‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 102 sur 265 · CHAPITRE IV. — BIUNON DE DAGSBOIJRG ET TDON · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — BIUNON DE DAGSBOIJRG ET TDON

ment du prieuré Saint-Pierre de Relanges, par Riquin de Darney et Lancède, sa femme, pour six moines de Cluny (1), etrérection d'un prieuré à Fontenoy-en-Vôge, par Frédéric I, comte de Toul, gendre de Renard III (2). Il consacra les églises de Deuilly,de Bleur ville et de Bertigny (3) et, en 1045, il passa les Vosges pour faire la dédicace du sanctuaire de Sainte-Odile, au Hohenbourg (4).

Les intérêts matériels ne le laissaient point indifférent: il défendit le temporel de son Eglise contre les usurpateurs. Le seigneur de Vaucouleurs avait fait de son château un repaire de brigands ; il détroussait les voyageurs et rançonnait le pays d'alentour. Brunon marcha contre lui, mais ses troupes durent se retirer devant les comtes de Reynel et de Fliste, accourus au secours de leur compère (5). Il fut plus heureux avec son vassal. Renard III, le fondateur de Bleurville : il le contraignit à restituer au chapitre de Saint-Étienne le village de Tranqueville et à Tabbaye de Saint- Mansuy, quelques revenus qu'il avait usurpés (6). Frédéric I, successeur de Renard, lui ayant désobéi, il lui retira le comté de Toul, le donna au voué Arnoud et affirma, par cet acte énergique, son autorité souveraine sur cet ofTicier qui, non content de considérer

dépendit alors de Tabbaye Salnl-Mansuy, puis du prieuré de Saint-Nicolas (Calm., Sot. de la Lorr.). — Bertaire, prêtre d'Aquitaine et le diacre Alhal^ne, son neveu, furent rais ^i mort, au temps de Pépin le Bref, par un seij<neur bourguignon, pW's de Menoux, (auj. c. d'Amance, Haute-Saône), alors qu'ils visitaient en p«'lerins les principaux sanctuaires des Gaules. — Us furent honorés comme martyrs k Faverney (même canton) et dans toute la région d'alentour. — Ce qui reste de leurs reliques est aujourd'hui conservé dans l'église de Bleurville (L'Hôte, La Vie des Saints ).

(if RelangeSj c. de Darney (Vosges). — Le prieuré fut uni en 1725, à la collégiale de Darney ; mais Louis de Goyon, vicaire-général de Rouen et prieur commendalaire, protesta contre celle union : d'où un long et coûteux procès qui ne se termina qu'en 1782, par une transaction. Le chapitre renonça aux privilèges de la bulle d'union et le prieur s'engagea à lui payer une rente de 1.600 livres. Les frais s'élevaient à 75.000 livres (Louis, Dép. des Vosges, VII, Relanges).

(2) Cf. Olivier, Fonteaoy-le-Châleau. Kpinal, 189i, p. 173. Fonlenoy était du diocèse de Besançon.

i3 Bertigny, auj. Saint-Blin, arr. de Chaumont (Haute-Marne\

(4) Aujourd'hui, le sanctuaire de VOditenberg, prés d'Obernay (Alsace). — Le Hohenbourg et son monastère dépendaient de l'abbaye d'Étival (Hugo. À nu. Ord. Prœm., II, Htivagium).

(5) SS., VIII, 645. — Ben. -Pic, :J80.

(6) Ben.-Pic, 132.

sa charjî^e comme un fief héréditaire, visait, selon la tendance universelle, à s'ériger en maître indépendant (1). Plus heureux que leurs confrères de Metz et de Verdun, les évéques deToul n'avaient point, pour voués ou pour comtes, de puissants seigneurs, tels que les ducs de Bouillon, les comtes d'Alsace ou de Bar ; ils pouvaient réagir plus facilement contre les empiétements de ces gênants pro lecteurs.

