CHAPITRE V
La lutte du Sacerdoce et de TEmpire dans le diocèse de Toul (1069-1165)
PUISSANT MOUVEMENT MONASTIQLE
S I. — Pibon (1069-1107)
Le chancelier impérial était alors Pibon (1). Ce haut dignitaire, né en Saxe (2), avait pour père le comte Thiémar, grand maître de la maison de Henri III, et pour mère, Udicha, confidente de l'impératrice Agnès (3). Confié à Hannon, l'un des principaux scolastiques de l'Allemagne, plus tard archevêque de Cologne, il avait fait de rapides progrès dans la science et dans la vertu et il avait obtenu une stalle au chapitre d'Halberstadt (4). Henri IV l'avait
(1) Ce nom est diversement écrit : on rencontre Bibo (Lambert d'AscbaiTenbourg, SS.,V, ilG),Poppo (Jafîé, Regesta, n»4883) et Ptôo. J'ai adopté la forme communément usitée. — Sur Pibon, outre les auteurs déjù cités, on peut consulter Migne, Patrolog. laU, CLVII, p. 114 et sq.
(2) Benolt-Picart (p. 387) fait naître Pibon vers 1035. Je ne sais où il a puisé ce renseignement. Les Gesta (SS., VIII, 746) et les Schedulœ (Calmet, J, ccxxiv) disent qu'il avait soixante ans quand il apprit la langue du pays. Cette affirmation semble invraisemblable, car Pibon serait mort presque centenaire.
(3i Xécrologe de Dijon, cité par Benolt-Picart, p. 400.
(4) Benolt-Picart (ibid.) le fait aussi chanoine de Mayence : les Gesta sont muets sur ce point.
pris en amitié, l'avait attiré à la cour, l'avait nommé son aumônier et lui avait confié, en mai 1068, les fonctions importantes de chancelier (1). II le réservait pour une brillante prélature, quand les amis de Pibon, son frère surtout, le comte Bernard, eurent la pensée de le faire élire au siège de Toul. L'empereur donna son approbation, heureux qu'il était de mettre sur ce siège considérable, en des temps qui s'annonçaient menaçants, un homme qui lui fût foncièrement dévoué ; le chapitre de Saint-Étienne n'eut qu'à s'incliner : l'archevêque de Trêves sanctionna l'élection et vint à Metz sacrer son nouveau suflragant (2).
Installé dans la chaire de saint Mansuy par ses collègues de Metz et de Verdun, Pibon se donna sans retard à l'administration de son vaste diocèse. Malheureusement, si versé qu'il fût dans les langues latine et germanique, il ne connaissait pas •l'idiome du pays, c'est-à-dire ce dialecte roman qui était en train de devenir le français, et chanoines, prêtres et fidèles n'étaient point sans inquiétudes sur le sort de l'œuvre des Gérard, des Berthold et des Brunon. Que ferait le troupeau, si le pasteur ne pouvait lui rompre le pain de la parole de Dieu? Mais Pibon trouva dans son zèle tant d'activité et tant d'énergie qu'au bout d'un an il eut supprimé cet obstacle.
Plus que la nationalité de leur évèque, les chanoines et les fidèles de Toul eurent à craindre et à déplorer son attachement à l'empereur. A la mort d'Alexandre II (1073) la voix publique avait poussé
( 1 ) PiboD signe, pour la première fois, un diplôme en qualité de chancelier, le 10 mai 1068 (Slumpf-Brenlano, Die Kaùerurkimden des 1, XI uiid XII Jahrhunderts chronologisch verzeichnet, Insbrûck, 18fô-83, n" 2714).
(2) Pibon dut être nommé au siège de Toul entre le 15 août et le 7 octobre 1069. A la première date, en eilet, il contresigne encore deux diplômes et à la seconde, c'est Adalbéron, son successeur, qui appose sa signature (Stumpf- Brentano, op. cit., n" 2724 et 2725).
Benoît-Picart (p. 387) et Dom Calmet (II, 309) avancent i\o, no sais sur quelle autorité) que l'incident qui occasionna l'élection de Pibon est un voyage que fit l'empereur Henri IV. Absolument, le fait n'est pas impossible, mais il semble peu vraisemblable. Le 15 août 1069, l'empereur se trouvait à Tribur, dans la Hesse-Darmstadt (Stumpf-Brentano, op. cit., n"2724) ; le 29 septembre, il était à Mayence (Lambert d'Aschaffenbourg, loc. cit., 174) et le 7 octobre, à Mayence (Stumpf-Brentano, n* 2726). Entre ces trois dates, il y a relativement peu de temps pour un déplacement impérial.