV'orms les deux prélats et fait au métropolitain de sages représentations. Poppon abandonna ses prétentions, et son jeune suffragant, pleinement rassuré, lui promit sur le cham|) d'user largement de ses avis. Il fut sacré le 9 septembre 1020 13) et il resta toujours uni d'une amitié très étroite avec celui (ju'il voulait
il) Wiberl, /oc. ct£., 653. — Benolt-Picart 'Htst,, Xyi) mot cotte entrée au 20 mai et Dom Calmet (If, 156», au 23 du mémo mois. Mais, en 1020, l'Asiension tomba le 19 mai.
(2i Voir plus haut, page ilii.
(3) Benolt-Hcart {Hiat.^ 35")) donne la date do 1027 : Dom Calmot II, lli7i.coIlo do 1056, laquelle est plus probable
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bien avoir pour conseiller et pour père, mais qu'il refusait d'avoir pour maître.
Un tel début faisait bien augurer de ce pontilicat: Brunon ne laisserait point entamer les droits de son Eglise et le diocèse de Toiil verrait se continuer les fermes traditions de ses grands évoques.
Le nouveau |)rélat fut, lui aussi, un homme d'action. Son zèle, sa piété mthne, ne lui permettaient pas un instant de répit : tous les loisirs que lui laissaient les devoirs de sa charge, les exigences de la vie féodale ou la maladie, il les consacrait à la visite de son diocèse et à de pieux pèlerinages. 11 assista, en 1030 et en 1037, à deux conciles de la province de Trêves. Tous les ans, nous dit Wibert, il faisait le voyage de Rome : ce qui nous surprend bien un peu, car, vu Tétat des routes et la lenteur des moyens de transport, de telles expéditions exigeaient une absence de plusieurs mois.
Mais Brunon était si actif que son diocèse n'en souffrait point. Il s'occupa de la réforme des monastères et entretint l'ardeur que Widric, abbé de Sainl-Epvre et disciple du B. Guillaume, mettait à établir solidement à Saint Mansuv et à Movenmoutier les conslitu lions de Cluny. 11 acheva l'abbaye de Poussay, la dédia à sainte Menne, notre vierge leuquoise, et y installa des religieuses de Tordre de Saint-Benoît (1) ; il confirma la fondation d'un prieuré, à Deuiliy, près de Lamarche en Bassigny, par Gauthier de Deuilly et par sa femme, Odile (2) ; la création d'une abbaye de religieuses, à Bleurville, non loin de Deuilly, par Renard III, comte de Toul, en rhonneur des saints martyrs Bertaire et Athalène (3) ; Tétablisse-
(1) Wiberl, loc. cit., 6;)4. — Calmet, II, <:oxc. — L'abbaye fut sécularisée et transformée en chapitre-noble dans le courant du xv* siècle. Elle a disparu à la Révolution. — Cf. Em. Gaspard, Abbaye et chapitre de Poussay, dans Mém. Soc. Arch. lurr., 1871.
(2) Deuilly, aujourd'hui commune de Serécourl, c. de Lamarche (Vosges), fut un château célèbre et a donné son nom à une puissante maison de la clievalerie lorraine. — La charte de confirmation du prieuré est dans Calmel, U, cclxxii. — ChAteau et prieuré furent ruinés sous René II, vers 1480, par le seigneur même de Deuilly, et le service du prieuré fut transporté au monastère de Saint- Epvre. (Calmet, A'of. de la Lorr.)
-3) /^/f?wrr«7/^, c. de Monthureux-sur-Saône (Vosges). —L'abbaye de Rleurvill*^ fui (^•1n'' l'i '-rito ;)r!îpl''»fî [)ar des moines et réduite au rang de priiMiré. Elle