La vigilance pastorale de Brunon ne put toutefois pas épargnera son peuple les horreurs d'une guerre terrible (2). Le roi de Bourgogne, Rodolphe III, n'avait point d'héritier direct. De son vivant, il avait désigné pour son successeur saint Henri II, puis, après la mort de ce dernier (1024), Conrad II, mari de sa nièce Gisèle.

Mais le roi de Germanie savait qu'il ne recueillerait point sans combat cette importante succession. Voulant de bonne heure s'assurer des appuis, il avait envoyé Tévêque de Toul auprès de Robert le Pieux, roi de France. Brunon s'était acquitté avec zèle et habileté de cette délicate mission ; mais Robert mourut en 1031, avant que Rodolphe ne terminât sa longue et insignifiante carrière (1032) et que Conrad fût à môme de mettre à profit les dispositions bienveillantes que notre prélat lui avait ménagées à la cour de Paris.

Le roi de Bourgogne avait pour neveu Eudes, comte de Champagne et de Blois, l'un des plus puissants seigneurs de France. Celui-ci se déclara injustement frustré de sa part d'héritage et, profitant de ce que l'époux de Gisèle était occupé avec les Slaves et les Hongrois, il envahit les états du monarque défunt. L'empereur accourut en toute hâte, se lit sacrer roi de Bourgogne et contraignit son compétiteur à se retirer.

Pour dédommagement, Eudes aurait désiré que le gouvernement du royaume de son oncle lui fût confié, à titre de bénéfice. Mais Conrad n'eut garde d'introduire le loup dans la bergerie. Le comte de Blois irrité se jeta sur la Lorraine, vers la fin de 1036, s'empara du château de Bar et de plusieurs autres, mit le pays à feu et à sang

(1) Calm., H, cccviii. — Lettre d'Udon pour l'abbaye de Blcurville, iOoâ.

(2) Wibert, loc. cit., 653. — Sigebert de Gomblours, Chronographia, SS., VI, 'Xjl. — Jean de Bayon, Chroniron, ap. Calinet, ÏII, ccxviii.

CHAPITRK IV. — BKINON DE DAGSBOUUG ET LDON 201

et poussa jusqu'à Toul. Il avait habilement profité du mécontentement de certains nobles qui trouvaient la main du prélat trop ferme, son œil trop vigilant ; il s'était ménagé des intelligences dans la place et il pensait y pénétrer sans coup férir.

Il avait compté sans le courage de Brunon, sans Tardeur des bourgeois, et surtout sans l'arrivée de Conrad. Il dut battre en retraite précipitamment, non sans avoir brûlé le bourg Saint-Amand, l'église Saint (îqngoult et les abbayes Saint-Epvre et Saint-Mansuy. Il était temps que le secours survînt: à peine Eudes était-il parti qu'un pan de la muraille nord s'écroula, ouvrant une large brèche qui eût donné à l'ennemi un bien facile accès.

L'agresseur ne se découragea point encore : il tenta une seconde et une troisième expédition, mais enfin, Gothelon, duc de Basse-Lorraine, qui, depuis la mort de Frédéric II, de Bar (1033), gouvernait aussi le duché de Haute-Lorraine, le rencontra près de Honol,dansla vallée de l'Orne (1), le 15 novembre 1037, le mit en pleine déroute, et un valet lui donna la mort.

Cette guerre fut d'autant plus terrible qu'elle succédait à une horrible famine. Pendant trois ans, de 1028 à 1030, les pluies furent si constantes que les récoltes ne purent arrivera maturité ; la misère fut extrême et l'on fut obligé de vendre les vases sacrés des églises pour venir en aide aux malheureux. Wibert ne nous dit point quelle fut en ces tristes conjonctures la conduite de notre prélat ; mais tout nous porte à croire qu'il imita la charité de saint (îérard, son prédécesseur et son modèle.

