CHAPITRE V. — LA LUTTE DU SACERDOCE ET DE L'bIMPIRE
au trône pontifical Hildebrand, depuis si longtemps le champion de la réforme, le soutien et le conseiller des papes (1). Devenu Grégoire VII, celui-ci mit toute son énergie, toute sa ténacité à réclamer et à reconquérir, pour TEglise, son indépendance et sa suprématie; pour le clergé, son honneur et sa considération ; pour le Siège Apostolique, son influence et son autorité. Il avait tout d'abord deux abus à détruire : l'incontinence des prêtres et la vente des évôchés et des abbayes.
Or, Henri IV, et par vice de son éducation, et par jalousie de son autorité, favorisait la corruption des mœurs sacerdotales et pratiquait ouvertement la simonie. Il voyait en cela un moyen de satisfaire ses grossiers penchants et de maintenir l'Eglise sous son entière domination. Grégoire commença par lui adresser de paternelles remontrances. Mais, lorsqu'il vit le peu de cas que ses conseillers et lui faisaient de ses admonestations, il éleva la voix, devint menaçant et cita l'empereur à Rome pour se justifier. C'était en janvier 1076. La plupart des seigneurs de l'Empire prirent parti pour Henri et le moins zélé n'était certes point Thierry le Vaillant • qui, en 1070, avait succédé à son père, Gérard d'Alsace, dans l'administration du duché de Lorraine (2). La bataille s'annonçait terrible et décisive.
Pibon aurait peut-être hésité à briser avec les traditions de ses prédécesseurs et à suivre l'exemple de la majorité des prélats allemands ; mais une malheureuse affaire était survenue qui le jeta, pour un temps, hors du droit chemin.
Un prêtre de l'Eglise de Toul avait été privé de son bénéfice. Il en avait appelé au pape et, soit que le prélat eût donné prise au soupçon, soit que plutôt cet ecclésiastique eût cru se donner raison en chargeant son évêque, Pibon se vit accusé de simonie et de conçu binage (3).
(I) Sur Henri IV et Grégoire VII, lire Voigl, Hist. du pape Grégoire VII et de son siècle, trad. Jagor, 4* édition, 2 vol., Paris, 1881.
2) Cf. Digot, Htst. de Lorr., I, 29i et sq.
(3) Voici ces accusations, telles que nous les trouvons formulées dans la lettre de saint Grégoire VII à Udon, en date du 8 octobre 1074 (Hardouin, Concilia, VII, Impartir», p. 1271) : * Quod archi'lifirnnatits, rnnftecrufiinpn crrlrsinnnn et
Grégoire VII, sans croire immédiatemeiit à cette dénonciation, chargea, le 16 octobre 1074, Udon, archevêque de Trêves, et Hermann, évéque de Metz, de faire une enquête (1) ; mais le prévenu ne sut point attendre une sentence qui le justifiât; il s'emporta contre le plaignant, le dépouilla de ses biens, chassa de la ville tous ceux qui lui étaient favorables, porta Taflaire au tribunal de Tempereur et se lança ouvertement dans Je parti de son ancien maître (2). Il assista au conciliabule de Worms, le 24 janvier 1076 ; il souscrivit, avec les évêques allemands, à la motion de Henri IV qui proposait de déclarer Hildebrand déchu du Souverain-Pontificat (3) et il fut excommunié avec tous les fauteurs du schisme.
Cependant pour garder sa couronne, Henri se vit contraint de solliciter son pardon dans la célèbre entrevue de Ganossa (1077) et révêque de Toul, moins engagé que lui, n'eut point de peine à céder aux instances que le pape avait chargé ses collègues de la province de Trêves de lui faire en son nom (4). MaisTaflaire du prêtre toulois
ipsas ecclesias vendendOt simoniaca hœresi ne commaculasset ; quod cum muliere quadam in publica fornicatione jaceret, de qua filium genuisaet^ quarnque rumor est sacramento et desponsatione, laïcorum inore^ Hbi copulasse; quod nonnulli eum ad episcopatum pactione prœtnii pervenisse dicunt; Quod milites ejus huic (clerico) omnem securitatem abnegavere et intra claustrum ei minitati sunt ; quod episcopus sua oninia diripi et publicari prœcepit, »
(1) Udon, archevêque de Trêves, répond au pape Grégoire (1075) qui l'avait chargé d'une enquête contre Pibon, évéque de Toul. — Le prélat expose au pontife les difficultés d'une pareille mission. (Sudendorp, Registrum oder merkwiirdige Urkunden fur die Deutsche Geschichte, 1" partie, p. 6, cité par Wouters, Table chronol. des chartes et diplômes imprimés concernant l'histoire de la Belgique, Bruxelles, 1886. Suppl., p. 155.)
(2) Jaffé, n» 4883.
(3) Lambert d'Aschaffenbourg, loc. df. — Labbe, Concilia, X, 354.— XJdalrici Bambergensis codex, SS., V., 103. — Leges, H, 44.
(4) Jaffé, n* 4986 (avril 1076). « Volumus etiam, écrit le pape, ti l'archevêque Udon et à ses suffragants de Metz et de Verdun (Hardouin, Concil., VI, p. la, p. 1336) ut, vice nostra, Pipponem, tullensem episcopum, admoneatis quatenus ea quœ sibi injunximus deinceps facere non omittat. Decuerat enim ut de objectis sibi debuisset reapondere magis quam contra auctoritatem Prin^^ipis Àpostoloruyn ad defensionem iniquitatum suarum, arma corripere ; atque
regem sollicitare id contra nos prœsumere quod nunquam licuit in
aliquem clericorum jieri. Qui, si verba exhortationis nostrœ contempserit, auctoritate beati Pétri, eum a communione Corporis et Sanguinis Domini Nostri Jesu Christi separatum esse sibimet notificatis et non solum in anima, sed in corpore ipsius Principis Apostolorum ultione digna fore puniendum. »