‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 116 sur 265 · CHAPITRE V. — LA LUTTE DU SACERDOCE ET DE L'eMPIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — LA LUTTE DU SACERDOCE ET DE L'eMPIRE

Commercy et Henri de Lorraine que nous retrouverons bientôt sur le trône épiscopal. Hunald eut, pour successeur, Odon ou Eudes d'Orléans (1), Tun des plus fameux scolastiques de son temps, à la fois mathématicien, poète et dialecticien, partisan du réalisme, auteur de trois livres que nous ne possédons plus : le Sophiste, le livre des Complexions, le traité de la Chose et de l'Etre, Odon quitta Toul pour Tournay où son école,devint célèbre ; il fut plus tard évoque de Cambrai. Il laissa sa chaire de Toul à Thicelin qui eut la gloire de compter plusieurs élèves remarquables, Albéron de Montreuil (2) et Brunon, tous deux archevêques de Trêves, le moine Arnoud, Hugues Métel, chanoine régulier de Saint-Léon de Toul qui fut un instant Tuu des oracles de son siècle (3), et peutêtre aussi Embricon de Wurtzbourg.

Tous ces maîtres enseignaient les sept arts libéraux, la musique, les mathématiques, le droit, l'Ecriture- Sainte et les Pères. Hugues Métel nous fournit quelques renseignements curieux sur les cours de cette époque. « Je ne suis plus, écrit-il dans son style imagé, ce que j'étais autrefois. Jadis, j'étudiais les arts libéraux ; je combattais sous les enseignes d'Aristote ; ceux avec qui j'entrais en lice ne manquaient pas de succomber aux arguments captieux que je leur proposais. Avec les grammairiens, je passais en revue et je critiquais les règles du langage correct ; avec les rhéteurs, je me parais des fleurs de la rhétorique. Je faisais ma partie avec les musiciens; je comptais avec les arithméticiens ; je mesurais la terre avec les géomètres ; des yeux et de l'esprit, je parcourais le ciel avec les astronomes et j'errais, avec les sept planètes, autour du Zodiaque. Je ne suis plus ce que j'étais : autrefois, je disputais sur 1 ame que j'affirmais n'avoir aucune étendue et que pourtant je

(1) Hist. un. de la France, VII, 95 et sq.

U) Albéron était fils d'un seigneur de Montreuil, fief situé près de Bayon.

(3) Sur Hugues Métel, consulter Dom Geillier. Uist. g ni. des Àuteura sacrés, XXII, 22d. — Calmet, Bibl. lorr. Metellus. — Hist. lilt. de la France, XIÏ, 493. — Fortia d'Urban, Hist. et ouvr. de H. Métel. Paris, 1839, in-8\ — Digot, Étude hUt. sur II. M. (Mém. Soc. Phil. de Verdun, 1846). — F. Jarquot, Hist. de H. M. (Mém. Soc. Bar-le-Duc, 1881). — E. Martin, État d'âme d'un religieux toulois [Rev. du Clergé Français, 1895). — Cinquante-cinq lettres de H. M. ont été publiées par Hugo, abbé d'Étival, dans ses Sacrœ antiquitatis monumenta. II, 312 et sq.

soutenais être quelque chose de grand ; je la comparais au point qui n'a pas de parties et n'est pas susceptible de division. Je ne suis jilus ce que j'étais : autrefois, je faisais le tour de la tigrre et je mettais des hommes jusqu'à la zone torride et plus bas jusqu'à Sirne et Méroe. J'entourais le ciel et la terre de cinq zones et. au milieu des trois autres, j'en plaçais deux tempérées, propres à être habitées. Je ne suis plus ce que j'étais, je ne puis plus ce que je pouvais : autrefois, en me tenant sur un pied (on voit qu'il savait son Horace) je pouvais composer mille vers, je pouvais imaginer des rythmes de tout genre, je pouvais occuper, en dictant, deux ou trois secrétaires... (1). »

Il y a sans doute quelque complaisance dans ces souvenirs du vieuj* secrétaire d'Aristote, comme il s'appelle lui môme ; mais, ce qui nous reste de lui, nous prouve qu'il ne s'en imposait pas à luimôme, qu'il fut réellement un élève remarquable et que les études touloises, pour nous sembler aujourd'hui bien primordiales, n'en étaient pas moins très variées.

Pibon continua la reconstruction de sa cathédrale ; il éleva une tour en avant de la nef (2), y installa deux grosses cloches et y consacra trois autels. C'est en souvenir de cette dédicace que, chaque année, le 22 octobre, le chapitre se réunissait dans cette tour de Vévêque Pibon, y chantait l'ofTice à l'autel Saint-Michel, puis célébrait de fraternelles agapes. Après qu'on eût démoli la tour romane pour élever le portail actuel, la cérémonie fut transportée à la chapelle Saint-Michel, érigée devant le grand vitrail, sur la tribune de l'orgue (3).

Pibon fit forger, pour éclairer le chœur, une immense couronne qui pouvait porter quatre-vingt-seize cierges et que l'on admirait encore au xvin'' siècle (4). Il fit enchâsser le morceau de la vraie Croix qu'il avait rapporté de Palestine, dans un splendide reliquaire, en or massif, orné de pierres fines ; il commanda, pour le

(1) Lettre ;il. (Sac. Àntiq. Mon., II, 403.)

(2 Gesta, SS. VÏII, 647. — Cotte tour fut démolie quand l'égliso fut allongée de deux travées, vers le commencement du xv* siècle. Le portail, nous le verrons plus tard, ne fut commencé qu'en 1460.

(3) Statuta, f« 63.

(4) Gesta, ibid. — Ben.-Pic, 398.

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