‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 121 sur 265 · CHAPITRE V. — LA LLTTE Di: SACEKDOCE ET DE L*EMl»IKE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — LA LLTTE Di: SACEKDOCE ET DE L*EMl»IKE

avait duré quatre ans, au grand préjudice des intérêts spirituels. L*alïaire de ïtiierry du Chàtelet et de Gérard (Tliierry d'Imber court semble être mort dans Tintervalle) (1) traîna beaucoup plus longtemps (2). Albéron de Montreuil, archevêque de Trêves, parent des rebelles, s'interposa ; il convoqua un concile provincial à Dieulouard, obtint de Gérard une promesse de restitution et leva toutes les censures encourues. Mais Gérard, cédant aux conseils de sa femme, fut infidèle à la parole donnée et Eugène 111 (1145- 1153) dut renouveler, le 24 juin 1145, les sentences d'excommunication portées contre lui (3). Enfin, pressé par le remords, le coupable eut recours au métropolitain, reconnut, en présenee de Tévêque de Toul, la légitimité de la donation de Riquin et rendit tout ce qu'il avait usurpé. Il conserva la garde du château de Commercy, mais il déclara le tenir, à hommage, du chapitre ; quant aux autres terres de l'Eglise de Toul, il les reprit également, en s'engageant à payer tous les ans un cens de cent sols toulois. Cet arrangement fut signé le 15 juin 1149 (4) et Gérard depuis demeura tranquille.

Dans le même temps, Henri de Lorraine réussit à terminer une autre affaire du môme genre. Milon, abbé de Moyenmoutier, s'était emparé du fief de Bergheim, depuis si longtemps disputé entre Toul et son abbaye. L'évéque réclama auprès d'Innocent II ; il prouva les droits de son Église et une bulle du H février 1132 lui donna pleine et entière raison (5).

11 se tira avec moins d'honneur d'une lutte qu'il engagea avec le chapitre de Saint-Gengoult. En cette même année 1132, Albéron de Montreuil, grand archidiacre et prévôt de la collégiale, avait été nommé archevêque de Trêves. Les chanoines de cette église se réunirent pour se donner un prévôt qui, d'après la constitution de l'évoque Tdon, serait de droit grand archidiacre. Henri s'opposa à cette élection, déclarant que ses prédécesseurs n'avaient pu le défi) 11 n'est d(^jà plus nommé dans la bulle du 29 octobre 1131 (voir plus haut). (il Bcn.-Pic, 4i;>.

(3) Lom., I, 10.

(4) Lem., I, 62.

(5) Ibid., 8. — Ben. -Pic, cxxiv. — Jallé, n" 7.539.— Jérôme, op. cU., 269

cl MJ.

2^2. LIVKK m. — LES GRANDS ÉVÉQUES DE TOCL

pouiller du droit qu'avait tout chef d'un diocèse de se choisir ses archidiacres. Albéron prit le parti de ses anciens collègues et intéressa le pape en leur faveur ; mais l'évèque recourut à l'empereur et le procès menaçait de tourner contre eux. Heureusement saint Bernard était là : il écrivit à Lothaire, à Innocent il et il fit si bien ({u'il obtint pour la collégiale le maintien de son privilège (1).

L'abbé de Clairvaux ne semble pas avoir été très favorable à Henri. Il lui reprochait surtout de négliger les intérêts spirituels de son peuple et même le soin de sa propre sanctilication : (( J'ai rencontré pour mes péchés une province bien difficile à gouverner, écrit-il au nom d'Albéron dans un rapport adressé au souverain pontife (2). Un de mes plus grands sujets de douleur, c'est d'avoir des sulïragants jeunes et de grande naissance. Us devraient être mes soutiens et plût à Dieu qu'ils ne fussent pas mes adversaires ! Mais, je me lais ; j'aime mieux qu'un autre que moi vous fasse connaître leurs mœurs et leur conduite, si vous les ignorez encore. J'ose cependant vous dire : le droit, la justice, l'honnêteté, la religion sont perdus dans nos évêchés. » Et, dans une autre lettre: « Voyez, dit-il au même pape, ce que vous ferez dans ces diocèses, surtout dans ceux de Metz et de Toul ; car, je l'avoue en toute vérite, ils paraissent être sans évêques, et plût à Dieu qu'ils fussent sans tyrans. . . Les prélats de ces Eglises sont défendus, honorés, caressés, et cependant beaucoup de fidèles s'étonnent et se scandalisent, parce qu'ils savent, avec pleine certitude, qu'il va, dans leur vie et dans leurs mœurs, de ces choses qui seraient condamnables et exécrables, je ne dis pas en des évêques, mais dans les séculiers de toute condition, de ces choses que j'aurais honte de vous écrire et qu'il ne vous convient point d'entendre (3). »

Quelle part revient à notre prélat dans ces insinuations un peu vagues ? nous ne le savons, mais, profitant de la négligence du pasteur, l'homme ennemi corrompait le troupeau. « Les enfants

(1) s. Bernardiepisiolœ, cxxxix et clxxviii.

(2) Ibid., CLxxvii.

(3) Ibid,, CLXXVIII.

Page 1