CHAPITRE IV. — BllUNON DE DAGSBOURG ET IJDOX '2il
chanoines de la collégiale devraient lui fournir un diacre et un sous-diacre (1).
Udon rebâtit aussi le bourg et l'église paroissiale Saint-Amand et il songea à élever au rang d'abbaye, sous le vocable de Saint- Sauveur et pour des moines de Tordre de Saint-Benoît, le prieuré suburbain de Saint-Anian qui dépendait de Tabbaye d'Inde, au diocèse de Liège (2). Il négocia l'affaire avec le monastère, fit avec l'abbé Verric un échange de biens ; donna la charte d'érection ; pourvut à la dotation par des dons, des acquêts, des mutations avec les religieux de Saint-Sauveur-en-Vôge ; fixa minutieusement les relations du nouveau monastère avec le chapitre de la cathédrale et soumit le tout à la ratification impériale ; mais l'affaire, si bien en gagée, semble n'avoir point abouti, car, plus tard, le prieuré Saint- Anian fera partie des possessions du chapitre de Saint-Gengoult (3).
Quel que fût son zèle, Udon dut assister impuissant à un événement déplorable qui se produisit sous son épiscopat. En 1057, un incendie dévora le monastère de Remiremont. L'abbesse, Ode de Luxembourg, et ses filles profitèrent de cet accident pour abandonner une partie des constitutions bénédictines, tenter les premiers pas dans la voie de la sécularisation et, de religieuses, se transformer en chanoinesses. Les papes, dans la suite, Eugène III surtout, déplorèrent souvent leur vie trop mondaine, mais les évêques de Toul n'avaient point qualité pour porter remède à un tel abus : le chapitre de Remiremont était soustrait à leur juridic tion et soumis directement au Siège Apostolique(4). Ils ne pouvaient
(1) Aux messes pontificales célébrées par l'évéquc de Toul, mais non par le sutTragant ou par un autre prélat, il y avait trois diacres et trois sous-diacres {Staluta de 1497, f 6f)).
(2) Ben.-Pic, LXXIX. — Calm., Il, cccxxxv.
(3) Voir plus bas, l'arrangement conclu par les bourgeois et les religieux de saint-Léon, lors du siège de Toul par Charles II, en 140^.
14 1 L'abbaye de Remiremont apportait pour preuve de son indépendance vis-à-vis de l'évéque de Toul une bulle du pape Jean IV, adressée à saint Romaric, sur la demande de Clotaire II, vers 638, exemptant le monastère de la juridiction de l'ordinaire et le rattachant directement au Saint-Siège (Vuillemain, Romaricensis ecrlesid' tiKniumentUy ms. de la Bibl. de Remiremont, I, p. Vllll. Mais cette bulle est manifestement apocryphe. La conquête de cette indépendance se lit insensiblement, à la faveur de l'éloignement et de circonstances multiples. L'abbaye était sûrement exempte dès le temps d'Udon et son
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exercer de fonctions pontificales dans l'église, ni faire de visite canonique dans Tintérieur de l'abbaye, sans l'invitation expresse de la Dame Abbesse. Ce privilège livrait donc sans contrôle efficace le chapitre à l'esprit du monde. Aussi, ne serons-nous pas surpris de le voir en butte à la satire, dès le xii« siècle (1), et nommé plus tard (( un séminaire de nobles filles à marier (2) ».
Udon mourut à Bergheim, le 14 juillet 1069 (3), et son corps, ramené à Toul, fut inhumé dans la cathédrale, puis transporté plus tard dans la collégiale Saint-Gengoult (4).
Les nécrologes, en rappelant sa mémoire, célèbrent surtout sa chasteté et sa fermeté. Udon, en effet, parait avec honneur à côté des Léon IX, des Pierre Damien, des Lanfranc de Cantorbéry et de tous ces vaillants apôtres qui, sous l'impulsion d'Hildebrand, travaillaient à l'indépendance et à la purification de l'Église du Christ.
Moins que d'autres, grâce au zèle, à la vigilance, à l'énergie de ses pasteurs, le diocèse de Toul avait besoin de réforme et de rénovation. Cette période, si triste ailleurs, avait été pour lui relativement féconde et glorieuse ; mais le temps allait venir où il se trouverait mêlé à cette lutte interminable qui troubla l'Europe entière, qui mit aux prises le Sacerdoce et TEmpire et que Ton a nommé querelle des Investitures.
privilège fut confirmé par Urbain II, vers 1088; par Pascal II, vers HOO; par Lucien III, en 1143, etc.
(1) Déjà, en 1151, Eugène III attribuait à une punition divine un incendie qui venait de détruire le monastère et condamnait la vie mondaine des religieuses (hïdieT-Laureniy Le chap. de Rewiremont^ dans Mém. Soc. Àrch. /orr., 1897, p. 425), et un clerc du xii' siècle, dans une satire latine : Concilium romaricomontiSj représentait les Dames, jurant sur VArt d'Aimer *d'Ovide et discutant sur TamOur des chevaliers et des clercs (Romania^ XV, 333».
(2) Gard. Mathieu, l'Ancien Régime, p. 69.
(3) Benoît-Picart (Hist., 385) et Dom Calmct (H, 307) fait assister Udon au synode de Maycnce, où Henri IV fut contraint à ne pas répudier Berthe, son épouse. Mais ce concile se tint à la Saint-Michel (29 septembre) de Tan 1069 (Lambert d'Aschaflenbourg, dans SS., V, 174) et Udon mourut le 14 juillet de la même année. Nous avons pour garants de cette dernière date le môme Lambert d'Aschaflfenbourg (î7nd., 176), le Nécrologe de Mayence (JafTé, Bibl. rerum germanicarum, III, 722 et 720). Voir, de plus, la note 2 de la page 218. — Il nous faut donc renoncer à prêter à notre évoque, devant l'empereur et le synode, le réle si énergique que lui prête Benolt-Picart. Les Gesta et les Schedulœ sont d'ailleurs muets sur ce point.
(4) Gesta, toc, cit.