‹ Histoire des diocèses de Toul, de Nancy & de Saint-Dié, publiéeChapitre 122 sur 265 · CHAPITRE V. — LA LUTTE DU SACERDDCE ET DE l'EMPIRE i · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — LA LUTTE DU SACERDDCE ET DE l'EMPIRE i

de TEgypte, les fils des ténèbres, écrivait Hugues Métel à Tévêque de Toul (1), ont perverti jusqu'au sommet vos enfants et vos ouailles, en violant au milieu d'eux la foi catholique. Dans votre diocèse, se cachent, que dis-je ? déjà se montrent au grand jour des hommes perdus qui seraient plus exactement nommés des bêtes, puisqu'ils vivent comme des animaux. Ils ont le mariage en hor reur, le baptême en abomination ; ils se rient des sacrements de l'Église ; ils abhorrent le nom de chrétien. Les temps approchent où paraîtra l'Ante-Christ dont ils sont les précurseurs. C'est pourquoi sortez de votre sommeil; percez la muraille, comme Ezéchiel, et vous rencontrerez les abominables turpitudes qu'ils accomplissent dans les ténèbres ; ils fuient l'aspect du soleil, car celui qui fait le mal déteste la lumière; par leurs discours captieux, ils enivrent les simples à la coupe de Babylone ; ils les invitent à se joindre à leur exécrable secte » A ce tableau quelque peu déclamatoire, selon la mode du temps, nous n'avons point de peine à reconnaître ces partisans du Manichéisme qui, à cette époque, infestèrent l'Église de France et dont Tanchelin, Pierre de Bruys, Arnauld de Brescia furent les chefs les plus marquants.

Et dans une lettre à l'archevêque de Trêves, Hugues ajoutait dans son style malheureusement trop emphatique pour fournir à l'historien des données précises : « Le sang répand le sang; le frère n'a point horreur d'attenter à la vie de son frère ; le fils conspire contre les jours de son père... le juste et l'injuste sont confondus ; le droit et la paix ont quitté la terre; à leur place, trônent l'injustice, la perfidie, la discorde... Les prêtres qui doivent être la lumière du monde, sont ensevelis dans les ténèbres. L'amour des choses de ce monde ferme leurs yeux et que dirai je de plus? tels prêtres, tel peuple... »

« Levez-vous donc, vénérable Père, concluait le chanoine toulois, réunissez un concile, prenez conseil et dispersez cette troupe de démons (2). » Heureusement, des apôtres zélés, saint Bernard et ses frères de Cîteaux, saint Norbert et ses disciples, suppléaient, par

(1) Hugo, S. AnU Mon,, II, 347. Ép. XV.

(2) Ép. VI.

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leurs prédications et par leurs exemples, au peu de vigilance de révoque et élevaient, sur dilïérents points du diocèse, des monastères qui devinrent très llorissants et qui furent les citadelles de la foi.

L'abbé de Clairvaux visita plusieurs fois la Lorraine et, chaque fois, son passage fut marqué par d^importanls services et par des miracles éclatants : il guérit des paralytiques, rendit la vue à des aveugles, fit entendre des sourds, changea Teau en vin, calma les discordes et convertit les pécheurs (1).

Adélaïde de Supplenbourg, épouse du duc Simon, menait une vie peu édifiante. Un jour Bernard plaidait devant elle une cause qu'il avait à cœur ; emporté par la chaleur du discours, il étendit la main et, par mégarde, toucha la robe delà duchesse : a Mon Père, lui dit en latin Tun de ses auditeurs, vous venez de toucher une femme bien pieuse ! — Son heure n'est pas encore venue, répondit-il dans la même langue. » Mais Adélaïde avait tout entendu, tout compris et elle se retira vivement impressionnée. La nuit, elle vit en rêve le saint qui lui arrachait du cœur sept horribles serpents. Dès lors, elle n'eut plus de repos qu'elle ne se fût réconciliée avec Dieu et mise sous la direction de l'abbé de Clairvaux (2).

Bernard jouit donc d'une grande faveur à la cour de Lorraine (3). Il obtint, pour lui et pour les siens, l'exemption du droit de passage (4). Le duc Simon fonda pour ses religieux l'abbaye de Stûrzelbronn, dans les environs de Bitche, au diocèse de Metz (3) ; Mathieu I les établit, en 1130, non loin de Nancy, dans la solitude d* Amer-lieu qui bientôt changea son nom en celui de Clairlieu (6) ; et, de concert avec sa mère, il bâtit, en 1148, à l'Etan-

(!) Bcn.-Pic, 41G. — Calinet. Il, 427.

(2,1 Après la mort de Simon (1139), Adelaido renonça au monde et prit le voile» à l'abbaye du Tart, près de Dijon.

(3) Sur l'extension de l'ordre de Clteaux en Lorraine, lire une note de A. Benoit : Coup (Vieil sur les abbayes de Citeanx en Lorraine^ dans Journ. Soc. Arch, Lorr., 1897, p. 83.

(i) S. liera, epist. cxix.

(5) Sturzelbronn, c. de Bitche. anc. dép. de la Moselle, était située au milieu de forêts profondes. Elle fut ruinée pendant la Révolution.

(G) ClalrlieUy commune de Villers-les-\ancy, c. de Nancy-Nord. — L'église de cette abbay»' fut, durant deux siècles, la nécropolo des grandes familles lor-

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