Nous savons mieux ce qu'il fit pour l'abbaye Saint-Epvre. Voulant la relever de ses ruines, il organisa une sorte de souscription, et un diplôme, échappé aux ravages du temps, nous a conservé la liste des bienfaiteurs de ce monastère (2). L'empereur Conrad s'en gagea pour quinze livres et quatre onces d'or ; l'impératrice Gisèle, pour trois livres et deux onces d'or. Au-dessous de ces royales signatures, nous lisons les noms de l'évêque de Metz, Adalbéron III ; de plusieurs comtes et seigneurs ; de plusieurs abbés ; d'.Herbert,

li) Ce nom, donné par Jean de Bayon fibid.J, n'a pu iHre identifié. I2i Ben.-Pic, LXX. — Calmct, II, ixxix.

le primicier; d'Herbert, archidiacre (1) ; de Lambert, chanoine, et de plusieurs autres clercs. Grâce à ces généreux concours, Brunon put mener à bonne fin les travaux de reconstruction et il eut la joie de consacrer la nouvelle église du monastère.

Et, au milieu d'une vie si occupée, il trouvait encore le temps de cultiver les beaux-arts, la musique en particulier. Il composa des répons en l'honneur de saint Cyriaque, de saint Hidulphe, de sainte Odile (2), de saint Grégoire, peut être aussi de sainte Richarde (3), de saint Dié et de saint Colomban '4). Nous ne possédons plus ces œuvres lyriques de notre pieux prélat, mais, aux témoignages élogieux que rendent à son talent les auteurs contemporains, nous pouvons conclure que Brunon était digne de chanter le grand pape qui allait devenir son modèle.

Pendant que l'Église de Toul, sous le regard vigilant et sous la houlette paternelle de ses évoques, menait une existence assez paisible, voyait fleurir, dans ses monastères, la science et la vertu et, dans ses paroisses, la vie chrétienne, beaucoup de diocèses offraient un spectacle moins consolant et gémissaient, dévorés par les chancres de l'incontinence et de la simonie. Les évéchés étaient au plus offrant ou au plus hardi et la tiare surtout, après c.voir servi de jouet aux caprices des Théodora et des Marosia, était tombée

(1) C'est cet Herbert qui pourrait bien être le Wihert, auteur de la vie de saint Léon IX (Voir l'avant-propos).

(21 Wibort, Inc. cit., 655. — Sigebert (S.S., VI, a'iO).

(3) Dom Âubertin l'alTirine dans sa Vie de sainte Richarde^ p. 68.

(4) Hic (Humbort, plus tard cardinal), anno lOii, laude^i SS. Cyriaci martyris, Hiduiphi... Dendati... OdHiœ... (iregorii, Colombani, qu(v rulgo reaponsoria nominantur, rythmice ne metrice componena, episcopo lirummi modulanda tradidit (Jean de Bayon, Chronicon, ap. Calm., 111, ncxxiil. Donc, d'après Je^in de Bayon, la musique sonle de ces répons serait d<^ saint Léon IX: le texte appartiendrait au cardinal Ilumbert. Le récit de Wibert. dans ce passage, autorise cette hypothèse, car l'archidiacre insiste surtout sur les talents musicaux de son héros : « Maxime delectabatur artia rnxiaicœ periiia. .. immo in met1ificad\ilcedine nonuulloa fantiquorumj prœcellebat, nom, componens reiiponH()ria...y divini laudes servitii mirifico décore ampHavit. — Peut-être les répons de l'oflice de saint Hidulphe sont-ils arrivés jusqu'à nous : on peut les voir dans un opuscule, aujourd'hui très rare, dont la bibliothèque de la Société d'Archéologie lorraine conserve un exemplaire: Ofpcium aancti Hidulfi... jussu S. Leonis papœ noni compositnm. Toul, 1668, in-4% 35 p. — Cf. Jérôme, op. laud., 230, n. 3.

Page 1