‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 118 sur 265 · CHAPITRE V. — LA LUTTE DU SACERDOCE ET DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — LA LUTTE DU SACERDOCE ET DE L'EMPIRE

de son Église. Cependant Conrad de Schwarzembourg ne renonçait point à ce qu'il considérait comme un droit : après une longue attente de dix années, il trouva un prélat pour le sacrer, Henri de Winchester, évéque de Verdun (1118-li29) (1). Dès lors, il porta le titre d'évôque des Leuques (2), mais il ne parait point pourtant s'être employé à nouer des intrigues dans le diocèse et à susciter des embarras à son compétiteur. La peur de ce rival, la reconnaissance, rintérêt activèrent l'ardeur de Riquin. Son influence, son exemple, ses discours délachèrent du parti de Rome le clergé et les bourgeois et quand, vers 1118, le légat du Saint Siège, Conrad, cardinal-évôque de Preneste, vint à Toul essayer de ramener ces transfuges, il se heurta à une telle hostilité qu'il jugea prudent de se retirer en toute hûte : l'évèque avait quitté la ville (3).

L'élection de Calixte II (1119 1124) amena une détente entre les belligérants. Riquin ne tarda [)oint à revenir à l'Eglise romaine ; il envoya deux de ses chanoines au souverain pontife pour l'assurer de son repentir ; il vint lui même le trouver à Cluny; il obtint de lui, le 27 août 1119, la confirmation 'des biens de son Eglise (4) et il assista, sur sa demande, au concile qui se tint à Reims, en

(1) Benolt-Pirart (p. 402^ écrit, jo ne sais sur quelle autorité, que Conrad obtint du Saint-Sl^ge le droit de porter le titre d'évêque de Toul, sans exercer de juridiction. Il ajoute aussi (p. 407>, sur la foi d'un manuscrit toulois, ([uc ce prélat fut sacré vers 1108 ou 1109. — Mais nous savons d'autre part que le clergé et les bourgeois de Verdun, ayant à se plaindre de leur évoque, Henri de Winschester (1118-1129;, l'accusèrent, entre autres fautes, d'avoir sacré un intrus à Toul (Clouet, Hiat. de Verdun, II, 106. — Roussel, Hist, de Verdun, 2" édit., I, 26.')). — Wassebourg (p. 285) apporte môme un bref d'Honorius II qui cite Henri pour répondre de cette accusation. — Wassebourg, il est vrai, n'est pas toujours une autorité sérieuse ; mais, dans le cas présent, le bref qu'il cite est admis par Bouquet (XV, 2;)8) et par Jaflé (n" 7 213). Il est donc permis de se demander quels droits a Conrad de Schwarzembourg à ce titre d'évéciue honoraire, episcopus ad honorem, que lui donnent certains de nos catalogues? — Il ne figure point sur les Schediilœ.

{t) Conrad assiste, en cette qualité, aux obsèques de Brunon, archevêque de Trêves, en 1124 (Brower, Ànn. Trenr., II, 19) et au sacre de Godefroy, le nouvel archevêque de Trêves {ibid., 20).

i3) Il nous est resté une lettre du légat Brower, Ann. Trevir., II, 15) envoyée en 1118, à Brunon, archevêque de Trêves, et dans laquelle il constate que l'évoque de Toul est toujours éloigné du Siège-Apostolique : « Tullensem episcopum a nostro commercio et congressu hucusque abstinuimus. »

(4) Jaflé, n« 6.730.

octobre suivant (1). Depuis lors, il demeura fidèle et il applaudit à la pair callirtine qui fut conclue en 1122 à rassemblée de Worms, et mit fin à cette première phase de la^lutle du Sacerdoce et de TEmpire (2). Henri V renonçait à Tinvestiture du pouvoir spirituel par la crosse et Tanneau et se contentait de la surveillance des élections et de la collation des reyalia par le sceptre.

Sauf sa défection, Tépiscopat de Riquin ne fut point marqué par des événements considérables. Notre prélat eut à juger, en 1111, un procès que suscita Bertrice, abbé de Moyenmoutier, au sujet du prieuré de Froville (3). Oduin, le fondateur, avait d'abord donné son monastère à l'abbaye vosgienne, puis, changeant d'avis, il avait expulsé les religieux venus de Moyenmoutier: telle était du moins l'assertion de Bertrice qui réclamait auprès du synode diocésain la réintégration de ses moines, possesseurs primitifs. Oduin nia ce fait avec serment. Le prieur de Froville qui dépendait de Cluny, demanda et obtint que l'on consultât son supérieur et, comme la distance faisait traîner l'aflaire, on apporta une charte de Pibon attestant qu'Odùin avait offert, par son entremise, le prieuré de Froville à l'abbé de Cluny. Le fondateur produisit six témoins qui jurèrent la vérité de cette assertion. Et, comme tout ceci n'infirmait pas les dires de Bertrice, on invoqua contre lui une prescription de trente ans et on le débouta de ses réclamations (4).

Riquin ne se désintéressa point du mouvement monastique qui s'était produit avec tant d'éclat sous l'administration de son prédécesseur et qui s'épanouissait alors sur toute la surface du monde chrétien. Il fit d'abondantes libéralités aux abbayes Saint Epvre et Saint-Mansuy; il eut quelques rapports avec saint Bernard (3j et il

(1) Bon. -Pic, 405.

(â) Labbc, ConciL, X, 889.

(3) Voir p. 22G.

(i) Charte de Riquin, tlil (Calmet, III, lx). — Cf. Jérôme, op. cit., 256 cl sq.

(ii) Nous avons deux lettres de saint Bernard adressées à Riquin (Migne, Patrologie, t. cLxxxii. — B. de Villoford, Letlrex de saint Uernard traduites en français, Paris, 1723). Dans l'une, la soixante et unième du recueil, saint Bernard renvoie à l'évéque de Toiil un coupable qu'il lui avait adressé, pour (lu'il lui impose une pénitence. L'abbé de Clairvaux s'excuse, avec une humilité profonde, de ne pouvoir remplir ce rôle trop honorable qui convient seulement au

Page 1