CHAPITRE IV. — BRUNON DE DAGSBOURG ET LDON
Deux clercs strasbourgeois l'avaient usurpée sous Tépiscopat d'Hermann, prétendant qu'elle n'était pas du ressort ecclésias tique de Toul. Après information, l'évéque de Strasbourg les excommunia, les expulsa de son diocèse et Vipucelle revint à l'héritage de saint Mansuy (1)
Sous prétexte que leur prieuré dépendait de l'abbaye de Gorze, les habitants de Varangéville, gens têtus, dit la chronique, « contumaci rusticorum pervicacia, » refusaient de reconnaître la juridiction de l'archidiacre de Port. Udon porta l'affaire à l'archevêque de Trêves, Éberard, et provoqua la réunion d'un concile provincial. Cette assemblée se tint à Toul, en juillet 1057, sous la présidence de notre prélat: Éberard empêché, s'était fait représenter par Ar noud, l'un de ses archidiacres. On y voyait Adalbéron, évêque de Metz ; Thierry, évêque de Verdun ; les abbés de Gorze, de Saint- Arnould, de Saint-Vincent, de Saint-Symphorien, de Saint-Félix, de Saint-Mihiel, de Saint-Sauveur, de Senones, de Moyenmoutier, de Saint-Epvre et de Saint-Mansuy ; les primiciers de Toul, de Metz et de Verdun; treize archidiacres des quatre diocèses; Arnould, comte de Toul ; Folmar, comte de Metz... ht d'autres seigneurs du pays. Udon produisit ses preuves, obtint gain de cause et partit incontinent pour faire la visite canonique. Le monastère n'avait point été béni par l'évéque ; les reliques de l'autel y avaient été scellées par un simple moine. Il remit le tout en état et, pour éviter à l'avenir toute contestation, il fit dresser acte de la sentence et de la visite et il soumit ce procès-verbal à la signature de tous les assistants (2).
Cependant le seigneur de Vaucouleurs, fier de son succès (3), continuait à rançonner le pays d'alentour. Udon fit appel à ses deux puissants diocésains, Gérard d'Alsace et Louis de Montbéliard ; avec leur aide, il prit et détruisit le château du rebelle, rendit la sécurité au pays et vengea l'échec de son prédécesseur.
Gobert, seigneur d'Apremont (4), avait fait des incursions sur les
(1) Bulle de saint Léon IX pour SaintDié, 1052 (Calmet, II, ccxcv).
(2) Ben. -Pic, LXXII.
(3) Voir p. 109.
(4) Apremont (c. de St-Mihiel, Meuse) dut son origine à un château redou-
terres de Richian, seigneur de Gorniéville (i), vassal de Tévêché. Udon rexcommunia et le contraignit par les armes à rendre ce qu'il avait usurpé (1057).
Rollon, seigneur de Rollainville (2), avait enlevé par surprise le château de Vicherey, propriété du chapitre. Les chanoines eurent recours à Gérard d*Alsace; ils lui offrirent la voueriedecette forteresse ; Tévêque joignit aux troupes ducales la milice de son Eglise et le château fut recouvré (1067).
Arnoud, indocile à la sévère leçon qui lui avait valu le comté de Toul (3), abusait de son pouvoir pour commettre des exactions et molester les pauvres. Udon n'hésita poin4: : il le déposa dans une assemblée générale du clergé et de la noblesse et il redonna le comté au fils de ce Frédéric, seigneur de Fontenoy-en-Vôge, qui avait été dépossédé par Brunon(4). Mais il profita de la circonstance pour déterminer, avec une minutieuse précision, les droits et les devoirs des comtes de Toul (5).
Le comte, déclare-t-il dans son diplôme, n'a point de juridiction dans l'intérieur de la cité, en deçà de l'Ingressin, mais seulement dans le bourg (0), les faubourgs (7) et les terres de l'évêché.
Au niomeul du ban des vendanges, il tracera un sillon autour des vignes du mont Bar, « recto tenoread sexaginta pedes usque ad silicu-
lable, élové au sommet d'une montagne escarpée (asper vwns) et possédé par l'une des plus anciennes et des plus fameuses maisons du pays. Âpremont étail du diocèse do Verdun.
(1) Corniéville, c. de Commercy, Meuse, avait été donné à l'Église de Toul par l'évéque Magnald (Ben. -Pic, 271) et, après être passé dans d'autres mains, il lui fut légué de nouveau par Albéron, chanoine et archidiacre de Toul, en 1051 (Lem., I, 4).
(2} RollninviUe, c. de Neufchâteau, Vosges. — L'église de ce village, édifice roman très curieux, est contemporaine de ces événements.
(3) Voir p. un).
(4) Lit famille de Foiitcnoy était rentrée en grâce depuis quelques années déjà. En 1(X52, sur la demande de Frédéric I, le comte dépossédé, Udon lui avait rendu la vouerie de l'abbaye de Bleurvillc (Calmet, II, cccviii).
(o) Ben. Pic, LXXXII. — Calmet, 11, c:oi:xx.\vm.
(6) Le bourg était cette agglomération qui s'était formée, au nord et à l'ouest de la cité, sous les murs de l'antique Castrum ou Châtel, et qui fut au xiu* siècle comprise dans la nouvelle enceinte. Les paroisses du bourg étaient Saint- Amand et Notre-Dame ou Saint-Anian.
(7) Les faubourgs Saint-Epvre et Saint-Mansuy.